Classes préparatoires : et si nous parlions plutôt de compétences ?

Publie par philippe.jamet le mai 2nd, 2012 dans la categorie Enseignement supérieur  •  Pas de commentaires

Le débat actuel, souvent houleux, que suscite le système des classes préparatoires aux grandes écoles, « enfer » pour certains (façon Marie Despléchin), « fabrique à frustrés » pour d’autres (façon Bruno Sire), occulte une question essentielle, objective, à savoir si ces classes forment à des compétences particulières et, en corollaire, si ces compétences sont par ailleurs disponibles dans l’offre française d’enseignement supérieur de premier cycle.

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Ecoles, le développement durable vous va si bien…*

Publie par philippe.jamet le avril 28th, 2012 dans la categorie Enseignement supérieur  •  Pas de commentaires

Pour les Ecoles, le développement durable est bien autre chose qu’un effet de mode. Il renvoie pour elles à des valeurs fondatrices. La meilleure manière, pour nos Ecoles, de contribuer à la mise en œuvre des politiques de développement durable consiste donc à cultiver et à promouvoir ces valeurs. Je voudrais ici insister sur trois aspects fondateurs de l’identité des écoles dont les connexions avec les enjeux du développement durable sont particulièrement riches.

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Plagiat : faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais…

Publie par philippe.jamet le mars 17th, 2012 dans la categorie Enseignement supérieur  •  Pas de commentaires

C’est avec raison que le plagiat, pratique qui consiste à s’approprier l’œuvre d’autrui pour sa propre gloire, est universellement dénoncé comme contraire à l’éthique élémentaire.

On peut cependant s’étonner de l’impunité relative et même de la reconnaissance dont il jouit dans certains domaines, par rapport aux rigueurs aux sanctions qu’il se voit justement opposer dans le domaine scientifique et académique.

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Surveillance des examens dans les écoles supérieures : pour un aggiornamento

Publie par philippe.jamet le mars 11th, 2012 dans la categorie Enseignement supérieur  •  1 Commentaire

Parmi les principes centraux du projet pédagogique des Ecoles de l’enseignement supérieur, figurent l’autonomie, l’initiative et l’intelligence des situations. J’ai déjà eu l’occasion d’exprimer, dans ce blog, une préoccupation quant à la part, selon moi insuffisante, que prend la culture de la responsabilité dans l’éducation à la française en général (cf. “Réflexions sur le droit à l’excellence”).

L’enseignement supérieur ne peut, à lui seul, corriger un déficit accumulé tout au long de la chaine éducative, de la maternelle au baccalauréat. Mais il a au minimum pour obligation de ne pas ajouter à ce déficit en exploitant toutes les situations pédagogiques susceptibles de favoriser la culture et l’exercice de la responsabilité par ses étudiants. Or, il y a à cet égard des marges de progrès évidentes.

Je voudrais aujourd’hui évoquer la question du contrôle de connaissances dans nos Ecoles et plus précisément la surveillance des examens, dont on ne mesure peut-être pas suffisamment le paradoxe qu’elle représente au regard de la volonté qu’ont nos établissements de former des personnalités responsables et adaptées au monde d’aujourd’hui.

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La culture générale est une arme qu’il faudrait assortir d’une licence

Publie par philippe.jamet le janvier 24th, 2012 dans la categorie Enseignement supérieur  •  5 Commentaires

La décision de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris de supprimer l’épreuve de culture générale, afin de corriger les effets discriminants de cette épreuve envers l’origine sociale des candidats, a provoqué des réactions épidermiques et outragées.

A vrai dire, ce n’est pas le débat autour de cette décision qui m’intéresse, mais plutôt son objet central, la culture générale. Je n’ai pas l’impression que tout le monde s’en fasse une représentation identique et, surtout, il me semble que ce débat focalisé sur l’usage de la culture générale dans la sélection à l’entrée, élude la question de son usage après la sortie. Lire la suite »

Compétences pour le développement durable *

Publie par philippe.jamet le janvier 20th, 2012 dans la categorie Enseignement supérieur  •  Pas de commentaires

La question des compétences “développement durable” se décline à trois niveaux pour nos universités et nos écoles : Formations, Recherche et Exemplarité environnementale.

Elle se pose dans un contexte qui n’est pas toujours porteur. Par exemple, en matière de recherche, une importance excessive accordée aux critères académiques dans l’évaluation des laboratoires et des enseignants-chercheurs, entretient davantage un certain conformisme thématique qu’elle ne favorise l’innovation pluridisciplinaire nécessaire à la prise en compte du développement durable.

Formations

Tous les établissements d’enseignement supérieur français, ou presque, ont fortement accru leur offre orientée “développement durable”, avec deux orientations non exclusives : (1) développer une offre de formation spécialisée, (2) introduire une dimension “développement durable” dans tous les contenus et les programmes éducatifs

Je voudrais mentionner deux exemples d’initiatives de formation en réseau parmi beaucoup d’autres :

1) l’Université Virtuelle du Développement Durable (UVED), Université Numérique Thématique, associant de nombreuses universités et écoles pour le développement de cursus et le partage d’expériences à destination des étudiants et des enseignants

2) l’International Advanced Master in Environmental Management (ENVIM), porté par Mines ParisTech, Insa de Lyon, l’université Tsinghua et l’université de Pennsylvanie, dont le but est de promouvoir la dimension multiculturelle, au niveau du recrutement (franco-chinois-américain) et de la formation (une partie en Europe, une partie en Chine)

Exemplarité institutionnelle

Les enjeux pour nos établissements ne relèvent pas uniquement d’une logique économique ou de marketing. Ils sont directement liés à leur cœur de métier, l’éducation.

Un établissement d’enseignement supérieur est globalement un outil éducatif, c’est-à-dire que toutes ses fonctions, sans exception, participent à la formation des étudiants, pour le meilleur ou pour le pire. De ce fait, nos établissements ne peuvent pas durablement vitre sur un décalage entre les principes et les bonnes pratiques qu’ils professent d’une part et la manière dont ils fonctionnent d’autre part. Cela est vrai pour la gestion, pour la gouvernance, comme pour le développement durable.

Le référentiel “développement durable” élaboré par la CGE et la CPU comporte un axe formation. Mais, plus globalement, tous les axes sont en relation avec l’impact éducatif de l’établissement.

Un “TOEFL” du développement durable ?

Quelques réflexions et suggestions pour conclure. Nous voulons placer la responsabilité sociétale au centre de a stratégie et des principes d’action de nos établissements. Conséquence, prioritaire, nos universités et nos écoles doivent plus que jamais être des lieux d’apprentissage et d’exercice de la responsabilité. Ce ne sont pas les opportunités qui manquent : l’apprentissage par projets, les ateliers de design, l’engagement dans les activités de la vie étudiante en sont des exemples. Mais ces contributions à l’éducation à la responsabilité ne sont pas toujours suffisamment portées au crédit des études.

Beaucoup de chemins conduisent au développement durable, et pas seulement ceux qui en marquent la direction. Il serait utile d’élaborer un référentiel pour prendre en compte, dans la sanction des études, la diversité des parcours, sous la forme par exemple d’un bilan (un TOEFL du développement durable) ou d’une validation des acquis de l’expérience.

De même qu’il n’est plus imaginable qu’un étudiant de l’enseignement supérieur puisse recevoir son diplôme sans une maîtrise attestée de l’anglais ni une expérience substantielle à l’étranger, il ne devrait pas être imaginable dans un avenir proche que ce même étudiant ne puisse faire état d’une compétence concrète et opérationnelle en lien avec le développement durable.

L’éducation à la responsabilité

Nos établissements auraient tout intérêt à élargir leur champ de vision pour embrasser l’éducation à la responsabilité dans toute la chaîne éducative et non pas seulement se concentrer sur ce qui relève de l’enseignement supérieur. Situés au bout de la chaîne éducative, ils héritent non  seulement des acquis, mais aussi des déficits de leurs étudiants. On conçoit qu’en agissant sur toute la chaîne, et non pas simplement sur sa terminaison universitaire, on optimise les efforts éducatifs à consentir pour combler ces déficits. On peut même rêver de les prévenir.

Or dans ce pays (il n’est pas le seul), l’éducation pré-universitaire demeure très dirigiste, sanctionnante à l’excès et trop peu ouverte à la prise de parole, aux publics atypiques et à la valeur pédagogique de l’erreur. Rien d’étonnant à ce constat que la chaîne éducative fasse aboutir dans les universités et les écoles des générations insuffisamment innovantes, entreprenantes et prêtes à assumer des risques, autant de valeurs indispensables à une culture efficace du développement durable.

Nos établissements doivent donc trouver de nouvelles voies pour s’investir dans les réformes nécessaires de l’éducation pré-universitaire, favorisant une éducation à la responsabilité au sens large et à la responsabilité sociétale en particulier.

* Intervention à l’atelier “quelle adaptation des compétences pour répondre aux enjeux de la société de demain ?” - Colloque CPU/CGE “ECO-CAMPUS”, UNESCO, Paris, 19-20 janvier 2012.

Le retour des tatoués

Publie par philippe.jamet le décembre 22nd, 2011 dans la categorie Enseignement supérieur  •  Pas de commentaires

L’AERES vient donc d’annoncer l’abandon de la note globale des unités de recherche au profit d’une courte « appréciation d’ensemble » (dépêche AEF n°159690 du 15/12/2011).

On aura remarqué que les systèmes de notation, ces temps-ci, ne sont plus vraiment en odeur de sainteté. Et il aurait été dommage, pour la science et pour l’harmonie du monde académique, qu’un organisme chargé d’évaluer ses pairs finît par être l’objet de cette vindicte populaire qui frappe les Moody’s, Fitch et autres Standard & Poor’s. Ce repli de l’AERES sur des principes plus raisonnables aurait-il un rapport lointain avec les tracas des dettes souveraines ? Peu importe : cette nouvelle sera sans doute bien accueillie par la communauté universitaire, si l’on en juge par les critiques et les insatisfactions qui se manifestaient à l’égard du système de notation des unités de recherche.

Ici et là en effet, dans les unités et dans les établissements, des collègues questionnent pêle-mêle, qui la subjectivité des évaluations ; qui la prime aux métropoles ; qui le symbolisme rudimentaire et la rigidité de la note ; qui le plombage, par des notes faibles, d’unités jeunes, ou pluridisciplinaires, ou positionnées sur des thèmes “à risque” ou émergents, véritable frein à l’innovation ; qui la perte de sens au profit d’une politique d’indicateurs, et par dessus tout l’emploi qui pouvait être fait de ces notes dans les choix et les orientations de la politique scientifique nationale. En bref, des procès s’élevaient de toute part, en subjectivité, en académisme, en réductionnisme et même pire, en légitimité, y compris au sein d’unités “bien notées”.

Soucieuse de cohérence, l’Agence jette un regard dans le rétroviseur et annonce la mise en place d’un groupe de travail chargé d’étudier les voies et moyens de “limiter le risque du ‘tatouage’ injustifié du fait des notes globales déjà attribuées”. Ce point est particulièrement important pour que des unités moins favorablement évaluées à l’issue des précédentes vagues ne soient pas en outre durablement lestées par une mauvaise image dans leur efforts pour gagner en qualité.

L’Agence ne pourra cependant pas corriger certains dommages, je le crains irréversibles, de l’effet tatouage qu’elle évoque à juste titre. Voilà bientôt deux ans que le “ni B, ni C” (et même, dans certains cas, le “ni A”) est l’un des critères sous-jacents de la sélection des unités invitées à participer aux Investissements d’Avenir, avec parfois au niveau des sites universitaires l’apparition de phénomènes d’autocensure et des renoncements dommageable à la qualité et à l’originalité des projets.

Nous étions pourtant quelques uns à soutenir qu’on ne pouvait d’un côté espérer un retour sur investissements important à long terme en ne s’autorisant de l’autre côté que des placements prudents sur des valeurs sûres.  Le rétropédalage de l’AERES intervient donc alors que le tri des tatoués est déjà très avancé. Il ne reste donc plus qu’à espérer que les autorités scientifiques de ce pays consentiront à élargir leur champ de vision au-delà de l’horizon de l’excellence officielle et reconnaîtront, d’une manière ou d’une autre, que certains paysages pour l’instant méconnus méritent aussi le détour.

Réponse d’un abruti à un triste Sire…

Publie par philippe.jamet le décembre 12th, 2011 dans la categorie Enseignement supérieur  •  9 Commentaires

J’invite celles et ceux qui douteraient encore de la persistance d’un certain aveuglement haineux de la part de responsables éminents de l’enseignement supérieur envers les grandes écoles, aveuglement dont je me navrais dans un récent billet (”Scandale de la vérité“) à lire l’interview que le professeur Bruno Sire, président de l’université de Toulouse I vient d’accorder à Educpros.

On saluera l’élégance des propos de ce Monsieur envers les 250.000 étudiants des écoles d’ingénieurs et de commerce et les 80.000 élèves de classes préparatoires, ces suppôts d’unsystème scandaleux où tout se joue sur les bulletins de 1ère“, ces produits d’unesélection qui abrutit les jeunes et crée des générations de frustrés.

Plutôt que d’entretenir cette opinion morbide, plutôt que de se complaire à des dénonciations qui se voudraient fracassantes, mais ne sont qu’insensées et déshonorantes, Monsieur Sire devrait plus fréquemment visiter nos écoles : il y rencontrerait, à tous les niveaux, des étudiants souriants et enthousiastes, dont plus de la moitié d’ailleurs ne sont pas issus des concours et qui sont une des fiertés de notre système éducatif… Mais il est de ceux que cette réalité dérange, qui préfèrent surfer sur la vague de leurs préjugés, échos contemporains de ces antiques académiciens qui juraient férocement, en dépit des évidences, que la terre était plate.

Certains observateurs avaient noté, à l’occasion des résultats Labex première vague, que l’auteur de ces propos diffamants entretenait des relations problématiques avec les systèmes de sélection et réclamait à leur propos certains aménagements (cf. http://www.sauvonsluniversite.com/spip.php?article4562 et http://www.educpros.fr/detail-article/h/cc3b3cc9d9/a/grand-emprunt-100-laureats-pour-les-labex.html)

Si mes propos vous heurtent, Monsieur Sire, pardonnez-moi. Je fus hélas en mon temps une des victimes de ce système oppressif et frustrant que vous dénoncez avec tant de fougue. Chaque jour que Dieu fait, rongé par d’indélébiles frustrations, je rumine des anathèmes à l’encontre de ces infâmes condisciples de taupe (dont j’ai oublié les noms), qui me surclassèrent jadis au classement de concours d’entrée dans de prestigieuses et inaccessibles écoles. Et l’on vous dira que je ne suis rien d’autre qu’un pauvre fol qui tient l’humanité tout entière pour responsable de son infortune…

Scandale de la vérité

Publie par philippe.jamet le décembre 10th, 2011 dans la categorie Enseignement supérieur  •  6 Commentaires

Il est étonnant de constater combien les faits dérangent dès lors qu’il s’agit des “grandes écoles”. Ils dérangent au point qu’on continue à trouver ici et là, sous la plume et dans les discours de personnes expertes, quantité de contrevérités et de présentations simplistes, quand ce ne sont pas des diatribes enflammées. Directeurs de grandes écoles, nous nous sommes accoutumés à cet environnement, il fait partie de notre lot commun. Ainsi les mauvaises herbes parsèment-elles l’univers du jardinier.

Passe encore lorsque les caricatures des grandes écoles émanent de compatriotes - car le fait est que nous en entendons rarement à l’étranger - motivés par une loyauté idéologique, aveuglés par l’ignorance ou victimes de leur confiance envers certains médias. Mais les mêmes caricatures sont proprement insupportables lorsqu’elles sont véhiculées par des spécialistes de l’enseignement supérieur, des personnes qui ont pourtant toutes les données du problèmes en main. Doublement insupportables, parce qu’elles violent la rigueur scientifique dont ces collègues devraient être les hérauts infaillibles et aussi parce qu’elles concourent à entretenir, et au plus haut niveau, des représentations héritées du passé et qui ne font que contrarier les évolutions actuelles de l’enseignement supérieur, notamment le rapprochement entre les universités et les dites écoles.

Quelques uns de ces collègues, parvenus au sommet de la carrière universitaire sont entrés en politique. Sur le sujet de l’enseignement supérieur, il conjuguent une autorité légitime et l’audience attentive de leurs concitoyens. Quelle noble responsabilité ! S’exprimant donc ex cathedra, nous sommes en droit d’attendre de leur part des propos objectifs et des analyses éclairées. Dès lors qu’ils se laissent aller à déformer la vérité, à dissimuler les faits, à entretenir les suspicions par des présentations biaisées, il y a de leur part non seulement malhonnêteté intellectuelle, mais abus de confiance.

C’est dans cet esprit que je réagis à ces quelques lignes signées d’un collègue universitaire et élu :

15% du budget de l’enseignement supérieur et de la recherche est consacré aux grandes écoles, c’est-à-dire à 5% des étudiants effectivement sélectionnés sur leur excellence mais où, en pratique, on ne fait que reproduire les inégalités de naissance en n’y trouvant pratiquement plus que des enfants de cadres supérieurs“.

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Perte d’autonomie, mode d’emploi…

Publie par philippe.jamet le novembre 28th, 2011 dans la categorie Enseignement supérieur  •  3 Commentaires

L’autonomie des établissements universitaires est à la mode. Pourtant, de nombreux responsables  et observateurs de l’enseignement supérieur s’interrogent régulièrement sur la réalité et le devenir  de cette valeur érigée depuis peu en principe fondateur de l’excellence et de la performance de nos universités et de nos écoles.

Récemment, un haut fonctionnaire me faisait observer que l’autonomie des opérateurs de l’Etat n’était pas une fin en soi, mais un moyen que l’Etat jugeait opportun de mettre en œuvre (ou pas) selon de simples critères de subsidiarité et d’efficacité. Propos sensé, qui renvoie l’Etat à ses responsabilités et les opérateurs (autonomes) à la suprématie de l’intérêt général.

Nonobstant ce rappel constitutionnel, l’autonomie d’un établissement universitaire étant consubstantielle à ses missions, des mesures qui aboutiraient, intentionnellement ou non, à sa restriction seraient particulièrement mal inspirées. Mieux qu’un long discours, la multitude des universités internationales dont l’excellence repose avant tout sur l’autonomie et le motu proprio achèvera de nous édifier sur la réalité de la consubstantialité dont je parle et sur les vertus ordinaires de l’autonomie académique, au niveau des établissements, des laboratoires et des enseignants-chercheurs.

Les faits démontrent que l’autonomie si elle n’est aucunement une condition suffisante de l’excellence, en est assurément une condition nécessaire. Aussi, tandis que nous sommes tous embarqués dans les grandes manœuvres de l’excellence, est-il important de nous assurer que nous progressons bien sur la route de l’autonomie dans la bonne direction.

Je soumets aujourd’hui à mes lecteurs quelques observations à ce propos.

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Réflexions autour du « droit à l’excellence » (deuxième partie) : innover dans les référentiels d’excellence, l’exemple des formations par apprentissage

Publie par philippe.jamet le novembre 6th, 2011 dans la categorie Enseignement supérieur  •  3 Commentaires

Dans les débats autour du droit à l’excellence des publics défavorisés, la question de l’accès aux classes préparatoires et aux écoles les plus prestigieuses occupe très souvent le devant de la scène. Il en est même, parmi ces institutions renommées, qui font volontiers, de « l’ouverture sociale », un élément de marketing et de visibilité médiatique.

Cette question est incontestablement importante et chargée de symbole dans une société soucieuse de l’équité et de l’égalité des chances. On ne saurait par exemple durablement s’accommoder de la surreprésentation des bacheliers issus des « cadres et professions intellectuelles supérieures » dans les classes préparatoires aux grandes écoles et dans les écoles d’ingénieurs « post-bac ». Cette catégorie y totalise en moyenne 50% des effectifs contre 6% pour les ouvriers, tandis que les proportions respectives de ces deux catégories sont de 30% et 20% chez les bacheliers de l’enseignement secondaire et de 9% et 13% dans la population française (sources INSEE et Observatoire des Inégalités). Il y a donc bien un problème de ségrégation tout au long de la chaîne éducative, une « décantation sociale » qui atteint son paroxysme au niveau du « supérieur du supérieur ».

Mais donner un poids excessif à ce problème, gloser sans fin sur cet état de fait comme le font régulièrement des médias, des observateurs et des experts du monde de l’éducation, et sur un mode, me semble-t-il, qui n’est pas toujours dépourvu d’arrière-pensées, nous enferme dans une vision polémique et statique. Voilà une énergie dilapidée en vain. Pour preuve : la situation évolue peu et on serait même fondé à se demander si cette focalisation du débat sur un aspect très partiel de l’enseignement supérieur d’excellence ne serait pas contreproductive, dans le sens où elle aggraverait la situation que l’on dénonce. Tout se passe en effet comme si l’importance démesurée accordée à ce problème tendait à renforcer des comportements inverses à ceux souhaités chez les parties prenantes : « cadres et professions intellectuelles supérieures », encouragés dans un fâcheux déterminisme éducatif, « publics défavorisés »,  confortés dans leur autocensure. Doublement contreproductive, car tandis que l’on s’éreinte sur cette question sans la faire progresser, tout ce qui en est extérieur, soit près de 90% des effectifs du supérieur, souffre d’un déficit d’attention. Lire la suite »

Echo du pays où l’herbe est (dit-on) plus verte

Publie par philippe.jamet le octobre 20th, 2011 dans la categorie Enseignement supérieur  •  Pas de commentaires

Il est toujours utile de relativiser la situation de l’enseignement supérieur français au regard de certains de ses homologues étrangers. D’autant plus utile quand les éléments de comparaison sont pris dans des pays dont l’excellence tient souvent lieu de modèle pour les évolutions en cours de notre système universitaire.

De passage ces jours-ci dans mon ancienne patrie de Washington, District of Columbia, je prends connaissance d’articles de presse reprenant des données récemment publiées par le College Board à propos de l’endettement des étudiants du supérieur. Le College Board est une association de 5900 collèges, universités et écoles secondaires dont la mission est de promouvoir l’excellence et l’équité dans l’enseignement supérieur.

Selon le College Board, les prêts étudiants ont plus que doublé dans la dernière décennie, passant de 48,7 milliards de dollars à 107,1 milliards. Pour la première fois, la dette étudiante cumulée dépassera en 2011 le trillion de dollars (1000 milliards, soit 7% de la dette des Etats-Unis et plus que la dette attachée aux cartes de crédit). La prochaine bulle du crédit aux USA pourrait bien être celle du crédit étudiant, même si  cette dette est en principe « sans risque pour le contribuable et les bailleurs », car la loi américaine interdit le recours à la faillite personnelle dans ce cas, contrairement aux emprunts immobiliers et aux cartes de crédit. Il reste que tout le risque est supporté par des jeunes qui inaugureront leur vie active avec un lourd handicap financier. Les conséquences pour les individus et pour l’économie de la nation seront lourdes, puisque cet endettement décalera dans le temps les étapes de la construction sociale telle l’accession à la propriété, l’achat d’un véhicule ou la fondation d’une famille.

Les effets de l’endettement sur le stress de l’étudiant ont été maintes fois dénoncés, stress accru par la menace permanente du défaut de paiement (plus de 9 mois de retard sur les remboursements) qui s’élève aujourd’hui en moyenne à 9%.

Cette situation préoccupante prend un tour franchement révoltant si l’on considère qu’une partie substantielle de la dette étudiante alimente des institutions à but lucratif dont la plus célèbre, l’Université de Phoenix reçoit 88% de son budget au travers de programmes fédéraux, la plupart sous forme de prêts étudiants (dont 80% de l’encours de 1000 milliards est consenti ou garanti par le gouvernement). La moitié des cas de défaut de paiement survient chez des étudiants issus d’institutions à but lucratif (for-profit) qui ne représentent par ailleurs que 10% des étudiants du supérieur. Enfin, un quart des étudiants passés par ces universités font défaut dans les trois années suivant leur sortie, ce qui soulève de sérieuses questions sur le concours des prêts étudiants à la réussite dans les études universitaires.

Les institutions à but lucratif se défendent en mettant en avant la spécificité des étudiants qu’elles accueillent, «étudiants de la deuxième, de la troisième et même de la quatrième chance » c’est-à-dire des personnes « non-traditionnelles et à risque », dont toutefois elles chargent davantage la barque, sans état d’âme…

Réflexions autour du « droit à l’excellence »

Publie par philippe.jamet le octobre 14th, 2011 dans la categorie Enseignement supérieur  •  4 Commentaires

Le 11 octobre se tenait à l’Ecole Militaire un colloque organisé à l’initiative de l’association Réussir Aujourd’hui, de l’ESSEC, de l’ENA, de l’Ecole Polytechnique et de l’Ecole Nationale Supérieure des Mines de Saint-Etienne sur le thème « Les études d’excellence, un droit pour tous » (sous-titre : banlieues et diversité, comment le mettre en œuvre ?).

L’association Réussir Aujourd’hui s’est donnée pour mission de vaincre les freins qui s’opposent à l’accès de jeunes élèves talentueux issus de quartiers difficiles et de milieux socialement défavorisés, à l’enseignement supérieur dans ce qu’il a de plus excellent, en particulier les écoles et instituts prestigieux. Les freins fréquemment invoqués sont : 1) la méconnaissance de l’offre de ces établissements et des diverses voies pour y accéder, 2) les phénomènes d’autocensure affectant ces jeunes, 3) les épreuves d’accès par concours dont certains éléments, notamment de culture générale, sont souvent discriminants à leur égard.

Le travail réalisé par les associations comme Réussir Aujourd’hui (www.reussiraujourdhui.fr), en partenariat avec des établissements d’enseignement supérieur et des lycées de « zones sensibles » est remarquable et illustré par de très beaux parcours. Cependant, la problématique de l’accessibilité de publics défavorisés ou « issus de la diversité » à des parcours ambitieux dans l’enseignement supérieur ouvre plus largement sur deux questions : 1) que qualifions-nous « d’excellence », 2) cette problématique est-elle vraiment spécifique aux publics sensibles ou bien est-elle révélatrice de déficits plus profonds dans l’éducation « à la française » ?

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Entracte

Publie par philippe.jamet le juillet 14th, 2011 dans la categorie Enseignement supérieur  •  1 Commentaire

Pour la communauté universitaire, la césure estivale n’aura sans doute jamais mieux mérité son nom de « trêve », dont le sens premier, rappelons-le,  est « suspension temporaire des hostilités ».

« Hostilités »… Le mot est trop fort, sans doute.  Pourtant, n’a-t-on pas assisté, dans l’année écoulée à une espèce de lutte généralisée, à ciel ouvert et sans merci entre confrères, entre unités, entre établissements, entre sites ? Des vainqueurs et des vaincus n’ont-ils pas été désignés ? N’avons-nous pas croisé ici et là des troupes s’élançant vers le front, la fleur au fusil, musique en tête et sous le regard martial et bienveillant des généraux ?

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Bon sens, suspends ton vol !

Publie par philippe.jamet le juin 10th, 2011 dans la categorie Enseignement supérieur  •  1 Commentaire

Le paysage universitaire français est pour le moins mouvant, mais le référentiel du bon sens l’est au moins autant. On peut même se demander si un couplage ne serait pas en train de s’installer entre les deux. On pourrait alors redouter que la dérive du bon sens ne fasse un jour échouer nos universités sur de tristes rivages.

Je relis plusieurs fois le contenu d’une dépêche publiée le 8 juin par AEF (N°151223) pour m’assurer que je ne suis pas victime d’une hallucination. Mais non. C’est bien d’un éminent fonctionnaire de l’Etat qu’émanent ces propos surprenants : « Nous devons trouver des clés de lecture pour expliquer aux industriels concernés ce que sont concrètement les IRT, les IEED et les SATT. C’est un sujet sur lequel nous devons travailler ».

J’ai la faiblesse de penser qu’en toutes circonstances, c’est l’Etat qui parle par la bouche d’un haut fonctionnaire. Aussi, pour qui était convaincu que les dispositifs technologiques des investissements d’avenir avaient précisément pour cibles l’innovation, l’économie et les emplois et qu’ils devaient en conséquence être construits pour et avec les industriels, c’est la douche froide. Ainsi, nous nous serions livrés à un exercice de cryptologie ? Le monde de l’enseignement et de la recherche aurait envoyé aux industriels, au lieu d’un message en clair, une note codée et nous serions mis en demeure, par les mêmes commanditaires, de mettre maintenant la main, toutes affaires cessantes,  sur une clé de décodage ?

Dans le temps, on n’avait pas de tels scrupules. Lorsque le bûcheron de Perrault conduisait ses enfants mal-nourris à leur perte dans la forêt profonde, il ne glissait pas en douce une poignée de cailloux dans la poche du Petit Poucet, tout en lui susurrant à l’oreille d’en lâcher un de temps en temps sur le sentier. Et lorsque le même Poucet choisissait la fuite, ce n’était pas sur la pointe des pieds, mais sur la semelle des bottes de Sept-Lieues. Tel était le bon sens, jadis, jusque dans les contes, ce même bon sens qu’on désespère de rencontrer aujourd’hui, dans la vraie vie.

Dans la même dépêche AEF et dans cette autre (N°151287) relatant l’audition des responsables de l’ANR devant la Mission d’Evaluation et de Contrôle de l’Assemblée Nationale, je relève plusieurs fois le mot « complexité » traité sur un mode positif. « La gouvernance des investissements d’avenir peut apparaître complexe, mais je crois qu’elle est adaptée à l’enjeu » dit une autorité de l’ANR, « il ne faut pas avoir peur de la complexité » renchérit un fonctionnaire chargé de la compétitivité et du développement des PME (dont l’esprit entreprenant, comme chacun sait, n’est maintenu en éveil qu’à grand renfort de complexité).

Comme si, dans tout ce qui se passe, la complexité était davantage l’indicateur de la réussite qu’un symptôme d’inefficacité.  Comme si, de tout temps, la puissance publique n’avait pas eu pour missions suprêmes d’éclairer et non d’obscurcir, de mettre a priori en confiance plutôt que de désamorcer a posteriori les peurs. Comme si le monde de la recherche et de l’industrie, pour se développer, n’avaient pas avant tout besoin de messages et d’instruments simples…

Mais nous sommes actuellement dans un processus logique radicalement différent. L’enseignement supérieur et la recherche étaient complexes ? Illisibles ? Incompréhensibles ? Efforçons-nous donc à neutraliser cette complexité là par une autre, dans l’espoir que l’arithmétique de la complexité transforme, elle aussi, moins par moins en plus ou que la complexité obéisse, comme l’homéopathie, au traitement du mal par le mal !

Pourtant, là encore, une certaine sagesse populaire prétendait voilà peu que les situations complexes devaient trouver des solutions simples. Et une autre affirmait, sur un mode populiste cher à Coluche, qu’un technocrate parachuté au Sahara y trouverait le moyen d’y justifier la nécessité d’importer du sable. Le même technocrate, aujourd’hui parachuté dans les Satt, avec un « A » comme « accélération » et « T » comme « transfert », crie au scandale de l’embouteillage, les deux pieds enfoncés sur la pédale de frein !

Attention, dans une telle ambiance, la sagesse Shadock va finir un jour par triompher ! Mais à vrai dire, elle gagne d’ores et déjà du terrain. Dépêche de l’AEF : un parlementaire se déclare surpris de « l’élan et du dynamisme » suscités par les investissements d’avenir. Cet élu se voit répondre en substance que la mobilisation et l’enthousiasme sont au rendez-vous dans la communauté de l’enseignement supérieur et de la recherche. Pourtant, n’avez-vous pas aussi rencontré, dans votre entourage, de ces collègues qui partent à la pêche aux investissements d’avenir animés du même état d’esprit que ces malheureux volatiles extraterrestres, avec le même soupir désabusé au coin du bec : « mieux vaut pomper même s’il ne se passe rien que de risquer qu’il se passe quelque chose de pire si on ne pompe pas » ?

L’abus d’excellence peut nuire à la santé

Publie par philippe.jamet le juin 4th, 2011 dans la categorie Enseignement supérieur  •  4 Commentaires

Quelle est votre réaction face à cette tendance qui consiste à assortir le commerce légal de substances addictives ou nuisibles de messages modérateurs à usage sanitaire ou moral ?

Je veux parler, par exemple, du désormais célèbre “fumer tue“, cet avertissement lapidaire joint à la délivrance ordinaire de tabac, sous le regard neutre du fisc et au désespoir du corps médical. Ou encore à cette mention, au bas de somptueuses affiches vantant les vertus mâles d’alcools divers et variés : “à consommer avec modération“… Ou enfin à ces sentences en forme de postludes pudiques sur fond noir ou blanc, couleurs de deuil ou d’hopital, qui concluent invariablement des clips télévisuels enjoués où s’étalent barres chocolatées, frites surgelées ou plats cuisinés : “pour votre santé, faites du sport” ou “consommez cinq fruits et légumes par jour” ?

La plupart du temps, nous gobons machinalement ces messages, avec cette résignation du passant envers l’ordre immuable des choses. Confrontés à la promotion généralisée des antidotes dans une société qui a renoncé à éradiquer les poisons, nous nous réfugions tous dans un mutisme réprobateur, forme moderne de l’art de Mithridate. Oh, bien sûr ! Nous éprouvons tous un certain malaise, nous concevons tous un peu de mépris pour ces stratégies de vente non assumées, et par ceux qui les déploient et par ceux qui les réglementent, ce mélange de cynisme et de fausse culpabilité qui accompagne le geste ou l’intention inavouable qu’on ne peut réprimer…

Mais il faut hélas se rendre à l’évidence. Dans une organisation sociale livrée aux forces supérieures de la concurrence et du profit, la différence entre l’ordre et le chaos tient à très peu de chose. Et chacun sait que le consentement des consommateurs est très versatile, qu’un rien peut le faire basculer : un scrupule, une rumeur et voilà les ventes qui s’effondrent. Aussi, l’administration continue de relaxants est-elle le corollaire quasi obligé des messages promotionnels à haute dose. Elle est un mal nécessaire.

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Les poncifs sur les grandes écoles ont la vie dure…

Publie par philippe.jamet le mai 12th, 2011 dans la categorie Enseignement supérieur  •  5 Commentaires

Dans l’espace d’une semaine nous aurons encore eu droit à un feu nourri de stéréotypes sur les grandes écoles.

Ce fut d’abord Madame Eva Joly, qui semble découvrir les Ecoles comme naguère elle découvrait l’Ecologie, et qui propose, comme mesure phare de création de valeur dans l’enseignement supérieur, de les “supprimer” purement et simplement…

Cette conception à géométrie variable des bienfaits de la biodiversité ne laisse pas de me surprendre. Biodiversité, que de crimes (contre l’esprit) on commet en ton nom !  indispensable dans les écosystèmes naturels, te voici mal absolu dans les écosystèmes universitaires… Sérieusement : n’est-il pas navrant, le spectable de personnalités sympathiques et courageuses cédant à la tentation de diagnostics simplistes et faciles ? Comme si le courage et la lucidité politique ne consistaient pas, au contraire, à écarter par principe les clichés démagogues pour reconnaître la valeur et l’intérêt de la Nation là où ils se trouvent.

Beaucoup peuvent être saisis d’un frisson désagréable, en découvrant Madame Eva Joly, qu’ils ont jadis connue juriste rigoureuse, infatigable, admirable, soudain capable de se muer en Fouquier-Tinville au prétoire de l’enseignement supérieur, administrant des sentences sommaires et expéditives sur des bases aussi minces… En l’entendant vouer aux gémonies, sans autre forme de procès, des écoles qui forment des milliers d’ingénieurs et de cadres pour l’industrie, au motif que quelques “brebis galeuses”, parmi leurs diplômés, administreraient des banques… En l’entendant affirmer, au mépris des statistiques, que les écoles sont des instruments d’exclusion.

Dans un autre ordre d’idées, j’extrais du récent ouvrage d’entretien cosigné par Monsieur Axel Kahn et Madame Valérie Pécresse (cf. dépêche AEF n°149892), cette autre affirmation à l’emporte-pièce : “le point fort des universités et que les grandes écoles ne donnent pas, à quelques exceptions près (…) c’est la formation par la recherche et à la recherche“. Il me semblait pourtant que les données publiées par un certain ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, attestaient de la part importante prise par les écoles dans les projets lauréats des investissements d’avenir. Cette observation se réconcilie assez mal avec le constat d’une recherche à caractère symbolique ou “exceptionnel” dans les dites écoles, sauf à donner un autre sens à “l’exception”.

Pour comble, entendons l’interlocuteur de madame la Ministre, qui n’a pas, lui, l’excuse d’un certain éloignement du terrain, “partager cet avis” et déplorer qu’ “alors que, dans le monde entier, le docteur d’université est le diplômé de plus haut rang recherché par les secteurs public et privé, les sociétés en France ont l’habitude de recruter en priorité, pour des fonctions de niveau élevé, des ingénieurs de grandes écoles“. Quel commentaire pour le moins surprenant ! Quand on sait par exemple que l’immense majorité de responsables des secteurs publics et privés aux USA détient uniquement un diplôme de bachelor, de master ou bien un MBA ! Et l’on fera en outre observer à notre collègue, qu’une sous-population non négligeable “d’ingénieurs de grandes écoles”, ne lui en déplaise, détient aussi un diplôme de docteur (environ 10% dans mon école, soit une proportion voisine de la proportion nationale entre les flux de doctorats et les flux de masters).

Notre pays n’est-il pas en droit d’attendre, de la part de responsables qui briguent des fonctions éminentes ou les détiennent, des analyses et des propositions moins marquées par des représentations idéologiques ou des préjugés à la vie dure ? Les relayer ou les entretenir ne crée certainement pas le contexte serein et confiant, prélude indispensable à une coopération renforcée et respectueuse entre les universités et les grandes écoles que nous appelons tous de nos voeux.

Jury étrange(r)

Publie par philippe.jamet le avril 28th, 2011 dans la categorie Enseignement supérieur  •  2 Commentaires

Le jury international en charge de l’audition des projets Idex est constitué pour l’essentiel de personnalités étrangères, auxquelles il faut ajouter deux collègues expatriés dont l’avis sur les moyens d’endiguer la fuite des cerveaux sera certainement précieux. Le choix d’une composition internationale de ce jury provoque en moi trois étonnements que l’on jugera probablement naïfs.

Premièrement, je n’ai pas l’impression (mais un “benchmarking” plus sérieux permettrait de le vérifier) que le recours à des jurys multinationaux (avec une minorité de nationaux) soit une pratique très répandue dans le monde dès lors qu’il s’agit d’éclairer des choix qui engagent l’avenir d’un pays dans des réformes en profondeur et d’orienter, de fait, l’allocation de moyens relevant de la souveraineté nationale.

Observation qui vaut ce qu’elle vaut : il ne me semble pas avoir rencontré, aux Etats-Unis, pléthore d’étrangers dans des comités chargés de recommander aux autorités gouvernementales certaines orientations stratégiques ou certains choix programmatiques intéressant les politiques scientifiques et universitaires. Et je doute par ailleurs que des pays comme la Chine aient l’imprudence d’exposer au regard d’experts étrangers les données, pour certaines relativement sensibles, qui permettent d’estimer le potentiel d’innovation d’une grande université de recherche. Ceci pour ne mentionner que deux grandes puissances scientifiques, l’une de fait, l’autre en devenir.

Deuxièmement, tout en étant fondamentalement convaincu des bienfaits de l’ouverture internationale, je déplore, comme beaucoup de collègues, cet espèce de préjugé démesurément favorable envers la communauté internationale des “experts”. Comme si, par principe, ces estimés personnages (indubitablement qualifiés, ce n’est pas la question) étaient statistiquement plus clairvoyants, plus fiables et, surtout, plus visionnaires que leurs pairs français.

N’y a-t-il pas une certaine incohérence entre, d’un côté, la composition (présumée) internationale d’un jury Idex dont les choix, s’ils provoquent les effets structurants escomptés, vont fortement conditionner la recomposition du paysage français d’enseignement supérieur et, de l’autre côté, celle, pour l’essentiel nationale, des comités d’audit AERES, dont les évaluations de l’état des lieux et des projets auront lourdement pesé dans la balance des investissements d’avenir ?

Troisièmement, sur le plan cette fois-ci de la géopolitique universitaire, quelle pourrait bien être la motivation profonde de nos collègues étrangers à nous accompagner dans de bons choix, si ces bons choix ont pour résultat d’augmenter la pression concurrentielle internationale ? En effet, si les investissements d’avenir, dont les Idex sont le parachèvement ont les effets prévus, il y aura de “nouveaux entrants” dans la compétition mondiale de la connaissance, à savoir les universités d’excellence françaises, aujourd’hui assez discrètes. Posons la question autrement : a-t-on jamais vu les instances d’orientation de grandes multinationales majoritairement composées de personnalités incarnant les intérêts de la concurrence ?

Alors, je veux bien faire à nos collègues étrangers le crédit de placer l’intérêt de la science devant leur réflexe national, mais pour ce qui est de leur intérêt d’universitaire, franchement, je n’en sais rien… Le dire n’est pas instruire à leur encontre un procès en probité et en impartialité : c’est juste faire une remarque de bon sens. Quelque chose me dit qu’à leur place (mais sans doute suis-je moins vertueux !), sans aller jusqu’à suggérer de mauvais conseils, je prodiguerais, à des concurrents potentiels, de prudentes recommandations et je soutiendrais des choix débouchant sur d’inoffensives innovations

Sommes-nous condamnés à d’impossibles gouvernances ?

Publie par philippe.jamet le avril 19th, 2011 dans la categorie Enseignement supérieur  •  3 Commentaires

Voici que s’annonce la deuxième phase de la sélection des initiatives d’excellence (IdeX). Depuis l’origine, la question de la gouvernance apparaît comme un aspect essentiel de la qualité des projets présentés aux investissements d’avenir. Dans cette dernière ligne droite et pour plusieurs des sept projets présélectionnés, la gouvernance de l’Idex fera la différence.

La définition de gouvernances crédibles et transversales aux établissements n’était déjà pas un exercice simple dans le cas des Equipex et des Labex. Maintenant qu’il s’agit non plus d’équipements et de laboratoires, mais bien de politiques de sites, l’exercice prend un tour résolument plus institutionnel et se révèle d’un tout autre degré de complexité. La faiblesse de certains dossiers Idex sur ce plan n’est pas une marque de l’absence de vision ou de la mauvaise volonté des porteurs. Elle atteste plutôt de la difficulté à élaborer un schéma de gouvernance efficace et respectueux des identités. Elle illustre aussi les limites d’un cahier des charges exigeant, peu flexible et peu adapté à la réalité et aux capacités d’évolution à court terme du panorama national de l’enseignement, de la recherche et de l’innovation.

Il reste que de nombreux établissements sont désormais face à un choix. Du moins certains responsables affectent de présenter ainsi la situation : être ou ne pas être de la gouvernance, qu’on l’appelle université fédérale ou confédérale, telle est la question. Sans doute ce choix binaire est-il pertinent dans quelques cas simples. Dans nombre d’autres cependant, il est réducteur et faible en sens. Et même dans certains cas, ce choix n’est pas seulement difficile, il est impossible.

Mieux qu’un long discours, un exemple (qui n’a pas valeur universelle, mais a le mérite d’exister) me permettra d’illustrer les paradoxes parfois insolubles qui entourent, dans les circonstances actuelles, les choix stratégiques que des établissements sont amenés à exercer.

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Petite anecdote sur Elitisme et Justice

Publie par philippe.jamet le avril 9th, 2011 dans la categorie Enseignement supérieur  •  Pas de commentaires

Les informations du jour ont relaté cet incident survenu dans un lycée de Pornic, où des étudiants du lycée Charles-de-Gaulle de Saint-Louis du Sénégal se sont vu refuser un visa pour un échange scolaire en France.

Les enseignants pornicais, indignés de la décision des autorités consulaires françaises ont heureusement fini, à force de réclamation, par inverser leur décision. Les élèves sénégalais sont parvenus à bon port. Fin de l’incident, illustration assez préoccupante toutefois d’une certaine dérive migratoire dans notre pays.

Toutefois, je relève un propos dérangeant dans l’interview faite par Radio France d’une des enseignantes mobilisées dans cette affaire regrettable. Cette personne respectable jugeait bon de faire ce commentaire : “ce sont en plus de très bons étudiants, de futurs cadres”. Alors-là je sursaute. Serait-ce qu’une injustice n’a pas un caractère absolu, mais devrait se juger relativement au niveau de réussite (scolaire en l’occurrence) de ceux qui en sont les victimes ?

Sans vouloir extrapoler le propos maladroit de cette collègue, sans doute explicable par l’émotion et aussi parce que cet argument a probablement fait mouche auprès des autorités compétentes, j’y vois là l’indice d’une autre dérive. Celle qui consiste à installer petit à petit dans l’esprit de la nation que l’excellence académique est le visa universel des sociétés modernes. Et que les voyageurs privilégiés seraient ceux qui auraient la chance de le détenir.