Bonjour à tous !

Et bienvenue sur mon blog, qui portera sur la transformation de la profession d’enseignant-chercheur en général, et plus spécifiquement en management. Alors, me direz-vous, pourquoi un blog sur ce thème ? Et pourquoi maintenant ?

Au risque de caricaturer, et sans une certaine nostalgie, j’observe la disparition lente d’une espèce de prof.: le prof tout terrain. Ce prof était capable d’enseigner devant tous les publics, du niveau licence au niveau doctorat en passant par l’executive education ; il était capable de publier des travaux scientifiques dans les meilleures revues académiques tout en maitrisant l’ensemble de la chaine de production scientifique : maitrise de la littérature, design de recherche, collecte de données, analyses économétriques sophistiquées, rédaction, etc. Il écrivait aussi des livres ou des manuels de cours et était engagé dans le développement de son institution: il développait des programmes, recrutait ses étudiants, suivait leur placement…

En management, l’espèce « prof tout terrain » a longtemps dominé son ecosystème : elle avait le statut, les primes et les honneurs. Mais elle disparait… subrepticement… et des spécialistes de toute nature viennent braconner sur son territoire !

Cette tendance à la spécialisation et à l’unbundling (difficilement traduisible : décomposition des tâches / division du travail) a été documentée (Unbundling-Versus-Designing-Faculty-Roles) et débattue voire contestée – j’y reviendrai en détail dans les mois qui viennent. Ce matin, une agence on-line de recrutement de professeurs dans le monde des business schools : Akadeus, m’informait que Laureate recrutait des « on-line supervisors » pour exécuter des activités pédagogiques traditionnellement prises en charge par les profs. C’est quoi un « on-line supervisor » ? Dans certaines institutions, les directeurs de recherche mettent en place des dispositifs formels de division du travail, avec des prof. qui sont les architectes intégrateurs des projets de recherche ; des économètres qui sont spécialisés sur le développement des modèles statistiques ; des éditeurs de formation littéraire qui sont spécialisés dans la rédaction ou la révision des articles ; et des sous-traitants de toute sorte qui collectent des données. Cette division du travail met à mal le modèle d’artisan chercheur –  un autre sujet sur lequel je reviendrai bientôt. Et en executive education, des spécialistes du genre ‘Teachsultants’ et ‘coachstructors’ apparaissent également. Ils détiennent des compétences recherchées de manière croissante par les entreprises, qui valent de l’or, au croisement des métiers de consultants et de pédagogues pour adultes. Bref, on observe l’éclatement du modèle standard de l’enseignant-chercheur.

Cet éclatement du modèle standard de l’enseignant-chercheur s’accompagne d’une lente évolution des formes de relations contractuelles entre employeurs et enseignants-chercheurs. Entre vacataires free-lance régulés par le marché et salariés régulés par la hiérarchie, la diversité des relations contractuelles entre prof. et institutions va s’accroitre – là aussi nous y reviendrons. En synthèse, les missions, les tâches, l’identité professionnelle des enseignants-chercheurs sont en pleine transformation.

Alors, pourquoi maintenant ? A titre personnel, je suis désormais directement interpelé par ces évolutions dans deux positions : celle de directeur de la recherche d’une business school qui se transforme en profondeur (EMLYON Business School), et celle de président d’une association savante (l’Association Internationale de Management Stratégique), dont les membres sont en première ligne dans les transformations en cours.

Il y a urgence à analyser ces phénomènes. Il suffit de voir les nouveaux entrants du type LinkedIn « à la Uber » (voir le récent post de Jean-François Fiorina à ce sujet) ou du type Laureate jouer pleinement de la révolution numérique pour prendre la mesure de la transformation en cours dans l’industrie de l’enseignement supérieur. En tant qu’industrie, l’enseignement supérieur et la recherche partagent diverses caractéristiques avec l’édition, le monde du spectacle, voire le tourisme (voir l’hilarante chronique sur le métier de chercheur d’Hervé Laroche : Le temps des conférences). Les business modèles de ces industries ont été bouleversés. Des professions historiques: éditeurs & journalistes, acteurs et producteurs, tour-opérateurs et réceptifs, ont été transformées en quelques années

Y-a-t-il, au fond, de bonnes raisons que les enseignants-chercheurs, et notamment l’espèce jadis dominante, le prof tout-terrain, esquivent les transformations majeures qui émergent ? Je ne le crois pas : les spécialistes vont peupler leur écosystème ! Voilà pourquoi il est urgent d’ouvrir le débat sur la transformation de la profession d’enseignant-chercheur dans l’enseignement supérieur.

Bonne lecture et j’espère que mes posts susciteront des réactions !

Philippe MONIN

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