Réinventer le métier de l’IAE

Sans langue de bois, les intervenants de la Conférence de clôture du 20ème congrès du Réseau des IAE ont façonné la stratégie des IAE pour les années qui viennent : elle peut être intitulée : « Réinventer le métier de l’IAE« , selon la belle expression employée par Xavier Riescher, chef d’entreprise et président du conseil d’administration de l’IAE de Lyon (photo ci-contre). 30 photos de la conférence de clôture : cliquer ici.

En bons gestionnaires, les conférenciers ont mobilisé une analyse éprouvée : points forts et points faibles des IAE, contraintes et menaces sur leur développement, opportunités à saisir, objectis à atteindre, moyens d’action. Benoit Demil a ouvert le feu en synthétisant les résultats de l’étude de la FNEGE sur les stratégies de rapprochement entre institutions : fusion de structures ? partenariats institutionnalisés ? (chronique : « Les IAE pensent leur avenir« ).

Points forts et points faibles. Pierre-Louis Dubois, délégué général de la FNEGE (photo), connaît fort bien les IAE ; il a travaillé dans ceux de Lille, de Montpellier, de Paris. Pour lui, les points, historiquement forts, des IAE ne leur sont plus spécifiques. La double compétence visée par le CAAE à l’origine : « nous ne sommes plus les seuls » (chronique : « Histoire des diplômes de gestion« ). La pluri-disciplinarité : « beaucoup disent qu’ils en font ». Le lien fort de la formation et de la recherche avec la demande sociale : « nous ne sommes plus les seuls à y répondre ». La proximité forte avec les entreprises : « les charges qui pèsent aujourd’hui sur les enseignants-chercheurs font qu’ils ne peuvent plus, comme par le passé, être une ou deux journées par semaine dans les entreprises ». Un nombre d’anciens considérable : « cela reste une force ». Une activité constante en recherche, menée par des enseignants-chercheurs : « la majorité de ceux-ci travaillent dans des composantes autres que les IAE ; la recherche est devenue beaucoup plus compétitive que par le passé ». Des moyens financiers significatifs : « mais quelle est l’autonomie d’utilisation des ressources collectées ? Un enseignement de service public sans argent public, ça pose problème ».

Les opportunités : un paysage favorable (croissance de la demande en gestion). Les menaces : « une intégration dans l’université qui peut être malmenée par le renforcement du pouvoir des présidents ». Les actions nécessaires : renforcer les synergies locales (logiques de site), se différencier constamment, internationaliser réellement les cursus, se coller clairement sur les normes internationales de qualité, développer une politique de marque forte.

Xavier Riescher (photo) est en complet accord avec Pierre-Louis Dubois. Il formule ainsi ses trois profondes convictions : « 1. La vraie rupture a eu lieu il y a 10-15 ans et a fragilisé les IAE ; 2. L’effet « masse » est un mirage ; 3. Il faut complètement nous réinventer. Les grandes écoles de commerce ont créé une offre de masters en gestion, quelquefois en double compétence ; elles ont investi la recherche. La massification : « grandir », ce n’est pas « grossir ». Grossir en taille permet certes de faire des économies d’échelle, en particulier dans la communication ; mais grandir sans stratégie ne fait que retarder la mise en oeuvre du « Projet ». 3 « Réinventer un projet unique, attractif, cohérent. Quel est le produit emblématique de notre coeur de métier » ? : faire acquérir une double compétence et faire faire un saut qualitatif à nos recherches », recherches qui entrecroisent nécessairement la compréhension de l’action et l’intervention ; pas de théorie sans pratique et pas de pratique sans théorie. Les opportunités existent au sein même de l’université par des coopérations, des projets avec les sciences, avec les humanités

Michel Kalika, directeur de l’EM Strasbourg (photo), s’y connaît en matière de rapprochements entre institutions. Il revient sur l’histoire de la fusion de l’IAE et de l’IECS (école de commerce de l’université créée en 1919), en vigueur depuis octobre 2007. Cette fusion a réussi et le 20ème congrès de l’IAE à Strasbourg est une forme de reconnaissance de ce succès. Les raisons du cercle vertueux de la fusion : un contexte favorable (toutes les « parties prenantes » ont soutenu le projet et s’y sont impliqués financièrement) ; des identités et des cultures proches dans les 2 institutions : la relation avec les entreprises, la culture de l’insertion professionnelle des diplômés, les relations avec les étudiants et le soutien à leurs projets associatifs. Et un facteur de succès qu’il ne faut pas minimiser : un centre de recherche, le Laboratoire de recherche en économie et en gestion (LARGE), a choisi de rejoindre l’institution fusionnée. En deux ans et demi, l’effectif des personnels est passé de 40 à 90 personnes. L’EM Strasbourg a la certification Qualicert du Réseau des IAE, et a décidé de se confronter aux normes internationales. Et donc les projets en cours : obtenir les accréditations EQUIS et AACSB. C’est possible et plutôt bien parti.

Pierre Louart joue son rôle de Président du Réseau des IAE (photo). Réinventer le métier de l’IAE, cela suppose de partager des objectifs communs, de cibler des priorités, d’agir pour les réaliser  : obtenir des ressources, en particulier des affectations de personnels (« ne plus accepter que les IAE n’aient que les miettes qui tombent de la table des richement dotés »), organiser la subsidiarité au sein des universités (les IAE savent opérationnaliser), développer une vision pro-active de la performance, intensifier la recherche en réseau et en transdisciplinaire, faire connaître ce que les IAE font en recherche (créer peut-être une agence de valorisation ; mobiliser davantage les bourses Cifre de l’ANRT), construire des coopérations au niveau territorial, trouver des fonctionnements optimaux et qui soient mobilisateurs pour les cadres et personnels administratifs (il est intéressant de noter que des ateliers de concertation avec ces personnels ont pris place dans le 20ème Congrès).

Interventions de participants. Didier Retour (IAE de Grenoble) revient sur les moyens pour réinventer la double compétence : organiser, dans le cursus même de formation, un semestre dans une autre discipline (nous savons le faire, la preuve : le semestre à l’étranger) ; aller chercher les étudiants d’autres disciplines et les intégrer un semestre dans le parcours de l’IAE ; appartenir à une Ecole doctorale qui ne soit pas mono-disciplinaire en gestion. Patrick Rousseau, directeur, présente les initiatives de l’IAE d’Aix-en-Provence (photo). L’ancienne directrice de l’IAE de Nice monte au créneau contre des présidents d’université qui s’acharnent à faire disparaître la spécificité juridique de l’IAE. « Il faut faire comme l’Association des directeur d’IUT : du lobbying auprès des élus, des chefs d’entreprises, des présidents d’université. Il faut faire intervenir les Présidents des conseils d’administration des IAE : ce sont des chefs d’entreprises et on les écoute ».

En fin de table ronde, Benoit Ratier, Président de l’Union nationale des étudiants en gestion (photo ci-dessus), présente les objectifs de l’UNEG : « créer un réseau fort d’associations et BDE de gestion issus des IAE et des UFR de Gestion, former les étudiants membres d’une association, permettre aux associations de toute la France de se rencontrer, aider les associations au quotidien, défendre les intérêts des étudiants en gestion »…

Et un évènement pertinent et fort sympathique : la remise par Géraldine Broye, professeur de gestion à l’EM Strasbourg (photo), du Prix du meilleur article présenté dans le 20ème congrès. La lauréate du prix, doté de 1.000 euros, est Anaïs Hamelin (photo), jeune docteur en gestion, pour sa communication « Small business groups enhance performance and promote stability, not expropriation. Evidence from French SME’s« .

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Article du on Jeudi, septembre 2nd, 2010 at 12:28 dans la rubrique B. Photos, C. Alsace, C. PACA, Corse, C. Rhône-Alpes, Auvergne. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

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