Instituts d’Ens. Supérieur (1)

Février 2009. Je publiais une chronique sur LeMonde.fr : « Pour une vraie réforme : créer 480 Lycées d’Enseignement Supérieur » (LES). Pas d’échos dans les médias, des soutiens et des oppositions envoyés par mail ou postés en commentaires sur le blog « Histoires d’universités« . La proposition d’un « grand service public propédeutique », faite par François Vatin et Alain Caillé (cliquer ici), cherchait à résoudre les mêmes problèmes mais de manière plus pragmatique. Le LES est devenu l’IES, Institut d’Enseignement Supérieur (parce le LES était trop connoté « Lycée » et donc enseignement secondaire).

Je reviens aujourd’hui sur ce projet de réforme : les chances qu’il voit le jour prochainement sont nulles. Beaucoup de commentaires insistaient sur ce point : impossible de convaincre les multiples lobbies, professions, syndicats, hommes et femmes politiques… Ce n’est pas une raison pour ne pas exposer les tenants et les aboutissants de cette réforme sur ce blog d’EducPros. L’IES, une utopie dont il faut débattre pour qu’elle se transforme… un jour en réalité.

Chronique d’aujourd’hui : « Objectif : « 50% d’une génération diplômée du supérieur ». Chroniques à venir : la modification des frontières de l’université à l’Ere moderne et sous Napoléon, l‘accès aux IES (un large « numerus clausus »), l’organisation des formations longues et des formations professionnelles dans les IES, leur nombre et leur localisation sur le territoire, leurs corps enseignant, leur gouvernance, leur coût et leur financement, leur impact sur la démocratisation et la mixité sociale de l’enseignement supérieur, le nombre et la localisation des universités de recherche.   

L’Institut d’Enseignement Supérieur (IES) est un établissement public d’enseignement supérieur, distinct juridiquement des lycées et des universités. Il a pour mission de former tous les bacheliers à même et désireux de poursuivre des études supérieures, d’en conduire le maximum à l’obtention d’une licence, et d’en préparer une partie aux études post-licence. Ce qui implique : 1. Que la loi crée un nouvel établissement d’éducation, 2. Que les lycées perdent leurs classes supérieures (CPGE et STS), 3. Que les universités perdent leurs IUT et leurs licences générales, 4. Que celles-ci se consacrent uniquement aux formations de master et de doctorat, à la recherche fondamentale et appliquée.

Dit autrement, l’IES scolarise, en premier cycle d’enseignement supérieur, tous les bacheliers qui y sont admis. Il fait disparaître l’éclatement du premier cycle supérieur qui existe depuis le milieu des années 60 (les Sections de Techniciens Supérieurs dans les lycées, les Instituts Universitaires de Technologie dans les universités). L’IES est plus lisible pour les élèves de l’enseignement secondaire et leurs familles ; il facilite et simplifie l’orientation en fin du secondaire. « Où vas-tu après le bac ? Dans un IES ! »

Premiers arguments. Il faut créer des IES pour faire progresser le niveau des qualifications dans le pays, en conduisant 50% d’une génération de jeunes à l’obtention d’un diplôme du supérieur. Le contexte actuel de la fragmentation des études après le bac ne le permet pas. Les voies post-bac sont de plus en plus diversifiées et la part des inscriptions en 1ère année de licence universitaire (hors santé et hors IUT) est en constante diminution (lire la chronique : « sélection à l’entrée« ).  

Conduire 50% de jeunes à l’obtention d’un diplôme d’enseignement supérieur, objectif inscrit dans la loi d’orientation et de programmation de l’Ecole de 2005 et repris dans les indicateurs de performance de chacune des lois de finances annuelles de l’Etat (lire la chronique : « le PAP du PLF de la MIRES » et mes chroniques sur ce blog « le financement selon la performance »). Le taux était de 44,4% en 2007. Le taux visé était de 46% pour 2009 et est de 47% pour 2010, la cible de 50% devant être atteinte en 2012.

Le taux de 47% sera-t-il atteint en 2010 ? C’est très peu probable. Pour atteindre ce taux, il faut qu’il y ait 1. un certain taux de bacheliers dans la génération de jeunes, 2. un certain taux de bacheliers qui poursuivent des études dans l’enseignement supérieur, 3. un certain taux de succès dans les études supérieures. Or l’évolution des 2 premiers taux (le Plan Licence tâchant seulement d’améliorer le 3ème taux) est inquiétante, eu égard à la cible des 50% : le taux de bacheliers a fléchi à 63,6% en 2008 (lire la chronique “Bacheliers 2008“) ; le taux immédiat de poursuite d’études après le baccalauréat est en diminution depuis quelques années, et ce dans tous les types de baccalauréat (lire la chronique : “Orientations post-bac“).

Argument 1. L’Institut d’Enseignement Supérieur (IES) devrait permettre d’atteindre l’objectif que la Nation s’est fixé : 50% de diplômés de l’enseignement supérieur dans les générations jeunes.

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Article du on Lundi, décembre 7th, 2009 at 21:25 dans la rubrique A. Débattre. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

8 commentaires “Instituts d’Ens. Supérieur (1)”

  1. Rachel dit:

    Irnerius, cette chronique provoque en moi plein de questions que j’ai du mal à ordonner. Je me contente juste de deux remarques et une question. (1) Inutile de dire que je ne suis pas d’accord avec ce projet. Mais j’attends les argumentations suivantes … et j’espère que vous allez nous expliquer dans les chroniques suivantes pourquoi vous ne croyez pas que l’université peut jouer ce rôle de grand établissement public du premier cycle de l’enseignement supérieur (2) Le passage de la dénomination « LES » vers « IES » est un progrès. (3) que sont les « IUS » dont vous parlez à trois reprises ? Une faute de frappe ou bien un acte manqué pour « institut universitaire du supérieur » ? Ou bien encore une façon de laisser votre empreinte, cher irnerIUS.
    Cordialement

  2. kyste dit:

    Je ne comprends pas bien le but et comment il va répondre à la question de la saturation des premières années de facultés.
    Je ne vois les dites « grandes écoles » et écoles d’ingénieurs dans le nouvel organigramme, encore à part?
    Faut il vraiment amener 50% d’une génération à un diplome supérieur et surtout un diplome du supérieur pourquoi faire?
    Je n’ai pas l’impression que les bonnes questions soient posées. Créer un nouveau machin pour le plaisir de rajouter une couche au mille feuille français ne me semble pas forcément une très bonne idée.
    J’attends de voir le développement de l’idée.
    Juste un dernier point. A mon sens le vrai drame français est l’obsession de la linéarité. Il faut une séquence éducationnelle linéaire, le bac à tel age, L3 à tel autre etc . SI on sort des clous il est difficile de revenir dans le système. Je n’ai pas l’impression que votre système assouplisse ceci. Une vraie innovation serait la possibilité faites de quitter le système puis d’y revenir au moment souhaité par le candidat.
    C’est un autre débat.

  3. Jah War dit:

    J’attends avec impatience votre chronique qui expliquera comment éviter que les IES ne deviennent la vaste garderie pour ados attardés que sont aujourd’hui nos premières années de licence.
    En revanche, tout à fait d’accord avec le concept : les premiers cycles actuels n’ont plus grand chose d’universitaires, autant les secondariser complètement. L’appellation lycée avait le mérite d’être plus claire.

  4. marie duru-bellat dit:

    Bonjour,
    tiens tiens ! C’est précisément ce que je préconisais à la fin de mon livre « L’inflation scoliare », paru en 2006 !
    mdb

  5. wismer dit:

    Déjà que 50% des élèves n’ont pas le niveau du bac, alors 50% avec un niveau du supérieur, ça fleure bon soit l’utopie, soit la baisse drastique du niveau. C’est quoi l’étape d’après ? 50% avec un doctorat et on ne sélectionnera qu’au niveau de l’HDR ? Et les bons élèves motivés et autonomes (ceux qui auront au moins un M2), ils font quoi ? ils s’emmer…t jusqu’au M2 parceque tout le monde doit aller dans le même moule ?

    Je crois que vous devriez intégrer dans votre réflexion une distinction entre supérieur court à but professionalisant (en gros L3 pro, IUT, etc. bref rien à voir avec du vrai supérieur) et formation ouvrant la porte au supérieur (license générale pour le master, prépas).

    Que tous les élèves aient accès un une formation postbac professionalisante : oui !! Mais croire que tous les élèves peuvent suivre une formation d’enseignement supérieur digne de ce nom, c’est ridicule. La plupart d’entre eux ont déjà montré leurs limites au lycée.

  6. IES (1) - Histoires d’Universités - Blog LeMonde.fr dit:

    […] la création d’Instituts d’Enseignement Supérieur (IES). Première d’une série de chroniques sur le Blog d’educPros. L’IES est un “établissement public d’enseignement supérieur, distinct […]

  7. calvoz patrick dit:

    la démocratisation de l’enseignement implique la fin des grandes écoles modèle remontant au xviiis et fournissant essentiellement l’Etat et les grandes entreprises. Les universitaires sont là pour d’abord enseigner et faire avec les étudiants donc la clef est au lycée. Elle est aussi dans la revalorisation des enseignements professionnels qui doivent déboucher sur des carrières attractives. Les universités autonomes ayant des résultats désastreux dans le premier cycle doivent être sanctionnés par moins d’argent même si la recherche s’en ressent. L’allongement des formations devient ridicule, c’est la formation continue qui doit être privilégier pour maintenir le niveau initialement délivré.

  8. amelie dit:

    Et quid des filières professionnelles qui ne sont pas des DUT, BTS,licences générales: formations paramédicales et sociales (assistante sociale, infirmière) où il y a des concours, médecine qui a beau être à l’université est à part vu qu’elle ne fonctionne pas sur le modèle LMD, notariat, DCG, écoles d’art, écoles de la fonction publique or grandes écoles (gendarmerie, police, ENM…) et s’en passe. Comment pourrait-on les intégrer dans les IES sachant que la spécialisation ne peut être progressive, qu’il y a des quotas…

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