Résultats de la 1ère enquête nationale sur les diplômés de master. Critique du Palmarès publié par le Figaro Magazine : “Insertion. Non et non, Valérie !“. Demande d’un moratoire avant de lancer l’enquête sur les diplômés de master 2008 : “Insertion. exiger un moratoire“.
Dans des chroniques antérieures, résultats de l’enquête pour les universités de Lyon 1 (ici), Marne-la-Vallée (ici), Paris Nord 13 (ici), Paris Sud 11 (ici), Rennes 1 (ici). Proportion de cadres parmi les diplômés de master dans les universités de Cergy-Pontoise, Grenoble 1, Lille 1, Lille 3, Limoges, Lyon 3, Strasbourg (ici).
Dans la chronique d’aujourd’hui : deux université de plus. Résultats de l’enquête pour les universités de Metz et de Pierre et Marie Curie (Paris 6). Les résultats bruts ne peuvent être comparés car… 1. Différences quant aux disciplines représentées dans l’établissement : toutes les disciplines sauf les sciences de la santé à Metz, uniquement sciences et technologies à Paris 6. 2. Quant au nombre de mentions et de spécialités : 20 mentions à Metz, 10 mentions à l’UPMC ; l’enquête de Metz sépare “masters professionnels” et “masters recherche” ; ce n’est pas le cas pour Paris 6. 3. Quant au nombre de diplômés : 652 à Metz, 1.739 à l’UPMV. 4. Quant au nombre de diplômés pris en compte : les diplômés français et étrangers âgés de moins de 28 ans et inscrits en formation initiale à Metz ; pas d’information donnée par l’UPMC. 5. Quant au taux de réponses : 80% à Metz, 37% seulement pour l’UPMC. 6. Quant aux calendriers : enquêtes à 6, 18 et 30 mois à Metz, enquête à 18 mois à l’UPMC (cette université n’a pas fait l’enquête Dgesip à 30 mois). 7. Quant à la construction même des indicateurs : le calcul du taux de chômage doit exclure les poursuites d’études et les inactivités ; ce n’est pas fait à l’UPMC. 8. Quant à l’agrégation de données : fusion des cohortes de diplômés 2006 et 2007 à Metz.
Université Paul Verlaine (Metz). L’observatoire des études et de l’insertion professionnelle (site) a commencé à mener des enquêtes à partir des diplômés de 2006 ; l’OEIP a donc participé à l’enquête DGESIP. Les diplômés de masters obtenus en 2007 ont été enquêté 3 fois : à 6, 18 et 30 mois après l’obtention du diplôme. C’est là un point particulièrement fort de l’observatoire, d’autant que celui-ci enquête aussi le devenir des diplômés de licence (générale et professionnelle), de master (M1 et M2, professionnel et recherche) et que les résultats du devenir des licences et des masters professionnels sont exposés dans un seul document fort bien présenté (ici). Pour les diplômés de Master professionnel sont publiées à ce jour les situations à 6 et à 18 mois (celles à 30 mois - enquête DGESIP - devraient l’être prochainement), pour chacun des 4 grands domaines (Lettres et langues, Droit, économie et gestion, Sciences humaines et sociales, Sciences et technologies).
Metz. Les résultats observés, 18 mois après l’obtention du diplôme et pour l’ensemble des diplômés, sont proches des moyennes nationales pour ce qui est du taux d’emploi, du taux de cadres, du taux de contrats stables et du salaire mensuel net. Ces résultats souffrent cependant de l’agrégation de deux cohortes (2006 et 2007) : évolution des taux d’une année sur l’autre ? Ce sont les diplômés du domaine ”sciences humaines, arts et culture” qui connaissent le moins bon devenir professionnel : davantage de diplômés sans emploi, en contrat précaire, à temps partiel, avec un salaire plus faible, en emploi localisé en région ; mais ils déclarent, davantage que les diplômés en civilisations et langues, que leur emploi correspond à leur niveau de formation et à leur spécialité de formation.
Spécificité due à la situation géographique de Metz : 32% des diplômés travaillent en Lorraine et 24% au Luxembourg (35% en France hors Lorraine, 9% à l’étranger hors Luxembourg). Un autre point fort de l’Observatoire : il publie les résultats par mention et spécialité de master. Un exemple de fiche “emploi”, celle pour la mention “psychologie” (deux spécialités) : cliquer ici ; y figure la liste des fonctions occupées ; c’est un début dans la direction de vrais répertoires d’emplois occupés.
Quel pilotage possible de l’offre de formation à partir des résultats des enquêtes d’insertion ? L’université de Metz pourrait se poser une première question : le moins bon devenir des diplômés de master en sciences humaines et sociales est-il confirmé toutes choses étant égales par ailleurs ? Si oui, l’université pourrait s’interroger sur l’opportunité de modifier son offre de formation.
Université Pierre et Marie Curie (site UPMC Pro) “L’insertion des diplômés 2007 d’un master de l’UPMC” (document de 78 pages). Les données de ce rapport n’ont aucune validité statistique parce que le taux de réponses à l’enquête est très faible (37%). Combien de diplômés de master en emploi et au chômage ont répondu à l’enquête ? Quelques chiffres : 2.250 inscrits en M2, 1.739 diplômés, 631 répondants à l’enquête ; parmi eux, 332 sont en poursuites d’étude au moment de l’enquête, 266 sont en emploi et 33 sont sans emploi et à la recherche d’un emploi. Les auteurs du rapport ignorent comment on calcule un taux de chômage ! Ils rapportent en effet le nombre de sans emploi (33) au nombre de répondants (631) ; ils obtiennent ainsi un taux de “demandeurs d’emploi” de 5,23% (page 10) ; la répétition de ce taux faible - mais faux - dans la conclusion peut être assimilé à de la “publicité mensongère”. Le taux de chômage, calculé selon la norme internationale, est en fait : 33/33+266 = 11%, ce qui serait un taux élevé pour les disciplines scientifiques.
Les auteurs du rapport, contrairement aux pratiques des autres observatoires, calculent les salaires en net annuel : ceux des diplômés de master 2007 auraient diminué par rapport à ceux des diplômés des deux années précédentes. Des inquiétudes sur la valeur dû diplôme : 38% des diplômés en emploi estiment que leur emploi correspond à leur formation de master, 27% estiment qu’ils auraient pu occuper leur emploi sans avoir obtenu leur master, 35% disent que leur emploi a nécessité ou nécessiterait une formation complémentaire (page 17). Dans la deuxième partie du rapport, les 10 masters sont comparés sur une dizaine d’indicateurs : jolie présentation graphique et différences de performance d’insertion d’un master à l’autre, différences cependant non validées à cause du taux de réponses.
L’UPMC possède un atout : déjà trois enquêtes sur le devenir professionnel des diplômés de master mais elle ne peut politiquement rien décider en matière d’offre de formation car le taux de réponses est trop faible ; il lui faut trouver en urgence les moyens de le faire progresser (passer par des enquêtes téléphoniques). UPMC Pro se sert en fait des enquêtes d’insertion pour mobiliser les diplômés récents pour animer la communauté professionnelle et universitaire, pour dynamiser les interactions entre l’université, ses partenaires (3.150 entreprises référencées), son réseau d’anciens. Chaque diplômé peut créer son profil (formation, compétences, langues, expérience professionnelle, vie associative…) et le modifier. Chaque membre d’UPMC Pro peut proposer ou consulter en ligne une offre d’emploi, de stage, de contrat en alternance.
Efficacité d’UPMC Pro ? C’est à l’université de publier un bilan. Difficile à dire de ma part car la base d’offres utilise aussi les ressources d’autres sites de mise en relation des offres et des demandes (APEC, Monster…). Difficile également de rechercher et trouver un diplômé de l’UPMC dans la base (le service de la communication m’a fort gentiment attribué un mot de passe). Indice d’une activité qui doit encore progresser : “1.495 connexions au site le mois dernier, 118 mises à jour de profil”.
Je demeure sceptique. UPMC Pro ne peut devenir un intermédiaire de l’emploi pour les diplômés de Pierre et Marie Curie. Aucune entreprise ne confiera l’exclusivité de ses offres d’emploi à une seule université. UPMC Pro n’apparaît pas clairement par ailleurs comme un réseau d’anciens, mais comme un site piloté par l’université. UPMC Pro ne pourra jamais atteindre la dimension d’ AlmaLaurea qui a démarré il y a plus de 10 ans avec les mêmes objectifs : conjuguer enquêtes annuelles d’insertion et bases de données de CV consultables par les employeurs (près d’1,5 million de CV en ligne). AlmaLaurea est un consortium de plus de 60 universités italiennes (plus de 70% des diplômés de la Péninsule). Dans un proche avenir, UPMC Pro se devrait au moins d’intégrer les diplômés de Paris 2 et de Paris 4, dans le cadre du PRES Sorbonne Universités (chronique de ce blog).





