Financer selon la performance (6)

Conclusion des 5 chroniques sur le financement selon la performance. Personne et en particulier aucun enseignant-chercheur fonctionnaire ne peut être sérieusement contre un tel financement : les universités doivent optimiser les ressources attribuées par l’Etat pour atteindre les résultats les meilleurs en matière de taux de succès aux examens, de diminution des abandons sans diplôme, d’insertion professionnelle des diplômés. De plus, personne de sensé ne peut s’opposer au principe de l’évaluation qui estime la performance. Les principes de la LOLF : oui !

Que ces principes admissibles soient opérationnalisés chaque année dans la loi de finances par des programmes, des objectifs à atteindre et des indicateurs de performance : oui ! Encore faut-il que les objectifs soient atteignables, que les indicateurs de performance aient quelque chose à voir avec la réalité. Ce n’est pas le cas : les 3 indicateurs de la LOLF analysés dans ces chroniques (taux de diplômés du supérieur dans une classe d’âge, taux d’obtention de la licence en 3 ans, taux de cadres et de professions intermédiaires chez les diplômés du supérieur, 3 ans après leur sortie de formation initiale) ne tiennent pas du tout la route soit parce qu’ils sont trop ambitieux, soit parce qu’ils ne peuvent être calculés rigoureusement. La LOLF est ainsi dévoyée : il faut que les taux des indicateurs progressent toujours ! Pour atteindre un jour 100% ? Lire aussi la chronique, : « le PAP du PLF de la MIRES« .

Trois autres points faibles de ce qui n’est, en définitive et hélas, qu’une idéologie du financement selon la performance. Les universités ne peuvent être concernées par les même taux de performance à atteindre pour la simple raison qu’elles n’ont pas toutes la même population étudiante et les mêmes ressources. Le financement sera-t-il un bonus ou un malus ? Pas de réponse. Et quelle sera l’importance du financement selon la performance par rapport à l’ensemble des financements d’Etat ? 2%, 10% ou 30 % ? Pas de réponse.

Le président d’université est une personne sensée. Il a compris que ce n’est pas demain la veille que son université sera financée selon la performance de ses formations. Il aurait cependant tort de ne pas tenter en interne un financement selon cette logique. Cela suppose d’avoir un outil (un observatoire) à même de calculer des indicateurs et d’en suivre l’évolution dans la durée. Trois indicateurs suffisent. 2 indicateurs de résultats pour chacun des diplômes : taux de succès en licence et en master (mise en place de suivis de cohortes d’entrants), conditions d’insertion professionnelle des diplômés à 18 mois (taux d’emploi, de répartition dans les différentes catégories socioprofessionnelles, de contrats stables, de salaire) ; ce qui suppose des enquêtes annuelles. Un indicateur de coût : le coût complet par étudiant par diplôme (ce qui suppose une comptabilité analytique).

Au vu des résultats des indicateurs, l’université doit récompenser la performance et sanctionner la contre-performance. Sanctionner = fermer les diplômes qui ont de manière récurrente des mauvais résultats ou des coûts trop élevés ; il faut en avoir le courage politique et ce serait d’ailleurs un moyen de freiner l’explosion de l’offre de formation.

Mais comment récompenser la performance ? Il est mieux de ne pas verser de primes aux individus ; la réussite est une oeuvre collective et il est malsain de créer des jalousies. Il faut une récompense collective qui assure la performance du diplôme dans la durée : financement d’une certification qualité externe, attribution d’un secrétariat plus étoffé, financement d’une campagne de communication, participation au financement d’une chaire d’excellence, financement sur contrat privé de professionnels payés au prix du marché et qui accroîtraient encore la performance (lire la note)… Il faut être honnête : les universités et les universitaires ne sont pas prêts à accepter cette logique de l’attribution de moyens additionnels selon la performance observée. « On ne déshabille pas Pierre pour habiller Paul, surtout quand Paul a déjà les moyens qui lui ont permis de réussir ! ».

Et paradoxe final : les diplômes performants (bons taux de succès aux examens et en insertion) n’ont, en fait, pas besoin d’être récompensés ! Le financement selon la performance ne les intéresse pas ! Ces formations sont relativement « riches » car, pour réussir, elles ont construit de solides et rémunérateurs partenariats avec les entreprises du ressort de leur diplôme. Elles accueillent des salariés en formation continue (5.000 euros de droits d’inscription), des étudiants en apprentissage (financement partiel du diplôme par le CFA de rattachement) ; elles perçoivent de la taxe d’apprentissage ; elles n’ont pas de difficultés à trouver des sponsors pour organiser des manifestations… Et paix des ménages oblige : les formations performantes acceptent qu’une partie de leurs « ressources propres » soit « mutualisée » au sein de l’université, soit transférée vers des formations nouvelles, vers les formations aux résultats moyens ou mauvais.

Pour l’enseignement supérieur et la recherche, en matière de formations supérieures, la LOLF est un échec. La stupidité des indicateurs et des objectifs à atteindre est contre-mobilisatrice pour le développement d’un mouvement qui, dans chaque université, devrait conduire à porter de plus en plus attention aux ressources utilisées et aux résultats atteints. Il ne faut pas gaspiller l’argent public !

Note. Tous les diplômes professionnels ont besoin d’enseignements en gestion de projet. Recruter un enseignant-chercheur titulaire en gestion ne sert à rien car celui-ci n’aura de cesse de fuir les diplômes professionnels pour n’enseigner que dans les diplômes de gestion de son UFR. Une observation de plus de 30 ans dans 3 universités différentes le prouve !

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Article du on Vendredi, novembre 27th, 2009 at 16:34 dans la rubrique G. Divers. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

4 commentaires “Financer selon la performance (6)”

  1. charles fournier dit:

    Les principes, oui, la méthode, non !

    Sur les indicateurs et leurs revers en terme de performance, lire notamment « Les stratégies absurdes : Comment faire pire en croyant faire mieux », de Maya Beauvallet

    Les indicateurs devenant le maître mot du pilotage des établissements d’enseignement supérieur et de recherche, il est inquiétant de constater l’importance accrue qui leur est subitement donnée, pour l’attribution des moyens notamment, avec le risque d’une mise en production de chiffres sans méthodologie systématique et homogène (des indicateurs qui changent d’une année sur l’autre, des grilles de définition de l’indicateur parfois ambigües lorsqu’elles existent), et des comparaisons nationales qui, scientifiquement et rationnellement, finissent par perdre de leur de sens…

    Il est dommage, à trop chercher la performance, de tomber dans une caricature de la logique managériale, ce qui, à terme, risquerait de nuire autant à l’image qu’à l’efficience réelle du service public.

  2. Ingénieurs UTBM - Histoires d’Universités - Blog LeMonde.fr dit:

    […] Fournier n’est pas hostile à un financement selon la performance (chroniques : “Financer selon la performance“). D’accord avec l’augmentation de la dotation par étudiant en fonction du […]

  3. Made in UDA - Histoires d’Universités - Blog LeMonde.fr dit:

    […] L’université d’Auvergne, si elle veut être gérée en partie comme une entreprise, est dans la bonne direction mais il lui faut faire encore beaucoup d’efforts dans l’analyse de ses résultats. Alors, pourra-t-elle revendiquer – et ce serait logique dans une logique entrepreneuriale – un financement selon la performance (lire les 6 chroniques sur ce mode de financement : cliquer ici). […]

  4. COM en Auvergne - Histoires d’Universités - Blog LeMonde.fr dit:

    […] universités, et plus largement dans la logique de la LOLF (6 chroniques de ce blog sur le “Financement selon la performance“). Françoise Dupont-Marillia est cependant prudente : elle reconnaît la fragilité […]

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