Un conseil de lecture : « Refonder l’université »

Dans la recherche, parfois désespérée, de pistes pour faire évoluer et progresser l’enseignement supérieur public je me suis un peu engagé en 2009 dans l’initiative qui a été relayée dans quelques médias sous le titre générique de « Manifeste des refondateurs ».

Il est devenu rare de trouver encore des lieux d’expression libre, c’est-à-dire dans lesquels ceux qui s’expriment le font sans le souci d’apparaître en phase avec la ligne de tel ou tel parti ou obédience mais d’abord et surtout parce qu’ils sont attachés à l’Université et soucieux de son avenir.

J’ai trouvé là des collègues ouverts, très intéressants par leurs parcours et leurs approches, complémentaires aussi par les disciplines qu’ils représentent. La réflexion qui s’est engagée a été largement bricolée, privée qu’elle est de toute forme de soutien institutionnel ou syndical.

Il en est ressorti quelques papiers dans la presse nationale et, il y a quelques semaines, un ouvrage signé par cinq d’entre nous, les plus investis.

S’il fallait, entre autres éléments, insister sur un point ce serait sans doute, de mon point de vue, l’analyse qui est faite de la loi LRU de l’été 2007. Il y aurait évidemment beaucoup à dire, notamment sur les effets néfastes liés à la présidentialisation des établissements et aussi, élément moins visible, sur la renégociation complexe des relations entre ces universités « libérées » ou autonomes et l’administration du Ministère de l’Enseignement supérieur.

Je voudrais simplement ici insister sur un point qui est évoqué dans l’ouvrage. La loi LRU a été présentée comme une grande loi de réorganisation de l’enseignement supérieur alors qu’elle ne concerne en réalité que l’université, c’est-à-dire en gros le parent pauvre du système. Cela est d’autant plus contestable que l’université (si tant est que le singulier puisse s’appliquer à un monde très hétérogène) est la composante du paysage qui, d’une part, a été objectivement la plus concernée par des réformes nombreuses, et parfois contradictoires, depuis 1995 et qui, d’autre part, doit gérer ou assumer l’essentiel des contraintes ou des problèmes, à commencer par la nécessité d’accueillir tous les publics.

On ne peut qu’être frappé par le fait que la partie sélective, publique et privée, de l’édifice n’a absolument pas été appelée au changement ou -pire ou meilleur, c’est selon- n’a été concernée que par des évolutions marginales ou « agréables » (par exemple la contractualisation avec l’Etat pour une partie de l’enseignement supérieur privé).

Tout se passe depuis 2007 comme si les politiques publiques d’enseignement supérieur ne concernaient que les universités auxquelles on demande énormément, et de plus en plus, et laissaient presque totalement à l’écart le monde dit des « grandes écoles » qui continue à se déployer à son rythme et selon ses règles.

L’équité de traitement et le souci d’efficacité dans l’action publique devraient pourtant faire que tout le monde soit impliqué dans le même train de réformes.

Cela n’est pas le cas, on peut se demander pourquoi….

Je ne peux donc que conseiller la lecture de ce très bon livre :

Olivier Beaud, Alain Caillé, Pierre Encrenaz, Marcel Gauchet, François Vatin

Refonder l’Université. Pourquoi l’enseignement supérieur reste à reconstruire.

Editions la Découverte, 2010.

Article du on Lundi, octobre 18th, 2010 at 14:40 dans la rubrique enseignement supérieur, politiques publiques. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

2 commentaires “Un conseil de lecture : « Refonder l’université »”

  1. Rachel dit:

    Voici un blog que je ne connaissais pas et qui me parait bien sympathique. J’ai moi aussi quelques sympathie pour les Refondateurs, j’en parle souvent sur mon blog même si parfois je suis un peu sévère avec eux.

    La LRU n’est certainement pas une loi de réorganisation de l’enseignement supérieur, c’est une loi pour l’université, c’est à mon avis une étape avant la grande refondation. Sur ce sujet de reconstruction de l’enseignement supérieur, je trouve d’ailleurs que les Refondateurs sont bien timides (ou compliqués), j’en parle dans mon dernier billet : http://rachelgliese.wordpress.com/2010/10/27/refondateurs-le-bonheur-est-dans-le-pres/

  2. Le blog de Pierre Mathiot » Blog Archive » Professionnalisation : quelle nouvelle licence veut-on ? dit:

    [...] Licence” doit absolument faire attention aux étudiants qui arrivent à l’université. Cela suppose d’abord d’être bien plus actifs en amont dans les lycées, ce qui [...]

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