Diplômes en gestion (1er cycle)

La discipline « gestion » est récente, eu égard à « l’âge » des autres disciplines universitaires. Chroniques précédentes sur les enseignements dont la faculté-mère, le Droit, a porté la naissance : « le droit et la science politique« , « le droit et l’économie« . C’est Henri Fayol (et non Frédéric Winslow Taylor) qui peut être considéré comme le père inspirateur des enseignements de gestion. Dans son ouvrage « Administration industrielle et générale » de 1916, il préconisait la création d’écoles formant à l’administration des entreprises. Mais nul n’est prophète en son pays : les Business Schools se sont développées dans le pays de l’ingénieur Taylor, les Etats-Unis.

La France a pris un retard conséquent. Elle ne s’est souciée de cet enseignement que dans l’après deuxième guerre mondiale. 60 années environ d’enseignement de la gestion, pour arriver aujourd’hui à une offre de formations illisible, pléthorique, de plus en plus complexe, coûteuse. Pourquoi une telle absurdité ? Tout d’abord, comme toute science, la gestion s’est spécialisée ; c’est là un fruit de la recherche et des évolutions du marché du travail. Exemple : les IAE organisent aujourd’hui les spécialités suivantes : Comptabilité, Contrôle, Audit ; Commerce, Distribution, Marketing-Achats ; Finance, Systèmes d’Information ; Ressources Humaines ; Organisation, Stratégi, Projets ; International ; Qualité, Logistique, Production ; Management Public.

Autres facteurs de faible lisibilité de l’offre de formation. L’enseignement de la gestion est partagé entre le public et le privé (il en résulte des droits d’inscription très différents), partagé entre les classes supérieures des lycées et l’université (IUT et facultés), les grandes écoles, les facultés d’économie et de gestion et les Instituts d’administration des entreprises (AES). Cet enseignement s’est étendu du deuxième et troisième cycles au premier cycle (la chronique suivante traitera des diplômes de deuxième cycle).

L’Etat y a mis du sien en créant un nombre incroyable de diplômes au cours des 45 dernières années et en ouvrant des concours de recrutement en gestion dans le supérieur et dans le secondaire (l’agrégation). Complexité des parcours de formation : les diplômes existants rendent possibles et nécessaires l’organisation d’entrées à bac+1, à bac+3 (après un BTS, un DUT, une prépa), à Bac+4 (en M1 après une licence), à Bac+5 (après un M1).

Les entreprises recrutent des gestionnaires et les étudiants sont férus de ce type de formation fort professionnelle qu’il est possible de suivre en alternance (autre source de complexité). Mais la concurrence s’est installée entre tous les diplômes et a entraîné d’autres aspects de la complexification de l’offre de formation. Les institutions de formation ont développé des stratégies d’intégration horizontale (ouvrir des diplômes de gestion dans les écoles de commerce), d’intégration verticale (créer, en amont des écoles et des instituts, des prépas intégrées ; ouvrir, en aval, des masters pour la poursuite d’études après un premier cycle), d’intégration spatiale (ouvrir des antennes à l’étranger), d’intégration par alliances, absorptions, fusions. Des stratégies d’intégration au service d’une stratégie d’attraction d’une clientèle en formation intiale et continue, en alternance mais clientèle dont l’extension n’est pas infinie. Elle a trouvé aujourd’hui ses limites : toutes les formations ne parviennent pas à pourvoir leur capacité d’accueil.

Un point commun à toutes les formations en gestion (sauf pour les licences universitaires) et ce quel que soit leur niveau : il existe une sélection à l’entrée, plus ou moins forte il est vrai. Il s’ensuit la nécessité d’organiser des concours d’entrée. Des économies ont été recherchées : des concours communs existent (chronique : « Palmarès en management« ).

Cette chronique esquisse une histoire et un panorama des formations de gestion de premier cycle. Elles sont, rappelons-le, postérieures dans le temps aux formations de niveau plus élevé.

Quels sont les choix possibles pour un élève de terminale intéressé par des études en gestion ? Dans le système d’admission post-bac, il peut exprimer des voeux dans plusieurs directions : candidater à une CPGE (prépa en lyce ou prépa intégrée à une école), à un STS, à un IUT, à l’université !

Premier diplôme supérieur en gestion, dans l’ordre chronologique : le brevet de technicien supérieur. Il est créé à la fin des années 50. Deux spécialités des services concernent la gestion. Le BTS « Finances, banques, assurances » : il a accueilli 7.039 élèves en 2008-2009 – 40% dans le secteur privé (RFS, 6.12) ; 6.460 diplômes délivrés en 2007 (RFS, 8.13). Le BTS « Comptabilité, gestion » a concerné 41.417 élèves – 29%  dans le privé ; 16.568 diplômes délivrés. Ces BTS sont féminisés à 63%. Près de 48.500 élèves pour les deux spécialités soit environ 25.000 néo-entrants.

LE DUT est un peu ultérieur au BTS : milieu des années 60. 3 spécialités de DUT en gestion (RFS, 6.7) : « Gestion des entreprises et des administrations«  (20.983 étudiants en 2008-2009 dont 57% de filles, 8.023 diplômés délivrés en 2007, RFS, 8.14), « Gestion administrative et commerciale«  (1.786 étudiants dont 62,4 de filles, 718 diplômes délivrés), « Gestion, logistique et transport » (2.050 étudiants dont 36,3% de filles, 1.180 diplômes délivrés). Les effectifs de ces 3 spécialités de DUT ont lègèrement progressé par rapport à 2007-2008. En tout, près de 25.000 élèves dont environ 13.000 en 1ère année (soit moins que dans les spécialités « Gestion » de BTS).

Troisième voie « Gestion » pour les néo-bacheliers, historiquement postérieure : les classes prépas. « C’est seulement après 1970 que les classes préparatoires économiques et commerciales, prépas à HEC, se multiplient. Leur croissance a été fulgurante à partir de 1980″ (chronique de ce blog : « L’histoire des CPGE« ). Elle s’est poursuivie dans les années 2000 : 15.778 inscrits en 2000-2001, 19.202 en 2008-2009 (dont 10.140 en 1ère année), soit une progression de 21,7% (RFS, 6.10). Elle a été plus rapide que celle observée dans les CPGE scientifiques (+11%) et dans les CPGE littéraires (+13,9%). En 2008-2009, 24,8% des élèves de CPGE économique et commerciale sont inscrits dans une prépa privée. 55,3% sont des filles. 48% des entrants en 1ère année ont obtenu un baccalauréat scientifique, 41,5% un bac ES, 0,8% un bac L, 8,9% un bac technologique (0,8%, Autres).

Quatrième voie « Gestion » pour les néo-bacheliers : les Prépas intégrées de 13 écoles privées et publique (Ecole de Management de Strasbourg) . L’accès en 1ère année de Bachelor (Licence) se fait par le concours « Atout + 3« . Liste des écoles et nombre de places : 1.600 environ.

5ème voie en gestion : la licence universitaire en économie-gestion (pas de spécialisation en gestion en 1ère année) et la licence d’administration économique et sociale (AES, créée au début des années 1970). Pas de sélection à l’entrée. En 2008-2009 (RFS, 6.4), 17.652 néo-entrants en 1ère année de licence d’économie et gestion et 9.450 en 1ère année d’AES soit 27.000 étudiants environ. 14.276 licences d’économie et gestion délivrées en 2007 et 6.576 licences AES (RFS, 8.16).

Synthétisons les flux d’entrants en 1ère année d’une formation en gestion ou qui peut conduire ensuite à une formation et à un diplôme en gestion de niveau licence : 25.000 en BTS, 13.000 en DUT, 10.000 en CPGE économique et commerciale, 1.600 dans les prépas intégrées, 27.000 en licence universitaire.

La complexité des formations de 1er cycle en gestion et des parcours de formation possibles s’est encore accrue avec la création des licences professionnelles à la fin des années 90. La nomenclature des licences (AERES, 2010) identifie le secteur professionnel « Echanges et gestion« . Il comprend 5 spécialités : management des organisations ; assurance, banque et finances ; gestion des ressources humaines ; logistique ; commerce. Les données pour 2004 (Note d’information, 07/13) faisaient état de 5.182 inscrits en Echanges et gestion, soit 27,4% de l’ensemble des inscrits en licence. La licence pro est attractive : les effectifs dans les 5 spécialités ont certainement progressé depuis lors.

Les Instituts d’administration des entreprises (IAE) ont tenu compte de l’apparition de ce nouveau diplôme. ils organisent ainsi un accès sélectif en L3 ou en licence professionnelle après un bac+2. « Le Score IAE-Message (SIM) est exigé dans plus de 200 formations en Gestion et peut être passé dans plus de 50 centres d’écrit dont plusieurs à l’étranger… C’est un test d’aptitude qui comprend 4 épreuves : culture générale, économique et managériale ; compréhension et expression écrite en français ; raisonnement logique et numérique ; compréhension et expression écrite en anglais ». Le coût du passage du test est de 30 euros par session. Un candidat peut s’inscrire à plusieurs sessions successives.

Le lecteur aura deviné que cette longue chronique qui a essayé de présenter de manière claire une complexité croissante est un argument en faveur de la création des Instituts d’enseignement supérieur. Ils organiseraient dans un même établissement public, établissement de proximité sur le territoire, la formation de licence en deux parcours : un parcours préparant au master (réservons les spécialisations très pointues aux masters !) et un parcours préparant au marché du travail (la licence professionnelle). Ces deux parcours devraient être organisés dans le champ « Economie, gestion, commerce ». On en aurait ainsi fini des 5 voies possibles après le baccalauréat pour s’engager dans un tel parcours. Bien sûr, il est dur de « faire simple quand on peut faire compliqué ». Toujours est-il que la situation actuelle approche de l’absurde !

Tags:

Article du on Vendredi, août 27th, 2010 at 20:16 dans la rubrique F. 19ème, 20ème siècles. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

Laisser un commentaire