AFIJ : cette fois cela semble bien fini

Le TGI de Paris a rendu son jugement et décidé la liquidation judiciaire de l’AFIJ, laquelle doit être effective dans un délai d’un mois.

La cinquantaine de salariés restant va donc être licenciée rapidement. On ose espérer que ce ne seront pas des licenciements bruts et que se mettra en place un plan d’accompagnement leur permettant de se repostionner. D’ailleurs le rapport des Inspections générales préconisait un tel plan, et il serait pour le moins anormal de n’avoir retenu des propositions que celle de liquidation, sans retenir qu’il devait être accompagné d’une démarche en direction des salariés.

Quant à leur accueil par les Missions locales, qui était évoqué dans le rapport, cela risque d’être impossible si le budget affecté par l’Etat continue à ne pas évoluer comme c’est le cas depuis 2011, malgré des publics accueillis et accompagnés en augmentation (voir Missions locales : comment justifier une nouvelle année une stagnation des crédits attribués par l’Etat ?).

Et la question de l’information, de l’accompagnment des étudiants reste posée, étant donné que les services universitaires sont, dans la grande majorité des cas, hors d’état de l’assurer.

AJOUT

Le testament de l’AFIF sur leur site

Comme il est probable que le site va, dans le cadre de la liquidation judiciaire, disparaitre, je le reproduis ici

Faute de soutien de l’Etat, l’AFIJ se voit obligée de mettre un terme à ses activités en faveur de l’emploi des jeunes

Faute de soutien de la part de l’Etat pour les années à venir, l’AFIJ, Association pour Faciliter l’Insertion professionnelle des Jeunes, créée il y a presque 20 ans, se voit obligée de mettre un terme à ses activités. Le seul acteur national de l’emploi dédié aux jeunes issu de l’enseignement supérieur, diplômés ou non, disparait. Les services gratuits et de proximité, proposés sur le terrain, chaque année, à plus de 55 000 jeunes titulaires d’un bac, d’un bac+2, d’une Licence, d’un Master ou d’un Doctorat, vont disparaître en décembre 2013.

 L’AFIJ un acteur de l’emploi des jeunes depuis 20 ans.

L’association aura accompagné vers l’emploi plus de 800 000 jeunes inscrits en liaison avec plus de 100 000 recruteurs en s’attachant, en particulier aux publics les plus fragiles :

  • jeunes diplômés exposés aux discriminations à l’embauche dont les jeunes en situation de handicap, les jeunes issus de l’immigration, etc.,
  • jeunes en échec universitaire, n’ayant validé aucun diplôme,
  • jeunes en grande difficulté sociale comme les bénéficiaires du RSA, les jeunes résidant dans les quartiers, les anciens boursiers…

Elle a travaillé, dans le cadre de conventions nationale et locales, en réseau avec Pôle Emploi, le réseau des Missions Locales, l’APECITA, des BAIP, des partenaires professionnels comme les MEDEF, les CCI, les CMA, etc.

L’association a construit des actions nouvelles et mené des expérimentations sociales pour répondre à l’évolution des besoins de l’environnement de l’accès au premier emploi depuis 1995. Ces activités variées de l’AFIJ répondent à de réels besoins des étudiants et des jeunes issus de l’enseignement supérieur, diplômés ou non, qui rencontrent des difficultés d’insertion professionnelle, encore plus fréquemment en cette période de crise. La dernière enquête de l’association a en effet démontré que seul 53% des jeunes diplômés se trouvent en emploi un an après l’obtention de leur diplôme dont seulement 37% en CDI.

Durant toutes ces années, l’AFIJ aura su apporter à beaucoup de jeunes un appui efficace et de qualité et un lien social très apprécié dans la période de recherche du premier emploi et de parcours chaotiques très fréquents avant l’entrée dans un emploi stable. La récente pétition lancée par l’AFIJ qui appelait le gouvernement à prendre ses responsabilités et respecter ses engagements en faveur de l’emploi des jeunes a mobilisé près de 10 000 signatures de jeunes, de professionnels, d’acteurs de l’emploi et de personnalités. Elle s’est accompagnée de plus de 4 000 témoignages de soutien qui figurent en ligne sur le site www.change.org/afij.

Un choix dicté par l’attitude du gouvernement

L’association connait depuis décembre 2012 des difficultés financières suite à des baisse successives de subventions de la part de l’Etat (Ministères, collectivités, agences publiques) et des retards de versement (FSE…). Ces difficultés l’ont conduite à s’inscrire dans le cadre d’une procédure de redressement judiciaire pour lui permettre de redéfinir en concertation avec le gouvernement son mode de financement et sa mission en lien avec les politiques publiques. L’AFIJ n’a malheureusement reçu aucune réponse du gouvernement par rapport à ses propositions et se voit aujourd’hui contrainte de mettre un terme à ses activités faute de financements pour assurer sa continuité. L’arrêt du financement de l’association correspond au mouvement général de réduction des dépenses publiques.

 Quel avenir pour l’insertion professionnelle des jeunes issus de l’enseignement supérieur ?

La disparition du seul acteur entièrement dédié à l’emploi des jeunes sortants de l’enseignement supérieur, diplômés ou non, laisse beaucoup de questions sans réponses. Alors que chaque année 450 000 jeunes sortent de l’enseignement supérieur, dont 90 000 sans diplôme (19%), il devient urgent que le gouvernement définisse enfin une orientation pour leur avenir.

 80 salariés spécialistes de l’insertion professionnelle des jeunes perdent ainsi leur emploi.

L’AFIJ fait part de son inquiétude sur l’avenir de ses 80 salariés et souhaite que le gouvernement intervienne pour faciliter leur reclassement au sein du service public de l’emploi. Leur situation actuelle étant liée aux choix du gouvernement.

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4 Responses to “AFIJ : cette fois cela semble bien fini”

  1. pauline Says:

    Il est temps qu’ils se préoccupent de l’avenir des salariés sachant qu
    il me semble que le président de cet association disait dans la presse, il y a moins d’un mois , que l’association ne se dirigeait pas vers une cessation d’activité.

  2. Michel Abhervé Says:

    Plusieurs semaines après la liquidation judiciaire de l’AFIJ, Sophie Duby-Muller députée UMP de Haute Savoie demande au gouvernement de revenir sur une décision prise par la justice
    Il faudrait apprendre aux députés ce qu’est la séparation des pouvoirs

    sur http://questions.assemblee-nationale.fr/q14/14-43358QE.htm

  3. Michel Abhervé Says:

    Dans une réponse à une question écrite sénatorial le requiem de la Ministre

    « Le Gouvernement a confié à l’inspection générale des finances, à l’inspection générale des affaires sociales et à l’inspection générale de l’administration de l’éducation nationale et de la recherche une mission visant à dresser un état des lieux de la situation financière de l’association pour faciliter l’insertion professionnelle des jeunes diplômés (AFIJ) et à clarifier les perspectives de l’association. Cette mission s’inscrivait dans un contexte de trésorerie très tendu révélé par l’AFIJ au mois de novembre 2012. À la fin 2012, cette situation a amené les pouvoirs publics à accorder des subventions supplémentaires à l’AFIJ, dans un calendrier exceptionnel. Malgré une hausse des subventions des différents contributeurs en 2013, le modèle économique de l’AFIJ apparait déséquilibré, comme l’a confirmé l’analyse conduite par la mission d’inspection. L’AFIJ est donc depuis le 15 novembre 2013 mise en liquidation judiciaire. Suite notamment à la mise en place d’une cellule de reclassement, qui a pour mission d’assurer le soutien et l’accompagnement des salariés licenciés pour motif économique afin de faciliter leur réinsertion professionnelle par leur reclassement sur un emploi durable, près d’un tiers des 83 anciens salariés de l’AFIJ a repris un emploi à ce jour. »

    sur http://www.senat.fr/basile/visio.do?id=qSEQ131209739

  4. Insertion : valoriser les talents | Histoires d'universités Says:

    […] AFIJ ?). Novembre 2013, la mort de l’AFIJ est analysée par Michel Abhervé sur son blog : AFIJ, cette fois cela semble bien fini. La gauche ne peut cependant se satisfaire de l’échec de l’AFIJ. Encore heureux […]

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