Sorbonne Abu Dhabi déserte

« La Sorbonne déserte« , article du Canard enchaîné du mercredi 11 août 2010. La polémique est donc engagée : la Sorbonne brade-t-elle son nom pour un million d’euros par an ? Site de Sorbonne Abu Dhabi, « un pont entre les civilisations » : cliquer ici. Une offre de formation de licences et de masters en humanités, en droit, en économie et gestion. Des droits d’inscription fort élevés : « entre 15 et 25.000 dollars annuels » (un exemple pou le master de marketing, management et communication). Aucune donnée statistique sur le site : ni effectifs inscrits par filière, ni taux de succès, ni devenirs professionnels des diplômés.

Outre les droits d’inscription, qu’est-ce qui fleure bon le scandale dans cette université du désert, selon le Canard ? Un effectif global fort peu élevé (350 étudiants), des étudiants qui ont une maîtrise du français limitée, des filières avec seulement quelques étudiants en 1ère année (ce qui entraîne des notations fort peu sévères, maintien des filières oblige), des enseignants français qui se font un pont d’or en allant enseigner 15 à 20 heures en deux semaines (et pendant ce temps, les étudiants français n’ont pas cours).

Qui a informé le Canard ? Michel Fichant : « il accuse Jean-Robert Pitte [alors président de Paris Sorbonne] d’avoir lancé cette mission bling-bling sans réflexion et sans prévisions ». Qui est Michel Fichant ? Selon le site de Sorbonne Abu Dhabi (ici), il est professeur à Paris 4, directeur de l’UFR de philosophie et un des trois membres du conseil d’administration de l’université déserte. Michel Fichant a-t-il été piégé par le Canard ou a-t-il scié sciemment, à la veille de la retraite, la branche de l’arbre sur laquelle il était aussi perché ? Pourquoi ? A suivre…

Et Jean-Robert Pitte, notre nouveau délégué à l’information et à l’orientation (DIO) depuis le 23 juin dernier (chronique : « Pitte, l’orienteur« ), que devient-il ? A ma connaissance, il n’a encore fait aucune déclaration depuis qu’il est DIO !

Article du on Samedi, août 14th, 2010 at 16:29 dans la rubrique C. Ile-de-France. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

8 commentaires “Sorbonne Abu Dhabi déserte”

  1. Jean-Philippe Denis dit:

    Cher M. Dubois,
    Merci de votre commentaire sur mon blog concernant le texte de M. Debeauvais, auquel je vous ai répondu dans un billet (« le paradoxe des présents »).
    Sur cette question de la rémunération, qui est un vrai problème – et pas que pour les Présidents ! -, il est clair que nous nageons ici en plein brouillard, faute de connaissance précise de la question de la gouvernance et de la recherche sur ce point.
    Travaillant un peu sur ces questions depuis dix ans, je suis sidéré de l’amateurisme des propos que vous rapportez ici. Connaissant bien par ailleurs les structures de gouvernance de nombre de grands groupes, je tenterais de poser le plus lucidement possible le problème, en me fondant sur cette connaissance et en dehors de toutes considérations idéologiques (si tant est que cela soit possible…).
    En attendant, j’invite les promoteurs d’une inflation salariale immédiate, et qui se réfère aux symboles des « PDG » pour la justifier, à méditer un court billet que j’ai rédigé sur le créateur – avec W. H. Meckling – de la théorie de l’agence, cadre qui est celui qui domine la théorie de la gouvernance depuis trente ans et dont s’inspire tous les codes de « bonnes pratiques ». Vous y constaterez quelques surprises. Voir : http://www.jphdenis.com/article-variation-de-recherche-sur-le-theme-mais-ou-nous-emmene-donc-la-theorie-de-l-agence-55307277.html
    Cordialement,
    J.-Ph. Denis
    J.-Ph. Denis

  2. enseignant dit:

    Michel Fichant qui dénonce l’opération de Jean-Robert Pitte alors qu’il est le chargé de mission pour ce projet depuis près de trois ans ! On croît rêver ! Vous posez la bonne question : pourquoi une telle dénonciation, alors qu’il est le responsable du projet et qu’il a lui-même abondamment profité des hôtels 5 étoiles … ?
    Le scandale n’est pas qu’on rémunère bien les professeurs (c’est une revendication des syndicats depuis si longtemps !) ni qu’ils voyagent en classe business (ce que font les collègues étrangers très normalement).
    Le scandale est de ne pas être à la hauteur du projet éducatif financé par les Emirats. Le président Molinié n’a jamais voulu de ce projet, parce que c’était l’idée de son prédécesseur ; sans doute aussi pour des raisons idéologiques moins avouables…. Il a nommé Michel Fichant chargé du projet et de la réflexion pédagogique, alors que celui-ci n’a jamais caché son hostilité contre une installation au pays des riches Arabes… Celui-ci s’est contenté de saborder le projet, empêchant les enseignants sur place de se réunir ou bien de communiquer à l’extérieur. L’article du Canard est une insulte au travail des enseignants : Michel Fichant cite les plus mauvais exemples en prenant le cas de la philosophie. Un journaliste d’investigation devrait se demander comment fonctionnent les autres départements, combien d’étudiants passent les examens de rattrapage. Les enseignants sont bien payés, certes, ce qui n’est pas une honte du tout, mais ils sont surtout convaincus du projet éducatif émirien. La qualité des cours et les exigences sont les mêmes qu’à Paris ; les notes, très basses parfois, sont parfaitement assumées par les enseignants.
    Que l’argent du pétrole soit reconverti dans la formation et la recherche n’a rien de clinquant, c’est même une stratégie très intelligente de développement. Les élites françaises ne l’ont pas bien compris. Le scandale est là : la direction de l’université Paris-Sorbonne se moque du travail des enseignants, des attentes des étudiants et de l’argent des Emirats avec un grand cynisme et un grand mépris.

    Un enseignant de Paris-Sorbonne

  3. cassuto dit:

    Merci pour cet éclairant article. Mais le Canard, en toute mauvaise foi, ne publie rien sur l’UFE, l’Université Française d’Egypte. La différence est grande entre les deux cas. Pour la Sorbonne, ce sont, pour l’essentiel, des fonds privés qui financent. Dans le cas de l’UFE (http://portal.ufe.edu.eg/), c’est seulement le contribuable français qui paie. Comme c’est vous et moi qui payons, les droits d’inscription y sont bien moindres qu’à Abou Dhabi. L’UFE a trois facultés, dont l’une a des effectifs d’étudiants proche de la dizaine, l’UFE au total doit friser la centaine et quelque. Juste à côté du site de l’Université Française d’Egypte, très excentré du Caire, se trouve l’université britannique du Caire, près de 1500 étudiants qui ne coûtent rien aux contribuables brittish, elle a été fondée la même année que l’UFE. Pareil pour l’université allemande du Caire qui fonctionne très bien avec des effectifs autour de 1400 étudiants.
    Eh oui, la France jette l’argent du contribuable par les fenêtres égyptiennes (et autres), là où d’autres pays ont assis de vraies universités.
    Bien cordialement
    Philippe

  4. Noelle dit:

    Les droits d’inscription à Paris Sorbonne Abu Dhabi sont prohibitifs et il n’est pas étonnant que cette université n’ait pas un taux de fréquentation digne de son prestigieux nom… La culture est donc réservée à une élite fortunée alors qu’elle devrait justement être accessible au plus grand nombre sans pour autant être bradée.
    A vouloir calquer le système anglo-saxon de sélectivité par l’argent, nous nous privons certainement de formidables potentiels culturels, intellectuels et… humains. Nos « humanités » en manquent cruellement…!

  5. Sylvain dit:

    En tant qu’étudiant ayant passé une première année de licence à la Sorbonne Abu Dhabi, (et donc comme témoin de premier plan) je souhaiterais m’exprimer au sujet de cette université, n’en déplaise à certains.

    Les sycophantes qui se dressent contre l’administration Molinié feraient bien de réfléchir à deux fois avant d’incriminer aveuglément la personne de Mr. Fichant et je vais vous dire pourquoi.

    Cette  »Sorbonne Abu-Dhabi », ou du moins ce qu’elle était lorsque j’y ai passé mon année d’étude, est un scandale universitaire.
    Je ne comprends comment les promoteurs de ce projets peuvent oser faire l’insulte aux étudiants qu’ils tentent de séduire, de leur vanter  »les avantages d’une université de prestige parisienne sous les tropiques du golfe arabo-persique ».
    Outre les prix d’inscristion faramineux qui sont à l’origine de la ruine de plus d’un étudiant étranger, notamment certaines recrues dégotées dans les alliances francaises d’afrique de l’Ouest et qui ont été littéralement jetés à la porte de l’université parce qu’ils ne pouvaient plus payer leur droits, les plus chanceux parmis les non nantis ont du contracter des emplois a coté de leurs études, parfois deux, parfois trois, pour payer ce canular éducatif.

    Les diplomes sont bradés, c’est une réalité. Ce n’est pas le cas dans toutes les filières, en tout cas, dans ma promo, où j’étais le SEUL FRANCAIS A PARLER LA LANGUE COURRAMENT, le taux de réussite fut de 100%, avec des moyennes entre 12.5 et 17/20.
    12.5 et 17… allez dire cela aux étudiants parisiens qui se seignent aux quatres veines pour un misérable 11 de moyenne, avec un taux d’échec à parfois plus de 50% en premiere année! Cela est un fait, il est d’autant plus dégradant pour l’image de l’université francaise à l’étranger.
    A qui la responsabilité dans cette affaire?
    Jean-Robert Pitte est le seul responsable.
    En faisant de sa Sorbonne Abu Dhabi une université financée par des fonds privés, en donnant au GOUVERNEMENT EMIRIEN les pleins pouvoirs pour l’octroi des bourses, ainsi qu’une majeure partie des rennes de l’administration, il abandonnait ce qui faisait la valeur du systeme universitaire francais.
    Les bourses sont pour la plupart ramassées par des étudiants émiriens, la plupart des jeunes qui font carrière dans l’armée et qu’un diplome permettra par la suite d’obtenir un salaire plus important, je ne vous parle pas de l’assiduité de ces élèves dans leurs études.
    plus de la moitié des étudiants de la Sorbonne Abu Dhabi sortent d’une année (dans le pire des cas 2 années) de FLE, comprenez Francais Langue Etrangère. Un ou deux ans, c’est ce que les responsables de ce projet ont jugé nécessaire pour qu’une personne apprenne les bases nécessaires à une élève pour suivre les cours de licence. Inutile de vous dire que la mention  »apte à parler, lire et écrire Francais » est elle aussi bradée pour gonfler comme on peut après tout, les effectifs.

    Le comportement de certains enseignants sur place, ceux qui dirigent les UFR sur place, (pas ceux qui viennent une fois (ou plus) par an et qui sont payés quelques milliers pour réciter quelques cours et fermer les yeux sur le niveau catastrophique de certains élèves (une étudiante répondait à ses enseignants en anglais car incapable de le faire en francais.. elle a eu une mention a ses examens)) était aussi insuportable. La responsabilité leur incombait de mettre un terme à ces pratiques scandaleuses, peu s’y s’ont employés, beaucoup les ont appuyés. Une enseignante qui s’y ai vivement opposée à failli perdre son poste.

    On ne parle pas encore de la vie des étudiants dans leurs locaux. Les choses ont peut etre changé depuis qu’ils ont investi les luxueux locaux de Reem Island, ou la Sorbone a été relocaliée depuis. Dans l’internat, ou plutot les internats (ils sont non mixte), les étudiants étaient sujets des couvre feux, à des obligations de fournir des autorisations parentales pour sortir le week end, à des mesures très strictes pour les rencontres entre filles et garcons le soir etc etc…Un étudiant qui n’a pas pu rentrer avant la fin du couvre feu a été interdit de rentrer dans les locaux et a du passer la nuit dehors alors que le gardien était présent. Conditions difficiles pour étudier.

    C’est justement tout cela, que monsieur Moulinié, sous l’égide de monsieur Fichant, est venu changer.
    Toute cette hypocrisie, tout ce scandale devait prendre fin. Monsieur Fichant, lors de sa venue à la Sorbonne Abu Dhabi, a commencé par une chose: doner la voix aux élèves. Pour la première fois, les premières personnes concernées ont eu la parole, pour la première fois les responsables de ce que je vois comme un scandale se sont retrouvé devoir faire face à leur irresponsailité.
    Je remercie monsieur Fichant par là même, d’avoir prit le temps d’écouter autant de monde et d’avoir permis j’en suis sur de rendre cette université qui courrait droit dans le mur, moins chancelante.

  6. Renouard de Vallière dit:

    ci voulais connaitre la vérité sur la Sorbonne d’Abu Dhabi voir http://www.relation-internationales.org

  7. Etudiante PSUAD dit:

    Je suis actuellement étudiante à paris sorbonne abu dhabi et je n’arrive pas à croire ce qui est écrit plus haut.

    J’ai été scolarisé dans une université en france puis ensuite à PSUAD.
    Le niveau dit d’excellence exigé est terriblement dur à atteindre. Les moyennes ne sont que le reflet du travail que produise les étudiants.

    Pour ce qui est des études :
    je peux vous assurer qu’ils travaillent très dur, demandant aides aux professeurs, aux étudiants des années supérieurs et notamment aux français. Les étudiants étrangers ne bénéficieront pas de ce qu’on appelle la retraite comme en france si ils ne travaillent pas ils n’auront rien. Je comprends parfaitement qu’ils donnent tous pour réussir des études brillantes.
    Les effectifs ne sont certes pas ceux de la France mais 350 ?? les choses ont bien changés !!!!
    Une réussite impressionnante pour une faculté aussi exigeante?? Biensur que oui puisque les cours, le tutorat et tout ce qui entoure l’enseignement permet aux étudiants d’avoir un niveau plus que correcte. Les cours sont expliqués encore et encore, avec à disposition une bibliothèque permettant d’avoir accès aux annales et à tous les ouvrages nécessaires.

    Pour ce qui est de la vie sur le campus:
    Les « dorms » (résidence) n’est pas mixte mais est à disposition toute la terrasse de la caféteria ainsi que les jardins. Aucune autorisation pour sortir du campus est demandé peu importe l’heure. Il y a des navettes pour les étudiants n’ayant pas de voiture. on peut recevoir des amis sur le campus et dans la résidence également.

    Il faut arreter de croire que c’est une faculté en carton, ce sont de vraix étudiants qui travaillent très durs et qui peuvent avoir un rythme de vie tout à fait normal (pour ce qui est de l’extra : bars, boite de nuit et sorties en tout genre sont autant le quotidien des étudiants de la sorbonne que ce soit à paris qu’à abu dhabi).

    La seule chose qui est demandé est de respecter les règles du pays, c’est à dire que tant que l’on respect la législature émirienne, il ne peut rien nous arriver.

  8. Enervé dit:

    Que les étudiants travaillent dur, pourquoi pas, sans doute… mais qu’ils aient le niveau requis pour pouvoir prétendre à un diplôme français (Sorbonne ou pas), c’est autres chose…

    L’article de Sylvain est très éloquent, et j’aimerais insister sur l’autre côté, à savoir les pauvres hères d’étudiants parisiens qui se crèvent la paillasse à cirer les bancs de l’université 5 jours/semaine.

    Un emploi du temps est délivré au début de l’année universitaire, et à chaque étudiant incombe la tâche d’aménager cet emploi du temps de façon à pouvoir honorer toutes ses responsabilités qu’elles soient universitaires (assister aux cours), professionnelles ou familiales (étudiants parents).

    Or, certains enseignants se sont, semble-t-il, pris d’une passion pour Abû Dhabî et y vont une à deux semaines par an… 7000€ nets d’impôts + avantages en nature, c’est alléchant, pourquoi pas : après tout, la situation des enseignants du public en France n’est pas toujours rose. Le problème, c’est que ces enseignants enseignent 2 voire 3 disciplines. On pourrait déjà s’interroger sur la validité pédagogique de ce « cumul de mandats », mais il ne faut pas avoir fait Maths Sup’ pour faire le calcul : si un enseignant doit assurer ne serait-ce qu’un cours d’Islamologie + 1 cours de version de 2 h/semaine, ça fait 4h à rattraper s’il part une semaine, 8h s’il part 2 semaines !

    Le bel emploi du temps censé être fixé pour chaque semestre vole donc en éclats : au mieux, les cours sont rattrapés dans le cadre de l’emploi du temps initial, selon la politique de la présidence de l’université… On va caser 2h par-ci, 2h par-là, souvent pendant le créneau laissé vacant par un autre enseignant en mission (à Abû Dhabî, tant qu’on y est) ; si bien que toute l’organisation de l’emploi du temps change d’une semaine sur l’autre, laissant étudiants et administratifs dans un désarroi total, ne sachant jamais sur quel pied danser. Au pire, les cours sont rattrapés hors du cadre de l’emploi du temps initial, voire pas rattrapés du tout, portant préjudice à tous les étudiants dont les impératifs familiaux et professionnels interdisent le moindre aménagement.

    Voilà quelle est la responsabilité de ces enseignants qui, somme toute, ne sont pas que des hommes : ils ont entre leurs mains la (très lourde) responsabilité de former les générations futures tout en représentant la droiture de la fonction publique. Pourtant, cette image d’Epinal est bel et bien vandalisée : pour 7000€, un billet AR en business et une semaine en hôtel de luxe, ils ont vendu les idéaux humanistes pourtant inhérents à leur métier et trahi les étudiants qui avaient foi en ces idéaux.

    C’est criminel, et c’est ce qui se passe en ce moment entre Paris et Abû Dhabî.

    Un étudiant énervé

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