Sorbonne Abu Dhabi. L’incertain

Un article du Canard enchaîné du 11 août 2010 m’a incité à publier la chronique : “Sorbonne Abu Dhabi déserte” (cliquer ici). Je m’interrogeais alors sur le rôle, a priori paradoxal, de Michel Fichant : membre du Conseil de direction de Sorbonne Abu Dhabi, pourquoi livrait-il au Canard des informations fort critiques sur le fonctionnement de l’établissement émirien ? Quelque chose “ne marchait pas” dans cet article polémique !

Michel Fichant m’a transmis une mise au point qui explique comment il s’est fait piéger par l’entretien téléphonique avec le journaliste du Canard. J’ai attendu, pour publier cette note sur ce blog (cliquer ici), d’avoir rencontré ce collègue. C’est chose faite depuis la semaine dernière : la photo prise à Strasbourg en témoigne. Le professeur de philosophie est en retraite depuis septembre 2010 : bienvenue au club, cher collègue ! 

Michel Fichant m’a expliqué pourquoi il a été amené à s’investir dans la Sorbonne Abu Dhabi et à s’y investir encore. En 2008, il a été un des artisans de la victoire de Georges Molinié (chronique de ce blog) à l’élection à la présidence de Paris 4 Sorbonne et, du fait même, de la défaite de Jean-Robert Pitte, président de cette université au moment de la création de la Sorbonne émirienne en 2006. Georges Molinié a alors demandé à Michel Fichant de porter le dossier d’Abu Dhabi. Il a accepté. 

Dans sa mise au point, Michel Fichant revient sur deux de ses soit-disant déclarations (phrases mises entre guillemets dans l’article du Canard). 1. “L’incidence du petit nombre des étudiants dans certaines filières sur les conditions dans lesquelles ils sont évalués pour pouvoir accéder à l’année supérieure“. J’assume ce témoignage pour le passé encore récent, tout en observant que les conditions dans lesquelles les examens se sont déroulés en 2010 ont visiblement apporté un correctif à un travers qui a existé”.

2. “La deuxième phrase qualifie la création de Paris Sorbonne Abu Dhabi de “mission bling-bling sans réflexion ni prévisions”. Je récuse l’emploi du terme “bling-bling” qui n’appartient pas à mon vocabulaire, mais je maintiens, après l’avoir déjà dit à de nombreuses reprises dans d’autres contextes, qu’une grande partie des difficultés rencontrées par Paris-Sorbonne Abu Dhabi au cours de ses premières années d’existence ont été dues à une préparation trop brusquée et à l’absence d’une discussion préalable suffisamment approfondie sur les objectifs de l’entreprise et l’incidence à terme des moyens à mettre en oeuvre”.

Dans sa note, Michel Fichant écrit également. “J’ai soutenu le projet Abu-Dhabi dans son principe pour au moins trois raisons : la contribution à la cause de la francophonie, le développement, dans un contexte géopolitique crucial, de ce qu’on appelait, naguères encore la politique arabe de la France, la valorisation à l’étranger de ce qu’a de meilleur le modèle universitaire français”.

Et Sorbonne Abu Dhabi demain ? Michel Fichant, lors de l’entretien à Strasbourg, me fait comprendre que le dossier est éminemment politique, en ce sens qu’il est un petit morceau d’un ensemble de négociations avec les Emirats Arabes Unis au plus haut niveau politique : implantation d’une base navale française (cliquer ici), Louvre Abu Dhabi (cliquer ici), vente de réacteurs nucléaires,… et Sorbonne. L’échec cuisant de la vente de centrales nucléaires fin 2009 (cliquer ici) est infiniment plus important que les petites vicissitudes de la Sorbonne : que représentent les 300.000 euros environ que perçoit Paris 4 sur les droits d’inscription perçus à Abu Dhabi par rapport aux 20 milliards que représentait le contrat de vente de 4 EPR ?

L’avenir de la Sorbonne dans le désert des Emirats est donc incertain. Mais des projets de développement existent et ils sont plutôt convaincants. 1. Extension de l’offre de formation aux formations scientifiques : pilotées par Paris 6 Pierre et Marie Curie, elles seraient prises en charge par des enseignants contractuels recrutés sur le marché international ; l’enseignement se ferait en anglais ; c’est assez cocasse quand on sit que Jean-Charles Pomerol, président de Paris 6, est président de l’Université numérique francophone des sciences, de la santé et du sport( dossier d’EducPros).

2. Pour des raisons pédagogiques (et non financières), arrêt des missions de courte durée (2 semaines d’enseignement environ) et remplacement par des missions annuelles. Des jeunes couples d’enseignants-chercheurs sont d’ailleurs intéressés (l’expatriation temporaire permet de constituer un capital mobilisable dans l’achat d’un bien immobilier en France).

Et pour terminer, retour sur l’article du Canard enchaîné. Les journaux ont une rubrique “courrier des lecteurs“. La mise au point de Michel Fichant ne pouvait, vu sa longueur et les précisions qu’elle apporte, ne pouvait y figurer. Et c’est là que les blogs démontrent deux de points forts par rapport aux journaux. Des liens hypertextes mettent en relation les différents documents. Toute chronique peut être rectifiée ou actualisée à la demande de celle ou celui qui est à l’origine de l’information. J’ai d’ailleurs proposé à Michel Fichant d’écrire, pour ce blog l’histoire de Sorbonne Abu Dhabi : n’a-t-il pas un peu de temps puisqu’il est désormais en retraite ! 

 

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Article du on Mercredi, décembre 1st, 2010 at 16:51 dans la rubrique Parcours de formation. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

6 commentaires “Sorbonne Abu Dhabi. L’incertain”

  1. kondua dit:

    En tant qu’ancienne étudiante de la Sorbonne Abu Dhabi et ayant toujours des contacts là bas, je peux vous assurer que le niveau n’a pas augmenté dans la plupart des filières.

    Ce à quoi j’ai assisté sur place est inadmissible et j’ai été profondément choquée des pratiques des élèves sous l’approbation des professeurs et du personnel administratif en général.

    Aujourd’hui les étudiants “diplômés” de la Sorbonne Abu Dhabi se retrouvent en France. Ils parlent toujours mal le français et sont en échec dans leur nouveau cursus. Ce n’est pas leur rendre service. Ceci descrédite également le nom “Sorbonne” et déçois nombre d’étudiants et de professeurs.

  2. nuio dit:

    moi aussi j’ai fait abu dhabi, mais je peux effectivement vous dire tout le contraire de ce qu’avancent certains propos. j’ai ete extremement frappe par le faible niveau de certains etudiants francais et etrangers qui ont passe leur cycle universitaire en france. ils sont parfois d’une mediocrite criarde. Et on n’oublie certainement pas les dessous des evaluations dans les facs francaises, en permanence denoncee par les syndicats etudiants. les meilleurs etudiants d’abu dhabi rivalisent voire depassent les bons etudiants francais ou etrangers grace en grande partie a la bonne qualite de la formation et surtout la proximite avec le prof. alors on peut effectivement s’insurger contre certaines defaillances administratives, academiques, c’est profondemment normal, maid de la a carrement occulter la sombre face de la fac francaise, l’enorme defaut de niveau de ses etudiants, a tout jetter en pature c’est d’une subjectivite monstrueuse…monstrueuse parce qu’on aura tout simplement oublie que la degradation de la qualite des etudiants est chose universelle. Il est toujours facile de porter le costume du critique, c’est assez flagrant de constater ce double langage de certains, ils se delectent a abu dhabi, vous dit que tout est mieux labas et font un revirement a 180 degre deux jours apres, tout est pretexte a la critique, fut-elle la plus incongrue possible, et ce fut ca la France, un enorme mythe qui donne envie quand on est ailleurs, une enorme deception quand on est dedans…

  3. Renouard de Vallière dit:

    Actu / News

    http://www.sub-yu.fr/actualites,7-17-0.html

    Un autodidacte à l’origine de la Sorbonne d’Abu Dhabi

    http://www.sub-yu.fr/index-7.php?id_a=553

    A self-made man behind the Sorbonne-Abu Dhabi

    http://www.sub-yu.fr/index-7.php?id_a=554

    Pascal Renouard de Vallière
    Conseiller en Relations-Internationales
    http://www.relations-internationales.org

  4. marc dit:

    Tiens, on offre des ponts d’or pour aller passer un an aux EAU, pour se constituer de quoi acheter une belle maison au retour. Peut-on en faire autant pour que des profs de collège expérimentés aillent passer 2 ans en banlieue difficile ?

  5. Dubois dit:

    @Marc. J’apprécie à la fois votre humour et votre proposition !

  6. Douaire-Banny dit:

    Cher Monsieur Dubois,

    si l’article du Canard Enchaîné méritait en effet une réponse publique (ainsi que le Conseil d’Administration de Paris-Sorbonne l’a officiellement demandé, en exprimant par communiqué de presse “un désaveu explicite aux positions exprimées dans cet article”), et si bien sûr il appartenait en premier lieu à Michel Fichant de rectifier ce qui devait l’être, il me semble, pour avoir été pendant 4 ans l’une des expatriées de la Sorbonne à Abou Dhabi, qu’il y aurait bien d’autres choses à dire sur le sujet : l’extrême motivation des étudiants, leur ouverture d’esprit, la grande disponibilité des enseignants, la chance qui nous est donnée de nous ouvrir davantage au monde arabe dans le même mouvement qu’il nous accueille…

    Michel Fichant dit avoir soutenir le principe de la Sorbonne Abou Dhabi pour sa contribution à la francophonie, je me réjouis de le lire ; et m’étonne lorsque le même texte annonce l’ouverture de nouvelles filières… en anglais. New York University, présente elle aussi à Abou Dhabi, se réjouit de voir les Français enseigner en anglais, avec évidemment des bibliographies et outils pédagogiques également en anglais. C’est sans doute la marque de “ce qu’a de meilleur le modèle universitaire français”.

    Je ne doute pas de l’intérêt des mémoires de M. Fichant et du charme de son récit de sa Sorbonne Abou Dhabi, que j’ai hâte de lire ; je ne doute pas non plus que d’autres récits viendront prochainement apporter leur pierre à l’édifice, complexe, de cette aventure.

    PS:
    les Emiriens (qui financent l’intégralité de cette université à Abou Dhabi) pourraient peut-être accepter la proposition de “Marc” ; mais sommes-nous prêts à ce que notre Education Nationale soit financée ainsi ?

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