Promotion profilée au fil de l’eau

Source de la chronique : GoogleGroup des sociologues de l’enseignement supérieur. Encore une histoire de sociologues. Hélas ! Il y a eu, l’an dernier, l’histoire des auto-promotions au sein de la 19ème section du Conseil national des universités, la démission de 2/3 des membres de la section qui s’en est ensuivie, leur remplacement par des collègues cooptés, ce qui a rendu la section 19 illégitime (cliquer ici). Ce qui a permis à Michel Maffesoli de publier une sottie immonde « Notes sur la grippe cochonne » (cliquer ici). Il y a eu aussi l’affaire de Strasbourg, celles des deux postes de sociologie mis au concours et pour lesquels les propositions des comités de sélection ont été annulées par le CA de l’université (cliquer ici). Il y a maintenant une affaire de Grenoble. Il ne manquerait plus qu’il y ait bientôt une affaire de sociologue plagiaire. La sociologie, à force d’évènements de ce type, se décrédibilise chaque jour qui passe. Chronique d’une mort annoncée ?

Sept sociologues de Pierre Mendès France (UPMF Grenoble) contestent, dans une lettre adressée le 18 novembre 2010 au Président de leur université, Alain Spalanzani (photo ci-contre), la publication, « au fil de l’eau », d’un poste de professeur en Socio-Anthropologie de la Culture (annonce du recrutement sur le site UPMF). J’ai déjà publié sur ce blog une chronique critique sur les concours dits « au fil de l’eau ».

La contestation des collègues de Grenoble s’appuie sur trois points1. « La définition du poste mis au concours n’a fait l’objet d’aucune discussion collective au sein du département de sociologie ni a fortiori dans le périmètre plus large de l’université ». 2. « Les enseignants-chercheurs n’ont même pas été informés de la publication du poste. Aucune allusion n’y a été faite lors de notre réunion [du 20 octobre], ni par vous-même, ni par le directeur du département de sociologie, ni par le directeur du laboratoire EMC2« . 3. « L’intitulé du poste « socio-anthropologie de la culture » est défini d’une manière beaucoup plus restrictive dans le profil détaillé (cliquer ici). Nous lisons que le candidat devra être un spécialiste de « socio-anthropologie du travail et des religions » (sic), un spécialiste de sociologie urbaine, ville, territoire, environnement », des « identités et du symbolique » et des « méthodes qualitatives ». Le candidat devra en outre avoir exprimé « sa maîtrise des méthodes en sciences sociales sur des terrains exotiques (p.2). Il n’existe, à notre connaissance, aucun candidat susceptible d’avoir un profil aussi éclectique, sinon l’actuel directeur du département lui-même« .

Le nom du directeur du département de sociologie figure plus bas dans la lettre des contestataires : il s’agit de Serge Dufoulon. Le CV de celui-ci figure en ligne sur le site du département : cliquer ici. Les disciplines enseignées par Serge Dufoulon et ses thèmes de recherche correspondent presque exactement au profil du poste ouvert au recrutement. Il faut lire et comparer les deux documents pour le croire. Comment peut-on oser, sans vergogne, ouvrir un concours ad hominem ? Comment peut-on organiser une promotion locale au grade de professeur en bidonnant un concours de la fonction publique ?

Les sept signataires de la lettre au président Spalanzani lui demandent de « suspendre le concours, le temps qu’un profil soit redéfini dans le respect de la collégialité et de l’esprit d’ouverture soutenus par la présidence lors de la réunion du 20 octobre 2010″. Les candidatures au concours sont closes depuis hier : les sociologues de Grenoble sauront donc rapidement si Serge Dufoulon a déposé un dossier. Imaginons que le président ne suspende pas le concours, que soit organisé le comité de sélection, que ce comité propose Serge Dufoulon au recrutement, et que le CA avalise cette décision sans qu’Alain Spalanzani n’use de son pouvoir de veto. S’opposerait-il d’ailleurs au recrutement puisqu’il a déjà couvert la première partie de la procédure en laissant afficher un profil ad hominem ? Je ne peux croire quand même qu’un spécialiste de la gestion d’entreprise commette un acte aussi évidemment illégal en matière de recrutement dans la fonction publique.

Président Spalanzani, suspendez le concours et faites redéfinir le profil du poste pour offrir des chances égales à un plus grand nombre de candidats de qualité ! Ne prenez pas le risque d’être qualifié, par les personnels de votre université et par vos collègues présidents, de copinage, de clientélisme, de localisme, d’autoritarisme, ou encore d’irresponsabilité. Il y a mieux à faire pour vous : réussir la fusion des universités de Grenoble.

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Article du on Samedi, novembre 20th, 2010 at 20:29 dans la rubrique A. S'indigner, C. Rhône-Alpes, Auvergne. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

5 commentaires “Promotion profilée au fil de l’eau”

  1. pdubois dit:

    Marianne, je suis désolé. Au lieu d’approuver votre commentaire fort pertinent sur la légitimité de promouvoir comme professeur des maîtres de conférences qui se sont beaucoup investis dans l’université et qui ne peuvent être mobiles pour différentes raisons, je l’ai par mégarde supprimé. Si vous avez le temps, pouvez-vous remettre votre commentaire en ligne. Je vous présente mes excuses.

  2. Marianne dit:

    Pas de probleme! En fait, je rappelais qu’il existe une possibilité de promotion tout a fait transparente pour les maitres de conférences : le concours 26 2 ou 26 3 réservant des postes de professeurs à des maitres de conférences de plus de dix années d’ancienneté. Cette possibilité est beaucoup utilisée en mathématiques ou il n’y a quasiment pas de recrutement local et ou certains candidats ne sont parfois pas mobiles (raisons familialles ou autres).
    C’est légal et il me semble beaucoup plus honnete. cela permet de récompenser des gens qui s’investissent dans le fonctionnement de l’université mais aussi des gens dont les thématiques de recherche sont par exemple trop pointues. Pourquoi cette possiblité n’a t-elle pas été utilisée dans ce cas?

  3. Joseph dit:

    Que faut-il penser de la situation suivante : X est un enseignant-chercheur ou chercheur très réputé, que l’université U souhaite fortement recruter. Problème : madame est aussi enseignante-chercheuse, elle a un dossier raisonnable mais assez ordinaire. Ils ne viendront bien sûr qu’en couple. Le recrutement du couple est sûrement un optimum global pour l’université, mais n’est pas formé de deux recrutements individuellement optimaux. Dérive peu républicaine ou intérêt bien compris de l’université qui recrute ?

  4. Dubois dit:

    Situation fort intéressante : il existe en effet des couples d’enseignants-chercheurs, couples de tout statut matrimonial ; les deux conjoints appartiennent ou non à la même discipline. Combien de couples ? Aucune idée car aucune donnée statistique ou qualitative. Mais chacune et chacun en connaît.

    Plusieurs histoires et trajectoires peuvent mener à ces couples. 1. Deux étudiants de la même université font une thèse, sont recrutés, et même promus. L’amour et l’union peuvent poindre à tel ou tel moment de cette trajectoire. On épouse dans le même mileu et à proximité : c’est bien connu (Girard, le choix du conjoint).

    2. Le rapprochement de conjoints. Lui ou elle sont enseignants-chercheurs mais dans deux universités différentes et éloignées : c’est dû à leur histoire et aux recrutements : on prend un poste où il y en a. Les longs déplacements coûtent en fatigue et en finances : il faut se rapprocher et l’un d’eux demande et obtient sa mutation ; il se peut que ça soit dans la même université.

    3. Le cas que signale Joseph est différent, puisqu’il procède d’une négociation : « je vous veux », « j’ai une femme », « on prend aussi votre femme ! ». Ce type de négociation devrait se développer dans les universités autonomes. Mais selon quelles règles ? Il n’existe pas de « droits » au rapprochement de conjoints dans l’enseignement supérieur.

    L’université ne peut ouvrir évidemment deux postes au concours de recrutement, deux postes avec profil ad hoc. Ce serait pratiquer du népotisme dans son état pur ! Il ne peut donc y avoir qu’un seul poste de fonctionnaire mis au concours. Mais en dehors de cela, l’université peut aujourd’hui faire ce qu’elle veut : recruter sur contrat de droit privé ou recruter sur contrat de professeur associé. J’ai connu de forts beaux cas de ce genre dans ma vie professionnelle passée.

    Enfin, il faut envisager un autre cas de couples : un ou une enseignant-chercheur et un ou une BIATOSS (« on épouse à proximité »). Dans ce cas, le couple peut se reformer plus facilement en cas de mutation de l’enseignant-chercheur. La mutation du BIATOSS est en principe plus facile. Encore que !

  5. Gildas L., sociologue, MCF dit:

    Il y a aussi des cas où des carrières parallèles de conjoints existent sans pour autant que les intéressés aient bénéficié de quelconques passe droits dérogatoires en matière de rapprochement. Il y en a d’autres, mais tel est le cas de ma propre soeur et de son conjoint. Il se sont rencontré en première année de sciences (physiologie humaine et animale) et ne se sont jamais lâchés depuis. Travaillant sur les mêmes objets, ils forment à eux deux une petite entreprise scientifique particulièrement « rentable » et « efficace » (scientifiquement, s’entend !). Passés successivement par Bordeaux puis Nice, ils sont tout deux revenus dans un laboratoire de leur université de formation. Elle est DR à l’INSERM, lui PR 1 à la Faculté des sciences… Bref, une raison de plus pour conserver les grands organismes de recherche et les Unités mixtes qui, en l’espèce, portent bien leur nom. Les MCF et PR occupent des postes dont les universités sont « propriétaires ». A l’inverse, les CR et DR de l’INSERM, du CNRS… sont « propriétaires » de leurs postes. Ils sont donc mobiles géographiquement et peuvent ainsi assez facilement « suivre » un conjoint universitaire !

    GL

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