Insertion des docteurs (suite)

Suite des chroniques sur l’insertion des docteurs. Que penser de la Note de Veille 189 du Centre d’analyse stratégique, publiée par Mohamed Harfi et Laudeline Auriol en juillet 2010 et portant sur « les difficultés d’insertion professionnelle des docteurs » ? Lire cette note.

Publier une telle Note en juillet 2010 démontre une belle absence de coordination entre les conseillers du premier ministre (auquel est rattraché le CAS) et ceux de la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche. La publication aurait en effet dû être reportée de quelques mois : elle aurait pu ainsi prendre en compte les résultats de l’enquête CEREQ « Génération 2007″ (enquêtée entre avril et juin 2010). Faute de cela, la Note ose baser son argumentation sur les résultats de l’enquête Génération 2004 (enquêtée en 2007). Bref, elle utilise des résultats anciens et obsolètes pour plusieurs raisons (réformes des études doctorales, RGPP et politiques de recrutement dans la recherche et l’enseignement supérieur public, retournement de conjoncture).

Deuxième défaut de la Note : sa tonalité pessimiste. Pourquoi n’est-elle pas plutôt intitulée « Les atouts de l’insertion professionnelle des diplômés ». Un exemple de commentaire optimiste à partir du tableau 1 de la page 3 : « le taux de chômage des docteurs 2004 enquêtés en 2007 diminue d’un point (10% au lieu de 11%) par rapport au taux de chômage des docteurs 2001 enquêtés en 2004 ; le taux de chômage des docteurs qui ont bénéficié d’un financement doctoral (6%) est inférieur à celui des diplômés de DESS / Master (7%) ; il dépasse cependant celui des ingénieurs (4%) ». Mettre seulement en avant les difficultés d’insertion des docteurs fait partie des stéréotypes qu’il faut combattre !

L’université Pierre et Marie Curie, université qui délivre le plus de doctorats chaque année en France, s’y emploie. « Il se trouve que le taux de chômage à 24 mois des docteurs UPMC (promotion 2007-2008, dénommée Emmy Noether, enquêtée en 2010) est identique à celui des ingénieurs à 3 ans ». « Cette performance est d’autant plus remarquable que le contexte économique en ce début d’année était dégradé. Ce chiffre confirme l’enquête 2009 réalisée par l’IFD d’un taux de chômage à 4 % (promotion 2006-2007). Parmi les raisons les plus probables de la résistance des docteurs face au chômage, on peut avancer une solide formation, une meilleure préparation à l’insertion au cours de la thèse et le fait que l’UPMC est une université strictement scientifique ».

Troisième défaut de la Note : l’insoutenabilité de la comparaison internationale. Oser conclure que « le taux de chômage des docteurs français est trois fois supérieur à celui des pays de l’OCDE » n’est pas fondé scientifiquement. La Note dit en effet s’appuyer sur les résultats d’une enquête de l’OCDE/Eurostat sur les carrières des titulaires de doctorat… mais enquête « auquel la France n’a pas participé ». Comparer, au niveau mondial, une enquête spécifique et une enquête nationale (celle du CEREQ), enquêtes qui forcément diffèrent dans les définitions des critères et la composition précise de la population enquêtée (un exemple de difficulté : inclure ou non dans l’enquête les étudiants étrangers ?), est une faute de débutant.

La faiblesse méthodologique de la Note ne doit pas pour autant faire oublier ses 5 propositions pour améliorer l’insertion des docteurs. La première est seule analysée dans cette chronique. Proposition 1. « Améliorer l’information des établissements et des étudiants, notamment en associant davantage les acteurs privés à la production de données régulières, par disciplines, sur les besoins de recrutements et sur l’insertion professionnelle des docteurs ». Cette proposition est fort naïve. « Associer les acteurs privés à la production de données sur les besoins de recrutements » : pourquoi pas mais qui seraient ces acteurs privés ? « Données sur les besoins de recrutements par disciplines » : erreur d’approche ; les besoins ne s’expriment jamais en termes de « disciplines », quel que soit le niveau de formation. « Production de données régulières sur l’insertion professionnelle » : « oui », cent fois « oui », mais surtout ne pas confier cette production à des acteurs privés !

Cette 1ère proposition attire cependant avec raison la nécessité de la production de données annuelles sur l’insertion professionnelle des docteurs, 1, 3 et 5 ans après l’obtention de leur diplôme. Il devrait y avoir obligation, pour toutes les universités et pour les PRES, de produire ce type d’enquête, enquête normalisée pour que les résultats soient comparables d’une université à l’autre. La comparabilité n’est pas encore au rendez-vous. Il suffit de relire des chroniques antérieures de ce blog : insertion des docteurs de Strasbourg, de Montpellier, d’Aix-Marseille, de Lorraine, de Lille 1 (cliquer ici), de Bretagne (cliquer ici), de Grenoble (cliquer ici), de Paris 6 Pierre et Marie Curie (cliquer ici).

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Article du on Lundi, août 16th, 2010 at 15:19 dans la rubrique A. S'indigner, C. Bretagne, Normandie, C. Ile-de-France, C. Nord Pas-de-Calais, C. PACA, Corse, C. Rhône-Alpes, Auvergne. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

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