Exemple bitterois de la limite de l’autonomie des Universités

J’écris peu sur le fonctionnement des Universités, sans doute parce que je ne me sens pas totalement légitime pour le faire n’étant que professeur associé et pas enseignant chercheur. mais surtout parce que dans les blogs d’Educpros la production de Pierre Dubois couvre très largement le domaine, avec une pertinence que je ne me sens pas à même d’approcher.

Je ne peux m’empêcher de le faire à propos de Béziers, tant l’épisode est  révélateur de la façon dont le Ministère en charge de l’enseignement supérieur conçoit l’autonomie des Universités, et ce  en forte continuité depuis le changement de majorité

En résumé, la présidente de l’Université de Montpellier III, Anne Fraisse, annonce que, face aux contraintes budgétaires qui s’imposent à elle, elle envisage parmi les mesures d’adapattion la fermeture de l’antenne universitaire de Béziers. Sans se prononcer sur le bien-fondé, ou le mal-fondé, d’une telle décision, il semble bien que la présidente  soit dans l’exercice de sa responsabilité, sous réserve, bien sur, du vote de son Conseil d’Administration.

Le communiqué publié à l’issue du Conseil d’adminstration de l’Université met en valeur l’intérêt du site universitaire de Béziers en ces termes « Son antenne de Béziers a été jugée « exemplaire » par l’AERES et remplit une mission sociale et de développement du territoire dans un travail conjoint de l’Université et de l’agglomération de Béziers » , ce qui ne l’empêche pas d’énoncer que le conseil d’administration demande à sa présidente de préparer le budget 2014, en intégrant un certain nombre d’hypothèses, dont la « Fermeture complète du site universitaire Du Guesclin à Béziers à la rentrée prochaine (septembre 2014). Les étudiants seront invités à poursuivre leur formation sur le site de Montpellier »

On comprend bien comment une telle déclaration suscite la mobilisation générale à Béziers : les étudiants, les enseignants, les élus… Surtout quand les municipales approchent,  la candidature de Robert Ménard, avec le soutien du Front National, bousculant l’habituel duel droite gauche. Le sénateur-maire de Béziers, Raymond Couderc, lui-même universitaire, et ancien professur de géographe à la même Université, est comme on pouvait s’y attendre au premier rang en mettant en cause sur son blog  » les limites de la loi de 2007 qui n’est pas allée au bout de la logique de l’autonomie des universités et qui met sous tension la majorité des universités françaises ». Il est rejoint dans son opposition par l’ancien ministre communiste Jean-Claude Gayssot

Par contre, comment ne pas être surpris de découvrir dans Le Midi Libre une interview de la Ministre, Geneviève Fioraso, affirmant avec force « Le site universitaire de Béziers ne fermera pas ». Comment illustrer plus nettement les limites que le Ministère conçoit à l’autonomie des Universités, qui a la responsabilité de gérer son budget mais doit continuer à le faire sous une étroite tutelle ministérielle, comme si l’Université devait assumer la pleine responsabilté  des décisions douloureuses tout en intégrant les conséquences de toutes les décisions ministérielles.

La rapidité et la virulence de la contre attaque ministérielle ne s’explique probablement que marginalement par l’intérêt du site bitterois, mais  davantage parce que le conseil de l’Université de Montpellier III met dangereusement en cause l’évolution en trompe l’oeil du budget des Universités, se permettant de mettre en parallèle une augmentation apparente, largement valorisée par la Ministre qui rappelle que  l’Université de Montpellier III  « a bénéficié de 13 créations d’emplois » et une mesure discrète de régulation budgétaire de « contribution exceptionnelle au redressement des comptes publics » amenant un prélèvement sur la dotation de l’Etat  de 400.747 €, supérieur à  l’apport financier des postes créés, estimé à 360 000 €

On peut s’interroger pour savoir si, au fond, il ne vaudrait pas mieux de rendre les clés au Ministère si celui-ci continue à changer constamment les règles du jeu.

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One Response to “Exemple bitterois de la limite de l’autonomie des Universités”

  1. Sirius Says:

    Est-on en face de grandes questions de principe sur l’autonomie des universités ou plus prosaïquement d’une gué-guerre budgétaire ?

    En proposant la fermeture de l’antenne de Béziers Mme Fraïsse savait très bien ce qu’elle faisait : déclencher une sainte alliance contre cette mesure. Etudiants, professeurs, syndicats, élus locaux allaient dénoncer le scandale de cette fermeture, effectivement injustifiée. D’où la réaction de Mme Fiorasso.

    Sans préjuger du dossier budgétaire, il est normal que celle-ci n’accepte pas de passer pour la responsable de cette décision, alors que c’est bien Mme Fraïsse qui a fait ce choix plutôt que de faire le ménage dans l’offre pléthorique de masters de Montpellier III.

    On peut être en désaccord avec la politique du gouvernement. Mais pour exister, l’autonomie doit être assumée.

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