La licence universitaire en chiffres

Valérie Pécresse veut refonder la licence universitaire avant l’été 2011, et ce par une modification des arrêtés de 2002 qui ont créé la nouvelle architecture de l’enseignement supérieur universitaire (LMD, Licence, Master, Doctorat). Plusieurs chroniques de ce blog vont être consacrées à cette réforme du « maillon faible » des diplômes du supérieur ; ces chroniques défendront – évidemment – la création d’Instituts d’enseignement supérieur (IES), projet porté par ce blog.

Mais auparavant, il est nécessaire d’établir un bilan chiffré de la licence : ce qu’on sait et ce que, malheureusement, on ne sait pas ! Une réforme sans tous les indicateurs nécessaires pour un large débat : il y a problème !

La dépense publique par étudiant de licence n’est pas connue. L’indicateur 01 (Etat 2010 de l’enseignement supérieur et de la recherche) indique une dépense de 10.220 euros en 2009 pour un étudiant inscrit à l’université. Un étudiant inscrit en licence « coûte » moins cher qu’un étudiant inscrit en IUT, en master ou en doctorat. Estimons la dépense à 9.000 euros par an. Sachant que la dépense pour un étudiant de Classe préparatoire aux grandes écoles (CPGE) est de 14.850 euros et que, pour un étudiant de section de technicien supérieur (STS), elle est de 13.730, et sachant qu’il y a environ deux fois plus d’élèves en STS qu’en CPGE, on peut estimer que la dépense par élève inscrit dans les classes supérieures des lycées est supérieure à 14.000 euros

Une véritable réforme de la licence universitaire supposerait que la puissance publique dépense autant pour un étudiant de licence que pour un étudiant de classe supérieure de lycée, qu’elle fasse donc progresser cette dépense de l’ordre de 5.000 euros par an et par étudiant. Dépense additionnelle pour les 734.000 étudiants inscrits en licence en 2009-2010 (hors IUT) : 3,67 milliards d’euros, soit bien plus que les dotations accordées aux universités pour mettre en oeuvre le plan Réussir en licence.

Combien d’étudiants inscrits en licence en 2009-2010 (cliquer ici) ? 734.000 (hors IUT) répartis ainsi dans les 6 grands domaines de formation : 116.000 en Droit et sciences politiques, 114.000 en Sciences économiques, gestion et AES, 145.000 en Lettres, langues et communication, 126.000 en Sciences humaines et sociales, 164.300 en sciences et STAPS, 69.000 en santé. Le cursus Licence a perdu plus de 30.000 étudiants depuis 2004-2005, plus de 57.000 depuis 1999-2000, plus de 125.000 depuis 1995-1996 (cliquer ici).

Combien de néo-entrants en 1ère année de licence ? 226.000 en 2009-2010 (indicateur 6.4. des RERS 2010). Ce nombre d’entrants a été en nette progression par rapport à l’année précédente : +7% dans les disciplines générales, +5% dans les disciplines de santé. Qu’en est-il pour l’année 2010-2011 ? Les données ne sont pas encore publiées ; espérons qu’elles le seront très rapidement, dans ce contexte de réforme de la licence. Toujours est-il que cette progression ne doit pas masquer la tendance de long terme : les bacheliers boudent de plus en plus la licence universitaire. 85% des bacheliers 2008 (95% des bacheliers généraux mais seulement 47% des bacheliers professionnels) ont poursuivi des études supérieures (indicateur 08 de L’état de l’enseignement supérieur) ; ce taux est identique à celui observé en 1996. A cette date, 40% des bacheliers avaient commencé leurs études en licence ; en 2008, ils n’étaient plus que 31%. Bref, les bacheliers fuient toujours plus nombreux la licence universitaire.

La réussite en licence n’est pas ce qu’elle devrait être, mais les taux de succès insatisfaisants ne sont pas seulement liés à l’absence de sélection à l’entrée. Le seul taux vraiment significatif est le taux d’obtention de la licence en 3 ou 4 ans par les bacheliers entrés en 1ère année de licence après le baccalauréat. Ce qui est incroyable, c’est que l’impact du Plan Réussir en licence ne peut être mesuré faute de données. L’état de la recherche et de l’enseignement supérieur 2010 publie le taux pour les jeunes qui ont obtenu le baccalauréat entre 2002 et 2005 (indicateur 15) ! 38% de ces bacheliers ont obtenu la licence en 3 ans et 15% en 4 ans (soit 53% en tout). Le taux est plus fort pour les bacheliers généraux (60%) et plus faible pour les bacheliers technologiques (20%). Il y a là un énorme gâchis ! Même, si bien sûr, une partie de ces bacheliers se sont réorientés vers d’autres formations : en 4ème année après le bac, sur 100 bacheliers de cette génération, 33% sont inscrits en master, 28 sont encore inscrits en licence, 19 sont inscrits ailleurs, 6 sont sortis de l’enseignement supérieur avec un diplôme et 14 sont sortis sans diplôme. Il est anormal de faire une réforme de la licence sans avoir les données pour les cohortes de bacheliers 2006 et 2007.

Le nombre de licences délivrées (indicateur 8.17 des RERS). Il diminue pour ce qui est des licences générales (celles qui vont être l’objet de la réforme Pécresse) : 128.200 en 2006, 123.500 en 2008. Il progresse pour ce qui est des licences professionnelles (créées en 1999) : 23.900 en 2005, 37.700 en 2008. La réforme de la licence – sa professionnalisation – passe, certainement et d’abord, par une multiplication des licences professionnelles.

Poursuites d’études après la licence. L’indicateur 15, tableau 04 montre que 63,3% des étudiants qui ont obtenu une licence générale en 2008 ont poursuivi, l’année suivante, leurs études en master ; 9,1% sont entrés en IUFM (ce dernier taux devrait être en baisse pour les titulaires d’une licence obtenue en 2010, à cause de la réforme de la formation des enseignants). Près de 3 licenciés sur 4 ont poursuivi leurs études en master ou en IUFM. Que sont devenus les autres licenciés ? Sont-ils entrés sur le marché du travail ou se sont-ils inscrits dans une formation du cycle L (dans une licence professionnelle en particulier) ? Faire une réforme de la licence sans connaître toutes les trajectoires en sortie de licence est un frein pour un large débat.

Corps professoral enseignant en licence. Il n’y a aucune donnée sur ce point et c’est évidemment tout aussi anormal. L’état de l’enseignement supérieur et de la recherche 2010 publie des statistiques sur les personnels enseignants (indicateur 05 et 06) : ils sont répartis par statuts, grades, institutions et âges ; ils ne le sont pas par niveaux d’enseignement (licence ou master). Certes, ce type de comptabilisation est complexe (un enseignant-chercheur peut enseigner dans les deux cycles), mais il mériterait d’être tenté dans le cadre de la réforme de la licence !

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Article du on Mardi, mars 1st, 2011 at 17:24 dans la rubrique G. Divers. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

18 commentaires “La licence universitaire en chiffres”

  1. Septime dit:

    Cher Pierre,
    Vous démarrez le débat sur de bonnes bases. Que sait-on des licences ? Peu de chose !
    Sur vos estimations de coût, je pense que vous êtes dans le bon ordre de grandeur. Les coûts donnés par la DEPP sont obtenus en divisant un coût total par un nombre d’étudiant : Tant que les université n’auront pas mis en place la comptabilité analytique, on ne pourra guère aller plus loin.
    En revanche, on a mesuré précisément le coût des licences à l’époque du défunt observatoire des coûts en partant « du bas » c’est à dire en mesurant les dépenses au plus près de étudiants. On aboutissait à l’époque (94-96) à des écarts considérables entre les différentes licences, de un à cinq environ, les moins coûteuses étant l’AES et les plus plus coûteuses les licences scientifiques ou les licences à très petit effectif comme les lettre classiques. La question de la structure du corps enseignant est en partie liée à celle des coûts.Ces écarts tenaient en grande partie à la différence de structure du corps enseignant intervenant en licence: Beaucoup de MCF et de vacataires en AES pour des cours en amphi.
    Dand deux volumes récapitulatifs, l’observatoire (et Jean Bornarel qui l’avait créé) analysaient les causes des variations de coût observées entre les filières d’une mêm université et entre les universités : C’était passionnant.
    Malheureusement Allègre a descendu en vol l’observatoire au moment où il commençait à produire des analyses tout à fait nouvelles. Pour lui, une fois obtenus des indications sommaires des coûts nécessaires à constuire San Remo, la poursuiite des travaux de l’observatoire ne se justifiait pas.

    Les université « déployent »(terme consacré) toutes des logiciels « service » qui leur permettraient de connaître avec précision la composition du corps enseignant des différentes licences. Il faudra que je pose la question dans mon université.

  2. Rachel dit:

    Bonsoir Pierre, j’ai une question : dans les chiffres sur les coûts des différentes formations (dépense publique par étudiant), est-ce que le salaire des enseignants est inclus ?

  3. Les conditions pour refonder la licence universitaire, le billet de Pierre Dubois | Etudes supérieures - Grandes Ecoles dit:

    […] Lire son billet intitulé La licence universitaire en chiffres […]

  4. Minos dit:

    Bonjour,

    Fondamentalement, le bilan des licences est en réalité plutôt bon, et le rapport qualité/coût est imbattable quand on observe le résultat à 4 ans rapporté aux conditions d’exercice : nous dépensons très peu par étudiant par rapport aux CPGE ou IUT tout en travaillant avec un public composé essentiellement de lycéens moyens ou faibles (les autres sont partis ailleurs après le bac).
    Il y a en fait deux points noirs très politiques :
    1/ Le niveau disciplinaire de la licence chute depuis des années pour deux raisons essentielles : son obtention dépend d’une grande moyenne générale où les compétences périphériques permettent de compenser de grosses lacunes dans les compétences du « cœur de métier » + l’introduction croissante d’enseignements plus « généralistes » qui, à coût constant, grignotent ceux du fameux « cœur de métier ». Il faut assumer cette évolution, qui accroit l’écart en terme de compétence avec les CPGE et les IUT, et en tirer les conséquences.
    2/ La moitié de ceux qui entrent en L1 ne sont pas à leur place. Il est absurde de modifier l’architecture de la licence pour eux car ce sera un coup d’épée dans l’eau, comme tout ce qui a été fait depuis 20 ans et qui n’a pas changé réellement le taux d’abandon en L1 et L2. Il est cependant plus facile d’annoncer une énième mutation de la licence que d’imaginer comment réellement dissuader ces bacheliers en recherche d’eux-mêmes d’aller perdre deux ou trois ans dans une voie de garage, voire les en extraire efficacement.

    Deux remarques pour terminer :
    – Je propose un autre indicateur de santé de nos licence : qu’on étudie donc où les universitaires envoient leurs enfants après le bac…
    – Je rappelle que la classe la plus creuse en terme de natalité est la classe 1993 : après les naissances ont régulièrement augmenté. Or 1993 + 18 = 2011…

  5. pdubois dit:

    @Septime. Grand merci pour ce rappel historique : Bornarel de Grenoble avait fondé l’Observatoire des Coûts, avec l’appui du Comité national d’évaluation. Les analyses, fondées sur des enquêtes de terrain (seul moyen pour savoir qui enseignait dans quoi et combien de temps), révélaient des écarts importants de coût par diplôme et par étudiant. Les 1ères années de droit étaient également fort peu coûteuses : les professeurs en titre ne détestant pas faire de grands plaidoyers en amphis.

    Et vint Allègre en 1997, tu as raison de le rappeler. Ce ministre n’avait pas besoin de statistiques pour mener une politique. Il fallait donc faire disparaître l’observatoire des coûts (les sciences connaissaient leurs premières baisses d’effectifs et le coût des diplômes scientifiques devenaient de plus en plus élevés). Allègre a fait également s’éteindre le calcul des taux de succès en DEUG en 2 ou 3 ans ; toutes choses étant également par ailleurs, les universités de Paris 6 et 7 avaient des taux fort médiocres. Je me souviens d’un conflit homérique à Limoges avec le DG de l’enseignement supérieur, ami d’Allègre, lors de l’assemblée générale annnuelle de la CPU ; j’avais essayé en vain de défendre l’approche !

    Mais regardons vers l’avenir pour ne pas jouer seulement les vieux baroudeurs. Quand j’ai interviewé Louis Vogel, non encore président de la CPU, il m’avait dit qu’un des objectifs de Paris 2 était le calcul des coûts de chacun des diplômes, grâce à la comptabilité analytique. Je crains que son univesité n’ait guère avancé depuis 1 an et demi. Mais cela viendra, même si c’est évidemment très complexe.

    Si tu parviens à collecter dans ton université l’information clé (qui enseigne dans chacun des 3 cycles (au prorata du temps de service et en équivalent temps plein) par statut, grade, ancienneté, âge et sexe ?), ce serait le scoop de l’année. Très cordialement. Pierre

  6. pdubois dit:

    @Rachel. Oui, Rachel, le salaire des enseignants-chercheurs (EC) est inclus dans le calcul de la dépense par étudiant. Pour l’observatoire des coûts (commentaire de Septime), le calcul de la dépense, formation par formation, ne prenait en compte que 50% du salaire des EC (puisque ceux-ci font 50% de travail de recherche).

    Pour les années récentes, et à cause de la LOLF (dixit le ministère, la dépense par étudiant universitaire inclut les dépenses pour la recherche (et donc la totalité des salaires des EC, mais aussi ceux des chercheurs des unités de recherche associées aux grands organismes, même s’ils n’enseignent pas). On n’est donc pas étonné d’observer une nette progression de la dépense par étudiant universitaire. C’est ce que j’appelle « faire de la statistique politique ». Bien cordialement

  7. pdubois dit:

    @Minos. Merci pour vos remarquez critiques. Le taux de succès à la licence en 3 ou 4 ans, c’est comme le verre à demi plein ou à demi vide. Vous préférez, et c’est légitime, voir le verre à demi plein et vous féliciter du taux de succès atteint, en dépit de l’absence de sélection à l’entrée et des conditions d’études moins bonnes qu’en CPGE ou en IUT (moins d’heures de cours).

    La plupart des étudiants qui abandonnent la licence vont poursuivre des études ailleurs, en perdant une année (dans la plupart des cas). Ce qui veut dire qu’ils coûtent une année de plus pour les citoyens qui paient l’impôt. Si on calcule non plus la dépense par étudiant et par an, mais la dépense totale pour obtenir un diplôme, alors les étudiants réorientés après une année à l’université coûtent plus « cher » que les étudiants passés par les CPGE, les STS ou les DUT.

    Vous n’osez pas parler de la sélection à l’entrée de la licence. Dans le projet que je porte (celui des IES), j’établis une orientation sélective à l’entrée. Chaque bachelier a droit à une place dans le supérieur, mais pas n’importe laquelle. L’orientation doit être sélective et impérative.

    Quant à votre indicateur (choix de la filière du supérieur selon l’origine sociale détaillée, identifiant donc les enseignants du supérieur et les chercheurs), il faudrait effectivement l’établir. Ce ne doit pas être énormément compliqué. Une illustration qui ne veut rien démontrer : j’ai 2 filles ; l’une est passée par l’université et l’autre par une prépa ! Bien cordialement. Pierre Dubois

  8. Minos dit:

    Pierre,
    Je suis bien entendu d’accord sur le coût social et économique réel de l’échec en licence. Mon propos consistait simplement à pointer que le problème ne se situait sans doute pas dans l’organisation des licences elles-mêmes, mais dans d’autres compartiments du système.

    Ce n’est pas tellement que je n’ose pas parler de la sélection à l’entrée à l’université : je reste tout simplement perplexe sur cette idée sans avoir d’alternative à proposer. Tout le monde en parle beaucoup, mais quand je pense concrètement à une éventuelle mise en œuvre, je me demande bien comment faire pour un système applicable, qui plus est à chaque filière ! Il serait ainsi facile d’interdire aux bacheliers technologiques ou professionnels d’entrer dans ma branche (histoire) où leur espérance de réussite est quasi-nulle. Mais ils ne représentent qu’une qu’une portion des étudiants en échec. Comment discriminer de manière pertinente les autres issus des séries générales ?
    De toute manière, objectivement, en dehors du français, beaucoup de filières considèrent déjà en L1 que les étudiants partent de zéro. (Nous parlons bien toujours d’une population de bacheliers faibles, surtout moyens, avec quelques bons souvent mal orientés, les autres étant partis en CPGE, etc). J’observe d’ailleurs que dans mon entourage la critique principale ne concerne plus actuellement le niveau des néo-bacheliers (nous en avons fait notre deuil), mais surtout leur degré de (dé)motivation qui déstabilise le fonctionnement des TD.

    Quant à votre projet des IES, il pose aussi les questions du lien entre enseignement et recherche et plus généralement de la nature des universités provinciales comme la mienne.

    L’indicateur que je propose n’est guère possible à mettre en œuvre car il demanderait trop d’informations privées aux E-C et déboucherait sans doute sur un résultat trop politiquement incorrect pour être diffusé. Il ferait en effet bien apparaître le degré de confiance que les EC ont dans le système où ils travaillent. Or quand j’observe autour de moi, nous sommes peu nombreux à souhaiter que nos enfants passent par l’université quand il y a des alternatives…
    Très cordialement

  9. Rachel dit:

    Pierre, merci pour cette précision.

    Je trouve que la présentation brute (ou absolue) de la dépense par étudiant, telle que vous la faite, est assez discutable. En effet les étudiants en licence ont beaucoup moins d’heures que les étudiants des filières sélectives de BTS, IUT et prépa. Pour donner des chiffres, les étudiants de licence suivent environ 500 heures de cours/an. Les étudiants des filières sélectives en suivent environ 900 h/an.

    Je trouverais plus logique de faire un point de comparaison relatif. Si on fait le calcul, on trouve 18 euros par heure de cours par étudiant en licence, et 15,50 euros pour les filières sélectives. Donc rapporté au volume d’enseignement, la licence coûte plus cher.

  10. benoit dit:

    @Rachel :
    Non la Licence coûte beaucoup moins cher parce qu’il y a 400 élèves dans un amphi à l’université alors qu’il y a moins de 40 élèves par classe en CPGE. Il faut pondérer le coût par étudiant en fonction du nombre d’élèves par classe…Et le rapport est alors très largement en faveur des formations universitaires beaucoup moins coûteuses que les CPGE.

  11. Irnerius dit:

    @Minos. Merci de votre nouveau message et de votre confiance. Vous avez sans doute raison : introduire une sélection à l’entrée de la licence ne résoudrait pas les problèmes de la licence, présentée comme le maillon faible du système d’enseignement supérieur.

    Il y a, comme vous le signalez, la question du sens pour les étudiants de suivre des études en licence, alors qu’ils n’ont pas de projet professionnel bien défini et que le marché du travail n’offre pas de débouchés professionnels aux étudiants de licence générale. Rien de pire pour un enseignant qui aime son métier d’avoir devant lui des étudiants non motivés, parce qu’ils n’ont aucune raison d’être motivés.

    Je pense sincèrement qu’il faut inciter les étudiants « non motivés » non pas à se réorienter, mais à faire d’abord un service civique pour forger un projet professionnel au service non seulement de l’intérêt général, mais aussi au service de leur propre intérêt individuel. J’ai toujours noté, dans ma vie active, que les étudiants qui avaient un projet se motivaient, réussissaient dans leurs études et finissaient par trouver un emploi qui leur plaisait.

    Quant aux IES, répartis sur l’ensemble du territoire, dédiés au cycle Licence, ils me semblent plus à même de construire avec leurs étudiants leurs projets professionnels. Les villes moyennes seraient plus valorisées si elles avaient des IES de plein exercice plutôt que des antennes universitaires ou des STS. Bien cordialement. Pierre Dubois

  12. Irnerius dit:

    @Rachel et Benoit. Merci de vos commentaires. Il faut partir de ce qui existe : le Compte de l’Education nationale dans la comptabilité des comptes de la Nation. La dépense par étudiant est un indicateur « institutionnalisé » de longue date et il est logique qu’il serve de base pour des comparaisons entre filières de formation et au fil du temps.

    Bien évidemment, il faut se poser la question des indicateurs de ce type et tenter d’en élaborer de plus fins, de plus pertinents. Des suggestions peuvent être faites auprès du CNIS, Conseil national de l’information statistique.

    Dans l’immédiat, Rachel et Benoit, vous avez raison tous les deux : soumettez une demande auprès de la CNIS pour avoir davantage d’indicateurs.

    Mon propos part d’une différence objective établie par les Comptes de l’Education. Mon objectif : faire que la dépense par étudiant universitaire soit aussi élevée que celle pour un étudiant de CPGE. Pour y parvenir, cela passe par une progression des heures de cours par semaine, par la multiplication du travail en petits groupes, par un changement de la composition du corps enseignant en licence (le corps enseignant en CPGE, composé d’agrégés, coûte beaucoup plus par étudiant que le corps enseignant en licence, composé de briques et de broques). Bien cordialement. Pierre Dubois

  13. Rachel dit:

    Benoit, il y aurait 400 élèves par amphi en licence et 40 élèves pour les prépas. Et pourtant l’heure de cours par étudiant pour les licences coûte plus cher que pour les prépas ? Il y a là une équation qui ne me semble pas triviale (du moins je ne la comprends pas) …il faudra que l’on m’explique ce mystère … Peut-être que le prof de fac est beaucoup plus payé que le prof de prépa ?

    Pierre, moi et Benoit on ne peut pas avoir raison tout les deux. Ceci dit je n’ai aucun problème d’avoir tort, il y a juste quelque chose que je ne comprends pas. Je reste persuadée que l’on n’investit pas assez dans les formations de l’université.

  14. Dubois dit:

    A Benoit et Rachel. Rachel a raison : « on n’investit pas assez dans les formations de l’université ». Les chiffres de la DEPP démontrent une dépense inférieure à celle pour les CPGE et les STS. Le projet des IES se propose de porter la dépense à 14.000 euros par an et par étudiants dans chacune des 3 années de licence. A débattre encore.

  15. François dit:

    Une société vendant des lancements des satellites dont les fusées échoueraient une fois sur deux n’aurait pas l’idée de vendre le lancement réussi d’un satellite en prenant en compte uniquement le coût de la fusée qui a fonctionné pour mettre ce satellite en orbite. C’est pourtant ce mode de calcul qui est utilisé ici (multiplication d’un coût standard annuel par le nombre d’années théorique du cursus). Or dans les cycles classiques d’universités le taux d’abandons et de redoublements est important, en particulier pendant les années de licence. Les taux correspondants sont plus faibles en classes préparatoires, et beaucoup plus faibles en écoles d’ingénieurs.

    Prenant en compte les derniers coûts communiqués par le Ministère de l’Enseignement supérieur (10 219 € pour un étudiant en université, 14 853 € pour un étudiant en classe préparatoire), comparons les deux parcours – bac à entrée dans une une école d’ingénieurs – et – bac à obtention d’une licence – (qui représentent tous les deux un volume total de travail égal à environ 180 crédits ECTS).

    Un bachelier entrant à l’université obtient une licence en une durée minimale de 3 ans; les abandons et les redoublements sont nombreux. Les chiffres DEPP sont :
    – étudiants en licence : 664 488
    – licences LMD / an : 123 465
    – licences professionnelles / an : 37 665 (une partie de ces licenciés étant d’abord passée par des IUT).
    Suivant le mode de prise en compte des licences professionnelles et des années d’IUT, on trouve un rapport de 4 à 5 entre le nombre d’étudiants en licence et le nombre de licences décernées annuellement, On peut donc estimer le coût total moyen d’une licence à :
    10 219 € x 4,5 = 46 000 €.

    Un bachelier entrant en classe préparatoire est généralement admis dans une école d’ingénieurs en 2 ou 3 ans; le taux d’abandon étant faible et le nombre de places offertes par les écoles pratiquement égal au flux annuel de candidats, les concours servent en fait d’aiguillage vers des écoles de niveaux différents. Si on estime que 10% des élèves abandonnent ces études chaque année et qu’un tiers n’est reçu qu’à la deuxième tentative, on peut estimer que le coût total moyen du succès à un concours à :
    14 853 € x 2,8 = 41 600 €.

    Compte tenu des abandons et redoublements, amener un bachelier au succès à l’entrée dans une école d’ingénieurs revient donc moins cher au contribuable français que d’amener ce même bachelier à l’obtention d’une licence.

  16. Dan dit:

    Une fois de plus on mélange les choux et les carottes. le coût de la formation en CPGE par exemple correspond à deux fois plus d’heures de cours par semaine pendant plus de semaines ( sans compter les heures de travail effectif des étudiants, mais c’est une autre histoire).
    De plus, les CPGE scientifiques ont besoin de labos et de matériel dont n’ont pas besoin les L1 et L2 en SHS qui représentent les 2/3 des inscrits. Enfin, le taux de réussite en fin de CPGE (en deux ou trois ans) est de l’ordre de 90% à comparer au taux d’échec faramineux de L2.
    En conclusion, comparons les choses comparables = quel est le coût d’un étudiant formé au niveau M2 ( bac + 5) en Sciences Dures (ingénierie, physique, médecine, biologie) en prenant en compte le nombre d’heures de formation reçues, et le nombre d’étudiants correctement formés au bout de 5 ans par rapport au nombre d’étudiants entrants. Ajoutons que les CPGE, en pratiquant la sélection à l’entrée, donnent aux étudiants une très bonne chance de réussir, parce qu’a priori ils ont les aptitudes pour suivre les cours de math sup. et math spé et ensuite les 3 années de l’école d’ingénieurs. En prime, l’école garantit un niveau d’anglais, ce qui n’est pas le cas de l’université.
    Arrêtons de mélanger les formations littéraires et S H.S. avec les formations scientifiques, et comparons le résultat, pour un même métier, en sciences dures. On verra que le coût final, pour un ingénieur formé, est sans doute plus élevé dans une formation universitaire, pour une formation moins large et moins approfondie (beaucoup moins d’heures).

  17. cecile dit:

    Merci pour cette analyse, qui démontre – une fois de plus – l’absence de rationalité dans la prise de décision. Merci aussi à la remarque sur la classe creuse 1993, très importante.

    Je voudrais contribuer sur la dimension sociologique, et spécifiquement à propos des enfants du enseignants du supérieur. Il est hélas vrai que beaucoup de nos collègues n’imagineraient pas leurs enfants ailleurs qu’en formation sélective. Cela démontre-t-il la mauvaise qualité de la formation, ou bien plutôt le conformisme social des EC ? Nos amphis de L1 sont populaires – voire métissés. In fine, c’est cela qui déplait – restons entre gens du même monde, surtout lorsque la position réelle dans l’échelle sociale, telle que manifestée par le salaire, se dégrade. J’ajouterais que mes propres enfants ont choisi l’Université, et s’en sont fort bien trouvés.

  18. Jean-Pierre dit:

    Les remarques de Dan et François sont fondées. Les abandons, redoublements, réorientations ont un coût très élevé qui grève le coût de l’étudiant universitaire dès qu’on raisonne en coût du diplômé, ce qui est quand même indispensable. L’objectif final des établissements n’est pas de délivrer des heures de cours, il est de produire des gens qualifiés, c’est à dire des diplômés. François Orivel de l’IREDU avait ainsi démontré dans les années 1990 que le coût total sur 5 ans d’un ingénieur diplômé de grande école passé par les CPGE était moins élevé que le coût total d’un bac +5 scientifique (DESS et DEA à l’époque) formé à l’université. Ces résultats étaient solidement étayés. Ils avaient beaucoup déplu dans le monde universitaire, mais ils avaient eu un grand écho dans les milieux économiques et politiques. Il faudrait reprendre ce type d’études avec les chiffres d’aujourd’hui.

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