Diplômes en gestion (2ème cycle)

« 60 années environ d’enseignement de la gestion, pour arriver aujourd’hui à une offre de formations illisible, pléthorique, de plus en plus complexe, coûteuse. Pourquoi une telle absurdité ? Une première chronique sur les « Diplômes en gestion » a fourni de nombreux éléments pour démontrer l’absurdité de l’offre de formations en 1er cycle. Le 2ème cycle de gestion, le Master, serait-il plus lisible ? Non !

Rappelons tout d’abord que les Ecoles de commerce sont bien antérieures aux Ecoles de gestion. Dans la chronique « Le Droit et l’Economie« , nous avons esquissé une histoire des premières. « L’Ecole supérieure de commerce de Paris est créée en 1819 (ici)…  D’autres écoles se créent sous la 3ème République à Rouen (1871), Lille(1872), Lyon (1872), Marseille (1872), Bordeaux (1874). En 1881, est créée l’Ecole des Hautes études commerciales de Paris (HEC). Aujourd’hui, les écoles de commerce enseignent également la gestion (c’est ce que j’ai appelé la « stratégie horizontale d’intégration ») : il suffit pour s’en convaincre d’ouvrir le catalogue des formations de Mastères spécialisés d’HEC, ou le Palmarès des Ecoles de management (les écoles classées dans les premiers rangs sont des écoles dont le mot « commerce » figure dans le titre).

L’histoire des Ecoles de Management proprement dites est directement liée à celle des Instituts d’administration des entreprises (IAE). Le site du Réseau IAE retrace cette histoire. Il est important de noter que ces Instituts sont créés dans les universités et y sont encore aujourd’hui (même s’ils ont un statut spécifique et une large autonomie de gestion). « L’origine des IAE remonte aux années 50. A l’époque, en France, il n’existait pas en encore de filière gestion au sein de l’université »… « En 1955, Gaston Berger, Directeur de l’enseignement supérieur au ministère de l’Education nationale, crée les Instituts d’administration des entreprises en s’inspirant du modèle américain« … »Les premiers IAE ont d’abord été les instituts d’un seul diplôme, le CAAE - Certificat d’Aptitude à l’Administration des Entreprises -, avec un positionnement pionnier sur la « double compétence« . Ce diplôme avait pour but de donner une compétence en gestion aux ingénieurs et étudiants diplômés des facultés de Droit, de Lettres et de Sciences, principalement. Diplôme-phare des IAE, conçu de façon à pouvoir être suivi en un an en cours du soir, c’est un mini-MBA à la française : l’enseignement repose sur la méthode des cas, approche innovante à l’époque ». 15 des 31 IAE d’aujourd’hui sont créés entre 1955 et 1958. 1955 : Aix-en Provence, Bordeaux, Dijon, Rennes et Toulouse. 1956 : Caen, Grenoble, Lille, Montpellier, Paris et Poitiers. 1957 : Lyon, Nancy et Strasbourg. 1958 : Nantes.

« Les IAE ont « grandi » dans les années 70 avec d’une part la reconnaissance progressive des sciences de gestion au sein des universités et au CNRS, et d’autre part avec le développement novateur dans l’univers universitaire de partenariats avec le tissu économique et le monde des affaires (professionnalisation des diplômes, formation continue, conseils aux entreprises) ».

Années 70 : c’est au cours de cette décennie, après la loi Faure de 1968, que l’offre de formation en gestion a commencé sérieusement à se compliquer. Premier nouveau diplôme : la MIAGE. En 1969, le ministre Faure crée la maîtrise d’informatique appliquée à la gestion (MIAGE à bac+4) dans 3 universités pilotes (Lille, Clermont-Ferrand et Montpellier). La MIAGE est généralisée par le décret du 16 septembre 1970.

Deuxième nouveau diplôme de gestion de 2ème cycle : la MSG. La maîtrise de sciences de gestion est créée par l’arrêté du 26 mars 1971. 3èmes nouveaux diplômes, le DESS et le DEA : le Diplôme d’études supérieures spécialisées, créé par le décret du 16 avril 1974, est un diplôme de 3ème cycle (bac+5) à visée professionnelle et le Diplôme d’études approfondies, préparé également en un an, vise l’entrée en doctorat. Nombreux sont les DESS en gestion.

Autres nouveaux diplômes des années 70 : la licence et la maîtrise de gestion (hors MSG), la licence et la maîtrise d’administration économique et sociale (AES). Et sans oublier, la licence et la maîtrise de Lettres étrangères appliquées (LEA). AES et LEA ont des enseignements en gestion.

Années 80 : rien à signaler en dépit de la loi Savary de 1984. Années 90 : création des Instituts universitaires professionnalisés par le décret du 23 janvier 1992. Les IUP, ce sont trois modifications notables dans le système d’enseignement supérieur et l’offre de formation. Ce sont des Instituts (comme les IUT et les IAE). Ils organisent une formation en 3 ans (de bac+2 à bac+4) et chevauchent ainsi les frontières du 1er cycle (DEUG) et du 2ème cycle (licence et maîtrise). Ils délivrent le DEUG IUP, la licence IUP, la maîtrise IUP et, dans certaines conditions, le titre d’ingénieur-maître. Bien évidemment, les IUP n’organisent pas seulement des enseignements en gestion, mais des IUP sont orientés « Gestion, Management« .

Points communs des diplômes MSG, MIAGE, DESS, DEA, maîtrise IUP (en non des licences et maîtrises de gestion, d’AES, de LEA). Ce sont des diplômes professionnels (stage obligatoire, quotas d’enseignants professionnels, nombreuses heures de cours, petits groupes) ; ils sont autorisés à pratiquer un numerus clausus et une sélection à l’entrée ; ils doivent avoir et ont des partenariats avec les entreprises et acquièrent ainsi des moyens financiers significatifs. Ces diplômes peuvent être localisés dans les facultés d’économie et de gestion, dans les IAE ou dans les IUP !

Années 2000 : le LMD. La réforme « Licence-Master-Doctorat » de 2002 est une réforme historique qui bouscule les frontières des 3 cycles d’études établis en 1966. La licence fait désormais partie du 1er cycle qui prend le nom de « Licence » ; la maîtrise et le DEA / DESS sont fondus dans le 2ème cycle qui prend le nom de « Master » (M1 puis M2) ; le doctorat commence après un bac+5.

Ce n’est pas tout ! En 2006, dans le cadre de la réforme LMD et dans le parcours conduisant à l’expertise comptable, sont créés, par décret du 22 décembre, le diplôme de comptabilité et gestion (DCG sanctionnant 3 années d’études après le bac) et le diplôme supérieur de comptabilité et gestion (DSCG sanctionnant deux années d’études après le DCG).

Avec la réforme LMD, que sont devenus les diplômes de gestion à bac+4 : la MSG, la MIAGE, la maîtrise IUP ? Intègrent-ils encore la licence (MSG et MIAGE) ou même la 2ème année de licence (IUP) ? Ont-ils fusionné avec des DESS existants ou créé leur propre master 2 ? Ou plus simplement, la carte des formations en gestion a-t-elle été totalement rebattue pour devenir une carte unique des Masters. Le constat, 8 ans après la réforme LMD, est hélas typique de la situation française : MSG, MIAGE, IUP ne sont pas disparus ! Autrement dit, une occasion historique de simplification de l’offre de formations a été ratée. En quoi et pourquoi ?

En quoi l’offre de formations n’a-t-elle pas été simplifiée par le LMD ? 1. La complexité de l’offre s’est même accrue après 2002 car les facultés d’économie-gestion ont obtenu l’habilitation de nombreux Masters « Mention Gestion », eux-mêmes subdivisés en de multiples spécialités et parcours de formation.  2. Il existe toujours des MSG, devenues une étape pour accéder à un M2 ! 30 MSG, semble-t-il ! Quelques exemples : MSG de Paris Panthéon-Assas, de Nice, de Nantes, de Lille.

3. Il existe toujours des MIAGE : certaines s’étaient transformées en IUP dans les années 90 ; d’autres ouvrent aujourd’hui sur un M2. Il en existe encore 20 en 2009 : cliquer ici ; la plus grosse (Créteil Paris 12) accueille 292 étudiants répartis sur 3 ans et la plus petite (Mulhouse) 70. 3.577 étudiants en 2009, environ 1.200 diplômés par an, soit 60 en moyenne par MIAGE.

4. Il existe toujours des IUP, une charte IUP et un label IUP : « au printemps 2007, la plupart des IUP ont renouvelé leur demande de dossier et, pour le plus grand nombre d’entre eux, la labellisation fut prolongée jusqu’en 2010. Les IUP admis en commission en 2006 ont été directement labellisés jusqu’en 2010″. Tous les IUP ne sont pas labellisés, de même que tous les IAE n’ont pas le label Qualicert.

Pourquoi le « ménage » n’a-t-il pas été fait dans les formations de Master en gestion ? Pourquoi subsiste-t-il des MSG, des MIAGE, des masters IUP ? Pourquoi y a-t-il dans les universités jusqu’à trois ou quatre composantes à même d’organiser aujourd’hui des Masters en gestion : les IAE, les IUP, les facultés d’économie et de gestion, voire les facultés de Sciences (pour les MIAGE) ? La réponse est relativement simple. Deux raisons. 1. La réforme LMD a été faite à coûts constants de la nouvelle offre de formation ; caricaturons à peine : le Ministère a laissé « mastériser » l’offre existante de formations de maîtrise, de DESS et de DEA et a accepté la création de masters supplémentaires ; il n’a donc pas joué son rôle de « pilote dans l’avion ». L’explosion de l’offre en est résultée ; pas seulement en gestion, bien sûr.

2. L’inertie a également impulsé par les lobbies disciplinaires. Lobbies ? Oui, il faut bien appeler ainsi les réseaux, les conférences, les associations. Créer un lobby est logique : les équipes pédagogiques qui se sont mobilisées pour créer tel ou tel diplôme professionnel éprouvent le besoin d’échanger, de se rencontrer, de se fédérer, et aussi de se défendre « en cas d’attaque ». Les lobbies en gestion ont de nombreux atouts : l’attractivité de leurs formations, la qualité du corps enseignant, les débouchés des diplômés, les moyens apportés par leurs partenaires professionnels. Mais les lobbies sont aussi des instances de conservatisme : ils n’y peuvent mais.

Si la Conférence des directeurs de MSG semble être disparue, il n’en va pas de même pour les MIAGE et les IUP. La MIAGE a son réseau, une Conférence et un directeur de la conférence, Daniel Marquié (MIAGE de Toulouse) ; elle tient ses réunions statutaires, ses journées nationales (« 40 ans de MIAGE« , Aix-Marseille, mai 2010).

L’assemblée des directeurs d’IUP a des statuts et un Président, Francis Artigues. Elle s’est mobilisée en avril 2007 pour « sauver la professionnalisation« . Le réseau a rebondi en s’ouvrant en 2005 « à tous les responsables de mention, spécialité ou parcours professionnalisé répondant aux exigences de la charte de qualité et, d’autre part, en adaptant la charte des IUP à la nouvelle offre de formation« .

Elle a alors développé son activité de labellisation IUP : 5 labellisés en Banque assurance finances (Aix II, Caen, Nantes, Paris 13 Rouen), 1 en Gestion du patrimoine (Dauphine), 4 Miage IUP (Aix-Marseille 3, Lyon 1, Nantes, Toulouse), 1 en Administration des institutions culturelles (Aix-Marseille 3), 2 en Sciences de gestion (Lyon, Montpellier 1), 1 en Management des entreprises (Limoges), 1 en Management des entreprises sportives (Montpellier 1), 1 en Management des services (Marne la Vallée), 4 en Management et gestion des entreprises (Aix en provence, Bordeaux 2, Clermont 1, Saint-Etienne), 1 en Management et gestion des entreprises de l’économie sociale (le Mans). A noter que le site du réseau IUP ne mentionne pas d’évènement.

La prochaine chronique analysera l’offre de formations de diplômes en gestion dans l’université de Strasbourg et dans les universités qui devraient fusionner au 1er janvier 2012 ou qui ont amorcé un processus de fusion. Chevauchement de formations ? Fusions en projets ? Ce qui me paraît sûr, c’est que le passage aux RCE va pousser à des rationalisations de l’offre de formation en gestion. Se feront-elles sans conflits ?

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Article du on Lundi, août 30th, 2010 at 19:34 dans la rubrique C. Aquitaine, C. Bretagne, Normandie, C. Nord Pas-de-Calais, C. PACA, Corse, C. Pays de Loire, C. Rhône-Alpes, Auvergne, F. 19ème, 20ème siècles. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

2 commentaires “Diplômes en gestion (2ème cycle)”

  1. temps dit:

    Au sujet du LMD, il ne faut pas oublier que bien que les « IAE » soient dans des unités d’enseignements, elles n’en n’ont pas moins une indépendance de gestion, et des approches adaptées à leurs démarches.
    Cordialement

  2. pdubois dit:

    Bonjour et merci Temps. Les IAE, dans le cadre de la loi de 1984 non modifiée par la loi LRU ont un statut défini par l’article 33 de 1984, dit 33 « mou ». Les directeurs d’IAE sont de droit « ordonnateurs des dépenses » (ce que ne sont pas mais que peuvent être les autres directeurs de composantes). Ce qui veut dire que l’université ne peut pas empêcher des dépenses décidées par l’IAE. Par ailleurs, l’autonomie effective de IAE varie beaucoup d’une université à l’autre : elle peut dépendre des rapports de force, de l’histoire, des échanges de bons procédés entre l’université et l’IAE… Il faut noter enfin que les IAE n’ont plus, de fait, l’autonomie financière pour fixer des droits spécifiques.

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