Formations en gestion à Strasbourg

Voici donc venu le temps d’une analyse de l’offre de formation en gestion /management dans un certain nombre d’universités, analyse limitée à l’offre de Licences professionnelles et Masters car seule cette offre crée de la visibilité et donc de l’attractivité tant au niveau national et international.

Cette chronique vient après un ensemble de chroniques sur l’histoire des enseignements de gestion / management, sur la pléthore de diplômes distincts et de fait illisibles tant en premier cycle qu’en deuxième cycle (chroniques : « Diplômes en gestion (1er cycle)« , « Diplômes en gestion (2ème cycle)« .

Le choix des universités ? Strasbourg qui a fusionné au 1er janvier 2009 ; Aix-Marseille, Montpellier, Lorraine qui devraient fusionner au 1er janvier 2012, Franche-Comté et Bourgogne qui ont constitué une université fédérale, et Sorbonne Universités qui est un PRES dont je voudrais qu’il aille jusqu’à la fusion car toutes les disciplines y sont representées, et Dauphine, la pionnière, la singulière. L’analyse de l’offre est uniquement basée sur la lecture des sites : celle-ci est déjà fort instructive !

Strasbourg. L’université est unique depuis le 1er janvier 2009 ; les conditions sont donc, a priori, réunies pour avoir une offre de formations claire en gestion / management. Ce n’est pas encore le cas mais ce devrait être le cas, il faut l’espérer, pour le prochain contrat quadriennal. L’offre est partagée entre l’Ecole de Management de Strasbourg (elle accueille le 20ème congrès des IAE), la Faculté de Sciences économiques et de gestion, la Faculté de Droit, de sciences politiques et de gestion. Deux des composantes (EM Strasbourg, Sciences Eco Gestion) appartiennent à un seul Collegium, le PEGE. Le Pôle d’enseignement et de gestion et le travail dans un même lieu devraient faciliter une intégration.

L’offre de formation de l’EM Strasbourg est complexe et abondante (cliquer ici) : pas moins de 37 formations dont les titres figurent dans un tableau. Elles se déclinent par type de diplôme (programme Grande école, diplômes nationaux, diplômes d’université, modules de formation), par niveaux d’entrée (en L1, L3, M1, M2), par niveaux (licence, licences professionnelles, M1, M2), par type de formation (formation initiale, formation continue, alternance), par durée (de 21 jours à 4 ans), par titre (des intitulés en français et an anglais) et bien sûr par thématiques : 7 formations en audit/contrôle/finance, 5 formations en commerce, 2 en entrepreneuriat, 16 en management général et sectoriel, 4 en marketing, 2 en ressources humaines.

Et l’offre de la Faculté de Sciences économiques et de gestion (cliquer ici) ? Elle est plus réduite. Avec une spécificité : la préparation aux concours du CAPES Sciences économiques et sociales et du CAPET Economie-Gestion. Une seule licence professionnelle. 4 mentions de Master en économie et en gestion mais avec 10 spécialités. Un total d’une bonne dizaine de parcours.

Enfin l’offre de la Faculté de droit (cliquer ici) ? Elle est également limitée. Une licence pro « Banque » ! Un M1 Administration économique et sociale. 3 M2 d’AES (ici) : « Achat international », « Gestion et droit des énergies et développement durable », « Commerce électronique ».

Pour les 2 mentions de gestion de la faculté de Sciences Eco et Gestion (finances et management des projets et des organisations), y a-t-il des doublons avec les formations de l’EM Strasbourg ? Aucun, évidemment, pour les enseignants capables de construire des contenus différents à l’infini et de les justifier. Non, effectivement, pour ce qui est des intitulés précis dans les Masters « Finances ». Oui, pour ce qui est des Masters Management des organisations, pour deux spécialités : l’international, la logistique.

L’étudiant lamba s’y perd forcément. Il n’a qu’un point de repère, sachant que les droits d’inscription sont les mêmes (sauf pour les DU) : il y a sélection à l’entrée des formations de l’EM Strasbourg et seulement à l’entrée des M2 dans les formations des deux facs. Un étudiant « rationnel » et à temps plein qui veut étudier la gestion à Strasbourg pose sa candidature à la fois à l’EM et dans les deux Facs. Un autre étudiant tout autant « rationnel » se dit qu’il est plus simple de poursuivre dans la fac où il a fait sa licence (il y est connu et y a son réseau social »… Un autre… Et les entreprises ? Même pas la peine de le leur demander… en dehors du cercle des entreprises partenaires, nombreuses à Strasbourg.

Il est contreproductif pour l’université, pour son attractivité de présenter trois offres de formations en master de gestion sur trois sites Internet différents. Et qu’en a dit l’AERES lors de ses investigations ? Les experts ont fait leurs évaluations avant la fusion des 3 universités strasbourgeoises, même si le rapport d’Octobre 2008 (541 pages) est unique.

L’offre de formation évaluée (Masters de la faculté de sciences économiques et gestion) ne correspond pas exactement aux intitulés d’aujourd’hui : classement en B pour la mention « Management stratégique des organisations » (page 83), et fort logiquement classement en B pour chacune des 3 spécialités « Management des projes internationaux » (page 85), « Production, logistique, innovation » (page 85), « Qualité » (page 86). Recommandations : « le nom de la mention ne semble pas pertinent si nous nous référons aux spécialisations proposées »… « Un nom plus adéquat pour la mention pourrait être »… Le nom de la mention a effectivement été changé (« Management des projets et des organisations »), mais non celui des 3 spécialités ! Celles-ci ont été habilitées.

N’allons guère plus loin dans l’analyse des autres évaluations des masters, sauf à dire que des spécialités M2 du master AES de la fac de droit ont été plutôt massacrées par les experts. Naviguer dans un rapport aussi long est fort incommode (les évaluations sur les masters de gestion sont dispersées dans le rapport). De plus, le rapport 2008 a précédé la fusion ; il n’est pas dit que les experts aient été communs pour les masters des 3 facultés.

L’enjeu pour l’université de Strasbourg est, pour son prochain quadriennal, de refondre son offre de formation en gestion, de la simplifier, de la limiter, de la rendre uniformément sélective (à l’entrée des licences professionnelles, des M1 et des M2), de la faire piloter par une seule composante et non par trois. Laquelle ? Evidemment l’EM Strasbourg, qui est la composante la plus visible pour le management et la gestion ! Que la faculté d’économie se centre sur les masters d’économie et la faculté de droit et de sciences po sur les masters éponymes. Mais le dire est évidemment plus facile que le faire !  Strasbourg doit tirer parti des atouts de la fusion ! Elle le mérite !

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Article du on Mardi, août 31st, 2010 at 23:34 dans la rubrique C. Alsace. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

Un commentaire “Formations en gestion à Strasbourg”

  1. Olivier dit:

    Intégrer l’IAE dans une école est plus facile que de supprimer une école de commerce en intégrant les formations de celle-ci dans un institut universitaire ou une faculté… On préfère communiquer sur l’excellence d’une école et non sur l’excellence de l’université quand il y a lieu de le faire… Pour moi, l’EMS ne sera jamais l’Université (même si elle est juridiquement rattachée à l’université de Strasbourg…).

    L’EMS fait partie de ces écoles qui vont pouvoir surfer sur l’ambiguïté école-université quand ça leur chante, confortées par la réforme LMD étendue aux grands établissements (là je n’ai pas entendu les enseignants de l’université protester contre cette extension – il est vrai que dans un pays où la sacro-sainte agrégation est l’alpha et l’oméga de l’enseignement public et qu’elle vaut plus qu’un doctorat, il ne fallait pas trop espérer…)

    Cette ambiguïté existe déjà dans les faits : il n’y a qu’à voir aujourd’hui à Lyon le regroupement de plusieurs écoles de commerce en une « université professionnelle »…

    Mais il parait qu’il faut dépasser l’antagonisme école-université…

    Une chose est sûre, l’enseignement supérieur français ne reproduit depuis quarante ans qu’une seule chose : l’esprit de caste (« de corps » comme diraient certains) où tout se joue avant le baccalauréat et en classe préparatoire et où il ne fait pas bon avoir un parcours atypique (mais il paraît que la plupart des salariés devront changer plusieurs fois changer de métier dans leur vie professionnelle…). Pathétique….

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