Olivier Audeoud, recteur

Olivier Audeoud, président de l’université de Paris 10 Nanterre de 2003 à 2008, a été nommé recteur de l’académie de Grenoble en juillet 2010, 4 mois après qu’Eric Martin, ancien président de l’université de Bretagne-Sud, ait été nommé recteur de l’académie de Besançon (chronique : « Eric Martin, président puis recteur« ). La nomination d’un ancien président d’université à la tête d’une académie n’est pas inhabituelle (chronique : « Président et après ?« ).

Olivier Audoud est né en 1948 ; il a donc 62 ans. Agrégé de droit public, le professeur commence sa carrière à Paris 1 en 1970 (assistant à 22 ans ?). Premières responsabilités administratives dans cette université : directeur de cabinet du président de 1981 (33 ans) à 1989 et directeur du centre de formation permanente de 1986 à 1993. Il reste fidèle à Panthéon Sorbonne jusqu’en 1991 (43 ans).

Pourquoi décide-t-il alors de partir à la faculté de droit, d’économie et gestion de Nancy 2 et ce jusqu’en 1997 (49 ans) (photos de la faculté) ? Dans cette université, il devient vice-président en charge des relations internationales. La charge n’est pas anodine : Audeoud va s’investir plus encore dans les relations extérieures.

La mobilité professionnelle se poursuit. Elle est peu traditionnelle pour un professeur : après de longues années à Paris, il « descend » en province à Nancy pour remonter six ans après à Paris, à Paris 10 Nanterre, qui possède une faculté de droit certes, mais non « La » faculté de droit. 1998 : Olivier Audeoud a 50 ans.

1998. Nanterre n’est pas une université facile à piloter, on le sait. Olivier Audeoud, pour ses compétences en droit public sans doute, est d’abord appelé à présider la commission des statuts. Elu au CA durant cette période, j’ai le souvenir d’un homme de dossier, assez peu charismatique. En 1999, je « mute » vers l’université de Marne-la-Vallée et ne peux entendre les interventions d’Olivier Audeoud à l’oeuvre quand il est lui-même élu au CA en 2002.

2002. Elections municipales (cliquer ici). « Passionné par le patrimoine lorrain et tout particulièrement par le patrimoine de Saint-Mihiel, berceau de ses ancêtres, cet universitaire de renom s’est laissé tenté par la politique. Aux dernières municipales, il a conduit une liste de sensibilité de gauche qui s’est placée en seconde position ». Olivier Audeoud devient conseiller municipal…. alors qu’il n’est plus à Nancy, mais à Nanterre. Assez curieux.

2002, décembre. Arrive l’élection du successeur du président André Legrand, professeur de droit public. Alors que l’ancien Directeur des lycées et collèges était seul candidat à la présidence de Nanterre cinq ans plus tôt, c’est la bousculade. Six candidats. Olivier Audeoud l’emporte au 4ème tour de scrutin, par 79 voix (140 électeurs). Président à 54 ans. Son score est plus faible que celui obtenu par André Legrand (127 voix).

2004, juin. Menant une recherche sur les présidents des universités en France et en Italie, j’interviewe Olivier Audeoud : lire cette interview. « Pourquoi avoir fait le président » ? Celui-ci me répond : « pourquoi pas ? J’ai toujours fait de l’administration, dans la recherche ou dans les relations internationales »… « Il y avait une part d’inconscience dans ma candidature… Je perds de l’argent en étant président »… « Les préoccupations sont fort nombreuses ; j’ai même reçu des menaces physiques »… « Mais c’est un travail passionnant ». L’interview s’est plutôt mal passé : le président ne s’est pas livré. J’avoue que je n’ai pas une grande sympathie pour lui.

2006, mars. Le président Audeoud demande solennellement au premier ministre de suspendre le Contrat première embauche. 2006, décembre. Il est élu président de la commission des relations internationales et européennes de la CPU. 2007, novembre, Mouvement contre la LRU. Il fait appel aux forces de l’ordre (cliquer ici) : « ce blocage est totalement illégal et antidémocratique… Ce matin, j’ai dû envoyer du personnel administratif pour tentet de calmer la situation, mais la tension montait et nous avons dû faire intervenir la police ».

2008, avril. Olivier Audeoud n’est pas candidat à sa propre succession. Encore président de la commission des relations internationales et européennes de la CPU, il est interviewé par EducPros (cliquer ici). Il n’est pas particulièrement tendre à l’égard de l’implantation de Paris Sorbonne à Abu Dhabi et de Dauphine à Tunis. « Les universités françaises ne peuvent pas faire n’importe quoi à l’étranger »… « Avec la Sorbonne Abu Dhabi, les postes diplomatiques français au Moyen-Orient se retrouvent à devoir chercher des étudiants pour aller étudier là-bas. Et du coup, cela crée aussi une concurrence avec les autres formations francophones préexistantes dans cette région. Quant au projet de Dauphine à Tunis, s’il est soutenu par les autorités locales…, son lien avec le monde universitaire tunisien n’est pas démontré ». Ecouter et voir l’intervention d’Olivier Audeoud au colloque annuel de la CPU « Les universités européennes : nouvelles frontières, nouvelles perspectives » ; son thème : la mobilité.

2010, janvier. Olivier Audeoud est coopté membre du conseil d’administration du Pôle universitaire privé Léonard de Vinci (PULV ou Fac Pasqua) : cliquer ici. « Une démarche commune de travail du PULV avec le monde universitaire n’est pas nouvelle. La première fois que j’ai rencontré Nicolas Sarkozy, alors président du conseil général, nous avons passé trois quarts d’heure sur le sujet… Des regroupements sont devenus possibles avec la loi. Le pôle vient d’accueillir cette année plusieurs formations de Dauphine et doit faire de même avec Nanterre à la rentrée prochaine »… « Olivier Audéoud rejoint les instances de Léonard-de-Vinci pour y apporter son expertise tant sur les aspects de relations internationales que sur ses stratégies d’alliance dans la perspective de donner à l’Ouest parisien la place qu’il mérite dans le paysage de l’enseignement supérieur de la recherche ». Paris 10 Ouest Nanterre La Défense dans une alliance ?

2010, avril. Olivier Audeoud participe aux 10 ans du Fonds France Canada pour la recherche (cliquer ici). Ses titres d’alors : conseiller pour la science et la technologie auprès de l’ambassade de France à Ottawa au Canada, président de l’université franco-italienne (cliquer ici).

2010, juillet. L’ancien président de Paris 10 est nommé recteur de l’académie de Grenoble. Il est âgé de 62 ans. Jamais, je ne me serais attendu à ce que mon ancien collègue de Nanterre soit nommé recteur. Il devrait être fort à l’aise dans les fonctions de représentation du ministre. Fera-t-il davantage ? La rubrique « Recteur » du site de l’académie n’a pas encore été actualisée !

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Article du on Lundi, août 23rd, 2010 at 14:44 dans la rubrique A. S'indigner, C. Ile-de-France, C. Rhône-Alpes, Auvergne. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

Un commentaire “Olivier Audeoud, recteur”

  1. Mike dit:

    Il reste fidèle à Panthéon Sorbonne jusqu’en 1991 (43 ans).
    Pourquoi décide-t-il alors de partir à la faculté de droit, d’économie et gestion de Nancy 2 et ce jusqu’en 1997 (49 ans) (photos de la faculté) ?

    Tout simplement parce qu’il a eu l’agrégation de droit public et est ainsi devenu Professeur… Sans doute pas vraiment un choix de quitter Paris I de ce point de vue.

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