IES. Orientation et numerus clausus

Suite des chroniques sur les Instituts d’Enseignement Supérieur (les 10 chroniques précédentes). Rappelons que chaque IES propose deux types de formation en 3 ans qui se concluent, toutes deux, par le grade de licence. 1. Des formations qui mènent à l’Université (masters et doctorats) et aux Grandes écoles. 2. Des formations qui mènent à l’insertion sur le marché du travail après l’obtention de la licence.

La chronique d’aujourd’hui traite de la répartition des bacheliers dans chacune des 2 grandes filières et dans leurs spécialités, du nombre d’étudiants qu’elles accueillent. Rappelons l’objectif fixé par la loi sur l’Ecole de 2005 : 50% de jeunes diplômés de l’enseignement supérieur dans les générations nouvelles (le taux de bacheliers dans les générations présentes est de 64% et ne progresse plus depuis quelques années). Les IES doivent réussir le pari d’élever le niveau de qualifications dans le pays.

Deux principes sont à la base de la répartition des flux de bacheliers : le numerus clausus et l’orientation active prescriptive. La chronique s’appuie sur les données statistiques disponibles (DEPP et INSEEà.

50% de jeunes doivent obtenir un diplôme de l’enseignement supérieur. Même si les taux de succès dans les IES vont progresser par rapport aux taux actuellement observés en licence, en BTS et en DUT, ils n’atteindront évidemment jamais 100 %, ne serait-ce que parce que des étudiants vont préférer ou être obligés d’entrer sur le marché du travail avant d’obtenir la licence. Si 85% des entrants en IES obtiennent la licence, il faut, pour atteindre 50% de diplômés du supérieur, que 60% environ des jeunes des générations des années à venir entrent dans les IES (le taux actuel n’est que de 55%).

60%, cela représente 480.000 jeunes (population scolaire et universitaire par âge). Nombre actuel de bacheliers : plus ou moins 520.000 selon les années (proportion de bacheliers dans une génération). Pour parvenir à ce que 60% d’une génération entre dans les IES, il faut faire progresser à la fois le taux de bacheliers dans une génération et le taux de bacheliers qui poursuivent des études dans le supérieur. Les bacheliers généraux poursuivant presque tous des études supérieures, l’élévation du taux passe donc par une forte progression des poursuites d’études chez les bacheliers technologiques et professionnels, induisant mécaniquement une démocratisation de l’accès à l’enseignement supérieur. Ce qui veut dire aussi : les IES doivent prendre en compte, dans leur organisation, dans leurs contenus de formation et dans leurs méthodes pédagogiques, cette diversification forte des baccalauréats d’origine.

Comment se répartissent les bacheliers dans les différentes filières et spécialités des IES ? Le système d’admission post-bac (cliquer ici) et de ses voeux formulés par les futurs bacheliers peut être maintenu ; les voeux seront d’ailleurs beaucoup plus simples à faire vu le nombre limité des filières et des spécialités dans les licences de l’IES.

L’orientation active (cliquer ici), telle que la pratiquent les universités depuis 2009, est maintenue, mais elle est profondément transformée sur deux points. A quel niveau l’organiser ? certainement pas au niveau de chaque IES, certainement pas au niveau de l’académie ou de la région. Il semble qu’elle fonctionnerait bien si elle était organisée par un pool de quelques IES regroupés sur une base de contiguïté géographique.

Deuxième changement par rapport à la situation actuelle : l’orientation active devient prescriptive, en ce sens qu’elle bloque certains voeux, et ce en fonction du type de bac, de la qualité du parcours scolaire antérieur et du projet professionnel : « vous avez émis le voeu d’entrer en 1ère année de licence de sciences de la vie, filière longue « santé », la réponse est non ; vos autres voeux sont acceptés ».

Il y a donc une orientation sélective à l’entrée des IES, mais, vu l’objectif des 50% à atteindre et vu les taux actuels de bacheliers et de poursuites d’études après le bac, taux insuffisants, tous les bacheliers qui veulent poursuivre des études supérieures ont droit à cette poursuite. Il faudra même encourager davantage d’entre eux à poursuivre ! L’orientation est sélective mais l’entrée dans les IES est de droit pour les titulaires du baccalauréat ou d’un titre équivalent. Combien actuellement de bacheliers sont sélectionnées à l’entrée du supérieur : 65,1% (Chronique : « Sélection à l’entrée« ) ?

L’orientation sélective prend en compte la capacité d’accueil de chacune des filières (disciplinaires ou professionnelles) et de chacune des spécialités dans ces filières. L’orientation sélective, l’élaboration de capacités d’accueil conduisant à un « numerus clausus », dans la spécialité « santé » en particulier, s’appuient sur les grandes prospectives de l’emploi. La population activite française comprend 1,5 « profession intermédiaire » (PI) pour 1 cadre et profession intellectuelle supérieure (CPIS) : 24% de PI et 16,1% de CPIS en octobre 2008 (INSEE).

C’est à partir de cette proportion de CPIS et de PI dans la population active qu’on peut fixer un ordre de grandeur pour répartir les 480.000 bacheliers (60% d’une génération) dans les 2 grands types de filières de l’IES : 40% d’élèves dans les filières disciplinaires conduisant à la poursuite d’études en master, 60% dans les filières professionnelles conduisant au marché du travail après l’obtention de la licence. 40%, c’est 192.000 élèves, 60% c’est 288.000 élèves. Dans la mesure où la population active évolue continûment vers une progression des catégories les plus élevées, dont celle de cadres et professions intellectuelles supérieures, la filière longue de l’IES devrait avoir une capacité d’accueil évoluant progressivement vers 200.000 places.

Où en est-on actuellement de la répartition entre filières disciplinaires longues (CPGE et licence générale universitaire) et filières professionnelles (DUT, BTS, autres formations) ? 53,5% des entrants dans le supérieur s’inscrivent dans les filières longues et 46,5% dans les filières professionnelles (cliquer ici). Il est donc clair que, par rapport à la situation actuelle, les IES à venir devront créer un très grand nombre de places supplémentaires dans les filières professionnelles.

Le défi des IES est de réussir la voie longue, mais aussi de faire faire un saut qualitatif important aux filières professionnelles. C’est d’ailleurs logique et rationnel puisque les IES accueilleront un plus grand nombre de bacheliers technologiques et professionnels.

Chroniques à suivre : nombre d’IES, répartition géographique (carte des formations) ; corps professoral des IES ; coût et financement des IES.

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Article du on Mercredi, février 17th, 2010 at 13:46 dans la rubrique A. Débattre. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

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