Sciences Po in Reims. Shocking !

Suite de mes chroniques « Contre l’installation de Sciences Po à Reims« . 3 septembre 2010, inauguration en grandes pompes du Transatlantic Campus in Reims : communiqué de presse de Sciences Po, 6 vidéos sur France 3, Site de Sciences Po Reims. Adeline Hazan, maire de Reims, et Richard Descoings dévoilent la plaque commémorative de l’évènement. Ils rient tous les deux. Ils ne devraient pas ! Depuis plus d’un an, je crie sur ce blog que l’installation de Sciences Po à Reims est un scandale parce que 3 collectivités territoriales (la ville, le conseil général, la région) se sont engagées à financer la rénovation du Collège des Jésuites pour permettre cette venue (76 millions d’euros) et à financer le fonctionnement pendant 20 ans à concurrence de 3.000 euros par étudiant. Histoire et photos du Collège des Jésuites de Reims.

Quelles contreparties de Sciences Po en échange de cet investissement énorme des collectivités territoriales ? Beaucoup de vent, et aujourd’hui de promesses écrites dans un protocole. Seront-elles tenues ? Détournement de l’argent des contribuables champardennais au profit de qui ? A cette rentrée : au profit de 80 étudiants seulement. En annoncer 600 à la rentrée 2012 (200 par promo du Bachelor) et éventuellement 1.800 en 2016, c’est vraiment se moquer de toutes et de tous !

Combien de bacheliers champardennais parmi ces 80 ? Combien de jeunes issus des classes populaires parmi eux ? Combien de boursiers, hors bourses sponsorisées par le Crédit Agricole (!) et hors bourses à taux zéro ? Richard Descoings, faites publier immédiatement ces données ! Montrez qu’il vous est impossible de prouver que Sciences Po Reims n’est pas déjà un ghetto élitiste, réservé aux enfants d’une bourgeoise fortunée, internationale et bilingue franco-anglais. Dites que vous n’avez pas honte de faire payer votre « danseuse » par les contribuables du territoire !

6 septembre 2010, signature du protocole de coopération entre la Région Champagne Ardenne et Sciences Po (signalement sur le site de l’Agence de Presse des Régions d’Europe). C’est assez drôle de consacrer quatre pages aux engagements que Sciences Po devra tenir. La Région ne croirait-elle pas à la parole de Descoings ? Le nombre d’engagements fait sourire.

Surtout ne pas rire en lisant le 1er paragraphe : « La Région et Sciences Po unissent leurs moyens et leur savoir-faire pour faire émerger, au coeur de la Champagne-Ardenne, un pôle d’excellence universitaire ayant vocation à rayonner à l’échelle mondiale, tout en étant parfaitement ancré et intégré au niveau local ». Quels moyens mobilisés par Sciences Po : son image de marque ? son logo ?

Sciences Po ne mobilise même pas ses propres enseignants ; il faut d’ailleurs rappeler sans cesse la faiblesse numérique du corps enseignant statutaire de Sciences Po. 25 enseignants sont annoncés dont… 10 en provenance de l’université URCA et 2 de Reims Management School : il serait moins coûteux pour les finances publiques si les étudiants allaient écouter ces enseignants dans leur institution d’origine et non dans le bâtiment provisoire du Collège des Jésuites. Il y aura bien sûr quelques cours d’amphi par des vedettes « à l’américaine » (lire la plaquette des cours) : il ne faudra pas oublier de leur faire signer la feuille de présence ! Trois mauvaises surprises concernant les cours : le programme est généraliste et mortellement ennuyeux ; 45 crédits par semestre et non 30 (c’est une entrave à la mobilité !), 12 semaines de cours seulement par semestre : mais où sont donc les 10 mois de scolarité prescrits par Valérie Pécresse ? Descoings serait-il devenu un mauvais élève ?

Engagements prévisionnels de Sciences Po prévus par le Protocole signé hier. 1. Promouvoir à l’international le Campus transatlantique et sa région d’accueil : combien de millions d’euros prévus dans le budget de communication de Sciences Po pour cette promotion ? 2. Animation de la vie culturelle, intellectuelle et citoyenne régionale : organisation d’un cycle de conférences pour le grand public lors de la rentrée 2010 (pas d’Events annoncés sur le site)… 3. Actions à l’intention des lycéens de la région (ZEP et Cordées de la réussite) et promotion de l’égalité des chances : supercherie ! Qui peut croire que ces lycéens d’origine populaire pourraient suivre avec profit des cours majoritairement donnés en anglais ? 4. Soutien au développement économique de la région : offre de formation continue pour les cadres locaux : ce seront les enseignants de l’Université et de RMS qui feront les cours ? 5. Coopération avec d’autres établissements régionaux d’enseignement supérieur : mutualisation des ressources et offre de formations conçues en commun ; on aurait pu y croire si Sciences Po avait implanté son diplôme de Bachelor dans l’université même. Pour Sciences Po, la mutualisation se fait à sens unique.

En guise de bouquet final, il faut se retenir pour ne pas hurler quand Jacques Meyer, vice-président du Conseil régional et ancien président de l’université, déclare que les fonds dépensés pour Science Po sont utiles et nécessaires : « demain, il y aura dix grands pôles universitaires au niveau national. Pour la ville de Reims et sa région, l’enjeu est de savoir si elle veut continuer à jouer dans la cour des grands« . Jacques Meyer voudrait nous faire croire que l’investissement en faveur de Sciences Po permettra à Reims d’accéder à ce « décapôle ». Il nous prend vraiment pour des c…. Chronique : « Président Meyer« .

Il y en a assez de ces gesticulations politico-médiatiques, de ces gabegies financières. Soyons clairs : il n’y aura pas ni retombées économiques, ni retombées sociales de l’implantation du micro Sciences-Po de Reims !

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Article du on Mardi, septembre 7th, 2010 at 12:31 dans la rubrique A. S'indigner, C. Champagne-Ardenne, Picardie, F. 16ème au 18ème siècle. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

3 commentaires “Sciences Po in Reims. Shocking !”

  1. Manuel Canévet dit:

    Diantre, une chronique bien franche et directe. Mais je me pose aussi d’autres questions : quelles interactions entre l’IEP de Reims et l’université ? Il y existe un UFR de Droit et de Science politique… Quelle proportion entre l’engagement des collectivités vis-à-vis de l’université de Reims et vis-à-vis de l’IEP ?

  2. parbleu dit:

    Ce billet est juste sur bien des points et prouve à quel point Sciences Po parvient à monnayer son image au prix fort. Il est donc d’autant plus dommage que la teneur de ce message soit ternie par la fausse affirmation selon laquelle cette école est un ghetto de riches : il y a 23 % de boursiers à Sciences Po (le triple d’HEC), de nombreux enfants issus de la classe moyenne et, bien entendu, une proportion d’élèves issus de ZEP par le biais d’un concours parallèle.
    Qu’un chercheur au CNRS ne se donne même pas la peine d’étayer ses affirmations par des faits me laisse perplexe.

  3. Reims. Meyer et Sciences Po | Histoires d'universités dit:

    […] “Sciences Po in Reims. Shocking !“, “Transatlantic Campus in Reims“. Suite à ces chroniques, Jacques Meyer, ancien président de l’université de Reims (URCA) et premier vice-président de la région Champagne Ardenne, m’a adressé un courriel. Il en a fait copie à Gérard Mary, également ancien président de l’URCA. Chronique de ce blog sur le “Président Meyer“. Quelques extraits du courriel. “Je pense que l’on peut débattre de la question [de Sciences Po] sans injure ni blessure personnelle. Bien évidemment, mais dois-je vous le préciser, je ne vous prends, ni personne d’ailleurs, “vraiment pour des c…”. Et je n’ai jamais dit ni pensé que Reims pouvait figurer parmi les 10 pôles d’excellence de réputation mondiale que les gouvernements successifs depuis une dizaine d’années cherchent à instaurer”. […]

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