Moins de bacheliers à l’université

Les universités ont commencé ou vont commencer à inscrire les étudiants pour l’année 2010-2011. Les calendriers varient un peu d’une université à l’autre : démarrage le 7 juillet à Besançon et à Dijon, le 8 juillet à Nancy, le 19 juillet à Strasbourg.

Ces inscriptions ne font guère de bruit dans les médias : il y a en effet de la place dans toutes les filières post-bac.Peu ou pas de commentaires sur la diminution des taux de succès au baccalauréat 2010. Pas d’informations sur le bilan des voeux déposés sous « Admission Post-bac » par les bacheliers 2010. Peu ou pas de protestations contre l’augmentation des droits d’inscription. Pour l’année 2010-2011, ceux-ci progressent de 2,1% en moyenne : 174 euros en licence (+1,7%), 237 euros en master (+2,6%), 359 euros en doctorat (+2,6%). Et même pas de grandes inquiétudes pour les inscriptions dans les « Masters Enseignement » !

Les universités sont calmes. Circulez ! Il n’y a rien à voir ! Est-ce si sûr ? Il faut, en effet et comme chaque année, poser la question : les bacheliers sont-ils de moins en moins nombreux à s’inscrire à l’université, en 1ère année de licence ? A la rentrée 2009, ils auraient été plus nombreux à opter pour une L1 (chronique : « Néo-entrants en L1 : +,5,7%« ), mais la Note d’information sur les effectifs des universités en 2009-2010 n’est toujours pas parue. Pour la rentrée 2010, une forte majorité des bacheliers d’Alsace préférerait éviter l’université (chronique : « Ils fuient l’université !« ).

Ce qui est sûr, en tous cas et en longue période, c’est que les bacheliers sont de moins en moins nombreux à choisir d’entrer en L1. Le démontre une Note d’information de Sylvie Lemaire parue début juillet 2010 : « Que deviennent les bacheliers après leur baccalauréat ? » (cliquer ici). La Note concerne un panel de 12.000 bacheliers 2008, interrogés au printemps 2009 (plus d’un an sépare l’enquête de la publication !) ; elle les compare au devenir des bacheliers des panels 1996 et 2002.

Le tableau 1 de la Note synthétise les résultats essentiels. 1. Les bacheliers 2008 n’ont pas davantage poursuivi d’études supérieures que les bacheliers 1996 et 2002. Les bacheliers généraux et technologiques ont été moins nombreux à le faire ; par contre, les bacheliers professionnels ont été beaucoup plus nombreux à poursuivre (en particulier sous le mode de l’alternance).

2. 36% des bacheliers 1996 étaient entrés en 1ère année de licence (hors études de santé) à la rentrée suivante ; ce n’était plus le cas que de 30% des bacheliers 2002. Le taux pour les bacheliers 2008 : 24% ! 50% de chute en 12 ans. Le déclin de la licence universitaire concerne tous les types de bacheliers : 35% seulement des bacheliers généraux 2008 ont opté pour une L1 ; ils étaient 50% en 1996.

L’hémorragie subie par les L1 universitaires (hors sciences de la santé qui sont en nette progression) ne profite guère aux CPGE, aux STS et aux IUT ! Le « pavé dans la mare » révélé par la Note d’information est le doublement des poursuites d’études dans des formations supérieures appelées « autres » : elles concernaient 7% des bacheliers 1996 ; elles ont concerné 14% des bacheliers 2008 !

Quelles sont ces autres formations supérieures ?  « Il s’agit des cycles intégrés (post-bac) des écoles de commerce et d’ingénieurs, des écoles artistiques, culturelles, paramédicales et sociales (ou des préparations à l’entrée dans ces écoles). « Ces autres formations« , de même que les CPGE, STS, et IUT, pratiquent le numerus clausus et la sélection à l’entrée. La licence universitaire ne pratique pas de sélection à l’entrée : elle est fuie par de nombreux excellents étudiants, mais elle continue d’accueillir des étudiants « par défaut », ceux qui n’ont pas trouvé une place dans une filière sélective (tableau 4 de la Note).

La licence universitaire meurt peu à peu. Si la tendance observée depuis 1996 se poursuivait au même rythme, il n’y aurait plus un seul bachelier 2032 à s’inscrire en L1. Evidemment une telle assertion est « stupide ». Néanmoins, il faudrait accélérer la mort de la licence. Il est temps de réformer réellement le 1er cycle de l’enseignement supérieur, de l’unifier, et donc de créer des Instituts d’enseignement supérieur (IES).

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Article du on Samedi, juillet 10th, 2010 at 12:17 dans la rubrique C. Alsace, C. Bourgogne, Franche-Comté, C. Lorraine. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

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