30% de boursiers en CPGE. Faux !

3 autres chroniques récentes sur les CPGE : « Prépas en université« , « Sois BEL et fuis l’université« , « CPGE : casser le mur de béton« . Nouvelle chronique. Les classes populaires sont-elles les recalées de l’enseignement supérieur ? Face à face Valérie Pécresse – Stéphane Beaud, organisé par Le Nouvel Observateur et diffusé par France Culture le 27 septembre 2010 (cliquer ici). La vision de l’enseignement supérieur, celle de la ministre et du professeur de sociologie de l’Ecole normale supérieure d’Ulm, est énervante : elle est francilienne, parisianiste et même réduite au quadrilatère de la montagne Sainte-Geneviève ! Est-ce un hasard si les deux protagonistes commencent le débat par les classes préparatoires aux grandes écoles, par les conditions d’accès des enfants des classes populaires aux CPGE ? Ce qu’ils disent des BTS, des DUT, de la licence universitaire procèdent plus de la compassion que de la conviction de la valeur de ces filières.

Ce débat m’a d’autant plus choqué que je suis actuellement en reportage pour le blog dans le Lot. Franchement, qu’importe le recrutement social de la centaine de CPGE de Paris intra-muros ? Que l’ENS Ulm ose publier l’origine scolaire de ses étudiants : de quelles CPGE de lycées parisiens proviennent-ils ? J’ai envie de hurler quand Valérie Pécresse s’apitoie sur le sort du « jeune de banlieue qui a deux heures de trajet pour aller [en CPGE] en plein centre de Paris ». « Ce jeune-là ne pourra pas étudier correctement (il y a environ 70 heures de travail par semaine en classe préparatoire) ». La solution n’est pas la création d’internats d’excellence dans Paris. Scandale que la centralisation outrancière des CPGE, que l’insuffisance du nombre de CPGE en banlieue et que cet horaire démentiel ! Il ne faut pas oublier que les CPGE ne font pas seulement l’objet d’une sélection scolaire et d’une sélection sociale, mais également d’une sélection « géographique » (chronique : « CPGE : une triple sélection« ). Combien de CPGE dans le Lot ? Zéro, y compris dans la préfecture du département, Cahors : cliquer ici pour la liste des formations d’enseignement supérieur dans le 46.   

Valérie Pécresse se flatte d’avoir porté, dès l’an dernier, le taux de boursiers en CPGE à 30%. Il y a un an, je chroniquais sur la manipulation statistique à la base de ce pourcentage « politique » : il est en effet facile de faire propresser le pourcentage de boursiers en  augmentant le nombre de boursiers à « taux zéro ». Taux zéro : 18% des boursiers ne perçoivent aucune bourse réelle ; ils ne sont exonérés que des droits d’inscription ; ceux-ci n’existent d’ailleurs pas en CPGE ! Ce qui est un comble vu leur composition sociale !

Les données statistiques sont têtues. Dommage que Stéphane Beaud n’en ait pas fait un usage optimal dans son face à face avec la ministre : il aurait pu la mettre en contradiction avec les chiffres publiés par son propre ministère. Hélas, le professeur de l’ENS semble être venu débattre, sans chiffres précis dans le cartable (lire la note ci-dessous). Ainsi le score du face à face est-il pour moi : Pécresse : 1 – Beaud : 0.

30% de boursiers en CPGE, c’est faux ! En 2008-2009, selon les RRS 2010, il n’y avait que 21,9% de boursiers dans ces classes. En 2009-2010, selon le même tableau des RRS, on comptait 19.800 boursiers en CPGE (soit 3,5% de l’ensemble des boursiers). Combien, parmi eux, ont perçu une bourse à taux zéro ? On ne sait, mais on peut faire l’hypothèse que le taux dépasse les 18%. Toujours est-il que 19.800 boursiers sur 81.135 inscrits en CPGE (indicateur 6.10 des RRS) =  24,4% et non 30%. Soit Valérie Pécresse ne connaît pas les données produites par le ministère de l’éducation nationale, soit elle s’en contrebalance, soit elle ment sciemment.

Note sur les données mentionnées par Stéphane Beaud : « Selon les statistiques, on n’a que 5% d’une classe d’âge en prépa, dont très peu (2 à 3%) d’enfants issus des classes populaires ». Chiffres trop peu précis voire faux. Voici ceux publiés dans les RRS 2010. En 2009-2010, 81.135 étudiants étaient inscrits en CPGE ; ils représentaient 3,5% des étudiants inscrits dans l’enseignement supérieur (2.136.103) (indicateur 6.1. des RRS). Cette année-là, 40.143 bacheliers sont entrés en 1ère année de prépa (indicateur 6.10. des RRS), soit 7,4% des 539.092 bacheliers 2009 (indicateur 8.6. des RRS) ou 4,8% des 830.000 jeunes âgés de 18 ans (indicateur 1.4. des RRS). Origine sociale des étudiants français inscrits en CPGE (indicateur 6.13 des RRS) : 6,3% ont un père « ouvrier » et 9,4% un « père employé » (le taux est sans doute un peu supérieur car 6,4% des inscrits déclarent un père « retraité » ou « inactif » et 3,2% n’ont pas déclaré la profession du chef de famille).

Tags: , , ,

Article du on Mardi, septembre 28th, 2010 at 9:57 dans la rubrique G. Divers. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

4 commentaires “30% de boursiers en CPGE. Faux !”

  1. Refonder le 1er cycle | Histoires d'universités dit:

    […] retour sur le débat Pécresse – Beaud. J’ai été stupéfié quand j’ai entendu Stéphane Beaud déclarer : […]

  2. Olivier dit:

    Valérie Pécresse s’apitoie sur le sort du ”jeune de banlieue qui a deux heures de trajet pour aller [en CPGE] en plein centre de Paris”. ”Ce jeune-là ne pourra pas étudier correctement (il y a environ 70 heures de travail par semaine en classe préparatoire)”.

    Que dire de l’étudiant de province qui étudie dans une université issue du Plan Universités 2000 dans une ville moyenne de 30 000 habitants ? Voici une petite liste non exhaustive à l’intention du Mme le Ministre (et des autres) :

    – pas de bibliothèque universitaire décente (avec des plages horaires qui empêchent les salariés étudiants ou les étudiants-salariés de pouvoir y travailler)….

    – des médiathèques municipales qui ne sont pas faites pour les étudiants (car ce n’est pas leur rôle),

    – pas ou peu de vie culturelle stimulante,

    – des librairies dans lesquelles les ouvrages scientifiques sont quasi absents (normal, il faut qu’elles survivent en appliquant la loi des 20/80 – on est donc loin d’avoir les grandes collections du PUF disponibles en rayon…)…

    La différence avec un jeune de banlieue parisienne qui étudie dans le supérieur ? Lui au moins, en une heure de RER, il peut bénéficier d’une vie culturelle plus que correcte et des bibliothèques ouvertes le soir pour pouvoir travailler…

    Encore une fois, cela en dit long sur le décalage qui existe entre nos décideurs et la réalité… Ce qui me conforte encore dans l’analyse que la seule préoccupation de Mme le Ministre et du Ministère est de sauver les seules grandes écoles…

  3. fff dit:

    Les données que vous citez sur les cpge n’incluent pas les cycles préparatoires ingénieurs… Beaud a raison si on les inclut

  4. pdubois dit:

    Vous avez raison de signaler l’existence de prépas intégrées. Pouvez-vous m’indiquer la source statistique que vous mobilisez pour ces prépas pour affirmer que Beaud a raison. Merci

Laisser un commentaire