Professionnalisation : quelle nouvelle licence veut-on ?

Publie par pseudo le février 9th, 2011 dans la categorie Licence, réforme, université  •  1 Commentaire

Une nouvelle licence ! C’est le souhait de Valérie Pécresse pour l’année 2011 avec un objectif : professionnaliser ce diplôme. Mais quelle licence veut-on ? Voici quelques considérations, en vrac.

Accompagner toujours plus les étudiants

La « nouvelle Licence » doit absolument faire attention aux étudiants qui arrivent à l’université. Cela suppose d’abord d’être bien plus actifs en amont dans les lycées, ce qui implique l’appui de ces derniers, ce qui n’est, a priori, pas aussi facile que cela à garantir.

En deuxième lieu, il faut donner des signes très clairs dès la rentrée à ceux qui sont là par hasard, pas très motivés, pas toujours « au niveau » ET à ceux qui sont là informés, motivés et « au niveau ». Malgré les efforts réalisés d’ores et déjà, le constat est que l’on est très très loin du compte. Les étudiants qui arrivent en Licence sont encore beaucoup trop isolés, pas assez accompagnés.

La nouvelle licence ne mène pas à un métier mais à un master

La « nouvelle Licence » n’est pas un Licence professionnelle ! Donc son objectif central n’est pas de préparer à des métiers mais d’aider les étudiants à se positionner par rapport au Master qui, lui, a vocation à préparer progressivement à entrer sur le marché du travail.

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Quelques éléments de réflexion pour essayer de penser les mobilisations

Publie par pierre-mathiot le octobre 25th, 2010 dans la categorie Lycée, mouvement social, réforme  •  Pas de commentaires

1-L’argument, parfois entendu, selon lequel les jeunes seraient manipulés ou ne comprendraient pas les enjeux est avancé à chaque fois qu’un mouvement social apparaît, a fortiori lorsque les lycéens et les étudiants s’engagent. Il est évident que, comme tout mouvement collectif, des organisations et des militants agissent, encadrent et cherchent à amplifier l’action.

Un mouvement social est toujours l’occasion pour les syndicats d’essayer de montrer leur influence et de peser sur la décision publique, et pas seulement les syndicats ouvriers. Il y a toujours une cause à défendre ou à promouvoir et, en parallèle, un exercice de puissance ou d’influence à conduire par rapport au pouvoir et aux autres organisations.

On ajoutera qu’un mouvement organisé et structuré limite les risques de débordements et créé a priori les conditions propices à des négociations, si tant est que le pouvoir accepte d’envisager cette option. Il n’aura échappé à personne que cette fois, comme dans un passé récent, les actions violentes émanent justement de groupes non organisés voire d’acteurs isolés.

2-Dans les établissements dont le fonctionnement est plus ou moins perturbé par la mobilisation, il convient de faire la part des choses entre plusieurs attitudes. Celle, en premier lieu, des minorités agissantes, en l’occurrence les lycéens et les étudiants engagés dans des organisations reconnues, qui sont extrêmement peu nombreuses. Ensuite, un deuxième groupe composé de sympathisants de la cause qui vote les blocages (quand vote il y a), manifeste mais ne s’engage pas dans la gestion du mouvement. Enfin, un très large « ventre mou » qui oscille entre adhésion et hésitation (et parfois opposition) et, disons le, fonctionne surtout comme un passage clandestin de la mobilisation : on ne va plus en cours en attendant que cela se passe.

En règle générale, sauf quelques lycées et facultés très mobilisés, on doit constater que la partie très active –les militants- et active –les manifestants- ne dépasse pas à chaque fois quelques unités et ne parvient pas vraiment à élargir son cercle. Les lycéens arrivent le matin, constatent la présence d’un piquet de grève tenu par quelques élèves quand ils n’ont pas été prévenus par SMS ou Facebook, rentrent chez eux ou attendent devant l’établissement que le piquet soit abandonné pour éventuellement entrer. Ce qui est surtout notable, c’est la perturbation du fonctionnement des établissements. Les cours n’ont pas lieu, les classes sont presque désertées y compris quand le blocage a été levé, les contrôles d’absence sont suspendus. De la même manière que durant les conflits des dernières années, ceux qui seront sans doute les plus directement touchés par les cours non tenus sont les jeunes issus des milieux les plus modestes. Pendant ce temps, les établissements privés fonctionnent normalement, comme hors du monde.

3-La mobilisation d’une partie de la jeunesse contre le projet de réforme des retraites n’est sans doute que la partie visible, ou le révélateur, d’une crise plus profonde et plus inquiétante car il s’agit d’une double crise de confiance.

D’une part, une crise de confiance des jeunes lycéens et étudiants, sans parler de ceux qui sont hors du système de formation, dans leur capacité et leur « chance » d’intégrer le monde du travail dans des conditions correctes (délais entre le diplôme et l’emploi, lien entre l’emploi occupé et la formation reçue, statut juridique et niveau de rémunération) ;

D’autre part, une crise de confiance dans l’aptitude des décideurs politiques à comprendre que cette crainte est forte, très largement répandue et légitime, et, surtout, à concevoir et à mener à bien dans la durée des politiques publiques susceptibles de répondre à cette peur de l’avenir.

La génération qui, d’une manière ou d’une autre, manifeste aujourd’hui, ou regarde le mouvement avec sympathie, est née entre la fin des années 1980 et le milieu des années 1990. Elle est au sens propre du terme l’enfant d’une génération qui a elle-même connu, et subi encore souvent, les affres de la crise économique. Elle est déjà la 2ème génération d’après les Trente Glorieuses et la 2ème génération du chômage de masse et de la fin des illusions progressistes. Son rapport à l’avenir, collectif ou individuel, est logiquement marqué par des expériences de vie souvent difficiles, même si on ne doit évidemment pas généraliser abusivement.

Ceux qui s’adressent aux jeunes en expliquant doctement et rationnellement que le projet de réforme des retraites en « sauvant » le système par répartition « sauve » leurs chances de partir à leur tour en retraite ne comprennent pas que leur discours se heurte à beaucoup de scepticisme. Ce scepticisme est sinon proche d’une posture anti-politique et anti-élites à tout le moins emblématique d’une distance de plus en plus forte entre la parole et l’action politiques et la façon dont une part croissante de la société, et notamment de la jeunesse, manifeste sa croyance dans l’avenir.

Un conseil de lecture : « Refonder l’université »

Publie par pierre-mathiot le octobre 18th, 2010 dans la categorie enseignement supérieur, politiques publiques  •  2 Commentaires

Dans la recherche, parfois désespérée, de pistes pour faire évoluer et progresser l’enseignement supérieur public je me suis un peu engagé en 2009 dans l’initiative qui a été relayée dans quelques médias sous le titre générique de « Manifeste des refondateurs ».

Il est devenu rare de trouver encore des lieux d’expression libre, c’est-à-dire dans lesquels ceux qui s’expriment le font sans le souci d’apparaître en phase avec la ligne de tel ou tel parti ou obédience mais d’abord et surtout parce qu’ils sont attachés à l’Université et soucieux de son avenir.

J’ai trouvé là des collègues ouverts, très intéressants par leurs parcours et leurs approches, complémentaires aussi par les disciplines qu’ils représentent. La réflexion qui s’est engagée a été largement bricolée, privée qu’elle est de toute forme de soutien institutionnel ou syndical.

Il en est ressorti quelques papiers dans la presse nationale et, il y a quelques semaines, un ouvrage signé par cinq d’entre nous, les plus investis.

S’il fallait, entre autres éléments, insister sur un point ce serait sans doute, de mon point de vue, l’analyse qui est faite de la loi LRU de l’été 2007. Il y aurait évidemment beaucoup à dire, notamment sur les effets néfastes liés à la présidentialisation des établissements et aussi, élément moins visible, sur la renégociation complexe des relations entre ces universités « libérées » ou autonomes et l’administration du Ministère de l’Enseignement supérieur.

Je voudrais simplement ici insister sur un point qui est évoqué dans l’ouvrage. La loi LRU a été présentée comme une grande loi de réorganisation de l’enseignement supérieur alors qu’elle ne concerne en réalité que l’université, c’est-à-dire en gros le parent pauvre du système. Cela est d’autant plus contestable que l’université (si tant est que le singulier puisse s’appliquer à un monde très hétérogène) est la composante du paysage qui, d’une part, a été objectivement la plus concernée par des réformes nombreuses, et parfois contradictoires, depuis 1995 et qui, d’autre part, doit gérer ou assumer l’essentiel des contraintes ou des problèmes, à commencer par la nécessité d’accueillir tous les publics.

On ne peut qu’être frappé par le fait que la partie sélective, publique et privée, de l’édifice n’a absolument pas été appelée au changement ou -pire ou meilleur, c’est selon- n’a été concernée que par des évolutions marginales ou « agréables » (par exemple la contractualisation avec l’Etat pour une partie de l’enseignement supérieur privé).

Tout se passe depuis 2007 comme si les politiques publiques d’enseignement supérieur ne concernaient que les universités auxquelles on demande énormément, et de plus en plus, et laissaient presque totalement à l’écart le monde dit des « grandes écoles » qui continue à se déployer à son rythme et selon ses règles.

L’équité de traitement et le souci d’efficacité dans l’action publique devraient pourtant faire que tout le monde soit impliqué dans le même train de réformes.

Cela n’est pas le cas, on peut se demander pourquoi….

Je ne peux donc que conseiller la lecture de ce très bon livre :

Olivier Beaud, Alain Caillé, Pierre Encrenaz, Marcel Gauchet, François Vatin

Refonder l’Université. Pourquoi l’enseignement supérieur reste à reconstruire.

Editions la Découverte, 2010.