Le rendement des diplômes du Sup

Publie par pdubois le mars 15th, 2010 dans la categorie Financements Tags: ,  •  1 Commentaire

Etude de Pierre Courtioux (EDHEC), L’effet du système socio-fiscal sur les rendements privés de l’enseignement supérieur. Une analyse par microsimulation (EDHEC, janvier 2010) : cliquer ici. Intéressé par les indicateurs de performance (lire les 6 chroniques de ce blog sur ”Financer selon la performance“), je suis toujours surpris, amusé mais en définitive énervé par les résultats des recherches économétriques fort (trop ?) sophistiquées.

Le sujet est toujours alléchant. La question posée ici est : les jeunes qui poursuivent des études supérieures, plus ou moins longtemps, gagnent-ils davantage, en cumulé sur l’ensemble de leur vie active ou dans la 1ère partie de celle-ci et compte-tenu du système socio-fiscal, que les individus qui ne poursuivent pas d’études supérieures ou qui s’arrêtent après un premier diplôme ?

La question est importante et les individus attendent de la réponse que l’étude va leur fournir qu’elle éclaire leurs choix individuels rationnels. Le problème est toujours : soit la réponse est évidente (la montagne de recherche accouche d’une souris), soit elle n’est pas rigoureuse (quand trop de variables potentiellement explicatives sont exclues du modèle parce que les données empiriques ne sont pas disponibles), soit enfin elle n’a aucune utilité pratique. La recherche de Pierre Courtioux n’échappe pas à ces 3 critiques.

Suivons pas à pas la démarche. Qui est concerné par la recherche ? La génération née en 1970. A quelle date celle-ci est-elle étudiée ? En 2003-2005 (données des enquêtes Emploi de l’INSEE, plus de 100.000 observations) ; les individus pris en compte ont donc apparemment 35 ans, ont accompli une première partie de leur vie active. Mais attention, il ne s’agit pas d’un suivi de cohorte qui indiquerait l’évolution du salaire, en fonction du diplôme obtenu, entre l’entrée dans la vie active à 25 ans (par exemple) et 35 ans. Les salaires à 25 ans sont en fait ceux observés en 2003-2005 des jeunes de 25 ans figurant dans les enquêtes Emploi de la période ! L’hypothèse est donc que le niveau de salaire et la structure des salaires à 25 ans constatés en 2003-2005 sont les mêmes que ceux observés dix ans plus tôt ! 

Les individus, supports de la recherche, ont “35″ ans, mais celle-ci va quand même prendre en compte l’effet atténuateur du système de retraite sur les écarts de revenus acquis au cours de la vie active et produits en principe par les différences de diplôme ! Autres effets atténuateurs des écarts, effets faibles à vrai dire : l’impôt progressif sur le revenu, l’indemnisation chômage (limitée en fait à l’ARE, aide au retour à l’emploi !).

Venons-en aux comportements individuels rationnels, aux coûts appelés d’opportunité. Un exemple de coût d’opportunité : “pendant que je poursuis des études, je ne gagne pas de salaire” ; “si je fais cinq ans d’études plutôt que deux, c’est pendant 3 ans que je ne gagne pas de salaire” ; “si je mets quatre ans pour obtenir un diplôme de bac+2, je n’ai pas gagné de salaire pendant deux ans de trop”. La recherche de Pierre Courtioux prend donc en compte l’âge réel d’entrée sur le marché du travail pour chacun des niveaux de diplôme. Mesure-t-elle en parallèle l’impact du coût des études, coût qui s’ajoute aux pertes de salaires ? Pas vraiment car elle exclut le coût des droits d’inscription ! Dans l’enseignement supérieur privé, ces droits ne sont pourtant pas négligeables ! Les différences de carrières salariales entre hommes et femmes sont évacuées au détour d’une phrase ! 

Résultats de l’étude selon son auteur : “le rendement économique des études n’est pas croissant avec le nombre d’années de ce cursus et suit plutôt une courbe en U (meilleur rendement pour les bac+2 et pour les bac+5, i.e. pour les diplômes professionnels). Près d’un diplômé sur quatre au niveau Bac+2 et Bac+3 des filières universitaires (DEUG et licence générale) ne retire pas de profit direct de ses études supérieures”. Quelles sont les caractéristiques de ces 25% ? On ne sait pas.

Enfin, “l’analyse confirme la pertinence de la réflexion menée à l’EDHEC sur les moyens les plus équitables de financer le développement de l’enseignement supérieur“. A savoir ? Les carrières salariales dépendent en partie du niveau de diplôme et de la pression socio-fiscale, mais pas seulement. Trop d’éléments du contexte ne sont pas pris en compte : le contexte d’un chômage plus ou moins fort selon les périodes, les réformes des études et de leurs conditions (la licence professionnelle, le LMD, le plan “licence”), la croissance du nombre de diplômés du supérieur. Bref, les études économétriques sont prises à leur propre piège : elles veulent mesurer rigoureusement l’impact de tel ou tel facteur mais ne pouvant jamais, faute de données, prendre en compte tous les facteurs, elles échouent à démontrer l’impact réel des seuls facteurs retenus.

Entre l’étude de Pierre Courtioux et celle menée par le CEREQ, j’estime qu’il n’y a pas photo. Il faut se donner les moyens de suivre, pas à pas, des cohortes d’entrants sur le marché du travail. Lire le Bref Cereq : “Les sept premières années de vie active de la Génération 1998. Entre insertion et débuts de carrière” (cliquer ici). Espérons que le CEREQ poursuivra ce type d’analyse (chronique : “Wacheux au CEREQ“).

IES. La carte des formations

Publie par pdubois le mars 7th, 2010 dans la categorie Diplômes, Débattre, Parcours de formation  •  Pas de commentaires

Suite des chroniques sur les Instituts d’enseignement supérieur (IES). La chronique précédente (”IES. Orientation et numerus clausus“) a démontré que, pour atteindre 50% de jeunes obtenant un diplôme de l’enseignement supérieur, il fallait que progressent le taux de bacheliers chez les jeunes et le taux de poursuites d’études dans le supérieur, en particulier parmi les bacheliers technologiques et professionnels (lire la chronique “Bacheliers professionnels en prépa ECT, Economique et commerciale technologique)”.

50% de diplômés du supérieur dans les générations nouvelles et dans la situation démographique présente, ce sont 480.000 jeunes. Combien de places faut-il donc ouvrir dans les Instituts d’enseignement supérieur public et en particulier en 1ère année ? Si on suppose relativement stables le taux de poursuites d’études dans l’enseignement supérieur privé et le taux d’étudiants étrangers dans le cycle “Licence” (chronique : “Effectifs universitaires : alerte rouge“), tout en comptant sur une progression du taux d’obtention de la licence en 3 ans (diminution des taux de redoublement et d’abandon), il faut ouvrir environ 400.000 places par année d’IES, 1.200.000 pour les 3 années.

Avant d’en déduire le nombre de l’IES à créer, il faut aborder la question de la taille de chaque IES. Chaque IES doit accueillir en 1ère année de licence des étudiants qui, après la licence, poursuivront des études au moins jusqu’à bac+5 et des étudiants qui entreront sur la marché du travail après l’obtention d’une licence professionnelle. Chaque IES doit assurer au moins deux parcours longs et deux parcours professionnels au sein des 5 voies d’études supérieures (santé, sciences, droit et sciences politiques, économie et gestion, lettres, langues et sciences humaines). 

Les deux impératifs précédents doivent empêcher une trop forte spécialisation des IES, permettre des passages de la voie longue à la voie professionnelle et inversement, des changements de filières (par exemple Santé vers Sciences et inversement). Si on retient par ailleurs l’hypothèse d’un effectif de 30 étudiants par classe et de trois classes au minimum pour chaque filière longue ou professionnelle, on obtient un effectif minimum de 1.080 étudiants. Un IES qui formerait dans 3 filières longues et 3 filières professionnelles avec chacune 4 classes de 30 èléves atteindrait environ 2.000 étudiants.

C’est cette base qui est retenue comme hypothèse pour la création des IES : pour accueillir 1.200.000 étudiants, il faut donc 600 IES, répartis dans les métropoles, les villes grandes et moyennes du territoire. L’IES doit être un établissement public d’enseignement supérieur de proximité ; la proximité est un de démocratisation de l’accès à l’enseignement supérieur.

Tentons un exercice de territorialisation des IES en région Alsace (ma région d’adoption pour la retraite !). 15.000 jeunes obtiennent le baccalauréat chaque année dans l’académie de Strasbourg (cliquer ici). Vu la poursuite d’études dans l’enseignement supérieur privé et l’attractivité présente des deux universités à l’égard des étudiants étrangers, on peut faire l’hypothèse de la nécessité pour les IES alsaciens d’accueillir un minimum de 10.000 bacheliers par an et de 30 à 34.000 étudiants en tout, soit l’équivalent de 15 à 17 IES dans la région.

Combien de villes accueillent aujourd’hui des étudiants du supérieur en CPGE, BTS, DUT, Licence universitaire ? Le site “Admission Post-bac” nous donne la réponse. La carte des formations est pléthorique et illisible ; elle est la plus éclatée en BTS. La création d’IES y remédierait. 22 villes accueillent des étudiants du Sup, 11 dans le Bas-Rhin et 11 dans le Haut-Rhin. Combien d’établissements ont au moins une formation post-bac ? 64, 38 dans le Bas-Rhin et 26 dans le Haut-Rhin. Combien de formations offertes en 1ère année d’études supérieures ? 272, 178 dans le Bas-Rhin et 94 dans le Haut-Rhin.

Bien sûr, ce sont les deux universités, Strasbourg et Haute-Alsace Mulhouse (UHA), qui offrent le plus de formations de 1ère année : 63 à l’université de Strasbourg (hors IUT) et 20 à l’UHA. Hors université, Strasbourg possède 15 lycées qui proposent des CPGE et/ou des STS (58 formations) et Mulhouse 7 (28 formations).

7 autres villes proposent plus de 5 formations : Haguenau (3 établissements et 9 formations), Illkirch (5 établissements et 22 formations), Schiltigheim (2 établissements et 7 formations), Sélestat (3 établissements et 6 formations), Colmar (8 établissements et 21 formations), Guebwiller (3 établissements et 6 formations), Saint-Louis (1 établissement et 8 formations).

9 villes pour 15 à 17 IES en Alsace, ce devrait être possible !

Saint-Girons : “réformer le BTS”

Publie par pdubois le février 25th, 2010 dans la categorie Diplômes, Orientation, Parcours de formation  •  Pas de commentaires

Bernard Saint-Girons, délégué interministériel à l’orientation, a remis son rapport d’activité pour l’année 2009 (cliquer ici). Les recommandations sont nombreuses. Je partage, avec l’ancien 1er vice-président de la CPU, deux points de vue : il est nécessaire de démocratiser l’accès à l’enseignement supérieur ; l’objectif, légitime et inscrit dans la loi, de conduire 50% d’une génération à un diplôme de l’enseignement supérieur nécessite d’importantes réformes de l’enseignement secondaire et supérieur.

Je critique néanmoins son rapport (”L’orientation. Le cru 2010“), car le délégué est prisonnier de deux contraintes auxquelles il ne doit pas, fonction politique oblige, toucher : l’absence de sélection à l’entrée de la licence universitaire (d’où la pléthore de recommandations sur l’orientation active) et la fragmentation de la 1ère année d’enseignement supérieur en 4 filières : CPGE, BTS, DUT, licence universitaire. Le lecteur sait que je milite pour des Instituts d’enseignement supérieur qui intégreront ces quatre filières (lire les chroniques précédentes, en particulier celle consacrée à l’organisation du cycle Licence dans les IES ).

Une partie fort intéressante (mais discutable) du rapport de Bernard Saint-girons est consacrée à la réforme du BTS. L’ancien recteur d’académie a raison : l’objectif des 50% passe 1. par une progression du nombre de bacheliers technologiques et professionnels, 2. par une progression du taux de poursuite d’études de ces bacheliers. 

Je ne relève pas ici les données statistiques produites dans le rapport et qui sont erronées : origines sociales des bacheliers professionnels inscrits en BTS et taux de succès au diplôme. Pour les données chiffrées fondées sur les statistiques de la DEPP et pour le répérage des points forts et faibles des STS et des BTS, se référer aux 3 chroniques de ce blog : “STS et IUT, points + et -“, “Succés en BTS et en DUT“, “Avoir un DUT ou un BTS et après“.

La progression du nombre de bacheliers technologiques et professionnels passe par une réforme et une revalorisation de ces deux filières (”égale dignité des voies de formation”). Elle est entreprise : bac professionnel en 3 ans, expériences des cordées de la réussite, réforme structurelle conduisant à la création de lycées polyvalents, au rapprochement voire à la fusion de lycées professionnels et de lycées technologiques (éviter l’enfermement des élèves qui préparent le bac pro en lycée exclusivement professionnel).

Le relatif faible taux de poursuite d’études chez les bacheliers professionnels est bien analysé. “Tout concourt à limiter leurs ambitions : contrainte économique (davantage d’enfants des classes populaires chez les bacheliers professionnels), autocensure, faible incitation à la poursuite d’études, nombre limité de dispositifs adaptés, insuffisance de l’accompagnement personnalisé, crainte de ne pas maîtriser l’ampleur de leur poursuite d’études”…

Quand les bacheliers, surtout les bacheliers professionnels d’ailleurs, poursuivent des études supérieures, ils le font davantage dans les Sections de techniciens supérieurs que dans les IUT ou que dans la licence universitaire. Pour qu’ils soient plus nombreux à poursuivre en STS, qu’ils y abandonnent moins et y réussissent davantage, il faut réformer le BTS. Dont acte.

Quelles sont les réformes proposées pour faire augmenter le taux de réussite en STS ? “Gérer mieux la diversité des publics, individualiser les parcours, développer les compétences transversales, articulier mieux la formation initiale et continue”.

Déclinaisons de ces propositions générales. “Il faut faire évoluer l’architecture même des formations de BTS” pour la faire rentrer dans le schéma LMD. Celui-ci date de 2002 ! Il n’est jamais trop tard pour bien faire !

Le BTS pourrait être organisé en un ensemble de modules correspondant à des unités de certification liées à des blocs de compétences”… “Cette architecture modulaire permettrait aux sortants non diplômés de disposer d’une certification reconnue sur le marché du travail et de compléter ultérieurement leur formation dans le cadre de la VAE ou de la reprise d’études”… Elle serait également bénéfique “pour les demandeurs d’emplois en reprise d’études”. Elle permettrait enfin “le développement de l’alternance”.

Le délégué interministériel découvre donc les unités capitalisables, en vigueur depuis 40 ans dans le DEUG et la licence universitaire. Dont acte ! Le BTS existe depuis 50 ans et a échappé aux grandes réformes impulsées par la formation professionnelle continue (1970), devenue la formation tout au long de la vie. Il faudra un jour faire l’histoire de cette anomalie. 

La mise en oeuvre d’unités capitalisables permet-elle aux universités de capter une part significative du marché de la formation continue ? Cela se saurait depuis 40 ans ! Permet-elle d’augmenter le taux de succès au diplôme ? Non ! L’histoire du DEUG et de la licence universitaire est là pour le démontrer. De plus, Bernard Saint-Girons n’aborde même pas la question des modalités de contrôle des connaissances, des MCC (compensation entre les unités capitalisables pour le BTS réformé). Là encore, des MCC, de plus en plus favorables aux étudiants et qui leur ont été concédées par pure démagogie politique lors de la mise en oeuvre du LMD, n’ont pas fait progresser les taux de succès en licence !  

Préconisation suivante. “La nouvelle architecture des formations de BTS pourrait reposer sur un tronc commun permettant d’acquérir les connaissances et compétences requises au sein d’un champ professionnel, complété par des modules correspondant aux différents métiers auxquels conduisent les formations actuelles”. L’idée d’un tronc commun suivi d’une spécialisation par métier est récurrente dans toute l’histoire des formations. L’organiser au sein d’un diplôme de deux années est difficile voire impossible. Mais pourquoi l’ancien recteur d’académie ne va-t-il pas jusqu’au bout de la mise en oeuvre du LMD professionnel ? il faut organiser les diplômes professionnels supérieurs en 3 et non en 2 ans.

Enfin, l’organisation du BTS réformé en modules “faciliterait l’intégration d’un plus grand nombre d’étudiants inscrits en licence et souhaitant changer de parcours, à l’issue notamment du premier semestre”. Gloup ! Cette phrase met à terre les 73 pages du rapport du délégué interministériel à l’orientation. Oser dire cela après avoir proposé une montagne d’étapes, de procédures, de techniques, de portails d’orientation depuis la classe de seconde du lycée, démontre l’inanité de toutes les propositions du rapport : il faut trouver des solutions pour les étudiants entrés dans la licence universitaire non sélective et qui s’y plantent !

Conclusion. Le rapport de Bernard Saint-Girons ne pouvait évidemment sortir des frontières de sa fonction politique. Il est délégué interministériel et doit donc être “politiquement correct” : il faut faire progresser le taux d’accès à l’enseignement supérieur et ainsi, mécaniquement, faire progresser la démocratisation de celui-ci.

Le problème est que ce rapport, qui s’attaque avec raison à l’organisation vieillotte du diplôme de BTS, est lui-même atteint de sénilité précoce. Une réforme des diplômes professionnels du premier cycle de l’enseignement supérieur doit concerner en même temps les DUT et les BTS ; elle doit se faire sur la base de 3 années d’études et non de deux. C’est ce que propose la création des Instituts d’enseignement supérieur !       

Dauphine contre-attaque

Publie par pdubois le février 19th, 2010 dans la categorie Financements  •  Pas de commentaires

La décision du Conseil d’administration de Paris 9 Dauphine d’augmenter les droits d’inscription dans une 40ne de masters, dénommés “masters d’établissement”, a attiré immédiatement les ires de Valérie Pécresse, de la CPU et des représentants syndicaux au CNESER . Dans ma chronique du 3 février 2010 (cliquer ici), j’ai soutenu le principe de l’augmentation de ces droits, droits en fonction des revenus des parents (les boursiers étant exonérés). Les commentaires à cette chronique rejoignent mon analyse, à une exception près.

Le 3 février 2010 (cliquer ici), Valérie Pécresse “s’est employée à rassurer les syndicats et les étudiants“… “Nous vérifierons que ce que Dauphine fait est légal”… “Il n’est absolument pas question d’augmenter les frais d’inscription à l’université”.

Dans sa Lettre d’information du 4 février 2010, la CPU fait preuve d’une rare hypocrisie (cliquer ici). Les droits d’inscription sont effectivement “libres” pour les diplômes d’établissement, mais ceux-ci ne peuvent bénéficier de fonds d’Etat ! La CPU sait pourtant pertinemment qu’il est impossible de connaître les ressources affectées à chacun des diplômes !

Le 15 février 2010, le CNESER, dans une motion votée par 23 voix contre 3 et une abstention, demande à Valérie Pécresse de “faire un rappel immédiat à la loi et d’imposer à Paris-Dauphine le retour à des diplômes nationaux et donc à des droits d’inscription normaux”, cette université ne “respectant pas l’avis du Conseil d’État à seule fin d’augmenter les frais d’inscription”.

Seule contre tous, Dauphine ne s’en laisse pas compter. Son président, Laurent Batsch, mène la contre-attaque sur trois plans. La communication institutionnelle de l’université cible l’objectif : “Diversifier les ressources pour développer nos talents à l’international” (cliquer ici) : fonds publics, fondation, formation continue, taxe d’apprentissage et… droits d’inscription. “A toutes ces ressources, il faut maintenant ajouter l’apport des droits d’inscription : ils ne sont pas un substitut aux autres financements, mais un supplément indispensable pour élever notre qualité aux standards internationaux”.

Deuxième volet de la contre-attaque : s’appuyer sur un rapport récent de la Cour des comptes (cliquer ici) qui souligne l’accord du Ministère : “Dauphine pourra, dans le cadre de son statut de grand établissement bénéficier d’une autonomie financière accrue… par une capacité à générer des ressources accrues en fixant éventuellement des niveaux de droits d’inscription à ses diplômes d’établissement adaptés à sa politique pédagogique et à l’environnement dans lequel celle-ci s’inscrit… Le ministère entérine ainsi la liberté de l’établissement de fixer les droits de scolarité pour ses propres diplômes“.

Troisième volet de la contre-attaque. Il n’y a aucune raison de ne pas bénéficier, à l’instar de Sciences Politiques, de fonds d’Etat. Dauphine demande l’égalité de traitement entre tous les Grands établissements. “L’État attribue à Sciences Po chaque année près de 18 millions d’euros de plus qu’à Dauphine, soit 1,8 fois le financement attribué à Dauphine”… “La contribution publique par étudiant est de 5.200 euros pour Dauphine et de 8.400 euros pour l’IEP”.

Le Conseil d’Etat devrait juger de nouveau ! A suivre.

IES. Orientation et numerus clausus

Publie par pdubois le février 17th, 2010 dans la categorie Non classé  •  Pas de commentaires

Suite des chroniques sur les Instituts d’Enseignement Supérieur (les 10 chroniques précédentes). Rappelons que chaque IES propose deux types de formation en 3 ans qui se concluent, toutes deux, par le grade de licence. 1. Des formations qui mènent à l’Université (masters et doctorats) et aux Grandes écoles. 2. Des formations qui mènent à l’insertion sur le marché du travail après l’obtention de la licence.

La chronique d’aujourd’hui traite de la répartition des bacheliers dans chacune des 2 grandes filières et dans leurs spécialités, du nombre d’étudiants qu’elles accueillent. Rappelons l’objectif fixé par la loi sur l’Ecole de 2005 : 50% de jeunes diplômés de l’enseignement supérieur dans les générations nouvelles (le taux de bacheliers dans les générations présentes est de 64% et ne progresse plus depuis quelques années). Les IES doivent réussir le pari d’élever le niveau de qualifications dans le pays.

Deux principes sont à la base de la répartition des flux de bacheliers : le numerus clausus et l’orientation active prescriptive. La chronique s’appuie sur les données statistiques disponibles (DEPP et INSEEà.

50% de jeunes doivent obtenir un diplôme de l’enseignement supérieur. Même si les taux de succès dans les IES vont progresser par rapport aux taux actuellement observés en licence, en BTS et en DUT, ils n’atteindront évidemment jamais 100 %, ne serait-ce que parce que des étudiants vont préférer ou être obligés d’entrer sur le marché du travail avant d’obtenir la licence. Si 85% des entrants en IES obtiennent la licence, il faut, pour atteindre 50% de diplômés du supérieur, que 60% environ des jeunes des générations des années à venir entrent dans les IES (le taux actuel n’est que de 55%).

60%, cela représente 480.000 jeunes (population scolaire et universitaire par âge). Nombre actuel de bacheliers : plus ou moins 520.000 selon les années (proportion de bacheliers dans une génération). Pour parvenir à ce que 60% d’une génération entre dans les IES, il faut faire progresser à la fois le taux de bacheliers dans une génération et le taux de bacheliers qui poursuivent des études dans le supérieur. Les bacheliers généraux poursuivant presque tous des études supérieures, l’élévation du taux passe donc par une forte progression des poursuites d’études chez les bacheliers technologiques et professionnels, induisant mécaniquement une démocratisation de l’accès à l’enseignement supérieur. Ce qui veut dire aussi : les IES doivent prendre en compte, dans leur organisation, dans leurs contenus de formation et dans leurs méthodes pédagogiques, cette diversification forte des baccalauréats d’origine. 

Comment se répartissent les bacheliers dans les différentes filières et spécialités des IES ? Le système d’admission post-bac (cliquer ici) et de ses voeux formulés par les futurs bacheliers peut être maintenu ; les voeux seront d’ailleurs beaucoup plus simples à faire vu le nombre limité des filières et des spécialités dans les licences de l’IES. 

L’orientation active (cliquer ici), telle que la pratiquent les universités depuis 2009, est maintenue, mais elle est profondément transformée sur deux points. A quel niveau l’organiser ? certainement pas au niveau de chaque IES, certainement pas au niveau de l’académie ou de la région. Il semble qu’elle fonctionnerait bien si elle était organisée par un pool de quelques IES regroupés sur une base de contiguïté géographique.

Deuxième changement par rapport à la situation actuelle : l’orientation active devient prescriptive, en ce sens qu’elle bloque certains voeux, et ce en fonction du type de bac, de la qualité du parcours scolaire antérieur et du projet professionnel : “vous avez émis le voeu d’entrer en 1ère année de licence de sciences de la vie, filière longue “santé”, la réponse est non ; vos autres voeux sont acceptés”.

Il y a donc une orientation sélective à l’entrée des IES, mais, vu l’objectif des 50% à atteindre et vu les taux actuels de bacheliers et de poursuites d’études après le bac, taux insuffisants, tous les bacheliers qui veulent poursuivre des études supérieures ont droit à cette poursuite. Il faudra même encourager davantage d’entre eux à poursuivre ! L’orientation est sélective mais l’entrée dans les IES est de droit pour les titulaires du baccalauréat ou d’un titre équivalent. Combien actuellement de bacheliers sont sélectionnées à l’entrée du supérieur : 65,1% (Chronique : “Sélection à l’entrée“) ?

L’orientation sélective prend en compte la capacité d’accueil de chacune des filières (disciplinaires ou professionnelles) et de chacune des spécialités dans ces filières. L’orientation sélective, l’élaboration de capacités d’accueil conduisant à un ”numerus clausus”, dans la spécialité “santé” en particulier, s’appuient sur les grandes prospectives de l’emploi. La population activite française comprend 1,5 “profession intermédiaire” (PI) pour 1 cadre et profession intellectuelle supérieure (CPIS) : 24% de PI et 16,1% de CPIS en octobre 2008 (INSEE).

C’est à partir de cette proportion de CPIS et de PI dans la population active qu’on peut fixer un ordre de grandeur pour répartir les 480.000 bacheliers (60% d’une génération) dans les 2 grands types de filières de l’IES : 40% d’élèves dans les filières disciplinaires conduisant à la poursuite d’études en master, 60% dans les filières professionnelles conduisant au marché du travail après l’obtention de la licence. 40%, c’est 192.000 élèves, 60% c’est 288.000 élèves. Dans la mesure où la population active évolue continûment vers une progression des catégories les plus élevées, dont celle de cadres et professions intellectuelles supérieures, la filière longue de l’IES devrait avoir une capacité d’accueil évoluant progressivement vers 200.000 places.

Où en est-on actuellement de la répartition entre filières disciplinaires longues (CPGE et licence générale universitaire) et filières professionnelles (DUT, BTS, autres formations) ? 53,5% des entrants dans le supérieur s’inscrivent dans les filières longues et 46,5% dans les filières professionnelles (cliquer ici). Il est donc clair que, par rapport à la situation actuelle, les IES à venir devront créer un très grand nombre de places supplémentaires dans les filières professionnelles.

Le défi des IES est de réussir la voie longue, mais aussi de faire faire un saut qualitatif important aux filières professionnelles. C’est d’ailleurs logique et rationnel puisque les IES accueilleront un plus grand nombre de bacheliers technologiques et professionnels.

Chroniques à suivre : nombre d’IES, répartition géographique (carte des formations) ; corps professoral des IES ; coût et financement des IES.

L’homme Maffesoli

Publie par pdubois le février 12th, 2010 dans la categorie Enseignants  •  Pas de commentaires

Michel Maffesoli est professeur de sociologie en Sorbonne, sociologie du quotidien et de l’imaginaire. Le 9 février 2010 à 18 heures 30, il a ou a fait envoyer par son centre de recherche au google group des sociologues de l’enseignement supérieur, une “sottie” de 43 pages, “disponible en 150 exemplaires sur papier velin”. Le titre : “Notes sur la grippe “cochonne”, sous-titre, “Tempus tacendi, tempus loquendi“, complétée par un plaidoyer “Pro domo, Urbi et Orbi“. J’ai cru, un moment, à un canular de premier ordre. Je pense en définitive que ce texte est authentique. Le voici donc en fichier attaché.

Plus de six mois après sa promotion au second échelon de la classe exceptionnelle des professeurs par la section 19 (sociologie et démographie) du CNU, Michel Maffesoli, membre nommé de cette section, a donc décidé que le temps de la parole était venu. La date n’est pas anodine : le 9 février, Gilles Ferréol, lui-même promu à la classe exceptionnelle des professeurs au printemps dernier, a été élu président de la section 19, section recomposée après la démission de 24 de ses 36 membres.

Michel Maffesoli jubile, avec raison : sa promotion contestée a été validée par le ministère ; la section nouvelle, composée d’anciens et de nouveaux nommés, d’élus non démissionnaires, de membres cooptés, a élu un de ses “alliés objectifs” à sa tête. Le petit fils d’immigré italien peut être fier : il est désormais le maître des qualifications aux fonctions de maître de conférences ou de professeur, des promotions, et bientôt des évaluations de tous les enseignants-chercheurs sociologues.

Michel Maffesoli est un homme de pouvoir et de réseau (mais qui ne l’est pas, qui ne tente pas de l’être ?) : il est désormais le maître de la sociologie française. Il a, par ailleurs, été renommé au Conseil d’administration du CNRS. Le professeur de la Sorbonne a atteint les plus hauts sommets de la reconnaissance : membre de l’Institut Universitaire de France, multiple médaillé par les pouvoirs publics, professeur fort régulièrement invité à l’étranger, docteur honoris causa de plusieurs universités étrangères (et ce n’est pas fini, annonce-t-il), auteur d’un nombre conséquent de livres et de publications, traduits à l’étranger (liste complète de ses oeuvres en fin de sottie), producteur insatiable de docteurs en sociologie et d’habilités à diriger des recherches.

Mais le plus grand sociologue français vivant et en activité n’en est pas moins un homme. Il veut atteindre le maximum de la paie possible pour un professeur d’université ; promu au second échelon de la classe exceptionnelle au printemps dernier, il en atteindra l’indice le plus haut quand il partira en retraite dans deux ans, à l’âge de 68 ans. Je reconnais là la saine satisfaction d’une ascension sociale réussie.

Les “Notes sur la grippe “cochonne” dévoilent l’homme Maffesoli, l’intellectuel brillant, le penseur libre. L’écrit est enlevé, intelligent, amusant, décapant, polémique, truffé de citations savantes, touchant souvent là où ça fait mal. J’ai ri et souri, à plusieurs reprises, en le lisant. Mais, au final, cet opuscule m’a donné froid dans le dos. Non parce qu’il révèle un ego surdimensionné, non parce qu’il met en scène un homme controversé et qui jouit de l’être, mais parce que j’ai peur de ce que cet homme va faire de son pouvoir, désormais sans opposition au sein de la section 19, sur la sociologie académique et les enseignants-chercheurs de la discipline.

Ce que dit Michel Maffesoli des 600 signataires de la pétition qui ont demandé la démission de tous les membres de la section 19, ce qu’il dit des organisations syndicales démontre un mépris et une hargne inégalés, une jubilation à humilier. L’homme n’est pas à une contradiction près : il avoue qu’il n’a jamais voté de sa vie pour reste libre ; mais ça ne le dérange pas du tout d’avoir été promu par une section composée majoritairement d’élus ; cracher dans la soupe de la démocratie représentative ne l’émeut pas du tout.

Parvenu au faîte du pouvoir et des honneurs, le sociologue, un temps marginalisé, s’affaire à marginaliser tous ceux qui ne sont pas de son avis. Michel Maffesoli rejette ainsi, sans vergogne, la valeur du “respect”. Je crains fort que, dans ce monde de relativisme des valeurs, il ne fasse beaucoup d’émules.

Michel Maffesoli, vous êtes intelligent et écouté. Je vous invite à lire ou à relire le livre de Richard Sennett : “Respect. De la dignité de l’homme dans un monde d’inégalité”. Vous n’avez pas le droit de pousser l’irrespect des autres à des sommets aussi pervers, même dans une “sottie”.

Nous ne nous sommes jamais rencontrés. Je n’avais jusqu’à présent aucune opinion sur vos travaux et sur votre personnalité. Elu au CNU dans les années 90, j’ai voté, à l’instar d’une forte majorité de la section 19, en faveur de votre promotion à la 1ère classe des professeurs. Aujourd’hui, vous m’avez poussé, définitivement, je le crains, dans le camp de ceux qui ne méritent pas mon respect parce qu’ils ont franchi des limites inacceptables. Je regrette sincèrement de ne plus pouvoir prendre en compte les enseignements de Sennett. 

Professeur Maffesoli, faites preuve de respect envers vous-même et envers les autres. Présenterez-vous des excuses aux 600 signataires de la pétition qui demandait la démission des membres de la section 19 ? J’en doute mais j’apprécierais. Répondrez-vous au blogueur que je suis, une espèce que vous méprisez ? Peu importe ! Evitez cependant un courriel me traînant dans la boue ; votre collègue Tacussel m’a déjà envoyé deux messages orduriers en juin dernier parce que j’avais osé contester, parmi les premiers, le principe de l’auto-promotion. 

Lire les 8 chroniques que j’ai consacrées, sur mon blog du Monde.fr, à l’histoire de la section 19 du CNU entre juin 2009 et février 2010 : cliquer ici.

Dauphine et les droits d’inscription

Publie par pdubois le février 3rd, 2010 dans la categorie Financements, Non classé  •  6 Commentaires

Après la polémique sur les quotas de boursiers dans les CPGE et les grandes écoles, en voici une autre : le montant des droits d’inscription : lire le dossier fort complet d’EducPros. La question de fond est : quelle doit être la contribution des familles au financement des études supérieures de leurs enfants, sachant que la dépense pour l’éducation est supérieure à 10.000 euros par an pour un étudiant inscrit en master universitaire et que les droits d’inscription en master sont actuellement fixés par l’Etat à 232 euros par an ?

L’éducation est un investissement collectif indispensable pour le pays et, à ce titre, elle doit être financée majoritairement par la dépense publique. Mais l’éducation est aussi un investissement individuel, “rentable” sur le marché du travail et il est donc logique que les individus bénéficiaires y contribuent, et significativement plus qu’aujourd’hui.

C’est pour cela que, depuis de nombreuses années, j’écris que je suis en faveur de l’augmentation modulée des droits d’inscription parce que c’est une mesure juste et qui permet la démocratisation de l’accès à l’enseignement supérieur. Lire ma chronique : “Droits d’inscription“.

Valérie Pécresse n’excelle pas seulement dans la communication d’effets d’annonce. Elle verse de plus en plus dans la démagogie politique, les élections régionales approchant  : augmentation du nombre de boursiers à “taux zéro” ; contrôle pointilleux des droits spécifiques votés par certaines universités et attaqués par l’UNEF ; poursuite de l’hostilité à l’augmentation des droits d’inscription dans certains des masters de Dauphine, droits pourtant votés à deux reprises, en 2008 et en 2010, par le conseil d’administration de l’université ; obtention en urgence, l’an dernier, d’un jugement du Conseil condamnant Dauphine (chronique et photos sur Dauphine : cliquer ici).

A vrai dire, Valérie Pécresse n’a pas osé, dans sa loi LRU, donner l’autonomie aux universités sur deux points : la possibilité de sélectionner les étudiants à l’entrée et celle de fixer les droits d’inscription. L’autonomie des universités est morte sur les fonds baptismaux de la LRU. Il fallait oser pour donner aux universités la possiblité de lutter à armes égales avec les Grandes écoles privées, dans la compétition entre les meilleurs.

Dauphine est dans les meilleurs dans son champ et il faut lui laisser les coudées franches. Et ce d’autant plus que les droits d’inscription votés en CA prennent en compte les inégalités sociales de revenus. Il faut lire et relire la décision du CA, reprise dans le communiqué de presse du 2 février 2010 : cliquer iciLa décision ne s’applique qu’à certains des masters de l’université, dénommés ”diplômes de l’établissement”. Les droits d’inscription sont modulés selon les revenus des familles : exonération pour les boursiers et droits d’inscription de 4.000 euros en Master 2 pour les familles qui ont un revenu fiscal déclaré supérieur à 80.000 euros par an. Il faut rappeler que ces familles ont 1/2 part fiscale pour leurs enfants à charge ; quelle économie d’impôt pour ces familles ? Il ne faut pas être hypocrite !

Les droits d’inscription pour les diplômes d’université (d’établissement), dits “DU”, sont fixés librement par le Conseil d’administration. Des exemples ! J’ai été élu, dans ma vie professionnelle, au conseil d’administration dans 3 universités successives. Autant les administrateurs ont souvent voté contre les droits dits spécifiques n’osant pas affronter les syndicats étudiants, autant ils n’ont jamais levé le petit doigt (les syndicats étudiants non plus) contre les droits élevés demandés pour des DU. Un exemple en vigueur cette année  : “5.200 euros pour un DU“.

Si Dauphine dit clairement que les masters concernés par les nouveaux droits d’inscription n’attendent plus de soutien financier de l’Etat (ce doit être le cas pour les DU), alors oui ! Il faut soutenir Dauphine et son Président, Laurent Batsch. La CPU devrait être la première à le faire ! Dauphine a ouvert une brèche dans le tabou du montant des droits d’inscription. L’UNEF mais aussi les Partis de gauche devraient prendre le contrepied de la droite et avoir le courage d’apporter aussi leur soutien, au nom de la démocratisation de l’enseignement supérieur et d’une contribution accrue des familles les plus aisées.

IES. Les formations

Publie par pdubois le février 2nd, 2010 dans la categorie Parcours de formation  •  1 Commentaire

Créer 500 Instituts d’enseignement supérieur (IES), instituts publics, est le projet de ce blog. La chronique d’aujourd’hui (l’organisation des formations en IES) est la 10ème consacrée à cette réforme d’envergure. Les chances d’une telle réforme dans le court terme sont certes nulles ! Mais l’ambition du blog est de débattre, de faire débattre d’un tel projet.

La chronique 1 a donné un premier argument. L’Institut d’enseignement supérieur est le moyen de faire progresser le niveau de qualifications dans le pays : porter à 50% le taux de jeunes qui acquièrent un diplôme de l’enseignement supérieur, objectif fixé par la loi d’orientation et de programmation de l’école de 2005. La structuration actuelle de la première étape de l’enseignement supérieur (licence universitaire, DUT, CPGE, BTS, prépas intégrées) est un obstacle sur la route qui doit mener à ce taux. 50%, c’est aussi une plus forte démocratisation de l’accès à l’enseignement supérieur.

Chronique 2. L’IES est un nouvel établissement d’enseignement qui prend place entre le lycée (qui perd donc ses CPGE et ses STS) et l’université (qui se consacre donc aux seuls enseignements de master et de doctorat et à la recherche). Il organise le premier cycle de l’enseignement supérieur, le cycle de licence en 3 ans (l’IES institutionnalise ainsi la réforme des études en Europe). L’Université, au cours de l’histoire, s’est déjà détachée de son cycle préparatoire : ainsi furent créés les collèges des Jésuites, puis les lycées préparant au baccalauréat. L’histoire peut, doit se répéter : l’Université doit pouvoir mieux se consacrer à ses missions de formation et de recherche ; l’IES a la double mission de préparer aux études longues et à l’entrée sur le marché du travail après 3 ans d’études.

La chronique 3 analyse les 4 occasions historiques manquées (entre 1959 et 2002) de créer les IES.

Les chroniques suivantes analysent les points forts et les points faibles d’une part des STS et des DUT (chroniques 4 à 6), d’autre part des CPGE (chroniques 7 à 9). L’IES n’est pas la mort des “filières qui marchent bien” (ces chroniques ont démontré qu’elles ne marchent pas si bien que cela !). Il est le moyen d’avoir une filière unique, qui intègre l’ancienne licence universitaire (”filière qui marche mal”) dans une filière qui marchera bien, si l’on s’en donne les moyens (les chroniques à venir traiteront des moyens).

Quelles sont les formations proposées par l’IES et comment sont-elles organisées ? Chaque IES propose deux types de formation en 3 ans qui se concluent, toutes deux, par le grade de licence. 1. Des formations qui mènent à l’Université (masters et doctorats) et aux Grandes écoles. 2. Des formations qui mènent à l’insertion sur le marché du travail après l’obtention de la licence. Ces deux types de formation doivent disposer d’autant de moyens publics et doivent être valorisés au même degré par la puissance publique. Le pays a autant besoin de professions intermédiaires que de cadres et de professions intellectuelles supérieures.

Avant de présenter les intersections entre les deux types de formation, les réorientations, les rythmes des parcours, les charges de travail, il faut d’abord décrire l’architecture générale de chacun d’entre eux.

1. Les formations de l’IES qui conduisent à la poursuite d’études en université ou en grande école après l’obtention du grade de licence. Ces formations remplacent les Classes préparatoires aux grandes écoles et les prépas intégrées, mais elles doivent en garder les points forts et les exigences. Les trois types de CPGE actuels constituent un socle à garder tout en le réformant significativement : filière scientifique, filière économique, commerciale et de gestion, filière des humanités - lettres, langues, sciences humaines et sociales -. Mais deux filières, enseignées actuellement à l’université, doivent être intégrées dans l’IES : filière de droit et de sciences politiques, filière des sciences de la santé. L’IES a vocation à couvrir toutes les disciplines. La spécialisation dans chacune des filières est progressive au fil des 3 années ; une partie de tronc commun en 1ère année peut être envisagée pour les sciences de la santé et les sciences.

2. Les formations de l’IES qui conduisent à l’insertion directe sur le marché du travail. Elles sont professionnelles et conduisent à l’obtention d’une licence professionnelle en 3 ans. Les BTS, les DUT, les licences professionnelles actuels sont supprimés, mais non leur indispensable utilité. Il faut en effet en retenir les points forts : une formation professionnelle, un enseignement en partie assuré par des professionnels, la pédagogie de projet, de bonnes conditions d’études, au moins un stage de longue durée ou la possibilté de suivre la formation en alternance. Il existe actuellement bien trop de spécialités de BTS, de DUT et de licence professionnelle. Celles-ci doivent être unifiées, simplifiées et organisées sur une base de 3 années, avec une spécialisation progressive au fil des ans ; une trentaine de spécialités professionnelles paraîtrait suffisante. La distinction historique - spécialités industrielles et tertiaires - doit être retravaillée ; elle date en effet d’une autre époque économique.

3. Chaque IES n’a pas vocation à enseigner toutes les filières et les spécialités professionnelles, mais toutes doivent être enseignées non seulement dans chaque région, mais également dans chaque département (chronique à venir : la carte des 500 IES). Toutefois, pour permettre les points abordés ensuite, chaque IES, et donc dans un lieu unique, doit comporter au moins deux des cinq filières qui conduisent à l’université et aux grandes écoles et 5 à 10 spécialités professionnelles en cohérence avec les 2 filières précitées.

4. Les programmes des flières générales et professionnelles sont définis nationalement. Une marge de manoeuvre, plus importante pour les filières professionnelles, doit être laissée à chaque Institut dans le cadre d’un projet négocié contractuellement. On peut penser à 10% des heures d’enseignement en filière disciplinaire et jusqu’à 25% dans les filières professionnelles (prise en compte des partenariats avec les entreprises régionales).

5. La charge de travail (enseignements, projets, travaux personnels) doit être homogène dans les deux grandes filières (disciplinaires et professionnelles). 30 heures d’enseignements, de projets (et de stages dans la filière professionnelle) par semaine ne devraient pas être dépassées. Ce qui suppose de réduire l’excessif nombre d’heures de cours des CPGE actuelles. Et ce qui offrira enfin aux étudiants de l’ancienne licence universitaire une charge de travail digne de ce nom.

6. Des modules d’enseignement communs aux deux types de filières (disciplinaires et professionnelles). Le point fort de l’IES est de pouvoir faire interagir les populations d’élèves présents dans l’établissement (unité de lieu), et d’assurer la plus grande mixité sociale possible. Trois modules d’enseignement, mixant les élèves des deux grandes filières d’enseignement de licence, doivent conduire à une certification, nécessaire à l’obtention de la licence : certification en langue française, certification en langue étrangère, certification en bureautique (du type C2i).

Il faut y ajouter 1. Une formation commune à la gestion de projet, compétence nécessaire aux deux niveaux de qualification (licence et master) et préalable à la conduite d’une recherche, formation qui sera accentuée en master et en doctorat ; 2. La réalisation collective d’un projet par un groupe d’étudiants issus des deux filières. C’est compliqué à organiser !

7. L’IES prépare à une licence en 3 ans mais selon des parcours temporels différents pour telle ou telle population d’élèves. La réalité impose de reconnaître que tous les étudiants entrant après le baccalauréat tant dans une filière disciplinaire de l’IES que dans une filière professionnelle n’ont pas le même niveau ou n’ont pas tous un projet. L’IES organise, au moins en 1ère année, trois parcours : un “parcours normal” (une majorité des étudiants), un “parcours d’excellence”, un “parcours de soutien” (chronique à venir sur ces types de parcours en droit à Paris 2).

Le “parcours de soutien” ou “parcours allégé” en heures d’enseignements est proposé aux bacheliers qui ne sont pas sûrs de leur projet professionnel ou qui n’ont pas confiance en eux-mêmes. Des cours de rattrapage pour les cours non suivis sont proposés aux étudiants de ce parcours, en juin et en juillet, pour qu’ils puissent reprendre le “parcours normal” dès la 2ème année. 

Le “parcours d’excellence” est proposé aux bacheliers brillants et motivés. Il leur permet de monter plus vite en compétences : pendant 5 à 6 semaines en fin d’année, est proposée à ces étudiants une initiation à la recherche et une immersion dans une équipe de recherche de l’Université ; c’est dans un tel vivier que doivent naître les vocations à la recherche.

8. Les réorientations - passage d’une filière disciplinaire à une filière proche, d’une filière disciplinaire à une filière professionnelle ou l’inverse, d’une spécialité de filière professionnelle à une autre, d’un parcours normal à un parcours d’excellence ou l’inverse - doivent être rendues possibles et se faire dans les meilleures conditions pour les étudiants (i.e. a priori sans perte de temps), au moins en cours ou en fin de 1ère année et peut-être en deuxième année. L’IES permet d’en finir avec le gâchis que représente l’inscription à l’université, suivie au bout d’une année d’une réorientation en 1ère année de DUT ou de BTS.

Je suis persuadé que la création des IES, une réforme d’envergure comme la France n’en a pas connu depuis la création des lycées il y a deux siècles, serait une chance pour le service public d’enseignement supérieur, pour son attractivité, pour l’accès d’un plus grand nombre d’étudiants issus des classes populaires et moyennes à l’enseignement supérieur. Dans le contexte politique actuel et dans celui d’un pouvoir fort de nombreux lobbies, les IES n’ont aucune chance de voir le jour. Ce n’est suffisant pour ne pas débattre du projet, pour le critiquer point par point s’il a des points faibles ou aveugles, des incohérences… La France a mal à son enseignement supérieur, à son université. Elle mérite mieux que la situation actuelle.

Chroniques à suivre. Orientation active et numerus clausus à l’entrée des IES. Nombre d’IES, répartition géographique (carte des formations). Corps professoral des IES. Coût et financement des IES.

CPGE. Une efficience moyenne

Publie par pdubois le janvier 27th, 2010 dans la categorie Débattre  •  3 Commentaires

La classe préparatoire aux grandes écoles est a priori “LA” filière d’excellence parce elle est “LA” filière  sélective : elle opère en effet une triple sélection, une sélection scolaire (elle recrute les meilleurs bacheliers), sociale (elle recrute peu de bacheliers issus des classes populaires), géographique (26% des lycées avec CPGE sont localisés à Paris ou en Ile-de-France). Lire la première chronique de ce blog sur les CPGE.

L’efficacité des CPGE ne peut être qualifiée d’excellente. Certes, elles conduisent une majorité de leurs élèves aux grandes écoles (c’est le cas pour les CPGE scientifiques, économique et commerciales, c’est très loin d’être le cas pour les prépas littéraires), mais elles n’y conduisent pas la totalité. Il ne semble pas que ce soit dû à un manque de places dans ces écoles, sauf peut-être pour les prépas littéraires. On pourrait bien sûr dire que la vocation des CPGE n’est pas de conduire tous leurs élèves vers les grandes écoles, mais alors il serait logique d’en changer la dénomination. Lire la deuxième chronique de ce blog sur les CPGE.

Cette troisième et dernière chronique analyse l’efficience des CPGE (efficience = rapport entre les ressources consommées et les résultats). Elle peut être qualifiée de fort moyenne, en ce sens que c’est une filière fort coûteuse, trop coûteuse par rapport aux résultats atteints : la majorité des élèves intègrent une grande école, mais la moitié seulement l’intègre en deux ans (50% d’accès en 2 ans pour les élèves des classes scientifiques, 61% pour ceux des classes économiques et commerciales, 14% pour ceux des classes littéraires). Les élèves qui intègrent en 3 ans entraînent une année de dépense supplémentaire.

Les ressources mobilisées par les CPGE sont de trois types. 1. Les moyens financiers affectés par la puissance publique 2. Ceux assumés par les familles. 3. Le surinvestissement en temps requis des élèves. Lire la suite…

CPGE. Une efficacité limitée

Publie par pdubois le janvier 23rd, 2010 dans la categorie Non classé  •  3 Commentaires

La classe préparatoire aux grandes écoles est a priori “LA” filière d’excellence parce elle est “LA” filière  sélective : elle opère en effet une triple sélection, une sélection scolaire (elle recrute les meilleurs bacheliers), sociale (elle recrute peu de bacheliers issus des classes populaires), géographique (26% des lycées avec CPGE sont localisés à Paris ou en Ile-de-France) : lire la première chronique de ce blog sur les CPGE.

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Cette deuxième chronique analyse l’efficacité des CPGE (efficacité = rapport entre les objectifs et les résultats). Une 3ème chronique analysera l’efficience des CPGE (efficience = rapport entre les ressources consommées et les résultats). Atteignent-elles l’objectif indiqué par leur dénomination ? Tous les bacheliers entrés dans ces classes accèdent-ils aux grandes écoles ? La réponse est : non. Sont-elles efficientes dans l’utilisation des moyens humains, financiers et matériels qui leur sont affectés et qui sont fort importants ? La réponse sera également : non (chronique à venir). L’efficience et l’efficacité des CPGE ne permettent pas de dire qu’elles constituent “LA” filière d’excellence. Les CPGE ont aujourd’hui trop de points faibles.

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Il faut évidemment le démontrer par des données quantitatives et qualitatives. Certains chiffres sont disponibles ; beaucoup ne le sont pas : la statistique publique doit encore faire beaucoup de progrès ! Et tout d’abord l’analyse de l’efficacité des CPGE : que deviennent les bacheliers entrés dans les classes préparatoires aux grandes écoles un, deux ou trois ans après leur entrée ? Combien abandonnent ? Combien se réorientent et quand ? Combien poursuivent dans une grande école ? Dans une école de “premier rang” ? Dans l’université ? Combien deviennent docteurs ? Des évolutions sont-elles observées ? Des différences existent-elles entre les différents types de prépas ? Lire la suite