L’autonomie, réforme de terrain ?

« Guide pratique. L’autonomie des universités, une réforme de terrain. La preuve par l’exemple« . (cliquer ici). Guide daté de mars 2010 et publié par le MESR, sous couvert de Valérie Pécresse. Ce guide n’est donc pas un rapport de l’Inspection générale, de la Cour des comptes, de l’AERES ou encore de la CPU ; dans ce genre de rapport, on trouve toujours des points forts et des points faibles, des recommandations pour faire mieux. Ce n’est pas le cas dans le guide qui ne mentionne que les effets positifs de l’autonomie.

Le Guide est un pur produit de communication pour montrer que la loi LRU d’août 2007, qui a accordé l’autonomie à 60% des universités françaises passées aux responsabilités et compétences élargies (RCE) le 1er janvier 2009 ou 2010, est une loi excellente pour tout le monde, pour les étudiants, les enseignants et les personnels techniques et administratifs, les collectivités territoriales et les entreprises.

Jamais un ministère n’avait osé publier un tel produit de communication, une telle publicité en forme d’auto-satisfaction. Mais, peut-être, Valérie Pécresse, en campagne pour la conquête de la présidence de la région Ile-de-France, n’a-t-elle pas pris le temps de comprendre que ce Guide est une communication ratée. Effet boomerang garanti.

Le pire, c’est que des universités se soient prêtées au jeu de ce Guide, en particulier celles de La Rochelle, de Nancy 2 et de Provence (Aix-Marseille 2), mais, peut-être après tout, se sont-elles fait piéger et le regrettent aujourd’hui. On attend donc leurs communiqués de presse critiquant le Guide pratique.

L’autonomie et les RCE selon la LRU et le Guide. « Les universités gèrent elles-mêmes leurs ressources humaines et la masse salariale qui va avec. Conséquence : leurs budgets doublent et elles disposent de tous les leviers pour organiser leurs formations en fonction des besoins de leurs étudiants et de la situation de l’emploi, de faire émerger de nouvelles niches d’excellence scientifique, de faire intervenir, devant leurs étudiants, des personnalités du mode socio-économique, ou des stars du monde scientifique, de valoriser l’engagement de leurs personnels par des primes, de créer des fondations, de développer les coopérations avec les entreprises »… Bref, un vrai paradis pour les universités, leurs personnels, leurs usagers et leurs partenaires !

Le texte précédent laisse croire au doublement du budget des universités (c’est évidemment totalement faux !) et donc au développement « naturel » de multiples actions permises par ce doublement. Les RCE donnent certes des marges de manoeuvre financières mais le Guide ne dit pas comment elles se gagnent au quotidien. Les universités passées aux RCE le 1er janvier 2010 ne savent pas encore si elles vont dégager ces marges au terme de l’exécution de leur budget 2010. Le Guide ne suggère rien pour conquérir ces marges multiplicatrices des pains et des poissons pour tous. Faut-il réduire l’offre de formation pour tuer enfin le serpent de mer des heures complémentaires non maîtrisées (chronique « Président Condé« ) ?

Plus gravement, le Guide mélange tout. Il confond allègrement ce qui est dû aux RCE et ce qui appartient à l’autonomie des universités depuis toujours, et ce dès la loi Faure de 1968. Je mets au défi quiconque, dans tous les réalisations concrètes exposées dans le guide, d’en trouver une seule qu’il n’ait pas été possible de mettre en oeuvre avant la loi LRU (y compris la possiblité de Fondations ; Sciences Po est un établissement public et a de longue date une Fondation).

Bien plus, tout se passe comme si Valérie Pécresse voulait s’approprier non seulement ses oeuvres (la loi LRU, le Plan licence et le Plan Campus), mais également celles de ses prédécesseurs. Les PRES ne figurent pas parmi ses oeuvres, mais datent de 2006 (loi Goulard) ! Les régions sont partenaires des universités non pas depuis le plan Campus mais depuis les lois de décentralisation du début des années 80 ! Les entreprises sont mobilisées dans les Conseils de perfectionnement des diplômes professionnels depuis que ces diplômes existent ! L’aide à l’insertion professionnelle des diplômés est la préoccupation d’un nombre significatif d’universités depuis des dizaines d’années ; elles n’ont pas attendu l’inscription de cette mission dans la loi LRU ! Ce guide naïf procède d’un vrai mépris pour les universités qui ont toujours « osé l’autonomie » !

Le Guide passe évidemment sous silence la non-autonomie ou le recul de l’autonomie des universités passées aux RCE en 2009 ou 2010. Il présente comme garanties pour les étudiants l’absence d’autonomie des universités en matière de droits d’inscription et de sélection à l’entrée, et le maintien de leurs diplômes comme diplômes nationaux, alors qu’il insiste sur la compétitivité accrue des universités permise par la loi LRU, ce qui veut dire que tous les diplômes nationaux n’ont évidemment pas la même valeur.

Citons quelques autres exemples de l’absence ou du recul de l’autonomie des universités depuis deux ans. Seulement 50% des promotions accordées au niveau local, absence pour les PRES du choix de leur statut juridique, aucune marge de manoeuvre sur la gouvernance, obligation de faire payer les salaires des personnels par la Trésorerie générale… En fait, depuis la loi LRU, le ministère ne cesse de reprendre d’une main ce qu’il avait donné (a priori) de l’autre.

Le Guide mentionne certes l’évaluation de l’usage que les universités font de leurs RCE, mais il oublie de dire que les universités seront désormais de plus en plus financées selon leur performance, alors que les indicateurs de mesure de cette performance sont « loufoques » (6 chroniques de ce blog sur le financement selon la performance).

Conclusion. Une ministre, qui ne contrôle pas la communication de son ministère, qui utilise sa fonction pour faire de l’auto-satisfaction unilatérale et qui ne donne aucune orientation ou conseil aux universités passées aux RCE (ce devrait pourtant être l’ambition d’un Guide), doit-elle continuer à assurer ses fonctions ? Pour ma part et évidemment, ma réponse est « non » ! Encore deux ans d’auto-satisfaction d’une ministre récemment confirmée à son poste en dépit de sa défaite aux régionales, « NON » !

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Article du on Dimanche, avril 11th, 2010 at 22:59 dans la rubrique A. S'indigner. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

Un commentaire “L’autonomie, réforme de terrain ?”

  1. ridha ennafaa dit:

    Je partage totalement, sur chacun des paragraphes évoqués, le point de vue exprimé. On continue à « asphyxier » l’université et à lui proposer de « nouveaux produits » en guise de réforme et cela avec une politique de marketing et de management totalement inappropriés et étrangers à notre monde universitaire…les nouveaux bacheliers continuent à la fuir, les enseignants, les chercheurs se démobilisent. (RE MCF HC Directeur OVE)

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