Professionnalisation : quelle nouvelle licence veut-on ?

Une nouvelle licence ! C’est le souhait de Valérie Pécresse pour l’année 2011 avec un objectif : professionnaliser ce diplôme. Mais quelle licence veut-on ? Voici quelques considérations, en vrac.

Accompagner toujours plus les étudiants

La « nouvelle Licence » doit absolument faire attention aux étudiants qui arrivent à l’université. Cela suppose d’abord d’être bien plus actifs en amont dans les lycées, ce qui implique l’appui de ces derniers, ce qui n’est, a priori, pas aussi facile que cela à garantir.

En deuxième lieu, il faut donner des signes très clairs dès la rentrée à ceux qui sont là par hasard, pas très motivés, pas toujours « au niveau » ET à ceux qui sont là informés, motivés et « au niveau ». Malgré les efforts réalisés d’ores et déjà, le constat est que l’on est très très loin du compte. Les étudiants qui arrivent en Licence sont encore beaucoup trop isolés, pas assez accompagnés.

La nouvelle licence ne mène pas à un métier mais à un master

La « nouvelle Licence » n’est pas un Licence professionnelle ! Donc son objectif central n’est pas de préparer à des métiers mais d’aider les étudiants à se positionner par rapport au Master qui, lui, a vocation à préparer progressivement à entrer sur le marché du travail.

Cela permet bien évidemment de proposer des stages courts durant cette Licence (avec l’enjeu d’en trouver suffisamment au vu du nombre élevé des étudiants) ; de garantir à tous les étudiants durant leur L2 ou en début de L3 d’avoir un entretien obligatoire avec un représentant du BAIP (bureau d’aide à l’insertion professionnelle) ET avec un enseignant de la Licence pour l’aider à faire le point ; ou encore de garantir une première formation sur la réalisation de CV et de lettres de motivation. On est très loin de ces 3 points, malgré quelques belles exceptions dans certaines universités et/ou certains cursus.

Un cursus généraliste

La « nouvelle Licence » doit être absolument et résolument généraliste. Les bacheliers sont, dans leur immense majorité, très hésitants par rapport aux études qu’ils souhaitent faire et a fortiori par rapport au métier qu’ils envisagent, en tous les cas le premier métier (car il est totalement délirant de penser que l’on se forme à un métier précis). La plupart des formations proposées dès la L1 sont déjà spécialisées, ou légèrement « ouvertes » car elles sont d’abord et avant tout « contrôlées » par une UFR qui veut garder la main. Faire du droit, de l’histoire, des maths… à haute dose dès la L1 est une erreur. Il convient de mettre en place au moins des premières années de licence « ouvertes » par grandes catégories de disciplines (maths/physique/informatique; droit/science politique/économie;
histoire/géo/…) et d’organiser progressivement un premier niveau de spécialisation jusque en fin de Licence qui préfigurera le choix de Master. On doit là imaginer aussi un semestre ou deux semestres à l’étranger.

Article du on Mercredi, février 9th, 2011 at 15:18 dans la rubrique Licence, réforme, université. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

Un commentaire “Professionnalisation : quelle nouvelle licence veut-on ?”

  1. Régis SALADO dit:

    Merci de cet éclairage, avec lequel je me sens globalement en accord. Les orientations actuelles semblent tendre à un alignement des L disciplinaires sur les L Pro (obession des UE pro, stages obligatoires, etc.), alors qu’un étudiant ambitieux devrait en effet viser un niveau Master lorsqu’il entre en L.
    Je partage également votre préoccupation vis-à-vis des lycéens, que l’université connaît mal. Les maquettes de L sont trop souvent conçues en fonction d’analyses et d’objectifs « locaux », sans prise en compte de la réalité (certes elle-même diverse) de ce qui est fait dans le secondaire actuellement (les enseignants-chercheurs sont vrarement au fait des évolutions récentes concernant les programmes et les méthodes mis en oeuvre au lycée. Il en résulte parfois un hiatus dommageable entre ce qui est proposé en L1 et ce que sont prêts à recevoir les public lycéens auxquels s’adressent pourtant les formations de L.
    Sur la question de la dé-discplinarisation des L1 au profit d’une 1ère année résolument pluridisciplinaire, je plaiderais pour de la souplesse: il faut raisonner en « parcours diversifiés » et non imposer à tous les étudiants de L1 d’un grand domaine (LSH, Droit ou Sciences) les mêmes « menus » pédagogiques. En effet, certains d’entre eux ont une forte attente disciplinaire après le lycée, et ils choisissent l’université -parfois par préférence aux Classes prépas- en raison de la possibilité qui y est donnée de s’investir dans l’étude d’une discipline choisie en toute connaissance de cause. Pour ceux-là, quand ils ont le niveau requis pour s’engager avec succès dans l’étude d’une discipline, il n’y a aucune raison de frustrer leurs attentes et de leur imposer un L1 qui risquerait de ressembler à une terminale bis.
    D’autre part, l’organisation actuel de tout le système -UFR ou Dpts disciplinaires, Enseignants-chercheurs spécialisés n’est pas propice à la mise en place d’une L1 ouverte et peu disciplinaire. Je crains que dans ces conditions, une transformation du modèle vers des L1 un peu sur le modèle du « college » à l’américaine (mais avec des moyens très inférieurs) n’aboutisse tout simplement à laisser se débrouiller les étudiants à l’intérieur d’un vaste domaine, sans rattachement à une composante susceptible de le suivre et de l’encadrer dans cette 1ère année d’études où précisément ce suivi et cet encadrement sont décisifs.
    Quoi qu’il en soit, nous réfléchissons bien sûr à ces évolutions dans mon université, en essayant de respecter la diversité des étudiants de Licence.
    Régis Salado – MCF Littérature comparée
    Délégué Développement et attractivité des Licences
    Université Paris Diderot – Paris 7
    regis.salado@gmail.com

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