Les annulations de Strasbourg

Suite des chroniques sur les 2 Comités de sélection de sociologie de l’université de Strasbourg dont les propositions de recrutement n’ont pas été validées par le Conseil d’Administration, réuni en formation restreinte (soit 7 professeurs). Chronique du 26 juin : « Critiquer les Comités de sélection« , chronique du 27 juin : « CA contre Comité de sélection« . Toutes les interprétations avancées par les acteurs du recrutement ne me semblaient pas convaincantes.

J’ai donc poursuivi mes investigations. Vainement jusqu’ici. J’ai exploré la piste du népotisme, du clientélisme, du copinage – remplacer les candidats proposés par les CdS par des parents, amis, clients ou copains – ; elle ne mène à rien ; aucun candidat mal classé dans les propositions des CdS ne bénéficie de l’invalidation ; les 2 concours sont invalidés et seront organisés de nouveau (ce ne sera que la 4ème fois pour le poste de professeur !).

J’ai exploré la piste du « recrutement localiste » : recruter quelqu’un de local. Elle ne mène à rien. Philippe Hamman, classé en tête par le CDS sur le poste de professeur, est maître de conférences à Strasbourg. Le CA aurait-il une stratégie de recrutement externe ? Il devrait pouvoir l’argumenter sans problème.

Cherchant à comprendre, je me suis adressé par courriel aux 50 enseignants et chercheurs de sociologie de l’université : silence et bouche cousue (ou prises de position sous couvert d’anonymat).

Pas plus éclairant, a priori, est le communiqué de la Présidence reproduit ci-dessous. « Le CA n’est pas tenu de motiver ses décisions, compte tenu de son caractère souverain » (quelqu’un de la présidence a-t-il pesé réellement le sens de cette dernière partie de phrase ?). On refuse de dire mais on dit quand même : »la position prise étant exclusivement motivée par l’existence de doutes sérieux sur la validité des procédures« .

L’argument de la présidence s’inscrit donc dans l’ordre du juridique : quelque chose n’a pas été fait selon les règles. Tout au moins, la présidence le pense car elle n’a pour l’instant que des « doutes sérieux ». Dans le cas de « doutes », pourquoi ne pas suspendre le recrutement dans l’attente de la transformation des doutes en preuves ? Mais qu’en à faire un « CA souverain » qui, « sans empiéter sur sa souvernaineté », fait ce qu’il a envie de faire sans rendre compte à quiconque ?

L’invalidité de la procédure ne peut que se situer dans le déroulement du CdS lui-même et non avant. Le profil du poste, la composition du Comité de sélection ont en effet été approuvés par les instances de l’université. Toutefois. Si c’est le profil du poste qui est en jeu, si c’est le mode d’élaboration de ce profil dans l’UFR de Sciences sociales, si le profil y a été publiquement discuté en disant que le poste était pour « X », alors oui, on pourrait contester « la validité des procédures ». On comprendrait alors l’embarras de la présidence : annuler au final les propositions des CdS, cela reviendrait à dire que le Conseil scientifique s’est fait manipuler et que le CA n’a alors rien trouvé à dire. L’histoire se résumerait alors à un bogue dans l’enchaînement de décisions successives, à un dysfonctionnement de gouvernance dans l’université.

Quels autres motifs juridiques pour l’annulation ? Des discriminations flagrantes à l’égard de candidats non auditionnés (il faut rappeler qu’aucun de 7 professeurs du CA n’est sociologue). Une absence de quorum ? D’ailleurs combien des 10 membres professeurs du Comité étaient présents et parmi eux combien d’extérieurs ? Ou encore ? Des modalités de vote manipulées par le Président du CdS ?

J’avoue que je comprends de moins en moins : ce n’est pas dévoiler un secret d’Etat que de faire connaître à toutes et à tous quels sont les défauts de procédure qui ont été observés ! Il faut relire aussi la chronique de mon collègue : « François Vatin critique les CdS« . Peut-être l’affaire de Strasbourg ne sera-t-elle jamais élucidée ! Elle mériterait pourtant de l’être !

Communiqué de la présidence de l’université de Strasbourg. « La présidence de l’université de Strasbourg a été saisie de protestations, diversement exprimées, portant sur la décision du Conseil d’Administration restreint qui, à l’unanimité de ses membres, a annulé les délibérations de deux comités de sélection. Le CA, siégeant en jury d’admission, n’est pas tenu de motiver ses décisions, compte tenu de son caractère souverain. Sans empiéter sur cette souveraineté, il est cependant possible d’apporter les précisions suivantes :
- Les décisions prises consistent exclusivement en une annulation de la délibération du comité, permettant la tenue d’un nouveau concours. En aucune manière, ni le CA, ni la présidence n’ont souhaité interférer avec le
résultat de la délibération et, en particulier, avec l’ordre de classement des candidats, la position prise étant exclusivement motivée par l’existence de doutes sérieux sur la validité des procédures.
- Ces décisions ne doivent donc pas être interprétées comme un désaveu, ni des candidats, ni des comités, ni de ceux, laboratoires ou composantes, qui ont porté ces candidatures.
Le CA a agi en garant de la qualité de la procédure de recrutement de l’université et de son irréprochabilité. Il importe que tous sachent le reconnaître et n’en tirent pas d’autres conclusions ».

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Article du on Mardi, juin 29th, 2010 at 19:42 dans la rubrique A. S'indigner, C. Alsace. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

Un commentaire “Les annulations de Strasbourg”

  1. Nantais dit:

    Curieuse argumentation que celle de ce communiqué. De deux choses l’une en effet : ou bien le CA a effectivement statué en tant que jury de concours, auquel cas il n’a pas « annulé » la délibération des comités de sélection, mais estimé qu’aucun des candidats classés ne pouvait être retenu en raison de ses qualités (les CdS ne formulant qu’un avis, que le CA n’est pas obligé de suivre, comme l’indique d’ailleurs lui-même le CA) ; ou bien il a « annulé » la délibération du CdS, ce qui n’est pas en son pouvoir en tant que jury de concours (un jury statue sur les mérites et qualités respectives des candidats). S’il y a avait effectivement irrégularité dans la procédure suivie devant les CdS, la seule solution était sans doute que le CA propose un ou plusieurs noms à la nomination, et qu’ensuite le président oppose son droit de veto, en le fondant sur l’irrégularité de la procédure. En l’état, la position de l’université de Strasbourg semble juridiquement bien fragile…

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