Lausanne et la finance

3ème chronique sur l’université de Lausanne. Chroniques précédentes : « Lausanne : de la Cité au Campus« , « Lausanne : réussites et insertions« .

Le 31 août 2010, sera inauguré le Centre universitaire lausannois en finance : cliquer ici. Pourquoi attirer l’attention sur la création d’un centre de recherche et d’enseignement ? Parce que c’est un exemple de ce que la France ne sait pas faire et devrait – peut-être – imiter. Quatre différences entre la Suisse et la France.

1. Réactivité de l’offre de formation. Nouveaux besoins, nouvelles formations, nouvelles recherches. « L’actualité démontre la nécessité de mieux maîtriser la complexité des produits financiers » (se préparer en particulier à la fin du secret bancaire)… Le Centre « est une formidable occasion de conjuguer les compétences économiques et financières les plus variées pour faire émerger une vision de la finance propre à inspirer les établissements bancaires ». En France, on ne peut – en principe – créer un nouveau diplôme que dans le cadre du contrat quadriennal.

2. Fruit d’une collaboration entre deux institutions d’enseignement supérieur. « C’est pour répondre à ce défi que l’Université de Lausanne (UNIL, Faculté des Hautes études commerciales) et l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL, Collège du management de la technologie) ont décidé d’intensifier leur collaboration et de développer ensemble un centre de compétences UNIL-EPFL à vocation nationale et internationale dans le domaine de la finance ». « C’est une brique de plus qui montre la capacité du campus lausannois à mettre en réseau ses chercheurs et à se réorganiser ».

Ce sont les deux institutions qui ont décidé cette création dans le cadre de leur autonomie et en s’appuyant sur les compétences existantes : le Master en ingénierie financière de l’EPFL (MFE) et le Master of sciences in finance de l’UNIL (MSCF). En France, les universités et les facultés s’enlisent dans la demande de diplômes co-habilités.

3. Un seul lieu d’enseignement et de recherche. « Signe concret de cette volonté de créer une rencontre des disciplines, les chercheurs sont hébergés dans un même lieu, dans le bâtiment L’extranef de l’UNIL » (photo). En France, en cas de diplôme co-habilité, les universités se partagent les enseignements ; les étudiants et les enseignants se déplacent d’un lieu à l’autre ! Cela aurait pu pourtant être le cas à Lausanne car l’UNIL et l’EPFL se situent sur deux campus voisins ! Un lieu commun crée l’identité.

4. Un problème cependant pour le nouveau Centre. « Ni l’UNIL, ni l’EPFL n’ont réussi à recruter cette année un professeur de finance. Le formidable essor de la finance au cours des dernières décennies a sans doute entraîné, sur le plan mondial, une pénurie de professeurs dans ce domaine. Sans oublier que les salaires pratiqués aux Etats-unis et dans les grandes Business schools européennes ont pris l’ascenseur » (Eric Jondeau, professeur de gestion, in Uniscope UNIL, n°555, juillet-septembre 2010).

« Le partenariat avec le Swiss Finance Institute (Zurich et Genève) (SFI) permet de compenser partiellement ces différences salariales ». En France, quelles sont les universités qui osent payer un professeur au prix du marché dans le cadre de leurs responsabilités et compétences élargies ? En Suisse, le financement d’une Fondation privée est là dès le départ ; en France, les chaires financées par les entreprises sont encore rares et les Fondations universitaires créées ces années dernières n’ont pas les financements suffisants pour recruter.

Bien sûr, certains rétorqueront qu’il s’agit là d’un modèle universitaire libéral au service de la finance privée. C’est évidemment plus compliqué que cela. Lire le dossier d’Educpros : « Université suisses : la tentation du modèle américain« .

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Article du on Mercredi, août 25th, 2010 at 15:36 dans la rubrique D. Suisse. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

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