Un peu de douceur dans un monde de brutes

D’autres l’ont signalé avant moi, notamment Pierre Dubois, mais je ne résiste pas au plaisir de rappeler l’article publié cet été (le 21 juillet) dans Les Echos, « Pourquoi j’ai aimé l’université ! » par François Mazon, directeur du Développement de Linagora, ex-directeur général de Capgemini France.

Après un formation brillante dans les Grandes écoles et 25 ans d’une carrière non moins brillante dans l’informatique, M. Mazon a découvert l’université, à l’occasion d’un master de droit et, comme disent nos amis suisses, il a été déçu en bien. Ce n’est pas seulement ce « retour positif » qui a de quoi remplir d’aise un universitaire (d’autant plus lorsqu’il enseigne comme moi à la « Faculté de droit » !), ce sont les raisons précises qu’en donne François Mazon : il a tout de suite perçu les qualités, l’efficacité, mais aussi le charme des études universitaires, et son expérience prouve que ces qualités peuvent être plus fortes que les handicaps qui accablent les universités. François Mazon n’était pas il est vrai en première année, mais ce qu’il décrit, c’est ce qu’on pourrait appeler l’université ordinaire en second cycle. Ce que l’université ordinaire a d’unique et qui mérite d’être cultivé, c’est cette rencontre entre la haute culture et le moment de la vie où l’éducation bascule vers la profession. Et en effet, elle mérite d’être aimée.

« Il y a un an, écrit François Mazon, j’ai décidé de changer de vie pour devenir avocat, long processus dont la première étape était d’obtenir un master 1 de droit. Comme tous, j’avais lu les pires choses sur l’université française : son mauvais rang au classement de Shanghai, ses étudiants incompétents et paresseux, sa pédagogie dépassée et ses programmes inadaptés au monde professionnel. Et je m’en étais persuadé. D’autant plus, que j’avais choisi l’autre voie, celle des grandes écoles : Ecole centrale de Paris, puis Sciences po, il y a trente ans…

Ces neuf mois passionnants au milieu de 20.000 étudiants m’ont donné envie de crier haut et fort que l’université française ne mérite pas cette image. » Lire la suite…

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Et puisqu’il est question encore dans mon dernier billet de l’évaluation et des méfaits de la bureaucratisation de la vie académique, voici un canular édifiant: comment un chercheur de Grenoble a inventé de toutes pièces un chercheur qui n’existe pas et qui a vu néanmoins son « facteur h » chatouiller les sommets, grâce à des articles générés par une machine et totalement dépourvus de sens, mais qui s’entrecitent abondamment. Je signale donc cet article,  mais je crains que son effet ne soit nul. Le crétinisme académique est devenu, pour l’instant du moins, imperméable aux faits, le prestige de la scientométrie résiste à toutes les dénonciations si puisamment argumentées soient-elles, même si elles viennent d’un Lindsay Waters, qui, en ancien directeur de Harvard UP sait la force de la préférence pour la médiocrité, le conformisme engendrés par le système d’évaluation, quand ce n’est pas l’escroquerie intellectuelle. Hegel avait magistralement anticipé les ravages de ce scientisme bureaucratique par lequel la crainte de l’erreur se transforme en crainte de la vérité (Phénoménologie de l’esprit). C’est la leçon sérieuse de la fable hilarante de Ike Antkare (lien vers un de ses articles, où la création du concept de LARDON permet à Antkare de citer 98 articles… de Antkare).

J’ai beaucoup critiqué la politique de Mme Pécresse et je n’ai pas changé d’avis sur les méfaits de la LRU, mais je la plains sincèrement de devoir faire de la politique en étant, comme ses collègues, assailli et aveuglé par cette expertise devenue folle. Maxime pour ce début d’année: qu’est-ce qu’un grand politique? Celle ou celui qui est capable de ne pas se faire avoir par ses experts.

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Article du on vendredi, novembre 12th, 2010 at 7:05 dans la rubrique Non classé. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

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