« L’université, objet de désirs »

« L’université, objet de désirs » : titre du premier article de la Lettre de la CPU (n°51, 21 juillet 2010). « Quel plus bel hommage à nos universités peut-on d’ailleurs trouver que la déclaration d’amour de François Mazon, directeur du développement de Linagora et ex-directeur général de Capgemini France, intitulée « Pourquoi j’ai aimé l’université«   (Les Échos du 21 juillet 2010). Objet de désirs, déclaration d’amour ! Qu’est-ce qui arrive à la CPU ? Pourquoi un tel emportement ?

En fait, la CPU se félicite « de la progression des vœux d’inscription en licence et du recul des classes préparatoires dans les premiers vœux des bacheliers de l’année 2010″. Erreur de la CPU : il s’agit non pas des 1ers voeux des bacheliers 2010 enregistrés par Admission post-bac, mais des voeux des candidats au baccalauréat. La nuance n’est pas négligeable quand on sait que, pour la 1ère fois depuis des années, les taux de succès au baccalauréat général et au baccalaurét technologique ont baissé de plusieurs points. Par ailleurs, comme le souligne la CPU avec prudence, « il faut attendre les inscriptions » pour que soit confirmé ce désir plus grand.

Pourquoi l’université devient-elle un « objet de désirs » ? « Diversité, passerelles, cohabilitation et partenariats avec d’autres structures de l’enseignement supérieur deviennent la marque de l’université et contribuent à rassurer des jeunes et des familles qui ont aussi la certitude de trouver dans nos établissements des enseignants hautement qualifiés, formés à la recherche et par la recherche, qui participent avec passion à la mission publique d’enseignement supérieur et de recherche ». Autosatisfecit de la CPU pour elle-même et pour la ministre Valérie Pécresse !

Analysons de plus près les résultats d’admission post-bac publiés par le MESR : cliquer ici. 653.000 premiers voeux formulés par les candidats au baccalauréat, soit + 8,7% qu’en 2009 (extension d’admission post-bac à de nouvelles filières, prépas paramédicales, écoles d’architecture…). Combien de 1ers voeux en faveur de la 1ère année de licence universitaire ? 183.000 contre 162.100 en 2009 (+ 12,9%) ? Combien de 1ers voeux en faveur des classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE) ? 57.359 en 2010 contre 60.129 en 2009 (- 5%).

La CPU oublie de mentionner la progression de 19% des voeux en faveur des écoles d’ingénieurs qui ont une prépa intégrée (16.900 premiers voeux). Les prépas intégrées font partie des nouvelles stratégies des écoles d’ingénieurs et sont prisées des bacheliers (+2.650 premiers voeux) ; elles déshabillent les prépas traditionnelles (-2.770 premiers voeux). Ces deux écarts par rapport à l’année précédente s’équilibrent.

Quelle est la proportion de candidats au bac qui ont placé la licence universitaire en 1ers voeux ? 28% en 2010, 27% en 2009 ! +1% en un an : ce n’est plus de l’amour, c’est une passion dévorante ! La CPU n’a donc pas peur du ridicule ! Le désir d’accès à l’université n’est pas majoritaire parmi les bacheliers généraux (39,1%) ; il est négligeable pour les bacheliers technologiques (13,3%) ; le taux n’est pas indiqué pour les bacheliers technologiques (il est plus bas encore). Que préfèrent, et de loin, les futurs bacheliers ? La majorité d’entre eux (52,5%) souhaite entrer dans une filière professionnelle courte : sections de techniciens supérieurs (223.000 voeux, 34,3%) ou IUT (119.000 voeux, 18,2%).

Toutes les filières universitaires universitaires font l’objet d’une plus forte poussée de « désirs », en particulier les sciences (+21,4%), les STAPS (+34,5%), les sciences humaines et sociales (+16,9%). Sont-ce de bonnes nouvelles ? Pour les sciences, incontestablement oui ! Mais il faut beaucoup relativiser : 39.100 candidats au bac ont mis la 1ère année de santé en 1er choix ; c’est le cas de seulement 20.600 candidats pour les sciences ! 12.200 voeux pour entrer en 1ère année de STAPS (contre 9.050 en 2009) : cette progression est évidemment une catastrophe quand on sait que seulement 540 postes sont ouverts au prochain concours du CAPEPS.

Bref, la CPU devrait réfléchir plusieurs fois avant de se laisser aller à écrire que l’université est « objet de désirs ». Au vu des données d’admission post-bac, il faudrait au contraire conclure que l’université continue à être fuie, que l’orientation active est un échec (trop de voeux vers les sciences de la santé et STAPS), que l’université mériterait de pouvoir appliquer une « orientation sélective ». Le désir n’est-il pas davantage assouvi quand son objet est difficile à conquérir ?

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Article du on Dimanche, juillet 25th, 2010 at 17:17 dans la rubrique A. Débattre. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

4 commentaires “« L’université, objet de désirs »”

  1. guillaume dit:

    Bonjour à ceux lisant cet immondice.

    On voit que les « pseudos » journalistes spécialistes sont toujours aussi incompétent.. Le journalisme, qu’il soit amateur ou professionnel, à vocation a informer de manière impartial… avec des sources sûr.. On voit que quelques étapes ont sauté sur cet article malheureusement…

    Quand on voit les aberrations écrites dans les 2 derniers paragraphes sur les STAPS, on ne peut que se demander pourquoi de tels articles comment peuvent voir le jour !!
    Tout comme notre cher président qui lors d’une allocution au début de son mandat avait fait sur les STAPS et la filière bouchée… on voit que vous ne connaissez pas un traitre mot de ceux que vous écrivez ici..

    Les UFR STAPS, depuis bientôt plus de 10ans, se sont diversifiés aux niveaux de leurs formations pour avoir 5 « cursus » ! (Education motricité, entrainement sportif, management sportif, activités physiques adaptés et santé, ergonomie)

    Le professorat d’EPS étant « 1 de ces cursus » et avec une proportion environ égale d’étudiant dans chacun de ces 5 cursus, on voit donc que ce n’est pas une « catastrophe » que la filière STAPS attire plus de jeunes pour l’année universitaire suivante !!!

    Peut être est-ce du au fait que la filière STAPS obtient le 2e meilleur taux d’insertion professionnel avec 85% d’employabilité 6 mois après la sortie des études et 97% après 3 ans ! (Selon une étude Cereq de 2007, sur 19 filières évaluées) ?
    En tout les cas, à l’avenir, avant de critiquer un système qui fais ces preuves, je vous prierais de vous renseigner pour gagner un peu de crédibilité !

  2. pdubois dit:

    « Bonjour à ceux lisant cet immondice ». J’ose croire qu’en écrivant cela, vous ne parliez pas de votre commentaire ! Votre formulation le laisserait penser.

    Vous signalez des éléments pertinents. Vous avez eu raison de les porter à la connaissance des lecteurs : la diversification des filières de STAPS (en particulier en master), la tentative d’ouvrir des parcours de formation offrant d’autres débouchés que l’enseignement, le bon niveau des étudiants de STAPS.

    En lisant l’enquête CEREQ que vous signalez (enquête 2007 sur les diplômés 2004), vous constaterez cependantque la majorité des diplômés de STAPs n’ont pas un métier qui a rapport avec le sport.

    En définitive, il demeure qu’il est fort dommage que la filière STAPS n’ait pas pu maintenir un numerus clausus à l’entrée.

  3. Guillaume dit:

    Non effectivement je ne parlait pas de mon commentaire mais de l’article commenté !

    Pour vous répondre sur l’étude Cereq, effectivement les étudiants en STAPS non pas forcément un métier en rapport avec le sport.
    Je pense pouvoir affirmé que pour beaucoup de filière, les étudiants ne trouve pas un boulot en rapport avec leurs études !
    De plus, les études ne sont-elles pas faites pour avoir un boulot ? quel qu’il soit ?
    Je rajouterais aussi, que bien que le métier ne soit pas toujours (et ce n’est pas la majorité) en rapport avec le sport, il est souvent en rapport avec le parcours.
    un étudiant en management du sport, pourra alors faire du management ou marketing dans une entreprise. Un étudiant en entrainement sportif pourra être prof d’EPMS (prof d’eps dans l’armée), les statistique le comptabiliseront en tant que concours de la fonction publique alors qu’il sera dans le sport…

    Donc les étudiants en STAPS, fort de leur polyvalence, arrive très souvent à trouver un métier en rapport avec le parcours qu’il font !!!

    Pour le numérus clausus à l’entrée, le cursus LMD ne le permet plus… donc bien ou pas bien, de toute façon il n’y a pas le choix.
    Mais un numérus clausus avec la variété de parcours ne serait plus pertinent.

  4. Un peu de douceur dans un monde de brutes | le blog de Philippe de LARA dit:

    […] l’ont signalé avant moi, notamment Pierre Dubois, mais je ne résiste pas au plaisir de rappeler l’article publié cet été (le 21 juillet) […]

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