Suite de chroniques. 1. ”Boursiers CPGE : flux et stocks” (commentaire critique de la circulaire ministérielle parue au BO du 9 juin 2011 : “CPGE : admission, déroulement des études, partenariat avec les universités”). 2. “Dix mois de cours : impossible” (à propos du versement du dixième mois de bourse).
Il y a sept niveaux de bourses sur critères sociaux : de 0 à 6. Selon le CNOUS, le montant annuel des bourses pour l’année 2010-2011 allait de 0 € (pour le niveau “0″) à 4.370 € (pour le niveau “6″). Tous les boursiers, en particulier ceux du niveau “0″, bénéficient d’une exonération du paiement des droits d’inscription et du paiement de la cotisation à la sécurité sociale étudiante. En 2011-2012, avec l’instauration du 10ème mois de bourse, le montant annuel devrait augmenter, sauf, évidemment, pour les boursiers à taux “0″ ?
L’édition 2011 de Repères et Références Statistiques permet d’actualiser un certain nombre de données. Combien d’étudiants boursiers ? Quel est le taux de boursiers ? Indicateur 10.8 : l’aide aux étudiants (page 351). Le taux d’étudiants boursiers a été quasiment stable de 2001 à 2007 (29,3% en 2007-2008). Il a ensuite fortement progressé : 32,7% en 2008-2009, 35,8% en 2009-2010, 37,5% en 2010-2011 (665.100 boursiers). Le gouvernement met ce gain important à son crédit. Normal !
Comment expliquer cette progression ? Plusieurs réponses possibles. A barème de revenus constant pour chaque niveau de bourse, la progression du nombre de boursiers pourrait être due à l’appauvrissement d’une partie de la population (davantage de parents d’étudiants entrent dans les “tranches” de revenus susceptibles de déclencher une bourse). La progression pourrait être également due à une modification de la composition sociale des étudiants (davantage de fils d’ouvriers et d’employés accèdent à l’enseignement supérieur). Elle pourrait également être due à un élargissement vers le haut de la tranche de revenus enclenchant une bourse : ce fut le cas en 2008, mais est-ce le cas pour les bourses à taux “0″. Dans ce dernier cas, la progression du nombre de boursiers serait partiellement artificielle. Qu’en est-il ? Aux experts de se prononcer.
Les ReRS 2011 avancent que la progression du taux global de boursiers est largement due à la progression du nombre de boursiers à taux “0“. “Le nombre de boursiers augmente pour chaque échelon : +17% pour l’échelon 0 en 2010 et entre +0,9% et 3,1% pour les autres échelons. L’évolution des échelons conduit à une modification de la structure des boursiers par échelon (tableau 3) : celui qui regroupait le plus d’étudiants en 2009 (l’échelon 6) voit sa part diminuer (18,7% en 2010 contre 19,2% en 2009), tandis que le poids de l’échelon 0 gagne 2 points pour s’établir à 20% et devient l’échelon regroupant le plus de boursiers”.
La proportion de boursiers est, en 2010-2011, très différente d’une filière de formation à l’autre (tableau 1) : 44,1% en STS, 33,8% à l’université (IUT compris), et… 25,7% en CPGE (20.016 boursiers). Dans cette filière, la proportion de boursiers a nettement progressé : 18,6% en 2007-2008, 21,9% en 2008-2009, 25% en 2009-2010. L’objectif de 30% de boursiers en CPGE n’est donc pas atteint alors que Valérie Pécresse s’était vantée d’y être parvenue. Il manque toutefois une information clé pour dire si les CPGE se sont ou non “démocratisées” : quel est le taux de boursiers à taux zéro en CPGE ? La progression observée entre 2007 et 2010 est-elle due à la progression des boursiers à taux zéro et dans quelle mesure ? Hors taux zéro, quelle est l’évolution du taux de boursiers ? La circulaire de juin mentionnée ci-dessus démontre un gouvernement aux abois : il faut engager toutes les procédures, certaines fort drôles, pour faire entrer un maximum de boursiers en CPGE !
Au sein de l’université, les taux de boursiers (33,6% en 2010-2011, en progression de 6,4 points par rapport à 2006-2007) sont également très différents d’une filière à l’autre (indicateur 10.9. “Les boursiers sur critères sociaux à l’université“. En 2010-2011, le taux de boursiers est le plus élevé en IUT (44,7%), puis en Sciences humaines et sociales (36,4%), en Lettres, arts et langues (35,8%). Il est égal à la moyenne en Sciences et en école d’ingénieurs (33,5%). Il est inférieur à la moyenne en Sciences économiques et gestion (30,1%), en droit et sciences politiques (28,8%), en médecine et pharmacie (28,7%).
Le tableau 3 indique que c’est dans les filières sélectives que la proportion de boursiers à taux zéro est la plus élevée : 26,1% en IUT et 25,5% en médecine et pharmacie (21,7% pour l’ensemble de l’université). Ces deux taux laisseraient croire que la proportion de boursiers à taux zéro est également importante dans les CPGE (dommage que cette donnée soit manquante). Actualisation 6 septembre par Septime : la donnée n’est pas manquante. Au temps pour moi ! En CPGE, le taux de boursiers à taux zéro est d’environ 24% en 1ère année et d’un peu plus de 30% en 2ème année (Source. Statistique des boursiers de l’enseignement supérieur, DEPP, juin 2011, 41 pages).
Bien sûr, le taux de boursiers dans l’enseignement supérieur n’est pas le seul indicateur pour estimer l’évolution de la démocratisation. Chroniques à suivre, fondées sur les données des RERS 2011 !






Pierre,
Les chiffres sur les boursiers à taux zéro figurent dans les Tableaux statistiques (TS7119 p.31) qui, comme tu le sais, contiennent l’information “brute” qui sert à alimenter RRS.
On trouv les Tableaux statistiques en ligne sur le site pleiade/DEPP (https://www.pleiade.education.fr/portal/pleiade/depp).
Le pourcentage de boursiers à taux zéro en CPGE est d’environ 24% en première année contre un peu plus de 30% en deuxième année.
Merci Septime pour une source que je connaissais pas. Au temps pour moi ! J’ai donc modifié la chronique en conséquence.
Article qui fournit une occasion de rappeler la politique extrêmement astucieuse de Sciences Po Paris, qui se livre à une véritable OPA sur les boursiers mentions TB au bac.
En effet :
- ils bénéficient d’une procédure d’entrée sur dossier particulière (rien à voir avec les ZEP) qui date de l’époque où une mention TB était l’indice d’un niveau extraordinairement élevé, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui (de mémoire,la réponse à la question d’un sénateur mentionnait une multiplication par 40 du nombre de mentions TB alors que le nombre de bacheliers généraux avait été multiplié par 2). Actuellement il doit y avoir 4 fois plus de candidats mention TB que de places pour l’accès à Sciences-Po par cette voie, ce qui permet de favoriser de façon occulte les boursiers, afin d’augmenter le pourcentage de boursiers dans l’ensemble des étudiants, en laissant croire via de multiples médias que cette augmentation vient des fameuses conventions ZEP (qui ne recrutent en fait que 10% des étudiants), et de maintenir des épreuves dites “socialement discriminantes” aux autres voies d’accès qui recrutent alors beaucoup d’enfants de familles pouvant payer des frais de scolarité élevés,
- les bourses CROUS sont majorées de 75% (redistribution de frais de scolarité venant des enfants de milieux favorisés).
Un boursier mention TB a donc tout intérêt à essayer de rentrer à Sc Po Paris (pas de risque lié à un concours à bac + 2, bourse majorée de 75% pendant la durée de ses études).
Le côté négatif est la difficulté d’y entrer pour les enfants des classes moyennes (surtout celles juste au-dessus du seuil de la bourse).
Dernier point sur les bourses en CPGE : certains élèves qui auraient droit à des bourses échelon 0 ne font pas de dossier car il ne présente pas grand intérêt (je pense qu’il n’y a pas de frais d’inscription en CPGE, et jusqu’à 18 ans - beaucoup d’élèves sont en avance d’1 ou même 2 ans - ils peuvent bénéficier de la Sécu des parents).
François, pour les CPGE, il y a des frais d’inscription à de nombreux concours et les boursiers en sont dispensés ou bénéficient de frais réduits. Ca peut représenter un bon paquet d’argent, alors l’intérêt d’être boursier est clair…
Itgugue, je crois que le caractère systématique cette dispense des frais d’inscription ne date que d’une décision de V. Pécresse prise suite à la violente polémique sur les quotas de boursiers (début 2010). A l’époque seules les ENS et l’X (plus peut-être quelques autres) exonéraient de frais les boursiers - ce que d’ailleurs VP semblait ignorer au moment de son annonce …
C’est vrai qu’aujourd’hui à cause de ces exonérations c’est plus motivant de remplir un dossier pour obtenir une bourse échelon 0; les cas dont j’avais entendu parler datent peut-être d’une période plus ancienne et d’élèves ne comptant pas passer les concours de l’X ou des ENS, mais uniquement des concours où le fait d’être boursier ne faisait pas changer le montant des frais d’inscription.
François, j’ai bénéficié de ces dispenses pour de prestigieux concours scientifiques (Centrale, Mines-Ponts) il y a plus de 15 ans. A l’époque, les concours X et ENS étaient tout simplement gratuits pour tous. Mais peut-être la polémique ne concernaient-elle pas les concours scientifiques ? Après tout, polémiquer avec la CGE, c’est souvent polémiquer surtout avec les écoles de commerce pompes à fric.
François, j’ai bénéficié de ces dispenses pour de prestigieux concours scientifiques (Centrale, Mines-Ponts) il y a plus de 15 ans. A l’époque, les concours X et ENS étaient tout simplement gratuits pour tous. Mais peut-être la polémique ne concernait-elle pas principalement les concours scientifiques ? Après tout, polémiquer avec la CGE, c’est souvent polémiquer surtout avec les écoles de commerce pompes à fric.
Tout à fait d’accord, c’est un effet pervers de la coexistence des écoles scientifiques et de commerce au sein de la CGE. J’ai rencontré des dirigeants d’écoles d’ingénieurs qui avaient des recrutements infiniment plus diversifiés socialement que celui de Sciences Po et qui étaient complètement écœurés par les attaques que l’amalgame écoles scientifiques - écoles de commerce permettait à Richard Descoings.