Post-bac. Les jurys d’admission

Suite des chroniques sur Admission Post-bac : « Une statistique politique« , « L’université boudée« . 721.000 pré-inscriptions sur admission post-bac le 21 mars 2011. Les candidats peuvent changer l’ordre de leurs voeux jusqu’au 31 mai minuit. S’ouvrira alors la phase des jurys dans les filières sélectives et des propositions faites aux candidats.

Trois phases de propositions et une phase complémentaireConsignes sur le site d’admission post-bac. « Lorsque une proposition vous est faite, vous y répondez à partir de votre dossier électronique. En l’absence de réponse avant le mardi à 14 heures, vous serez éliminé. 1ère phase de propositions d’admission : du jeudi 9 juin au mardi 14 juin. 2ème phase : du jeudi 23 juin au mardi 28. 3ème phase  : du jeudi 14 juillet au mardi 19″… « Si, au terme de la procédure, vous n’avez aucune proposition d’admission, vous pourrez vous inscrire à la « procédure complémentaire » afin de vous porter candidat sur les places vacantes. Début de la procédure complémentaire : le 24 juin à 14 heures ».

La tension est déjà au plus haut dans chacune des académies. Après le 21 mars, toutes ont fait le point sur les premiers voeux formulés par les élèves inscrits en terminale. Et ça ne va pas du tout ! Beaucoup plus de premiers voeux formulés que l’an dernier et toujours plus de voeux pour les filières sélectives ! Or celles-ci n’ont pas suffisamment de places à offrir (chronique : « Il manque 250.000 places en BTS« ). Que faire ?

Branle-bas de combat. Exemple de l’académie de Strasbourg : entretien le 14 avril 2011 avec Emmanuel Percq, chef du service académique d’information et d’orientation (SAIO) – photo ci-contre. Admission post-bac est une sorte d’observatoire ; il fournit une base de données incomparable. il permet de multiples analyses pour mesurer l’attractivité de chacune des filières de formation, selon les baccalauréats d’origine. Les problèmes ont été immédiatement identifiés. Les tensions sont les plus fortes pour l’admission en BTS : en 2009-2010, les 2 années de BTS ont accueilli en Alsaca 6.255 élèves (source : Atlas régional des formations) ; pas de création de nouveaux BTS cette année, sauf en apprentissage. 5.142 élèves inscrits en terminale dans un des lycées d’Alsace ont classé en premier voeu un BTS. Certains d’entre eux ont fait le choix d’un BTS dans une autre académie et on peut faire l’hypothèse que les voeux de départ vont être équilibrés par des voeux d’arrivée dans l’académie ; mais, globalement, il y a peu de mobilité interrégionale pour les BTS. A ces 5.142 premiers voeux, il faut ajouter les voeux des bacheliers des années antérieures qui ont interrompu temporairement leurs études ou qui se sont inscrits à l’université et qui veulent se réorienter ; les candidatures d’étudiants étrangers sont très peu nombreuses.

Tensions pour l’entrée en BTS, mais aussi tensions plus ou moins grandes dans toutes les filières sélectives. Tension limitée en CPGE : 2.398 élèves inscrits dans les 2 années de CPGE d’Alsace en 2009-2010 et 1.332 premiers voeux formulés cette année par les élèves de terminale de la région. Tension plus élevée en IUT : 3.993 inscrits en 2009-2010 et 2.651 premiers voeux. Tension également en L1 de Santé : 400 candidats de plus que la capacité d’accueil définie par l’université (1.400 places). Tensions enfin pour l’entrée dans les prépas intégrées, dans les écoles paramédicales et sociales… Et les premiers voeux pour entrer en 1ère année de licence universitaire ? 4.046 ; ces voeux sont sûrs d’être satisfaits, sauf en L1 Santé !

L’insuffisance de places dans les filières sélectives transforme Admission post-bac en un vaste dispositif d’orientation, ce pour quoi le « logiciel » n’est pas fait ! L’orientation est le fruit du classement des jurys d’admission. Le recteur d’académie a fait une note aux proviseurs de lycées, avant la tenue des jurys d’admission : « 75% des places en BTS doivent être réservées aux bacheliers technologiques et professionnels » ; mais « c’est une préconisation et non une obligation ». En 2010, dans l’académie et après la « phase complémentaire », les bacheliers généraux ont « capté » 28,4% des places en BTS, 71,8% des places en DUT.

Les proviseurs des lycées et les directeurs d’IUT doivent jouer le jeu. Certains proviseurs pourraient se laisser tenter par une asymétrie d’information : informer uniquement sur les BTS et les CPGE de leur établissement et ne pas distribuer le guide gratuit présentant toutes les formations post-bac. Proviseurs et directeurs d’IUT, chefs de travaux en BTS et directeurs de département d’IUT sont aussi sous pression : globalement, en BTS et en DUT, la demande de places excède l’offre, mais ce n’est pas le cas pour tous les BTS et pour tous les DUT. Pas de quartier à terme pour les BTS et les DUT qui ne rempliraient pas leur capacité d’accueil.

Emmanuel Percq rappelle trois règles de base. 1. Le respect des capacités d’accueil est garanti : il ne s’agit pas de surbooker les BTS et DUT qui sont très demandés. 2. Les jurys d’admission doivent classer toutes les demandes formulées et non seulement les demandes susceptibles d’être satisfaites vu le nombre de places disponibles. Ils doivent donc proposer une seule liste, et non pas une liste principale et une liste complémentaire ; la liste unique peut être très longue ! 3. Les candidats qui reçoivent une proposition « oui » lors de la première phase d’admission et qui ne la saisissent pas dans les délais sont éliminés ; ils laissent ainsi des places aux suivants de liste pour les phases d’admission ultérieures.

Le SAIO monte déjà en pression. Un de ses membres traite à temps complet les messages reçus. La tension sera à son comble au moment des jurys d’admission. L’expérience des deux années précédentes permet d’être vigilant sur les dérives possibles des jurys. En BTS, ceux-ci ont à leur disposition la liste des voeux mais ignorent le rang des voeux. En DUT, c’est la même chose mais des entretiens avec les candidats sont possibles ; il est alors tentant pour les membres du jury de demander aux candidats : « ce DUT, est-ce votre premier voeu ? » ; cette demande n’est pas autorisée, la réponse des candidats n’étant pas fiable : « oui, bien sûr, j’ai mis ce DUT en premier ».

Sur quels critères, les jurys d’admission établissent-ils leur classement ? Ils ne peuvent le fonder que sur les dossiers scolaires : filière de formation, notes obtenues… La prise en compte de ces dossiers est rassurante pour les jurys, et, de plus, elle paraît équitable : égalité de traitement entre les candidats. Il est pourtant difficile d’anticiper la réussite au diplôme postulé, au vu de la seule trajectoire scolaire passée telle qu’elle est identifiée dans le dossier. La procédure ne permet pas de prendre en compte les compétences acquises en « extra-scolaire » : ni CV, ni lettre de motivation dans admission-post bac. Une application logicielle a bien été esquissée pour diversifier les critères (exemple : le critère du degré de maîtrise de la compétence méthodologique), mais elle n’a pas abouti.

Emmanuel Percq, après un diplôme en philosophie et la formation de conseiller d’orientation, a démarré sa carrière dans cette fonction, puis a travaillé dans la gestion des ressources humaines dans un autre rectorat avant de devenir chef du SAIO dans l’académie de Strasbourg. Il croit profondément en sa mission d’information et d’orientation, mais, comme ses collègues, il l’exerce dans des conditions difficiles. Il ne contente pas de faire fonctionner admission post-bac et pourtant il le pourrait : tous les élèves finiront par trouver une place, n’est-ce pas le but du dispositif ? Emmanuel Percq, dans un contexte de contraintes fortes (pas de places supplémentaires en BTS, sauf en apprentissage), se bat. Il n’admet pas qu’une bachelière technologique STG ne trouve pas de place dans un BTS tertiaire, et plus généralement que les STS ou les DUT n’accueillent pas tous les bacheliers technologiques : en effet ceux-ci n’ont pas été formés pour rentrer immédiatement sur le marché du travail.

Alors, avec d’autres, avec la direction régionale du travail et de l’emploi, avec la chambre de commerce et d’industrie, avec l’université, il bâtit des solutions pour des publics qui ne sont pas dans la « bonne place » dans le supérieur. Un exemple : développer l’apprentissage en organisant une seconde rentrée pour les bacheliers professionnels entrés, faute de mieux, à l’université : au terme de la procédure complémentaire en 2010, il était proposé à 483 d’entre eux d’entrer en licence universitaire. 205 effectivement entrés à l’université ont été reçus en entretien ; 90% d’entre eux avaient choisi un BTS mais n’avaient pas été admis.

Emmanuel Percq soutient le DU Tremplin, lancé par l’université de Strasbourg. L’opération a connu un « succès fou », ce qui a fait dériver ce nouveau dispositif : ont été sélectionnés les meilleurs parmi ceux qui ne réussissaient pas en licence universitaire ! Il appuie les « cordées de la réussite« . Quant aux années « 0″ ou aux « semestres décalés », ils visent une mise à niveau avant l’entrée dans l’enseignement supérieur, mais comment les financer ?

Emmanuel Percq est un fonctionnaire impliqué, comme j’aime en rencontrer. Admission post-bac est un dispositif qui marche, mais il est loin de tout régler. Quand il y a un décalage entre l’offre et la demande de formations, il ne peut apporter de solutions satisfaisantes pour un nombre significatif de bacheliers. Il faut donc penser un système d’orientation global, un système en continuum, non éclaté entre l’enseignement secondaire et le supérieur. Avec une pointe de sourire, Emmanuel Percq observe : « pourquoi le décret sur l’orientation, qui aurait dû être publié à la suite dela loi du 24 novembre 2009 relative à l’orientation et à la formation tout au long de la vie, n’est-il pas encore paru » ? J’ajoute pour ma part : mais que fait donc Jean-Robert Pitte, délégué interministériel à l’information et à l’orientation ?

Tags: , , , , , , ,

Article du on Mardi, avril 19th, 2011 at 17:40 dans la rubrique C. Alsace. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

2 commentaires “Post-bac. Les jurys d’admission”

  1. T.Atso dit:

    Bonjour professeur,
    un petit rectificatif si vous le permettez. Lorsqu’on paramètre une filière sélective dans APB on définit la liste des pièces que le candidat doit fournir, parmi cette liste de pièces peuvent figurer un CV et/ou une lettre de motivation et pas uniquement les relevés de notes.

    Cordialement,

  2. pdubois dit:

    Merci Atso, pour cette précision. N’étant pas candidat à une formation post-bac (!!!), je n’ai pu consulter la liste des pièces qu’il est possible de joindre au dossier. En tous cas, elle n’est pas explicitée dans le guide du candidat :
    http://www.admission-postbac.fr/site/guide_2011/Guide_du_candidat_04-04-2011.pdf

Laisser un commentaire