Copier / coller sans guillemets (2)

Les « copiés-collés sans guillemets » d’Ali Aït Abdelmalek deviennent une « affaire » : chronique du 2 décembre 2010 apportant les preuves : cliquer ici et photo de la couverture du livre ci-contre. Toutes les chroniques du blog sur le plagiat : cliquer sur le TAG.

Ce pourrait même devenir un « cas d’école »1. Première étape conduisant dans cette voie : l’attention portée par une spécialiste internationale, Michelle Bergadaà, professeur de communication et de marketing à l’université de Genève et auteur du site coopératif : « Internet : fraude et déontologie selon les acteurs universitaires » (cliquer ici). Celle-ci fait part du cas dans sa Lettre n°37 du 6 décembre 2010 (cliquer ici).

2. Sous la forme d’une enquête à la Columbo, la professeur de Genève met le cas à la question. Elle invite chacune et chacun est à répondre à 6 questions : « Que pensez-vous du procédé consistant à reprendre des pages entières d’un autre auteur sans jamais mettre de guillemets » ?  « Pensez-vous que Edgar Morin aurait raison d’accepter que ses écrits se diffusent de cette manière ? Est-ce que cet argument absout de la qualification de « plagiat » ?…

3. Cas d’école en construction : des parties prenantes montent au créneau. Ali Aït Abdelmalek, prévenu de la publication de ce blog, répond (commentaire 8 dans la chronique précédente) : « c’est Edgar Morin qui m’a demandé d’enlever les guillemets » (photo de la couverture du livre ci-contre). Intervention du directeur de la collection dans laquelle a été publié le livre (commentaire 3) ; Philippe Labbé défend un ami de 20 ans : « il n’est ni un tricheur, ni un menteur ». Alain Quemin, professeur de sociologie (commentaire 4), remet, avec raison, au coeur du cas, la question de l’éthique intellectuelle.

4. Cas d’école encore loin d’être achevé. Pour l’instant, Edgar Morin ne s’est pas prononcé : a-t-il demandé au professeur de sociologie de Rennes d’enlever les guillemets ?

Il ne servirait à rien cependant de faire du copier-colleur une « victime expiatoire ». Alors, la question essentielle est donc : « Pourquoi en est-on arrivé là dans la sociologie » ?

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Article du on Lundi, décembre 6th, 2010 at 14:01 dans la rubrique A. S'indigner, C. Bretagne, Normandie. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

5 commentaires “Copier / coller sans guillemets (2)”

  1. EluCNU dit:

    Les sociologues qui dénoncent des pratiques qui ailleurs (en Suisse par exemple) sont considérées comme des « infractions académiques » sanctionnables ont bien raison de le faire. La communauté savante ne peut continuer à magnifier « l’international » sans en même temps se soumettre aux règles strictes et justes ailleurs en vigueur.
    Ceux qui critiquent les dénonciateurs en se demandant si les sociologues qui dénoncent n’ont pas autre chose à faire (par exemple leur « donner leur avis sur la place des jeunes dans la société », ce qui, au passage, n’a rien à voir avec la pratique d’un sociologue !) devraient réfléchir à deux fois avant de condamner moralement les auteurs de condamnations/dénonciations. Je m’explique :
    En droit, le « plagiat » (le « copier-coller » sans guillemets, par exemple) n’existe pas. C’est une notion de sens commun qui a pour avantage sa sonorité poétique : dans plagiat, il y a « plage », mer, vagues et sable fin ! Bref, c’est là une expression finalement sympa, tellement sympa qu’il n’y aurait pas péril en la demeure à se plagier mutuellement entre « amis » de la même corporation professionnelle. Par contre, ce que la justice connaît en la matière, c’est la « contrefaçon » (comme pour les sacs Hermès et les parfums Cartier !) caractérisée en matière intellectuelle et scientifique par le « vol d’idées ».
    J’ose à présent un parallèle :
    Imaginons que je sois un garçon assez pauvre mesurant 1 m 98 et que je me rende chez ma voisine, une riche veuve de 85 ans, pour lui voler ses économies sous ses yeux. Tous les autres voisins sont aussitôt mis au courant et crient au scandale, forcément ! Mais ma petite vieille de voisine ne porte pas plainte… Elle m’aime bien, sait que je suis pauvre, et ne veut pas me causer d’ennui. Moralité : à suivre l’argumentation de Philippe Labbé et d’AAA il n’y aurait évidemment pas eu vol en l’espèce !
    Mais que ferait en ce cas le procureur de la République mis au courant par les autres voisins : il me poursuivrait pour vol, voire agression sur personne vulnérable, et j’irai directement en taule au motif de la nécessaire protection de ma voisine contre le risque de réitération !
    L’histoire des relations entre AAA et EM est tout à fait du même tonneau :
    Un petit porteur de capital intellectuel fait un livre sur un plus grand porteur de crédit intellectuel (on ne saurait vraiment dire « scientifique ») en espérant s’enrichir lui même grâce au vol des idées de celui qu’il a contrefait par absence de guillemets et de citation. L’auteur « plagié », grand humaniste, c’est bien connu, ne va pas se mettre à dénoncer le « pauvre » qui, lui ayant piqué ses économies intellectuelles, n’a finalement pas fait autre chose que de tenter de sortir de la misère qui est la sienne. On peut le comprendre… Pourtant, le vol d’idées a bel et bien eu lieu !
    Bref, ceci pour dire que le fait que le « plagié » (le « contrefait ») ne s’en plaigne pas ne vaut absolument pas absolution du plagiaire (du « contrefacteur », soit du « voleur » d’idées) et la faute reste consommée. Sauf, bien sûr, à admettre sur le plan moral et philosophique que la justice n’aurait pas à poursuivre sur son initiative propre un individu qui tabasserait régulièrement une épouse ne portant jamais plainte !
    Ce dernier exemple n’est pas anodin car il renvoie directement à la situation d’un étudiant de doctorat qui, pour son tout premier article dans une revue classée, se voit imposé le nom de son directeur de thèse comme co-auteur alors que celui-ci n’a aucunement participé au travail de terrain et d’écriture (il a juste dirigé la thèse, ce pourquoi il est déjà payé !). Sauf à prendre le risque de se « griller » dans son laboratoire, voire celui de ne pouvoir « faire carrière », le doctorant qui se fait voler son travail d’enquête et ses idées par son directeur de thèse n’a finalement pas d’autre choix que de se taire et de laisser faire, à la manière de la femme battue craignant les foudres de son mari violent ! Mais en matière intellectuelle, chers dénonciateurs de la dénonciation, il n’y a pas de procureurs en l’absence de plainte explicite du plagié, de celui qui s’est fait voler ses idées d’une manière ou d’une autre. Et inutile de préciser que c’est tant mieux… Manquerait plus que ça ! Aussi, c’est à la communauté des pairs et seulement à elle de réguler la pratique scientifique. Il lui appartient donc comme une sorte de devoir sacré de signaler à toutes et tous les agissements des collègues qui, pour une question de grade, de prime d’excellence scientifique, de prestige ou de pouvoir, en viennent à «voler» leurs collègues et leurs étudiants, s’asseyant ainsi sur les principes déontologiques majeurs de toute profession scientifique (ironie : certains des mis en cause affectent pourtant de travailler en sociologue sur le thème de « l’éthique » !).
    Les arguments affectifs n’ont donc ici pas leur place (« je le connais depuis… et il est…, etc. ») et j’espère que cette courte argumentation pourra faire changer d’avis à ceux qui, assez éloignés de la pratique scientifique en sociologie, n’ont pas les moyens d’apercevoir clairement tout ce qui est en jeu dans le recopiage sans guillemets et ses diverses variantes. Il ne s’agit pas de simples petites querelles entre amis. Et si la communauté laisse faire, par le jeu des nominations ministérielles et des élections/cooptation, se sont à terme les « faussaires » qui gagneront la partie ! Les économistes nous ont appris ça : la fausse monnaie chasse toujours la bonne. Attention, donc, aux arguments à courte vue portés à condamner ceux qui prennent clairement un risque pour leur carrière en dénonçant les «voleurs» et les «faussaires».
    Petite remarque pour finir: il est singulier de constater que M. AAA exerce dans un laboratoire de l’Université de Rennes 2 dans lequel il semble de coutume, pour plusieurs de ses collègues, de cosigner systématiquement (ou à peu près) les publications. Y compris en ajoutant en nombre de cas son propre nom sur des textes produits par les doctorants et les jeunes docteurs sans poste que l’on dirige ou que l’on a dirigé en thèse (voir ci-dessus). Chacun peut ainsi revendiquer sur sa « page personnelle » et partout ailleurs, comme probablement devant l’AERES, un nombre incroyable de publications diverses, du genre, entre 2001 et 2010 : 99 articles et ouvrages, 26 textes de vulgarisation/valorisation, 54 communications et conférences ! J’ai fait le compte pour l’une des personnes concernées sans me donner la peine de faire la « moyenne » annuelle. Mais une autre au moins présente plus de 200 « références » diverses pour la même période. Nos « grands maîtres » sociologues du passé comme du présent n’ont assurément jamais fait mieux… Et on peut comprendre que Claude Dubar soit en colère ! Avec ce genre d’inflation de publications favorisé par les nouvelles normes quantitatives de « l’excellence » scientifique, l’ensemble de son oeuvre sociologique finit par ressembler à une peau de chagrin. Certes, tirant le fil à partir du cas d’AAA, je me suis contenté d’aller voir sur le seul site de son université d’exercice (au passage : à quoi servent le Conseil scientifique de l’université de Rennes 2 et le directeur du labo ???? Sont-ils « complices » ?). Mais il y a fort à parier qu’en y passant quelque temps on trouverait ailleurs des choses analogues sur les pages web personnelles associées aux laboratoires et aux universités (voir aussi certaines listes de publications inquiétantes sur le site de l’AFS, pages « membres »). Mais à mon avis, il faut se presser d’aller voir. Car quand ce blog va commencer à connaître l’audience qu’il mérite et que nous serons plusieurs à nous mettre en chasse, les pages personnelles incriminées vont commencer à disparaître à tour de bras ! Au cas ou, j’ai précieusement sauvegardé celles consultées ce jour.
    Pour terminer vraiment, je citerai de mémoire les propos d’Alain Supiot (juriste du travail) lors d’une très récente conférence démontant, entre autres, les nouveaux mécanismes de l’évaluation scientifique : « en matière de recherche en SHS, on peut être innovant et on peut être produisant. Mais le problème est que ceux qui sont innovants sont généralement peu produisants et que ceux qui sont produisants sont généralement peu innovants. Certes, on peut être à la fois produisant et innovant… Mais c’est beaucoup plus rare ».

  2. Archéologie du "copier-coller" » Blog Archive » * UBU, VICE-ROI DU CNU dit:

    […] découverte des premiers plagiats d’A. A. A., d’abord évoqués sur le blog de Pierre Dubois (2 décembre 2010), avait été suivie quelques semaines plus tard du repérage de nouveaux […]

  3. 4-Débat séance « professionnalisation » PDS7 240211 | Politiques des sciences dit:
  4. Archéologie du "copier-coller" » Blog Archive » Les CNU, les Comités de sélection 2011, et le label « Plagiat d’excellence » dit:

    […] un vrai problème ne serait-ce que vis-à-vis des étudiants à qui était en principe destiné l’ouvrage rédigé par A. A. Abdelmalek qui a été contesté. C’est aussi ce qui autorise le plagiaire à prétendre encore pouvoir […]

  5. Le plagiat by Elearning - Pearltrees dit:

    […] Les “copiés-collés sans guillemets” d’Ali Aït Abdelmalek deviennent une “affaire” : chronique du 2 décembre 2010 apportant les preuves : cliquer ici et photo de la couverture du livre ci-contre. Toutes les chroniques du blog sur le plagiat : cliquer sur le TAG . Ce pourrait même devenir un “cas d’école” . 1. Première étape conduisant dans cette voie : l’attention portée par une spécialiste internationale, Michelle Bergadaà , professeur de communication et de marketing à l’université de Genève et auteur du site coopératif : “ Internet : fraude et déontologie selon les acteurs universitaires ” ( cliquer ici ). Copier / coller sans guillemets (2) | Histoires d’universités […]

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