Ministre et présidents d’université sont d’accord : réformer la licence, la rendre plus lisible, plus attractive, plus performante en terme de taux de succès et de préparation à l’insertion professionnelle, nécessite plus de moyens financiers (locaux, équipements, potentiel enseignant et administratif). Combien de milliards d’euros supplémentaires par année ?
Problème : personne ne sait ce que coûte aujourd’hui à la collectivité publique (Etat et collectivités territoriales) un étudiant inscrit en licence universitaire. La preuve de cette ignorance de taille passe par l’examen de la dépense par étudiant. Compte provisoire de l’éducation pour l’année 2009 (Note d’information, n°10.21, décembre 2010) : « dans le supérieur, la dépense par étudiant s’élève à 11.260 euros (calculée sur l’ensemble des étudiants inscrits en université ou dans des établissements du second degré ou dans toute autre école supérieure) ».
L’indicateur 1 de « L’état de l’enseignement supérieur et de la recherche », page 15 de l’édition 2010, répartit la dépense moyenne de 11.260 euros par type de filière post-bac : un étudiant coûte 14.850 euros en CPGE, 13.730 euros en STS, 10.220 euros à l’université. Depuis 2006 et la LOLF, le coût d’un étudiant en IUT est inclus dans celui d’un étudiant en université. En 2006, le coût d’un étudiant en IUT était de l’ordre de 10.000 euros et celui d’un étudiant en université de l’ordre de 8.000 euros. Ce qui est établi : de 2006 à 2009, il y a eu progression de la dépense pour un étudiant inscrit à l’université (IUT compris), mais cette dépense reste significativement inférieure à celle observée pour les élèves des classes supérieures des lycées (CPGE et STS).
La dépense de 10.220 euros par étudiant universitaire cache évidemment des disparités selon les niveaux de formation et selon les filières de formation. Combien coûte donc un étudiant en licence ? On peut faire l’hypothèse qu’il continue de coûter moins qu’un étudiant inscrit en DUT et qu’il coûte moins qu’un étudiant inscrit en master ou en doctorat. Pourquoi coûte-t-il moins ? Dans la première moitié des années 90, l’Observatoire des coûts avait démontré qu’un étudiant de premier cycle universitaire coûtait moins pour trois grandes raisons. 1. Economies d’échelle : plus d’étudiants par formation de 1er cycle que d’étudiants par formation de 2ème ou 3ème cycle. 2. Méthodes pédagogiques plus économes : davantage de cours en amphi. 3. Coût salarial moindre : enseignements pris en charge par des enseignants-chercheurs en début de carrière (et donc moins coûteux), par des professeurs agrégés ou certifiés, par des vacataires payés à l’heure. Le coût le plus faible était alors celui d’un étudiant en première année de droit !
Il est sûr que, dans le contexte des responsabilités et compétences élargies (RCE), les universités vont de plus en plus se préoccuper du coût de l’étudiant dans chacune de leurs formations. Certaines ont entrepris une démarche de comptabilité analytique. Mais aucune aujourd’hui n’est à même de calculer le coût d’un étudiant dans chacune de ses formations de licence.
Les données précédentes me font penser que la dépense par étudiant de licence demeure inférieure à 8.000 euros par an. Qu’on me persuade donc du contraire ! L’écart de dépense annuelle pour un étudiant en classe supérieure de lycée et pour un étudiant en licence universitaire demeure très élevé. Une vraie réforme du premier cycle passe par une égalité de traitement entre tous les étudiants de premier cycle. Pour y parvenir, j’estime la dépense nécessaire à plus de 3 milliards d’euros par an (chronique du 6 mai 2011).
Le « Plan Réussir en Licence » n’a pas été à la hauteur du défi de la réforme de la licence, en dépit de la grande satisfaction exprimée par la Ministre. Il n’a pas significativement modifié la donne. 730 millions d’euros en 5 ans (2008-2012) soit 146 millions par an pour 733.500 étudiants inscrits en licence (indicateur 10, page 33), soit une moyenne de 199 euros supplémentaires par étudiant de licence. Et encore ! Il n’est pas dit que les universités aient consacré toute cette somme à des dépenses pour les étudiants de licence : en effet, un rapport de l’IGAENR de 2010 a prouvé que les universités n’étaient pas à même de justifier comment elles avaient utilisé les crédits de ce Plan.
Les universités, leurs présidents, leurs personnels et leurs étudiants doivent refuser la « nouvelle licence » si la loi de finances 2012 ne prévoit pas au moins 750 millions d’euros supplémentaires, soit 1.000 euros de plus par étudiant de licence. Ce serait un début et un gain de crédibilité pour Valérie Pécresse ! Quant au programme du PS pour 2012, puisqu’il prévoit une loi d’orientation et de programmation pour le supérieur, il devrait annoncer clairement la couleur : porter à 13.000 euros en 2017 la dépense par étudiant de licence.
Dommage que le PS n’inscrive pas à son programme la création d’Instituts d’enseignement supérieur. Ceux-ci sont en effet économes des deniers publics : simplification de l’offre de formation, fusion des DUT et des STS par la création d’une voie professionnelle dans chaque IES, moins de dépenses d’orientation et de réorientation, progression des taux de succès (davantage de licences obtenues en 3 ans et donc moins d’étudiants en licence)…

Quelques chiffres donnés à la conférence de la CPU à Toulouse : « «il faut inverser la tendance en matière de répartition des financements pour le niveau licence, car actuellement les moyens sont concentrés sur les étudiants qui en ont le moins besoin ou sur ceux qui sont en fin de cycle », déclare Sophie Béjean, présidente de l’université de Bourgogne. Le coût moyen d’un étudiant est de 8 000 euros en licence contre 11 000 euros en lycée, de 10 000 euros en IUT, de 14 000 euros en STS et de 15 000 euros en CPGE. « Les sommes engagées dans le plan réussite en licence n’ont pas permis de corriger la concentration des moyens en fin de cursus ».
Je ne connais pas l’origine de ces chiffres, mais ils paraissent vraisemblables et je suis sûr que Sophie Béjean, qui est économiste, ne les avance pas à la légère.
Merci, Septime, pour ce commentaire. Les données citées par Sophie Béjean sont vraisemblables : elles sont en effet fort proches de ceux fournis par le Compte de l’Education.
Quant à ce que la présidente de l’université de Bourgogne dit de la « concentration des moyens en fin de cursus », c’est également plus que vraisemblable. Ce serait excellent si l’université en apportait la preuve pour ses propres formations
Le cout d’un étudiant est il l’indicateur pertinent ? J’en doute.
L’université est la pour former des étudiants, en ce sens, le cout qui compte c’est celui du diplômé pas celui de l’étudiant.
On a les stats de réussite en licence, il suffit de multiplier le cout d’un étudiant par le nombre d’années nécessaires à le diplômer et d’y ajouter le cout des abandons (financier et gachis intellectuel pour ceux qui auraient pu progresser mais qui ont été exclu du système).
Cela d’autant qu’il y a de nombreux étudiants fantômes en L1, qui ne sont inscrits que pour avoir certains droits (droit a une convention de stage alors qu’ils ont déjà un master, droit a une carte de séjour etc …). On a beau jeu de pester contre les TD a 35 quand il y a 35 inscrits mais que tout le monde sait qu’il n’y a que 15 ou 20 présents.
Un fois qu’on a parlé du cout, il faudrait parler de qualité. Par exemple les écoles d’ingénieurs/commerce recrutent des DUT et CPGE (2années d’études) mais aussi des L3 (3 années d’études). EN ce sens elles ont fait une « étude de marché » et en ont conclu qu’un DUT/CPGE vaut autant qu’un diplômé de L3, ce en quoi elle n’ont peut être pas tort puisque dans les 3 cas il s’agit d’environ 1800H de formation (2*900 ou 3*600)
Enfin pour réduire les coûts, on peut remplacer la licence en 3ans à 3*600H, par une licence en 4ans à 4*450H (4 années qui doivent être grosso modo la durée moyenne d’obtention de la licence .
Enfin, a trop parler de cout on en oublie peut etre l’essentiel : quel est le niveau de formation (et pas la durée) dont le pays a besoin.
Stéphane
Merci Stéphane pour votre commentaire. Vous avez raison, le coût n’est pas un indicateur de performance… l’objectif n’est évidemment pas de réduire et de réduire encore ce coût, dans une logique qui serait celle de la productivité industrielle (produire plus en moins de temps)!
Néanmoins, le coût est un indicateur qu’il faut retenir. Utilise-t-on au mieux les ressources pour atteindre les objectifs fixés ? Il s’agit d’être efficient et efficace. Votre idée de calculer le coût d’un diplômé est tout à fait bonne, mais, comme vous le dites si bien, il faut aussi prendre en compte le coût des abandons. Multiplier le nombre des indicateurs n’est guère souhaitable.
Vos observations sur les inscrits « fantômes » ne sont pas nouvelles. Elles ont été prises en compte par le système SYMPA, dit de dotation aux universités. Elles ne reçoivent plus de dotations par inscrit, mais par présent aux examens. Je ne suis pas sûr que çe soit une excellente idée !
Enfin et vous avez une nouvelle fois raison : plusieurs indicateurs de performance sont nécessaires. Le calcul du taux de succès n’est pas suffisant. Il faut bien entendu prendre en compte les résultats des évaluations faites par les étudiants et le devenir professionnel des diplômés (c’est à ce niveau qu’on peut observer les décalages entre le niveau théorique de compétences atteint et celui des emplois réellement occupés).
Le financement en fonction des présents aux examens est évidement pousse au crime. Par exemple Un « présent aux examens » est actuellement un étudiant qui à au moins une note dans le système apogée. Il suffit donc d’une note (de contrôle continu aux TD d’un unique module) pour que l’étudiant compte !!!! Voir même de mettre 0 aux absents.
Chaque université met le curseur ou elle veut :
- je compte sérieusement les étudiants présents : ça augmente mon taux de réussite et ça baisse ma dotation
- je compte les étudiants pour obtenir le maximum de « présents aux examens » : ça augmente ma dotation et baisse mon taux de réussite
Quel que soit le choix, le cout du diplômé est invariant, choisir le cout du diplômé comme indicateur c’est une impulsion forte : occupez vous de vos étudiants pour qu’ils réussissent (investissez dans la formation) et vous serez dotés pour cela… Avec évidement la tentation d’abaisser le niveau des diplômes, ce qu’un système national pourrait éviter (mais que la LRU encourage)
En ces temps de disette budgétaire…. le choix est assez vite fait.
PS je ne suis pas spécifiquement un adepte de la logique industrielle….
Mais à trop réduire les couts des produits, un jour plus personne le les achete… Rappellez moi l’attractivité des formations universitaires ?
« Par exemple les écoles d’ingénieurs/commerce recrutent des DUT et CPGE (2années d’études) mais aussi des L3 (3 années d’études). EN ce sens elles ont fait une “étude de marché” et en ont conclu qu’un DUT/CPGE vaut autant qu’un diplômé de L3, ce en quoi elle n’ont peut être pas tort puisque dans les 3 cas il s’agit d’environ 1800H de formation (2*900 ou 3*600) »
Je suis surpris par votre affirmation. Je viens de regarder sur le site de plusieurs écoles d’ingénieurs plus ou moins réputées, et soit je trouve une admission à partir de CPGE ou L3 (eg Mines, Telecom, ENSTA), soit une admission à partir de CPGE, DUT ou L2 (et non L3) (eg les INSA). Dans aucune, je n’ai vu d’équivalence entre DUT et L3. Ce qui d’ailleurs est cohérent d’après les ECTS, mais aussi d’après le fait que les facs recrutent les DUT en L3.
Les écoles que vous citez ne recrutent pas de DUT ( sauf insa). Pour celles qui recrutent des L, c’est peut etre ouvert aux L2 (ceux qui ont mention TB ? ) mais c’est principalement des L3.
Par ailleurs ces mêmes ecoles recrutent des M1 (bac+4) en 2eme année d’école ce qui est cohérent avec le recrutement de L3 en 1ere année.
exemple http://esisar.grenoble-inp.fr/formation/bac-2-informations-generales-2011-hors-prepa-mp-pc-ou-psi–118411.kjsp?RH=SAR_FOR-Admissions
OU ici (45 places pour les DUT, 5 pour les L2, 3 pour les l3) http://www.ensea.fr/fr/page/l3
ou encore la http://www.enseirb-matmeca.fr/accueil/espace-etudiant/admission/sur-titres
Je souhaite rectifier les données sur les coûts d’un étudiant en IUT vis-à-vis d’un étudiant en université. Les publications de la DEPP (NI 07-41 sur les coûts 2006) donne 7 840 € pour un étudiant en université et 8 980 € pour un étudiant en IUT. Pour la première fois dans l’analyse des dépenses intérieures d’éducation les étudiants inscrits en licence professionnelle en IUT sont comptabilisés dans les effectifs des IUT. Le coût n’est donc pas de 10 000 €. L’année suivante la publication (NI 09-13 sur les coûts 2007) donne 8 970 € pour un étudiant en université et 9 020 € pour un étudiant en IUT (augmentation du nombre d’étudiants en licence professionnelle). La LOLF, puis le défléchage des moyens mettent fin à cette différenciation et un coût unique est publié.
Ces données sont reprises sur divers blogs et même par l’AEF. Je crois préférable d’avoir des données conformes aux publications.
La question du calcul des coûts mérite à elle seule des débats.
@Christian. Merci pour votre commentaire incisif. Les chiffres que vous donnez pour 2006 et 2007 sont effectivement exacts. Je suis allé vérifier les deux notes d’information que vous avez prises en compte.
1. Je ne m’explique pas la forte augmentation de dépense pour un étudiant universitaire de 2006 à 2007 (plus de 1000 euros). Cela me paraît invraisemblable
2. A contrario, on peut faire l’hypothèse que la faible augmentation de la dépense pour un étudiant de DUT (+ 40 euros en un an) tient à l’intégration des étudiants de licence professionnelle (LP)dans le calcul. La LP coûte moins cher qu’une année de DUT pour une raison simple : la durée des stages (au moins 10 semaines) réduit la durée des heures d’enseignement (donc des salaires versés)
Vous dites : « je crois préférable d’avoir des données conformes aux publications ». Evidemment totalement d’accord avec vous ! Un problème apparaît quand les publications officielles fournissent des données contradictoires. J’ai utilisé pour ma part L’etat de l’enseignement supérieur Edition 2010, page 15, indicateur 1, graphique 4. Quand vous regardez ce graphique, la différence de dépense en 2007 entre un étudiant universitaire et un étudiant en DUT n’était pas de 50 euros !
Mais en définitive, vous conviendrez que nous en sommes toujours au même point : nous ne savons pas combien coûte un étudiant inscrit en licence. Ce qui est l’objet de cette chronique !
@stéphane
« c’est peut etre ouvert aux L2 (ceux qui ont mention TB ? ) mais c’est principalement des L3. »
Juste en dessous, vous citez un exemple avec 5 places en L2, 3 en L3… Hum. D’autre part, votre « ceux qui ont mention TB ? » me fait un peu l’effet de la mauvaise foi (et depuis l’IUT, il faut quelle mention ?).
Mais surtout :
ici » http://www.enseirb-matmeca.fr/accueil/espace-etudiant/admission/sur-titres »
vous oubliez qu’avec quelques clics, on arrive directement sur le
« concours DEUG » à destination des étudiants en L2 :
http://ccp.scei-concours.fr/
Quant à l’admission après le M1, elle correspond à une réorientation, qui justifie assez facilement la perte d’une année d’étude.
Enfin bref, le débat m’intéresse peu (le problème du L2, c’est que ce n’est pas diplôme contrairement au DEUG, et donc il n’y pas de notion de « validation » bien définie derrière, donc pour une admission sur titre, ça n’est pas satisfaisant), si ce n’est qu’on voit effectivement depuis quelques années des titulaires de DUT arriver en L3 avec l’idée qu’ils auront leur licence sans bosser puisque « un DUT vaut une licence ». Et non seulement ils mettent une sale ambiance, mais en plus ils se plantent !
@Dubois
« J’ai utilisé pour ma part L’etat de l’enseignement supérieur Edition 2010, page 15, indicateur 1, graphique 4. Quand vous regardez ce graphique, la différence de dépense en 2007 entre un étudiant universitaire et un étudiant en DUT n’était pas de 50 euros ! »
Sauf erreur, sur ce graphique, il n’y a déjà plus de chiffres pour 2007, l’intégration se faisant dès 2006.
J’ai l’impression que l’augmentation brutale (et incompréhensible) du coût d’un étudiant à l’université en 2007 d’après la NI 09-13 est justement due à cette intégration au moins entamée des IUT dans les comptes. C’est aussi à cette période, sauf erreur, que d’autres instituts rattachés (IUFM, IUP) se sont retrouvés « fondus » à l’université.
@Damien. Dont acte ! La question de départ que j’ai posée demeure donc non résolue !
Combien coûte un étudiant : diplômé qui suit L1, L2, L3 (avec ou sans redoublement) ?
Combien côute un étudiant / diplômé qui suit DUT 1, DUT 2, L3 ou Licenc professionnelle (avec ou sans redoublement) ?
Combien coute un étudiant / diplômé qui suit L1, L2 puis Licence pro (avec ou sans redoublement)?
Cett lacune de la statistique publique est fort fâcheuse quand on engage une réforme du L !
Vos discours sur les coûts des etudiants m’inquiètent. Ces données sont surement importantes mais tellement froides. Un enseignement de qualité ne résoudrait-il pas une partie du chômage de nos jeunes ? Votre idée d’IES me semble être une bonne solution pour revaloriser la licence. Une année post bac commune à tous les bacheliers pour leur permettre d’appréhender l’enseignement supérieur sans difficultés serait aussi une voie à envisager. Le secondaire ne préparent pas correctement au post bac. Je trouve votre blog et celui de Michel Lussault fort intéressant. Mais que faire pour que de vraies réformes voient le jour et rapidement. Je suis maman d’un etudiant L1 et je suis inquiète par le manque de valorisation de l’enseignement qu’il a choisit. Y a t’il des asso. où nous autres parents nous pourrions nous exprimer. Dans tous les cas je continuerai à vous lire.