Le faible aurait forcément tort

Posted by Mustapha Benkalfate on juin 5th, 2015 under Non classé Tags: , , ,  •  No Comments

Le succès Cannois du film « La loi du marché » m’a passablement agacé, ayant subi cette « oeuvre » au cinéma. Il m’a agacé pour plusieurs raisons :

1- on présente une situation extrême comme étant la situation d’un nombre significatif de Français

2- on entretient ainsi l’esprit « décliniste » qui n’en avait pas besoin tant il apparait majoritaire

3- on laisse penser que le monde de l’entreprise est peuplé de salauds sans coeur

4- on rattrape un film caricatural par le jeu d’un très bon acteur (c’est un mauvais film selon moi qui ne mérite pas cette couverture médiatique)

5- on filme dans un genre « documentaire », si bien que le public peut s’y perdre

Laisser croire que dans une entreprise, un acte managérial stupide ayant conduit au suicide de l’une des employées peut être répété quelques semaines plus tard par le même manager, cela me semble très peu crédible. Aujourd’hui, en France, la hantise d’attirer l’attention médiatique par un suicide sur le lieu de travail l’emporte, même sur le cynisme! Ainsi, les « patrons » les moins humains sont-ils à la merci d’un « bad buzz » et savent leur vulnérabilité médiatique.

Le film est truffé de ce genre d’excès ou de situations peu réalistes vendues comme tout à fait communes. Comme si le réalisateur avait récupéré le pire du pire pour l’ériger au rang de « norme » pour les plus fragiles de nos concitoyens. Suicide, conseils catastrophiques d’un agent Pôle Emploi, management borné, application bébête des règles…rien ne manquait.

Quelle tristesse que l’on donne à la France cette (fausse) image d’elle-même. Quelle tristesse que le public se précipite pour entretenir ce pessimisme sans cesse déconnecté de la réalité d’un pays où il fait bon vivre. Quelle tristesse que l’on alimente cette philosophie consistant à voir le faible comme forcément vertueux et le fort comme forcément oppresseur.

Il y a là comme une haine de soi. Qu’on ne se plaigne pas ensuite du fait que les jeunes quittent le pays…

Lorsque la spiritualité rencontre la République, réflexions post-conférence

Posted by Mustapha Benkalfate on juin 3rd, 2015 under Non classé Tags: , , , , , , , , ,  •  No Comments

J’ai eu le privilège d’assister à la conférence « Quel humanisme partageable entre Islam et Occident ? », animée par Abdennour Bidar sous l’égide du Conseil Presbytéral de l’oratoire du Louvre.

Mon estime pour le philosophe m’a conduit à libérer du temps en cette période chargée (dernière ligne droite des concours), et je n’ai pas été déçu du voyage ! Les propos d’Abdennour Bidar tout comme ceux de Philippe Godin ont éclairé d’une nouvelle lumière plusieurs interrogations qui m’embrouillent l’esprit. Interrogations qui se moquent de la fameuse frontière entre vie personnelle et vie professionnelle.

 

Bien au-delà des questions d’Islam, cette conférence abordait des questions que je juge importantes et c’est ce qui m’a poussé à en partager certaines conclusions via ce blog. En effet, c’est au contact des étudiants qui me livraient leurs analyses mais aussi leurs craintes ou leurs doutes faisant écho aux miens que je réalisais l’absurdité de nos existences dans certains de leurs aspects. En enseignant Zygmunt Bauman et son concept de modernité liquide, j’invitais les élèves à se pencher sur l’insécurité immense qu’elle engendrait ; ces derniers parvenaient aux mêmes conclusions que le philosophe en déplorant que « Dieu –soit- mort » dans nos sociétés.

 

« C’est en se mesurant aux dieux que l’on prend la mesure de sa démesure »

 

Ainsi, le propos de Bidar, lui-même enseignant en classes préparatoires et philosophe était très différent de celui, habituel, des hommes de foi. En rappelant ses propres origines Clermontoises et l’influence exercée par Blaise Pascal dans sa construction intellectuelle, le conférencier posait le cadre : le but n’était pas de jouer le rôle d’un quelconque VRP des cultes monothéistes mais de s’interroger sur ce que la spiritualité révèle à l’Homme de lui-même. Se référant à son illustre ainé, Bidar retenait cette phrase : « l’Homme passe infiniment l’Homme ». Cette analyse de l’importance du spirituel dans nos vies se retrouve dans une définition que donne Bidar de ce qu’est la religion : il y a selon lui religion lorsque l’Homme se relie à lui-même, se relie à l’autre, se relie à l’univers et à un dieu. « L’être humain se met en chemin et fait l’expérience que ce lien est nourricier » (sic). Il est aisé de constater la puissance d’une telle réflexion et son pouvoir régulateur de sociétés en crise : n’y a-t-il pas là un encouragement à la fraternité, au respect de la planète et des ressources que nous avons en partage, à un recentrage sur soi et non sur la course vers je ne sais quel nouvel objectif consumériste ?

 

De cette vision, j’ai retenu une approche nouvelle et un plaidoyer vivifiant pour un retour vers toutes formes de spiritualités. Les dieux, quels qu’ils soient, étant en quelque sorte une construction de l’Homme afin qu’il se montre à la hauteur de son dessein. Croire en un dieu est selon Bidar un moyen de se mesurer à ce dieu, donc de s’extirper d’une condition prosaïque (Edgar Morin regrette par exemple la dérive du monde vers le prosaïque et une forme d’abandon du poétique alors que ces deux aspects sont essentiels) pour s’élever vers les possibilités infinies offertes à l’Homme. Retour à la pensée de Pascal pour lequel l’Homme passe (au sens de « dépasse ») infiniment l’Homme. L’absence de spiritualité prive ainsi l’existence de cette transcendance qui est d’abord celle de soi. Vient dès lors la fameuse « quête de sens » : un meilleur travail, un meilleur pouvoir d’achat, un couple ou une famille idéaux (alors qu’ils sont souvent réduits à la somme des individus qui les composent), un exil là où l’herbe est plus verte, des fantasmes (ah ! les trente glorieuses !).

 

Pourtant, n’y a-t-il pas de repli religieux « spectaculaire » ces dernières années, avec les dégâts que l’on sait ?

 

J’insère dans la suite de ce post la conférence dans son intégralité car il n’est pas aisé en quelques lignes de résumer les débats autour de cette question de la « crise de foi », au sens de l’excès. Ce que Bidar décrit, en particulier dans son analyse de la pratique du culte musulman, c’est un retour désordonné vers le dogme sans passer automatiquement par la spiritualité. Alors que « le but est dans le chemin » selon Lao Tse, le mode d’exercice de la religion apparaît comme la quête d’une perfection factice : je veux fabriquer une vie à l’image du prophète sans me poser de question de contexte ou d’évolution, laver plus blanc que blanc en somme. Ainsi, ce qu’il y a d’élévation « poétique » ou philosophique dans la spiritualité est balayé par des considérations prosaïques : adieu la philosophie, bonjour la prescription ! Car c’est là ou le bât blesse : il y a manifestement un grand besoin de la religion comme chemin nous guidant vers une transcendance de nos quotidiens mais le trouble de notre époque conduit les plus désoeuvrés vers un appauvrissement considérable de celle-ci puisqu’ils en font une lecture bornée et juquauboutiste. « Quand le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt »…

En quoi la prescription est-elle si condamnable, objectera-t-on ? Ces habitudes communes ne sont-elles pas un ciment pour les fidèles d’un culte ? Sans le nier, je rejoins l’analyse de Bidar et de bien d’autres qui enjoignent à dépasser le code pour accéder de nouveau aux bienfaits de la spiritualité débarrassée des culpabilités et des menaces (ah ! ces flammes de l’enfer…). Le défaut (ou le « déficit » tout du moins) de la prescription est d’installer les pratiquants dans des certitudes. Nul besoin de s’interroger réellement, de philosopher, puisqu’on se rassure dans sa pratique rigoureuse. Dans « bête et discipliné », il y a le mot « bête ». Et je confesse (le propos s’y prête) trouver affligeant de bêtise ces manifestations ostensibles de religiosité dans les rues de Paris, d’Alger, de Singapour ou de Londres. Non pas que je sois intolérant à la foi exacerbée, mais un peu tout de même : pourquoi avez-vous besoin qu’on le sache ? êtes-vous donc si peu convaincu par la direction que vous avez fait prendre à votre vie que vous dussiez convoquer le folklore vestimentaire ou sonore ?

 

Quel lien avec les questions d’éducation ?

 

Ces questions de spiritualité participent de cette recherche parfois désordonnée d’un chemin ; la fameuse « quête de sens ». Or, lorsqu’on se pique d’ajouter « positive » au mot « laïcité », lorsqu’on instaure un climat de méfiance et de suspicion, qu’on se remet à parler de « bons français », on touche aux fondations républicaines d’un grand pays.

L’étudiant n’est pas extérieur à la société, évidemment. Selon moi, il est de surcroit très sensible à « l’ambiance générale » et ces questions le concernent éminemment à l’heure des grands choix; ces choix qui conditionneront son début de carrière et donc, parfois, le sens donné à sa vie. La quête de sens est centrale dans l’appréhension de leur futur professionnel par les étudiants et jeunes diplômés. On peut les appeler « génération Y » ou autre, peut-être pour les placer dans une case et s’exonérer d’une réflexion plus profonde. Je les pense quant à moi « hyper sensibles » aux fractures des sociétés auxquels ils appartiennent. Ceci s’exprimant différemment selon les cas.

Aujourd’hui, le débat sur la religion s’invite partout mais s’y invite n’importe comment. Il est une nouvelle passion française comme le rappelle Bidar. Passion inquiétante cette fois.

 

 

L’INTÉGRALITÉ DE LA CONFÉRENCE :

https://oratoiredulouvre.fr/audio-mp3/abdennour-bidar-quel-humanisme-partageable-entre-islam-et-occident.php

Pour le meilleur et (parfois) pour le pire : l’éducation

Posted by mbenkalfate on janvier 20th, 2015 under Non classé  •  No Comments

Les terribles évènements de la rentrée m’ont rappelé de bien mauvais souvenirs. Ceux d’une adolescence passée dans l’Algérie ensanglantée par le terrorisme islamiste qui frappait les esprits, tétanisant les foules.

La situation en Europe et dans le monde n’est pas si différente de ce qu’elle fut en Algérie. Le terrorisme est « le pire de l’Homme ». L’on peut espérer la prison, la peine de mort, l’expulsion ou je ne sais quoi d’autre pour soulager une pulsion et répondre à une émotion, l’effroi, par d’autres émotions qui suscitent la violence. Mais heureusement ou malheureusement, pour sortir de ce type de marasme, seule l’éducation est efficace.

Dans le passé, je me suis souvent trouvé seul dans mes disputes avec les partisans des solutions radicales; pour ceux-là, « il faudrait -toujours- que ça pète une bonne fois pour toutes ». Ils souhaitent, bravaches, la guerre ou la révolution oubliant ce que sont les ravages consécutifs. Je me suis souvent trouvé seul, aussi, dans mes autres disputes avec les angélistes pour lesquels le mal n’existe pas, tout comme n’existent pas les traditions, les cultures, les habitudes etc. Tout ne serait qu’affaire de niveaux de vie, de revenus et les manifestations d’une religiosité inquiétante seraient un symptôme de plus qui ne devrait pas inquiéter outre mesure. Aucun problème avec l’Islam en France selon eux : « Circulez, y a rien à avoir! », comme dirait l’autre…

Je caricature, bien sûr! Néanmoins, je suis convaincu que l’échec qui aboutit à la barbarie commise par ces enfants de France est celui des mauvais diagnostics évoqués ci-dessus. Je suis également convaincu que l’éducation de ces jeunes, tentés par la radicalité et mus par la haine de leur pays, n’est pas n’importe quelle éducation ; trêve d’improvisation!

Le manque de culture politique et civique dans les pays arabes m’a toujours frappé. Des personnes remarquables dans leur façon d’appréhender la vie à leur niveau individuel ou familial peuvent tenir des discours sidérants dès qu’il s’agit d’analyses plus larges. Le rapport aux règles, aux lois et à la vie en communauté est très lâche: « Faites comme je dis mais pas comme je fais ». Aussi, le vote qui traduit le choix d’options pour la cité, le respect des règles décidées par une majorité, l’adaptation aux codes de pays dans lesquels on décide de s’établir, la laïcité qui est la garantie que chaque foi puisse s’exprimer sans empiéter sur la liberté d’autrui (toute la liberté d’autrui), la séparation des pouvoirs etc. représentent des défis pour le nouvel arrivant. Ce fonctionnement de la société d’accueil ne va pas de soi, loin s’en faut et il faut repenser l’école pour transmettre ces valeurs ; il est insupportable d’entendre autant d’arabes-musulmans affirmer que « les français ne nous aiment pas » lorsqu’ils sont eux-mêmes français, nés sur le sol Hexagonal. Cette « schizophrénie » est une des grandes affaires de l’école de la République qui doit fabriquer des citoyens français, pleinement français.

Dans cet abime de perplexité, une lueur d’espoir : nous devons réussir, il n’y a pas le choix.

 

Les concours à choix multiples

Posted by Mustapha Benkalfate on novembre 7th, 2014 under Non classé Tags: , ,  •  3 Comments

Les concours d’entrée dans les grandes écoles par la voie parallèle cartonnent. De plus en plus d’élèves choisissent cette solution pour donner à leur CV le prestige nécessaire à la réalisation de leurs ambitions. Nous le savons très bien puisque notre métier est d’aider ces nombreux candidats et que nous avons la chance de le faire avec beaucoup de succès.

La vie est belle, donc ? Eh bien! pas tout à fait. De plus en plus, les écoles les plus prestigieuses choisissent de sélectionner leurs futurs élèves via une étude de dossier, incluant le plus souvent un QCM d’anglais et un QCM de logique. Les thèmes et versions, les dissertations, les synthèses, les mémoires et autres moyens de sélection « sérieux » sont abandonnés sur l’autel de l’efficacité et de la simplicité.

Moi même ancien candidat aux concours en admissions parallèles, je vois dans la généralisation de ces méthodes de sélection de réels inconvénients ; je le dis ici alors que cela ne va pas dans le sens de mes intérêts professionnels.

1- Le concours sans concours ou la symbolique oubliée

Je constate la difficulté grandissante pour certains élèves de se projeter au sein d’une école dès lors qu’ils n’ont pas à se déplacer dans les locaux pour passer leurs épreuves; qu’ils n’ont pas à travailler sur des sujets d’annales de cette école; qu’ils ne doivent pas assimiler les consignes spécifiques au concours de l’école visée. Ainsi, certaines écoles sont tout simplement zappées par des candidats potentiels malgré les très grands atouts qui sont les leurs : « je passe mon Tage et mon Toeic et je m’inscris à une ou deux écoles », nous disent nos élèves. Ils ne font pour certains même pas l’effort de se renseigner sur les écoles. Ils sont ainsi plus investis dans les révisions des banques d’épreuves comme Tremplin ou Passerelle car il s’agit de « vrais concours » (sic).

Le concours revêt une dimension symbolique très forte. Heureusement, il reste encore les grands oraux d’admission pour « lier » le candidat émotionnellement à sa future école.

2- Le choix de l’aléa

Les QCM, c’est l’aléa roi! Selon les sujets, des élèves qui ont des niveaux très proches peuvent obtenir des notes très différentes. Tout le monde sait que, selon la date de passage du Tage Mage, les écarts peuvent être importants.

Avantage d’imposer la même date et le même sujet à tous les candidats : l’équité. Mais ce serait trop beau pour être mis en place systématiquement…

3- Le choix de l’arbitraire

Le dossier de candidature (notes, lettres de recommandation, lettres de motivation, CV) comme épreuve reine, c’est l’un des plus puissants moyens de stimuler l’auto-censure des candidats! Ne comprenant pas la façon dont les écoles peuvent distinguer les prétendants, ils se tournent vers de « vrais concours à la régulière » (sic). On ne peut leur reprocher ce raisonnement tant l’opacité règne : comment distinguer un 11/20 de moyenne à Assas d’un 13,5 de moyenne à Clermont? comment distinguer un 14/20 en éco-gé à la Sorbonne d’un 11,5/20 en droit à Aix-en-Provence? comment valorise-t-on un stage « bofbof » chez l’Oréal par rapport à un CDD chef de rang à la Brasserie du Pirate?

4- La reproduction sociale

Les moins avantagés socialement sont rebutés par tant de zones de flou et cette organisation des concours conduit à une homogénéisation sociale. Trop compliqué pour ceux qui ne sont pas bien aiguillés. Dès lors, adieu les hautes ambitions. C’est encore « Mozart qu’on assassine ».

Alors nous pouvons exhorter nos candidats à présenter ces concours, insister pour qu’ils comprennent qu’ils ont leur chance… Nous sommes une prépa privée et notre influence se limite à nos élèves. D’où ce post…

Je le lis comme je le pense

Posted by Mustapha Benkalfate on novembre 4th, 2014 under Non classé Tags: , , , , , , ,  •  No Comments

Alors que la ministre de la culture se faisait épingler pour son inculture supposée, une question me taraude: sommes-nous entrés dans une époque où, progressivement, on ne lira plus de livres? Je m’inquiète de constater à quel point mes élèves préfèrent, pour réussir une épreuve de dissertation de culture générale, fabriquer un dossier constitué d’articles plutôt que de s’attaquer à la lecture d’un essai. Et je m’alarme lorsque je réalise que moi-même, comme notre ministre -soyons fous!-, n’est plus guère le temps de lire qu’en vacances.

J’abhorre pourtant les analyses faciles, les dictons et autres aphorismes fruits de la douteuse sagesse populaire (« école de l’impuissance et de la résignation »), les raccourcis journalistiques mal documentés etc. Se plonger dans la lecture d’un ouvrage, c’est examiner un édifice intellectuel : l’on peut épouser sa thèse ou pas, on ressort grandi de cette confrontation de nos idées avec la démonstration de l’auteur.

En cela, je trouve salutaire qu’un Zemmour développe ses théories fumeuses dans des livres et ne se contente pas de provocations cathodiques ou radiophoniques…

Le « droit » au bonheur

Posted by Mustapha Benkalfate on novembre 4th, 2014 under Non classé Tags: , , ,  •  No Comments

Je lis en ce moment « Origines » d’Amine Maalouf où se trouve ce merveilleux passage :

« J’ai l’intention de faire de cette photo plus jaune que sépia un tirage fidèle, pour l’encadrer et l’accrocher sur le mur de ma chambre. Il s’en dégage un bonheur espiègle qu’on associe rarement aux ancêtre disparus. Ils recevaient de la vie moins que nous n’en recevons mais ils en attendaient beaucoup moins aussi, et ils cherchaient moins que nous à régenter l’avenir. Nous sommes les générations arrogantes qui sont persuadées qu’un bonheur durable leur a été promis à la naissance -promis? mais par qui donc? »

Comme toujours avec cet auteur de génie, tout est dit en peu de mots…

Une fois dans ma vie, être d’accord avec Attali

Posted by Mustapha Benkalfate on octobre 29th, 2014 under Non classé Tags: , , , , ,  •  No Comments

Quand je discute avec nos élèves ou avec nos jeunes recrues au bureau, je suis surpris par leur inquiétude conjuguée à leur défaitisme. Comme si, à mesure que la crise et/ou ses effets se faisaaient le plus ressentir, ces jeunes travaillaient moins… « Plus c’est dur, moins je me bats », aurait-on envie de caricaturer.

Me revient alors ce discours quasi-messianique que Jacques Attali  développe en ce moment (c’est son goût pour la posture d’oracle qui me le rend antipathique d’habitude). Il invite les Français et en particulier les jeunes à « Devenir soi », à « prendre le pouvoir sur leur vie ». Je le rejoins en exhortant, chaque fois que je le peux, la jeunesse à cesser d’attendre qu’on lui serve une sortie de crise sur un plateau, mais à exploiter les potentialités du moment pour transcender le quotidien.

Le redressement collectif passe par l’ambition de chacun de faire mieux, de balayer devant sa porte. Il est devenu courant puisque commode de jeter l’anathème sur les uns ou sur les autres. Haine vis-à-vis des riches, haine vis-à-vis des étrangers, haine vis-à-vis des concurrents internationaux, haine vis-à-vis des représentants politiques… Je me souviens d’un match de tennis durant lequel un joueur, conspué par un groupe dans le public, s’est arrêté et a tendu la raquette à l’un de ses détracteurs pour proposer : « tu viens jouer à ma place? ». Ça calme…

Dans mon métier, je rappelle aux élèves que nous attendons beaucoup d’eux car ils ne font pas assez dans leurs cursus actuels : pourquoi viser des écoles prestigieuses et onéreuses si c’est pour ne rien changer en vue d’y accéder? Le concours est une sorte de rite initiatique : « encaisser » la pression, travailler beaucoup, s’organiser, résister etc. Prendre le pouvoir sur ses études et donc un peu sur sa vie en somme…

Enseignement 2.0 : « Ce qu’on ne peut changer… »

Posted by Mustapha Benkalfate on octobre 28th, 2014 under Non classé  •  No Comments

L’une des vertus des week-end loin de Paris est de ne point rencontrer de Parisiens…

Loin de mes pénates, donc, j’ai pu discuter avec des enseignants exerçant leurs talents l’une dans une école primaire privée, l’autre devant des étudiants en médecine et le dernier dans une grande école d’ingénieur. Drôle de rencontres, échanges fort intéressants.

Nos débats ont tourné essentiellement autour des élèves, des difficultés que nous rencontrons maintenant qu’il faut se battre contre des écrans qui se sont multipliés ; smartphones, tablettes, ordinateurs sont partout dans les amphis et le temps où la télévision était accusée de tous les maux est presque évoqué avec nostalgie.

Pourtant, ce temps nouveau même s’il nous bouscule est porteur d’un immense potentiel : c’est la révolution de la transmission du savoir. Internet change tout. Internet nous rappelle nos défaillances (même si nous pouvons aussi nous souvenir de nos vertus). Internet abolit les frontières. Au fond, avec le savoir via Internet, pourra-t-on encore penser que « c’est Mozart qu’on assassine »?

Je considère en tout cas que, même s’ils sont très différents de leurs ainés, les élèves d’aujourd’hui rendent notre métier moins monotone : ils nous « challengent » en permanence et nous interdisent le train-train. Nous ne sommes pas les dépositaires exclusifs du savoir et nous devons envisager un cours comme une sorte de soutenance, de grand oral. Fatiguant? Certes, mais stimulant aussi.

« Puisque ces mystères me dépassent, feignons d’en être l’organisateur »…

P.S.: Rassurons nos lecteurs, les enseignants ne passent pas tous leur week-end champêtres en compagnie de collègues. Nous ne sommes pas médecins, voyons!

Pourquoi les rentrées sont-elles toujours aussi agitées?

Posted by Mustapha Benkalfate on octobre 25th, 2014 under Non classé Tags: ,  •  No Comments

Voilà donc, nous y sommes : c’est la 10ème promotion de candidats formés PGE-PGO que nous préparons en cette rentrée 2014-2015. Chaque année depuis 10 ans, j’ai songé : « nous avons eu les meilleurs résultats possibles l’an dernier, tous nos cours et toutes nos méthodes sont prêts, le corps professoral est parfait…oui, cette année, c’est sûr, ça va rouler sans grands efforts! ».

Et chaque année ou presque, je me suis trompé!

L’on pourrait donc considérer qu’il s’agit là d’une « malédiction » PGE-PGO, d’une mauvaise organisation peut-être, d’une vision déformée de la réalité etc. etc. Et bien! j’en doute. En effet, avec le temps et l’extension de mon réseau amical de directeurs d’écoles, de patrons de prépas ou de respnsables masters, je constate que nous vivons tous à peut près les mêmes situations.

Pourquoi donc ces rentrées « Rock’N’Roll » sont-elles caractéristiques de notre activité? Hypothèses…

1- parce que nous avons de grandes responsabilités vis-à-vis de nos élèves; nous n’exerçons pas n’importe quel métier, surtout lorsqu’il s’agit de concours!

2- parce que l’environnement des concours est changeant : pas une rentrée sans que une ou plusieurs épreuves phares soient modifiées.

3- parce que nous avons toujours la crainte de faire un peu moins bien que les années précédentes (ah! cette boule au ventre que nous avons avant chaque cours ou avant chaque stage intensif de formation…).

4- parce que les élèves sont toujours très inventifs lorsqu’il s’agit de faire des bêtises.

5- parce que l’été fait oublier combien les années précédentes ont été éprouvantes; on se demande à chaque rentrée comment on a pu faire pour les précédentes…

Il y a certainement d’autres hypothèses mais je conclurai ce post amusé par le conseil d’un de mes illustres collègues : « Ne prends jamais une décision en période de rentrée scolaire ; bonne ou mauvaise, ne te décide jamais en cette période, c’est traître! »

 

De la joie de se sentir utile

Posted by Mustapha Benkalfate on juillet 22nd, 2014 under Non classé  •  No Comments

Lors de mon entretien d’admission au sein de l’école où j’ai achevé ma scolarité, j’avais répondu à la question sur la grande ambition de ma vie: « je veux être docte et utile ». Si je suis encore très loin d’avoir assouvi mon premier désir, j’ai la chance de me lever le matin en sachant à quoi servira mon énergie de la journée. C’est un luxe dont j’ai bien conscience et je suis très heureux de constater à quel point cette ambition d’utilité s’est répandue.

Ce changement d’approche par rapport aux choix professionnels (même si je ne voudrais pas laisser croire que le cynisme valait naguère plan de carrière) est rafraichissant et noble. Il faut encourager cette démarche et non moquer ou dénigrer l’ambition des plus idéalistes. « Le grand homme politique est celui qui perd ses illusions sans jamais perdre ses idéaux », disait JFK. Que cette noble philosophie essaime est heureux et les enseignants que nous sommes devons accompagner ce type de changements.