Revue de blogs n°12. L’autonomie

Ma dernière revue de blogs est datée du 22 janvier 2010 : cliquer ici. J’avais interrompu cette revue pour deux raisons liées : hebdomadaire, elle me prenait beaucoup de temps et… elle était trop peu lue ! Basée sur la lecture d’une vingtaine de blogs consacrés aux universités, je cherchais à synthétiser, à commenter l’ensemble des chroniques, leurs contenus pourtant divers. Je retente aujourd’hui l’expérience en focalisant la revue sur une seule thématique et sur les blogs qui en ont traité récemment.

Le 3ème anniversaire de la loi LRU et la décision du conseil constitutionnel sur les comités de sélection, le pouvoir de veto du président et le statut des enseignants-chercheurs (chronique : « 3 bougies pour la LRU« ) me font choisir comme thème de cette revue n°12 « l’autonomie des universités« . Elle n’est pas nouvelle : l’autonomie statutaire, pédagogique, financière des universités a été instaurée par la loi Faure de 1968 et confortée par la loi Savary de 1984. La mise en oeuvre de la loi LRU depuis 3 ans démontre que l’autonomie des universités est régulièrement limitée par des réglementations nationales (chronique : « l’autonomie, c’est fini« ). La loi LRU (comme les deux lois précédentes) n’accorde pas l’autonomie des université en matière de droits d’inscription et de sélection à l’entrée de la licence.

« Quelques souvenirs sur les origines de Vincennes« . Chronique du 10 août de Michel Debeauvais sur le blog (nouveau) de Jean-Philippe Denis, professeur de gestion à Paris-Ouest. Michel Debeauvais, professeur émérite en sciences de l’éducation (né en 1922), a directement participé à la création du centre expérimental de Vincennes durant l’été 1968 et y a enseigné comme professeur jusqu’en 1987. Une création universitaire en toute autonomie ! Un seul extrait de ce texte fort. « Il ne suffisait pas de prévoir la suppression de toutes ces normes : les cours magistraux, les mandarins, les programmes imposés, la hiérarchie des enseignants, les examens, les conditions d’admissions ; etc. L’essentiel était d’imaginer par quoi les remplacer. Les contraintes à prévoir tenaient d’abord aux aspirations des enseignants qui choisiraient de s’engager dans l’expérience, et d’autre part aux étudiants qui s’inscriraient comme ils étaient venus à Avignon en juillet 68, pour casser la baraque »…

« LRU 3ème anniversaire« . Chronique du 5 août de Gilbert Béréziat. Désormais en retraite mais encore fort actif au sein du PRES Sorbonne universités, l’ancien président de Paris 6 continue son combat pour l’autonomie, toute l’autonomie, rien que l’autonomie. Critiquant ma chronique sur le décret sur les indemnités des présidents (ici), il prône un nouvel élément d’autonomie. « Je milite pour que la fonction de président d’université, qui s’apparente plus à celle d’un PDG qu’à celle d’un président de conseil d’administration, soit rémunérée comme telle. A charge pour l’institution, via son conseil d’administration, de définir le montant de cette rémunération où de définir une procédure de négociation de ce montant ». Plus classiquement : « C’est aux universités elles-mêmes de faire évoluer leur gouvernance« , mais il faut pour cela une modification de la loi »… « Que ce soit pour l’instauration d’un véritable « board of trustees », pour la mise en place de nouvelles modalités de choix des présidents d’universités, pour l’instauration de collèges universitaires et plus encore pour l’accrétion de certains PRES en universités globales comportant également en leur sein des institutions d’élites, il convient de laisser le temps au temps et surtout de ne pas brouiller le message politique. Dans ce domaine, les déclarations successives de la ministre relèvent plus de la politique de la girouette que du tir balistique. C’est bien d’encore plus d’autonomie dont les universités ont besoin et pas de rapports réguliers [dont le rapport Aghion] qui restent sans lendemain ».

« L’avenir de l’autonomie« . Chronique du 30 juillet de Jean-François Méla. L’ancien président de Paris 13 commente une contribution de Longo et Diop publiée le 24 juin sur le site de Terra Nova, la Fondation progressiste : « faut-il abroger la loi sur l’autonomie des universités » ? JF. Méla conclut : 1. « La gauche de gouvernement cherche sa réforme, au-delà du « nonisme » qui a marqué le mouvement de l’an dernier. Le texte de « Terra Nova » est une ouverture non exempte de contradictions, mais une ouverture quand même ». 2. « Certains aspects de la LRU relatifs à la gouvernance devront certainement être amendés. Mais tout ne se résume pas à la loi. A l’intérieur du cadre législatif, la communauté universitaire dispose de marges de liberté et peut imposer de saines pratiques. L’autonomie a l’avantage de clarifier le rôle des universitaires dans la politique de leur établissement. Le plus important est de sortir d’une position de passivité et de résignation pour aménager le fonctionnement interne de l’université de façon que l’autonomie s’exerce dans des conditions acceptables et prenne une valeur positive. Le pilotage centralisé par l’Etat n’est pas une garantie d’égalité ; c’est plutôt l’instrument de la reproduction sociale. L’autonomie peut donner des marges de liberté pour agir dans un sens démocratique, si elle ne se résume pas à la loi de la jungle, et si les acteurs en ont la volonté ».

« La décision du conseil constitutionnel« . Chronique du 9 août par Jérôme Bonnard, professeur de droit de l’université de Paris 8. 1. Qu’est-ce que la question prioritaire de constitutionnalité (QPC) en vigueur depuis le 1er mars 2010 ? « Elle est en passe de devenir le bestseller de l’année des sources du droit et, par la même, des Facultés de Droit » ; explication très pédagogique et humoristique. 2. Les dernières statistiques de QPC. 3. Les premières décisions du Conseil. 4. Les comités de sélection et le CA. « Le conseil d’administration intervient pour nommer l’un des candidats classés sur la liste du comité de sélection, alors même qu’il peut ne comporter aucun enseignant de la discipline du poste mis au concours… Pour le conseil, ces dispositions ne violent pas le principe d’égalité, tous les candidats étant soumis aux même règles ». Peu importe que ces règles soient absurdes« . 5. La réserve du Conseil sur le pouvoir de veto du président. « En clair, le Conseil conseille aux présidents d’université, qui veulent se mettre à l’abri de recours d’enseignants-chercheurs les plus brillants proposés par le comité de sélection, et purement et simplement évincés en faveur d’un proche, de revêtir leur veto soit d’un silence malicieux, soit de formules mensongères« .

« Des orientations fortes pour l’université. Contrat quadriennal 2010-2013 de l’université de Cergy-Pontoise » sur le blog de Françoise Moulin Civil : chronique du 30 juin. « Rapport d’activité 2009 » : chronique du 23 avril. La présidente de l’université (chronique de ce blog) dresse un bilan extrêmement positif du passage de son université aux responsabilités et compétences élargies de la loi LRU, dès le début 2009. « 2009 : une première année d’autonomie dont au final nous pouvons dire que nous l’avons passée avec succès »… « Les RCE ont rendu palpable l’esprit d’autonomie et ce gain est vérifiable à différents niveaux. 1. Un esprit d’autonomie irréversible : le laboratoire d’idées a été stimulé…, la capacité de pilotage a été accrue grâce au budget global… 2. Une gouvernance et un pilotage plus efficaces. 3. Une libéralisation de l’indemnitaire… : dispositifs d’intéressement…. 4. Une meilleure appréhension de la question RH : embauches liées à des compétences nouvelles identifiées, mise en place d’une GPEC pluriannuelle, possibilités de créer des postes sur ressources propres, renforcement des recrutements proactifs liés à l’efficience des comités de sélection ». Surprenant pour moi : tout rapport d’activité ne doit-il pas inclure une analyse des points faibles, insatisfaisants, critiques ». Le passage aux RCE est-il seulement une entrée dans le paradis du « tout est parfait ». Ne représente-t-il aucun risque ?

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Article du on Mercredi, août 11th, 2010 at 21:42 dans la rubrique A. Débattre, C. Ile-de-France. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

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