Coûts de rentrée : agacements

Polémiques annuelles sur les coûts de la rentrée dans l’enseignement supérieur. Les syndicats étudiants rivalisent sur un terrain plutôt facile pour eux : « contester une évolution du coût supérieure à celle de l’inflation ». Lire les communiqués et les textes explicatifs de l’UNEF, de la FAGE, de PDE. Ces polémiques m’agacent à plusieurs titres.

1. Les titres et commentaires misérabilistes tout d’abord : « Septembre, le mois de l’installation et de toutes les galères » (UNEF). « Chaque année, nous le constatons, ce coût augmente. Malheureusement, l’année 2010 ne fera pas exception. Les politiques n’ont pas encore pris conscience du frein réel à l’accès à l’Enseignement Supérieur qu’il représente ».

2. La méthodologie conçue depuis par l’UNEF et par la FAGE m’agace, même si bien entendu les syndicats identifient des différences significatives de coûts de rentrée entre Paris et province (dues au coût du logement), entre « boursiers » et « non boursiers », entre les étudiants habitant chez leurs parents et les « décohabitants », entre les étudiants en licence et ceux en master… La méthodologie pêche par son résultat final : l’augmentation du coût du « panier de dépenses » est plus forte pour l’UNEF que pour la FAGE. Peu importe d’où vient le décalage : de la composition du « panier » ? et/ou de l’identification du montant précis de chacune des dépenses ? Je ne peux envisager une seule seconde que les syndicats publient un jour une progression du coût de la rentrée étudiante qui serait inférieure à celle de l’inflation ! En fait, la dépense qui augmente le plus serait celle du logement : peut-être ! Mais c’est une dépense fort difficile à identifier et qui peut être facilement manipulée.

C’est donc PDE qui a raison. « Les modalités de calcul n’ont été que partiellement présentées, renforçant ainsi leur caractère approximatif, biaisé et non vérifiable ! Alors que la rentrée est une période financièrement difficile pour les étudiants, il est regrettable d’observer une telle instrumentalisation de ces chiffres. Afin de doter enfin la communauté universitaire d’un réel indicateur du coût de la rentrée, PDE demande que l’Observatoire de la Vie Etudiante (OVE) soit chargé de la création de celui-ci, suivant une méthode scientifique et publique ».

3. M’agace également la polémique sur l’augmentation des « frais fixes ». Les droits d’inscription, fixés par l’Etat, progressent : 174 euros en licence (+3 euros soit 25 centimes par mois), 237 euros en master (+6 euros, soit 50 centimes par mois). Je milite pour une augmentation significative des droits d’inscription pour les non-boursiers car acquérir un diplôme du supérieur est fort rentable sur le marché du travail ; il faut que les bénéficiaires de cet atout investissent personnellement ! Chronique : « Augmenter les droits d’inscription« .

Augmente également la cotisation de sécurité sociale étudiante : 200 euros par an (+2 euros par rapport à 2009, soit 17 centimes par mois). Faut-il rappeler aux étudiants et à leurs parents que les jeunes salariés paient des cotisations sociales plus élevées ? Augmentation du prix du ticket restaurant : 3 euros au lieu de 2,90 (+ 4 euros par mois pour 40 repas). Faut-il rappeler aux étudiants que le prix de 3 euros pour un repas complet défie toute concurrence ? Calculons le total de la progression de la dépense mensuelle par étudiant de licence, hors logement, par rapport à l’année précédente : +25 centimes de droits d’inscription, +17 centimes de sécu étudiante, +4 euros pour 40 repas = +4,42 euros. Horrible ! L’étudiant devra se priver d’une cigarette par jour, d’une séance de cinéma tous les deux mois !

4. M’agace aussi le fait que les syndicats étudiants incluent sans vergogne dans le budget mensuel étudiant des dépenses certes utiles et agréables, mais de fait non obligatoires dans le cadre des études. Ainsi en va-t-il des frais de téléphone et d’Internet : 70 euros par mois pour la FAGE, 69 euros pour l’UNEF (si on inclut l’amortissement de l’achat d’un ordinateur). Faut-il rappeler aux étudiants et à leurs familles que les droits d’inscription sont de 14,60 euros par mois en licence et 19,75 euros en master ? D’accord. Certains vont m’accuser d’être fort ringard !

5. M’agace enfin et suprêmement le comportement du gouvernement. Il est inadmissible et les syndicats étudiants ont raison d’en dénoncer les atermoiements, les effets d’annonces, les promesses non tenues, le silence aujourd’hui assourdissant. Tous attendent des décisions concrètes : l’augmentation du nombre et du montant des bourses, la linéarisation des bourses, le versement du 10ème mois de bourse sera-t-il dès septembre (chronique : « 10 mois de cours : impossible« ), le retrait de la suppression envisagée du cumul aide personnelle au logement / demi-part fiscale pour la loi de finances pour 2011, l’abondement du Fonds national d’aides d’urgence (FNAU), l’accélération de la construction de logements sociaux CROUS, le rétablissement du LOCA-PASS dans le secteur privé (pour éviter le paiement d’une caution pour le loyer). La FAGE y ajoute la demande d’une allocation de rentrée de 400 euros sur critères sociaux.

Actualisation 26 août 2010. Nicolas Sarkozy revient en arrière sur la suppression du cumul « Aide personnalisée au logement » et « demi-part fiscale ». Communiqué du SGEN : « Maintien de l’APL : un retour à la sagesse… mais il reste beaucoup à faire. Le Sgen-CFDT se félicite de la décision prise par le président de la République de revenir sur l’annonce de la modification des règles d’attribution des aides personnalisées au logement pour les jeunes qui sont rattachés au foyer fiscal de leurs parents. Le Président a ainsi reconnu l’erreur de cette annonce qui aurait une fois encore fragilisé le statut des étudiants qui devront cette année déjà  subir une augmentation du coût des études nettement supérieure à l’inflation ». Bref, ce gouvernement va et vient, teste : est-ce une politique ? Non ! C’est à pleurer.

Valérie Pécresse devrait pour une fois intervenir en urgence : quelles réponses concrètes aux revendications des étudiants ? La Gauche profite – et c’est fort bien – de ce silence pour démontrer le soutien des collectivités territoriales à la vie étudiante, et pas seulement en matières de transports et de mobilité internationale.

C’est le cas également pour la complémentaire Santé (200 euros par an) : trop d’étudiants, en situation financière difficile, risquent en effet de supprimer en priorité cette dépense. « La Région Ile-de-France a décidé de prendre en charge les frais de mutuelle d’un public tellement touché par la crise et la précarité qu’il ne se fait plus soigner »  : « Une complémentaire santé pour étudiants boursiers » (100 euros par an).

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Article du on Mercredi, août 25th, 2010 at 12:36 dans la rubrique A. S'indigner. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

Un commentaire “Coûts de rentrée : agacements”

  1. Coût de la rentrée : un marronnier mais de vraies questions | Le blog de Romain Pierronnet dit:

    […] rejoins en cela l’avis et en partie plusieurs fois exprimé sur ce sujet par Pierre Dubois (comme dans cet article sur son blog) bien que je considère pour ma part qu’il est logique d’incorporer le coût du […]

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