Monde économique, lycées et grandes écoles : les grands absents des Assises

Durant cette première journée des Assises Nationales de l’Enseignement Supérieur et de la recherche, il aura beaucoup été question de « rééquilibrages » : entre financements compétitifs et subventions récurrentes, entre évaluation et autonomie, entre national et régional…

Il est cependant encore un domaine qui résiste, encore et toujours, à cette volonté de retour à l’équilibre : celui de la représentativité des acteurs concernés par l’organisation de l’espace national d’enseignement supérieur et de la recherche.

Un examen attentif de la liste des participants à ces assises, 673 inscrits, laisse quelque peu rêveur (cf. graphique ci-dessous)

Répartition par catégories des participants aux Assises de l'ESR, 26/11/2012

Répartition par catégories des participants aux Assises de l'ESR, 26/11/2012

Compte tenu des sujets débattus aux Assises, notamment la réussite étudiante et la gouvernance de l’enseignement supérieur, la forte représentation du monde universitaire stricto sensu (25%) est tout à fait justifiée. En revanche, la sous-représentation des lycées, des grandes écoles et des acteurs du monde économique toutes catégories confondues (industries, chambres syndicales, pôles, centres techniques…) et des institutions de statut privé est proprement stupéfiante.

Rappelons quelques chiffres. Parmi les 2 350 000 étudiants inscrits dans le supérieur :

  • 60 % le sont dans les universités
  • 15 % dans des écoles (ingénieur, commerce, arts, architecture, etc.)
  • 15 % dans des lycées (STS et classes préparatoires)
  • près de 20 % relèvent d’institutions privées

Il n’est pas non plus inutile de rappeler que, selon la Conférence des Grandes Écoles, ces dernières représentent plus de 40% des diplômes de master et près de 30% des diplômes de doctorat dans leur spécialité. Le poids réel de ces acteurs de l’enseignement supérieur, poids quantitatif comme qualitatif, n’est assurément pas pris en compte dans l’équilibre des délégations participant aux Assises.

Il en va de même du monde économique, pourtant largement sollicité pour le financement de la recherche, le soutien aux universités et les politiques d’innovation. Les industriels et leurs organisations n’en continuent pas moins de susciter une certaine réserve de la part du monde universitaire, que ce soit en termes de participation directe à la gouvernance des universités (notamment l’élection de leurs présidents) ou d’influence dans la stratégie nationale de recherche.

Enfin, hormis sa composante syndicale, la société civile, au travers des associations, des mutuelles, des groupes d’intérêts, des conseils économiques, sociaux et environnementaux régionaux, n’a guère disposé que d’un strapontin dans le grand amphithéâtre du Collège de France. Pourtant, elle aurait probablement des suggestions de bon sens à faire et la légitimité pour les porter, elle qui supporte pour une bonne part, au travers de l’impôt, le financement de notre système universitaire. Une plus large présence des parties prenantes sociales, nous a-t-on dit, « aurait été souhaitable, mais il fallait faire vite »…

La sous-représentation d’acteurs aussi déterminants est à mettre en regard, de mon point de vue, de la sur-représentation de la puissance publique (administrations et ministères). Puisqu’il s’agissait, au travers des Assises, d’imaginer des propositions innovantes dans l’organisation du système d’enseignement supérieur et de recherche, peut-être aurait-il été préférable que notre administration se place en position d’écoute et se fasse plus discrète. Il y aurait, là encore, un chantier de « rééquilibrage » à ouvrir, mais c’est une autre histoire…

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Article du on mardi, novembre 27th, 2012 at 0:23 dans la rubrique Enseignement supérieur. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

4 commentaires “Monde économique, lycées et grandes écoles : les grands absents des Assises”

  1. Olivier dit:

    Les Assises ont été voulues par un Ministère qui, je pense, ne veut rien remettre à plat.

    Il ne faut rien attendre de ces Assises tant que l’ensemble des acteurs de l’enseignement supérieur public et privé se mettent autour d’une table.

    Il est anormal dans ce pays d’avoir deux systèmes d’enseignement supérieur dans ce pays, trois si j’y inclus les IUT.

    Cela demontre encore une fois que personne ne veut faire des réformes de fonds, quitte à massacrer l’avenir des jeunes et à balancer l’argent public par les fenêtres.

    Qu’ils continuent comme ils l’ont toujours fait, qu’ils continuent à disserter sur la « démocratisation » de l’enseignement supérieur à partir de principes théoriques, c’est un art de plus en plus subtil mais de moins en moins légitime au regard de la situation de ce pays, des contribuables et de l’état des finances publiques.

  2. Jean-Philippe Lagrange dit:

    Pour réponde à « Olivier » je dirais que le futur n’est sans doute pas tant d’avor un seul système, one size fits all, qu’au contraire d’avoir un système diversifé qui répond bien à l’ensemble des besoins et objectifs, et qui fait l’objet d’une gouvernance suffisamment intelligente pour que les étudiants soient bien orientés, sélectionnés quand cela est pertinent, en n’oubliant pas les filières non académiques (sur lesquelles toute l’attention en France se focalise, avec l’idée folle que tout faire rentrer dans ce moule en résoudra les problème).
    L’Allemagne fait cela bien mieux que nous…

  3. Jean-Philippe Lagrange dit:

    Pardon je corrige une formulation ambiguë voire qui dit le contraire de ce que je voulais dire :
    c’est sur les filières académiques que toute l’attention en France se focalise, avec l’idée folle que tout faire rentrer dans ce moule en résoudra les problème

  4. ecole de commerce dit:

    Excellent article, clair et bien structuré.

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