Un comité d’éthique contre le plagiat

Le Conseil d’administration et le Comité d’éthique de l’université de Rennes 2 organisent, vendredi 18 mars 2011, une journée de réflexion autour du plagiat (le programme). « Il conviendra non seulement de définir le plagiat, de le qualifier et de rechercher les éléments d’une réponse adaptée aux acteurs concernés, mais également d’envisager des méthodes et des instruments de prévention, de médiation et de sanction« … « Pour nourrir la réflexion, l’Université Rennes 2 fait appel à des chercheurs expérimentés en sciences humaines et sociales, qui ont développé une expertise interdisciplinaire sur cette question », dont Michelle Bergadaà, auteur du site « Fraude et déontologie selon les acteurs universitaires » et Jean-Noël Darde, auteur du blog « Archéologie du copier-coller ».

L’initiative de Rennes, bienvenue, courageuse et a priori fort utile, donnera lieu à un « plan d’action« , à des « propositions concrètes, permettant de lutter efficacement contre le plagiat ». La convocation de la commission disciplinaire (pour les cas supposés de plagiats étudiants ou enseignants), l’établissement d’une échelle consensuelle de sanctions feront-ils partie de ces propositions ?

Les experts, cités ci-dessus, m’ont appris que la patience est une des qualités essentielles dans la traque du plagiat. Ils ont tous les deux écrit que les plagiats commis par Ali Aït Abdelmalek, professeur de sociologie à Rennes 2 et membre du conseil d’administration de cette université, sont avérés. Le premier plagiat a été révélé par une chronique de ce blog, en date du 2 décembre 2010. La journée de réflexion aura lieu le 18 mars 2011, trois mois et demi plus tard : il faut être patient.

Ali Aït Abdelmalek participera, je suppose, à cette journée de réflexion. Prendra-t-il la parole, de même qu’il a siégé au CNU et rapporté sur des candidatures à la qualification aux fonctions d’enseignant-chercheur (chronique : « Plagiat : savoir et se taire« ) ? J’aimerais tant être une petit souris pour suivre attentivement les débats. Toujours est-il que les deux experts, les membres du CA de Rennes 2 et le comité d’éthique, des personnels enseignants et BIATOSS connaissent le cas et ils ne pourront pas ne pas l’évoquer.

Les deux experts ont dû prendre des garanties pour ne pas être « instrumentés » par l’université : ils n’absoudront ni ne condamneront ; les décisions doivent être celles de l’université autonome. Je pense évidemment aux deux proverbes : « tomber dans la gueule du loup » et « introduire un loup dans la bergerie« . Quoi qu’il se passe dans et après la journée de réflexion rennaise, les débats seront riches d’enseignements et seront suivis ou non d’actions. Lesquelles ? Rennes 2 entrera-t-il dans l’histoire de la lutte efficace contre le plagiat dans l’enseignement supérieur et la recherche. Je le souhaite !

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Article du on Mercredi, février 16th, 2011 at 15:57 dans la rubrique C. Bretagne, Normandie. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

2 commentaires “Un comité d’éthique contre le plagiat”

  1. alain quemin dit:

    L’université Rennes-2 a-t-elle bien mesuré l’ampleur de la situation (elle en a eu le temps depuis les premiers jours de décembre !) et entend-elle, à l’occasion de la journée qu’elle organise sur le plagiat le 18 mars prochain pouvoir faire état des suites exemplaires qu’elle aura données au développement du plagiat au sein de son propre corps enseignant ? Ou s’agira-t-il d’une simple journée pour se donner bonne conscience et surfer sur l’air du temps… en prenant bien soin par ailleurs d’enterrer une affaire de plagiat avéré, d’autant plus grave que la pratique a été massive et répétée, dont elle peut difficilement prétendre tout ignorer ?
    Après tout, rien ne permet de penser a priori que c’est l’université Rennes 2 tout entière qui est malhonnête et qui entend être complice de plagiat. Cet établissement possède de voies pour sanctionner le plagiat. Plutôt que sur des beaux discours qui n’engagent à rien une fois en situation et puisque la situation a le « mérite » d’exister déjà, voyons ce que l’Université Rennes-2 a déjà fait depuis le 2 décembre dernier et ce qu’elle aura fait d’ici au 18 mars pour instruire le cas qui lui a été signalé.
    Faute de quoi, cette journée ne sera rien d’autre qu’une farce grinçante et elle viendra encore accroître le discrédit qui touche Rennes-2 du fait des pratiques découvertes en son sein.

    Alain Quemin

  2. mado dit:

    Comme toutes les universités concernées par ce phénomène, ne rien faire s’apparente à de la complicité. Et en droit il semble que lors d’une condamnation, l’auteur du méfait et le complice écopent à parts égales (50-50) de la peine. En est il de même dans le champ universitaire??? Manifestement non! « L’omerta », surtout en ce qui concerne le plagiat des enseignants, reste le mode de « communication privilégié ».Donc que Rennes 2 réagisse en organisant un colloque est déjà un signe encourageant dans un début de « transparence » souhaitable, mais à condition de ne pas s’axer sur le seul plagiat des étudiants. Par ailleurs cela ne suffit pas pour autant à dédouaner l’auteur du méfait, ni à légitimer le silence des instances. Donc comme le suggère Alain Quémin, c’est sur des actes (et non sur des paroles ou des intentions) que Rennes 2 devra faire la preuve de sa détermination et de son engagement sur ce thème si délicat du plagiat et plus encore sur les suites données. Pour que les étudiants sachent aussi que la règle s’applique à tous sans distinction, et que nul n’est au dessus des lois. Et pour que cette journée ne vire pas à la « farce » de trop,discréditant ainsi leur commanditaire, animé sans nul doute par une prise de conscience un peu trop médiatique et dont il se serait certainement passé. Mais ne rien faire aurait été « suicidaire ». Affaire à suivre.

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