PAP de la MIRES : cible d’insertion

Projets Annuels de Performances (PAP) du Projet de Loi de Finances (PLF) de la Mission Interministérielle Recherche et Enseignement Supérieur (MIRES). Le PLF MIRES pour 2011 est un épais document de 703 pages : cliquer ici. Depuis la LOLF, le budget de l’Etat se décline en missions, programmes au sein des missions. Chaque programme, éventuellement pluriannuel, fait l’objet d’objectifs stratégiques déclinés en actions, de moyens demandés (crédits d’engagement et de paiement), de projets annuels de performances. Pour vérifier que les objectifs sont atteints et que chaque euro alloué est dépensé à dessein, des indicateurs de performance sont créés.

L’indicateur de performance 1.2. pour l’objectif 1 du programme 150 du PLF de la MIRES est le taux d’insertion des diplômés trois ans après leur sortie de formation initiale (page 46). Pour les diplômés du supérieur, la cible d’insertion à atteindre, en 2011 comme en 2010, est de 82% de cadres et de professions intermédiaires (77% observés en 2007).

Le taux moyen de 82% se décline selon le niveau de diplôme et selon le type de discipline. Ainsi, la cible à atteindre est de 67% de cadres et professions intermédiaires pour les titulaires d’une licence, de 86% pour les titulaires d’un master, de 90% pour les titulaires d’un doctorat. Tous niveaux de diplôme supérieur confondus, la cible est de 71% de cadres et de professions intermédiaires pour les titulaires d’un diplôme du supérieur en lettres et sciences humaines, de 85% en droit, économie et gestion, de 89% en sciences et techniques.

D’où sortent ces niveaux attendus d’insertion ? « La valeur de l’indicateur résulte d’une observation triennale réalisée par le CEREQ dans le cadre des enquêtes Génération »… « Limites et biais connus. Cet indicateur est très dépendant de la conjoncture du marché du travail. D’autre part, il mesure la qualité de l’insertion en ne considérant que les emplois au niveau cadre ou profession intermédiaire, niveau de débouché présumé normal d’un diplômé LMD »… « Compte tenu du caractère triennal de cette enquête, l’indicateur n’est renseignable qu’une année sur 3 et la cible 2010 reprend simplement la réalisation antérieure 2007 seule disponible au moment de sa détermination ». « L’indicateur est en effet très sensible aux évolutions conjoncturelles du marché de l’emploi qui ne peuvent être correctement anticipées sur une durée triennale ». Ce commentaire fait sourire : l’indicateur de performance à atteindre n’est en fait qu’un indicateur de l’observation en 2007 de diplômés entrés sur le marché du travail en 2004 ! Le PLF pour 2011 n’a même pas pu mobiliser les données de l’enquête CEREQ Génération 2007, génération pourtant observée au printemps 2010 !

« J’ai déjà critiqué cet indicateur de performance (chronique “Insertion performante ?“ et « Performance : 86% ! « ) pour 4 raisons. 1. L’objectif de 86% est en progression de 4 points par rapport à l’observation de 2007 (diplômés de master 2004) : cette progression n’est nulle part argumentée. 2. 86% agrège “cadres et professions intermédiaires” : si les universités atteignent le taux global prescrit mais avec une progression du taux de professions intermédiaires et une diminution du taux de cadres, on ne pourra pas dire qu’elles ont amélioré leurs performances ! Regrouper “cadres et professions intermédiaires” masque d’éventuels déclassements d’une partie significative des diplômés de master. 3. Le taux peut avoir effectivement progressé pour les diplômés 2007 par rapport aux diplômés 2004 ; mais qu’en sera-t-il pour les diplômés 2008 et 2009, les diplômés de la crise ? 4. 86% est un taux moyen. Le taux obtenu par chaque université dépend de la situation du marché du travail régional, de l’offre de formation, des caractéristiques de la population inscrite en master. Pour comparer la performance de deux universités en matière d’insertion des masters, il faut raisonner “toutes choses étant égales par ailleurs” : il semble que ce n’est plus prévu pour l’enquête Masters 2007, alors que ça l’était à l’origine ».

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Article du on Mardi, octobre 12th, 2010 at 7:45 dans la rubrique G. Divers. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

2 commentaires “PAP de la MIRES : cible d’insertion”

  1. Masters 2007. Combien de cadres ? | Histoires d'universités dit:

    […] des chroniques “Masters 2007 : chômage en hausse” et “PAP de la MIRES : cible d’insertion“. Les universités atteignent-elles la cible d’insertion définie par le PAP de la […]

  2. Performance de l’insertion. Non, Valérie ! | Histoires d'universités dit:

    […] ministre devrait quand même connaître le PAP de la MIRES pour 2010 et 2011 (chronique : “PAP de la MIRES : cible d’insertion“). Le taux de chômage n’est pas retenu comme indicateur de performance des […]

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