Coût de la scolarité de Wauquiez

Laurent Wauquiez-Motte a été un fort brillant étudiant. Combien ont coûté à l’Etat ses formations supérieures successives (9 années en continu, de 1992 à 2001) et combien a-t-il payé de droits d’inscription ? Dans une période où l’on supprime des postes d’enseignants et où des débats relancent opportunément la question de l’augmentation des droits d’inscription dans le Supérieur, il est légitime de poser ces deux questions.

Reconstitution de la scolarité de Laurent, le 1er partout, à partir de 3 CV consultables en ligne : Wikipédia, Site perso, MESR. Certaines dates ne figurent pas dans ces trois sources : une erreur à la marge est possible. Que le lecteur averti veuille bien apporter des précisions. Vidéos Daymotion. Des dizaines de photos.

Naissance en avril 1975. 1. « Etudes secondaires au lycée Louis le Grand et au Lycée Henri IV. Entrée en 1994 à l’ENS ULM ». Déduction : baccalauréat à 17 ans en 1992, deux années de classe préparatoire (CPGE) dans un des deux lycées parisiens prestigieux. Dépense publique pour 2 ans de scolarité en CPGE en euros 2010 : 30.000 euros (indicateur 10.5. des RERS 2011). Droits d’inscription : 0 euro.

2. Deux ans de scolarité à l’ENS ULM de 1994 à 1996. Durant cette période, il obtient à l’université une licence puis une maîtrise d’histoire. Je suppose qu’il a obtenu l’agrégation d’histoire en 1997. Dépense publique pour 2 ans de scolarité à l’ENS ULM et pour une année de préparation de l’agrégation : 30.000 euros pour 2 années d’ENS + 10.000 euros pour une année de prépa Agrég + 50.000 de rémunération, charges incluses = 90.000 euros. Droits d’inscription : 750 euros (3 années d’inscription à l’université, en parallèle à la scolarité au sein de l’ENS).

Laurent Wauquiez, agrégé d’histoire, ne s’engage pas dans un doctorat, décide de ne pas faire l’enseignant d’histoire en lycée ou en CPGE. Il poursuit ses études supérieures de 1997 à 1999. 3. Il intègre Sciences Po Paris, en sort diplômé ; il obtient alors un DEA de droit public. Agrégatin, DEA : il est toujours au même niveau : bac+5. Dépense publique pour ces deux années d’études supérieures : 30.000 euros. Droits d’inscription : 500 euros. Perçoit-il sa rémunération de fonctionnaire pendant les deux années de Sciences po ?

Ce n’est pas fini. 4. Laurent Wauquiez réussit le concours d’entrée à l’ENA en 1999 et sort major de la promotion Mandela en 2001, après 2 années de formation et de stage (chronique : « Laurent 1er et le classement de l’ENA« ). Après 9 ans d’études en continu, il est toujours à bac+5 (le diplôme nécessaire pour candidater à l’ENA est la licence). Dépense publique pour ces deux années de formation supérieure : 30.000 euros + 50.000 euros de rémunération, charges sociales incluses (les élèves de l’ENA, de même que ceux de l’ENS, perçoivent un salaire) = 80.000 euros. Droits d’inscription = 0 euro.

Au total, 9 ans d’études supérieures en continu (dont un an de stage lors de la formation à l’ENA) et un niveau d’études de bac+5. Dépense publique pour Laurent Wauquiez : 230.000 euros. Droits d’inscription : 1.250 euros. 230.000 euros, ce n’est pas une pécadille, même pour un jeune homme né « avec une cuiller d’argent dans la bouche ». Laurent, le 1er partout, se rend-il compte de ce que l’Etat, i.e. l’impôt des français, ont fait pour lui ? Destiné à la Haute fonction publique, qu’a-t-il rendu en échange ? « Faire l’élu ou le ministre d’une famille politique » n’est pas « faire le Haut fonctionnaire ».

Je reconnais que je suis choqué par cette forte inégalité d’accès aux études supérieures longues. Oui, il faut poser la question des droits d’inscription. J’ai déjà exprimé un premier choix (chronique : « Faire un 2ème Master 2« ). Quand des études supérieures sont poursuivies après l’obtention d’un diplôme permettant l’accès au marché du travail (cas de Laurent Wauquiez après l’obtention de l’agrégation d’histoire), ce n’est pas à l’Etat de payer ! Il a déjà donné ! 

Notes. Quelle est aujourd’hui la situation de Laurent Wauquiez par rapport à l’obligation décennale de servir dans la Fonction publique ? Régime financier de l’ENA (décret du janvier 2002, article 17) : « les recettes de l’Ecole nationale d’administration comprennent notamment : … 7° Le remboursement des frais de scolarité des élèves démissionnaires ».

Article 24 de l’Arrêté du 23 décembre 2009 portant approbation du règlement intérieur de l’Ecole nationale d’administration. « Le Directeur invite les élèves à signer l’engagement de servir pendant dix ans dans un des corps recrutés par la voie de l’Ecole nationale d’administration. Les élèves qui refuseraient de signer cet engagement seront réputés avoir renoncé au bénéfice de leur scolarité dans les conditions définies à l’article 52 du décret n° 2002-50 du 10 janvier 2002 susmentionné ». Observatoire Boivigny, chronique du 14 janvier 2007. « ENA, Polytechnique, Normale : quand les études payent ».

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Article du on Mercredi, septembre 28th, 2011 at 17:07 dans la rubrique A. S'indigner. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

32 commentaires “Coût de la scolarité de Wauquiez”

  1. everd dit:

    Bonjour
    il y a du vrai dans ce que vous dîtes, surtout dans le détournement de l’obligation décennale de travailler pour la fonction publique. Quoiqu’il me revient que les années d’école sont comprises dans les 10 années… donc sa formation à l’ENA aussi. Et la carrière politique, itou (c’est payé par l’Etat). Donc, juridiquement, je ne suis pas certain que vous fassiez mouche…
    D’autre part, détail mais l’inscription à ScPo , même dans ces années-là, était déjà beaucoup plus chère qu’une inscription à la fac (1000 euros par an, je dirai).

  2. Pierre2 dit:

    Oui, c’est choquant, et probablement sous-estimé: la scolarité à Ulm dure 4 ans, avec extension possible à 5 ans, le coût du salaire et des charges sociales doit donc être plus important; Laurent Wauquiez a probablement été entièrement pris en charge pendant les 7 dernières années de sa scolarité. Ce serait intéressant à savoir; c’est le genre de détail qu’il ne donnera peut-être pas facilement.

    A partir de la troisième année d’Ulm, il avait, comme on dit en Chine, un bol de riz en fer (l’agrégation) : au pire, il ferait partie des profs agrégés; il a pu tranquillement travailler sans obstacles matériels pendant 4 ans pour s’assurer un avenir plus brillant.

    Il n’est pas seul dans ce cas: on pourrait aussi parler des polytechniciens qui suivent, rémunérés par l’état, un master de mathématiques financière avant de rentrer chez Goldman-Sachs.

    Cher Pierre, ne vous inquiétez pas, Terra Nova a la solution: on va tripler les frais d’inscriptions pour les étudiants de L (on triplera aussi en même temps les frais d’inscription en prépa, pour être juste: comme ils sont actuellement nuls, ça ne pénalisera pas ces étudiants), on « incitera » les polytechniciens qui partent dans le privé à rembourser « une partie » du prix de leurs études, et on « débattra » du statut des normaliens. Les successeurs de Laurent Wauquiez peuvent dormir sur leurs deux oreilles; les autres, qui auraient juste voulu faire une licence à l’université pour devenir professeur, ont du souci à se faire…

  3. François dit:

    Les ENS rémunéraient en tant qu’étudiant (pendant un an) les agrégés en fin de 3ème année préparant ensuite un DEA.
    D’autre part, à son niveau, Sciences Po (dont il a obtenu le diplôme en 98) se faisait en même temps que d’autres études.
    Donc le seul doute est le financement de l’année 98-99 (préparation à l’ENA post diplôme Sciences Po). Sinon, il a été payé depuis qu’il avait 19 ans. C’est très intéressant car ça permet de liquider sa retraite de bonne heure (cf Juppé, Fabius, …).

  4. CedricA dit:

    Excusez moi de me faire l’avocat du diable, mais sous couvert de limiter les abus, il faudrait faire attention à ne pas remettre en cause « le droit à l’erreur ». Notre système d’études supérieures, aussi imparfait soit-il, le permet et je connais BEAUCOUP de gens qui ont apprécié la possibilité de se réorienter. Il y a certe des abus, mais souvent, en partant d’un exemple extrême on abouti à des « solutions » qui, pour limiter quelques cas, emmerdent tous les autres, pourtant majoritaires.

  5. François dit:

    A CedricA. Oui, notre enseignement supérieur pris globalement offre des possibilités de réorientation exceptionnelles (et souvent quasi gratuites).
    C’est la raison pour laquelle nous avons globalement un des taux d’abandon d’études supérieures sans aucun diplôme les plus bas de l’OCDE (20% contre une moyenne de 30%) malgré le taux d’échec important en fin de L1 dont les journalistes se délectent.
    Le sénateur Demuynck qui était chargé d’une étude sur le sujet vient de le constater avec surprise.
    D’après l’OCDE le taux américain « some college, no degree » est un des plus élevé malgré l’existence (méconnue en France) des diplômes fin high school + 2 (« associate degrees »).

  6. Coût de la scolarité de Laurent Wauquiez : 230 000 euros dit:

    […] Le blog de Pierre Dubois Ce contenu a été publié le Non classé par Educsup, et marqué avec droits de scolarité, Wauquiez. Mettez-le en favori avec son permalien. […]

  7. stef dit:

    Pouvez vous nous rappeller le salaire d’entrée dans la fonction publique des normaliens agrégés ou MCF ainsi que le cout pour l’état de 40ans de carrieres (dont 4 de formations remunérées 1000€/mois) d’un normalien ?

    stéphane

  8. Pierre2 dit:

    @stef: la première question est simple: le salaire d’entrée est de 1890 euros net par mois pour un agrégé, et d’un montant équivalent (moins de 2000 euros) pour un maître de conférence. Il faut rappeler cependant qu’un normalien qui devient maître de conférence a commencé par être thésard pendant 3 ans, avec un contrat doctoral à 1651,90 euros net par mois; autrement dit, c’est autour de 25 ou 26 ans qu’il démarre à 1900 euros par mois.

    La seconde question n’a pas de sens: elle dépend de la carrière du normalien considérée. S’il est prof agrégé, avec un salaire de 3000 euros par mois au bout de 20 ans, et 3500 au bout de 30 ans, il faut compter en moyenne, avec les charges sociales, 60 000 euros par an, soit à la louche 2 million et demi d’euros en 40 ans.Le même calcul pour un smicard donnerait, avec la même louche, environ 800 000 euros. S’il est nommé professeurs d’université de classe exceptionnelle à 35 ans, avec un salaire de 5000 euros par mois, cela ira plutôt chercher dans les 4 millions (ce pourrait être par exemple le cas d’un prix Nobel ou d’une médaille Fields; je vous laisse juge de savoir si 4 ou 5 millions pour une carrière entière constituent un montant scandaleux dans un tel cas). S’il passe l’ENA et devient inspecteur des finances, le montant sera évidemment beaucoup plus important (8000 euros par mois), et de même s’il devient ministre (plus de 10 000 euros par mois).

    Votre question laisse penser que vous croyez que la carrière d’un universitaire se fait à l’ancienneté; je vous signale que ce n’est pas le cas, renseignez-vous.

  9. stef dit:

    @pierre2

    Des PU classe exceptionnel à 35 ans y’en pas bcp… Vu que l’age moyen d’entrée dans le corps des MCF doit se situer aux alentours de 31 ans !!! Apres, dire que la carriere ne se fait pas à l’ancienneté, permettez moi de rire. Les passage d’échelons de MCF se font au rythme le plus favorable depuis une 10aine d’années, tous les MCF avancent au meme rythme. Après il y a ceux qui passent PU. Mais la grille PU2classe est la meme que MCF HC (qu’un MCF atteint quasi toujours avant la fin de carière). Enfin il y a les PU 1ere classe et HC, mais ca concerne moins de 10% des EC…

    Mon propos n’était de toute facon pas celui la. Je pointais juste que très peu de personnes sensées qui auraient le niveau de sortie d’Une ENS ou ENS+These ne se lancerait dans une carriere universitaire en france à 2000€ /mois si justement ils ne sortaient pas d’une ENS .

  10. Damien dit:

    « Des PU classe exceptionnel à 35 ans y’en pas bcp… »

    Ca existe seulement ? Je veux bien croire qu’on puisse être PU 1ère classe à 35 ans (MC à 25, prof 2ème classe à 30), mais classe exceptionnelle ?

    « Mais la grille PU2classe est la meme que MCF HC (qu’un MCF atteint quasi toujours avant la fin de carière). »

    Oui, enfin il y a une question d’âge quand même. On passe PU à 40-45 ans, on passe MCF HC à 55. Ça ne fait pas vraiment le même rythme de progression.

  11. Michel ABHERVE dit:

    Il me semble qque la question la plus importante posée par
    Pierre dubois à travers cet exemple signifiant peut se résumer ainsi :
    D’exceptionnels, efficaces, et très coûteux mécanismes de promotion sociale ont été mises en place pour une élite intellectuelle, et ils profitent aujourd’hui essentiellement à ceux qui par leur milieu social très privilégié n’en ont pas besoin pour réussir
    Il est à craindre que si rien n’est fait pour les recentrer vers les jeunes de milieux modestes qui, eux, en ont absolument besoin pour réussir, elles ne disparaissent.

  12. Damien dit:

    « D’exceptionnels, efficaces, et très coûteux mécanismes de promotion sociale ont été mises en place pour une élite intellectuelle, et ils profitent aujourd’hui essentiellement à ceux qui par leur milieu social très privilégié n’en ont pas besoin pour réussir »

    Si ces mécanismes ne profitent essentiellement qu’à des gens de milieu social privilégié, on ne peut pas dire que ce sont des mécanismes « efficaces » (dès lors qu’on considère que leur objectif est effectivement la promotion sociale). Nous arrivons donc à « D’exceptionnels, inefficaces et très coûteux mécanismes ont été mis en place pour une élite intellectuelle, et ils profitent à ceux qui n’ont en pas besoin pour réussir ».
    Dans ces conditions, plutôt que de « craindre » que ces mécanismes ne disparaisse, on pourrait le « souhaiter ».
    Quitte à les remplacer par d’autres mécanismes de promotion sociale, efficaces ceux-là.

    Les ENS et autres Polytechniques ont-ils jamais été des mécanismes « efficaces » de promotion sociale ? Peut-être pour une toute petite élite méritante. Mais la promotion sociale se résume-t-elle au fait d’amener un fils d’ouvrier au prix Nobel ?

  13. Dubois dit:

    Merci à Everd, Pierre 2, François, Cedric, Stef, Damien et Michel pour vos commentaires

    @ Everd. L’obligation décennale. A vérifier : les années d’école sont-elles comptabilisées dans ces dix ans ? Un texte de référence ? Quant à décompter l’activité politique dans l’obligation décennale, ce serait un comble. Un texte de référence ?

    @ Pierre2. Inégalités sociales en matière de droits d’inscription. Laurent Wauquiez payé pendant 7 années d’études ? Egalement à vérifier ! Je partage votre crainte sur l’inégalité sociale des droits d’inscription actuels et peut-être futurs. Je confirme l’idée : droits d’inscription équivalant au coût réel de la formation pour ceux qui poursuivent des études après un diplôme professionnel de niveau bac+5. Je ne pense pas me tromper en disant que ces « poursuivants » ne sont pas issus des classes populaires.

    @ François. La retraite. Vous avez raison de signaler qu’être rémunéré à 19 ans est fort avantageux pour la retraite. Peut-être Laurent le 1er partout revendiquera dans 24 ans le statut de carrière longue pour pouvoir bénéficier de la retraite à 60 ans.

    @ Cedric A et à François. La réorientation. Bien sûr, elle doit exister. Immédiatement près une agrégation d’histoire, elle n’est pas pour moi admissible ! La formation tout au long de la vie existe. Les salariés en reconversion doivent en bénéficier prioritairement. Laurent Wauquiez aurait pu tenter l’ENA au concours externes après avoir fait plusieurs années le professuer d’histoire. Par ailleurs, les réorientations, coûteuses pour la dépense publique, seraient moins nombreuses si l’offre de formation en 1er cycle n’était pas aussi compliquée et pléthorique.

    La suite de mes réponses dans la soirée.

  14. Dubois dit:

    @Stef, Pierre 2 et Damien. Désolé, mais vos commentaires sont hors-sujet pour cette chronique. Elle porte sur le nombre d’années d’études en continu, le coût de la scolarité, l’obligation décennale pour les étudiants passés par les ENS et l’ENA, la situation de Laurent Wauquier par rapport à ces 3 questions.

    Néanmoins Pierre2 a raison. La carrière d’un agrégé commence bien avant celle d’un maître de conférences. Le tableau 7 de la Note d’information de la DEPP sur les enseignants du supérieur indique l’âge de recrutement des MCF et des PR en 2009-2010 : 34 ans pour les maîtres de conférences (de 31 ans 8 mois en Sciences à 37 ans 2 en médecine), 44 ans 5 mois pour les professeurs (39 ans 9 mois en droit – à cause de l’existence d’une agrégation du supérieur – et 51 ans 6 mois en odontologie). http://media.enseignementsup-recherche.gouv.fr/file/2011/56/7/NIMESR1106_176567.pdf.

    Un professeur de classe exceptionnelle à 35 ans : un exemple de ce type d’oiseau rare ?

    La différence d’âge dans l’accès à l’emploi stable entre les agrégés et les MCF me pousse à ne souhaiter que des agrégés comme corps professoral dans les Instituts d’enseignement supérieur que mon blog préconise. Un seul corps professionnel dans les IES avec une meilleure carrière que celle des MCF.

    @ Michel Abhervé et à Damien. Vous posez tous les deux la question essentielle du rôle de l’enseignement supérieur, de l’université et des Ecoles dans l’ascension sociale et celle corollaire mais différente des inégalités sociales dans l’accès à l’enseignement supérieur. Les mots que l’on emploie sont tout à fait importants dans cette affaire et Damien a raison.

    En fait, vous devancez, avec pertinence, une prochaine chronique sur l’ascenseur social. Une des premières déclarations de Laurent Wauquiez a porté sur cette question : « une société dans laquelle l’ascenseur social ne fonctionne plus est une société morte ». Cette déclaration m’a particulièrement choqué de la part d’un ministre qui est né avec une cuiller d’argent dans la bouche. Pour lui, l’ascenseur social est resté bloqué au dernier étage.

  15. Michel ABHERVE dit:

    Il n’est pas anormal qu’un enfant de bonne famille doué pour les études ne descende pas l’ascenseur social et reste en haut : ce qui est par contre anormal c’est que la collectivité paye, cher, pour cela.
    Et ce qui est vraiment anormal c’est qu’un enfant de famille modeste, très doué pour les études, ne monte pas : les moyens de la collectivité devraient être consacrés à celui-là.

  16. everd dit:

    Je rebondis :
    « droits d’inscription équivalant au coût réel de la formation pour ceux qui poursuivent des études après un diplôme professionnel de niveau bac+5. Je ne pense pas me tromper en disant que ces “poursuivants” ne sont pas issus des classes populaires.  »
    quid des agrégés qui s’inscrivent en thèse? s’ils ont une bourse de thèse et (en général) un monitorat, ils paient néanmoins encore des droits d’inscription (j’aimerai bien savoir quel est le coût d’un candidat doctorant qui prend bcp moins de cours que les autres étudiants mais dont le coût d’inscription est le plus élevé). Dans un certain nombre de disciplines, comme l’histoire, l’agrégation est pratiquement une obligation pour rentrer dans le sup (d’ailleurs, de ce point vous ne devez pas être en désaccord, Pierre Dubois).

  17. Alain dit:

    Un des problèmes soulevé par le parcours de Wauquier n’est-il pas aussi celui des normaliens qui passent, et obtiennent l’agrégation, pour ne pas ensuite aller dans l’enseignement secondaire ou supérieur, prenant ainsi inutilement un poste au concours d’agregation, surtout actuellement ou le nombre de postes est en nette diminution.

  18. Quid dit:

    Eléments de la carrière de M. Wauquiez-Motte (Laurent) depuis sa sortie de l’ENA :

    – affecté au Conseil d’État par arrêté du ministre de la fonction publique et de la réforme de l’Etat en date du 20 avril 2001 ;
    – nommé auditeur de 2e classe au Conseil d’État à compter du 1er avril 2001 par décret du Président de la République en date du 27 avril 2001 ;
    – nommé auditeur de 1re classe au Conseil d’État à compter du 1er octobre 2002 par décret du Président de la République en date du 25 septembre 2002 ;
    – nommé maître des requêtes au Conseil d’État (deuxième tour intérieur) à compter du 1er avril 2004 par décret du Président de la République en date du 26 mars 2004 :
    – placé dans la position de disponibilité pour convenances personnelles prévue à l’article 44 (b) du décret n° 85-986 du 16 septembre 1985 modifié relatif au régime particulier de certaines positions des fonctionnaires de l’État et à certaines modalités de cessation définitive de fonctions, du 14 juin au 4 juillet 2004, afin de se consacrer à la campagne électorale en vue d’une élection législative partielle, par arrêté du Premier ministre et du garde des sceaux, ministre de la justice en date du 23 juin 2004 ;
    – réintégré au Conseil d’État à compter du 5 juillet 2004 par arrêté du Premier ministre et du garde des sceaux, ministre de la justice, en date du 2 août 2004, et placé dans la position de détachement, à compter de la même date, afin d’exercer son mandat de député à l’Assemblée nationale.
    – réintégré dans ses fonctions et à son rang au Conseil d’État par arrêté du Premier ministre et de la garde des sceaux, ministre de la justice, en date du 6 juillet 2007, M. Laurent Wauquiez-Motte, maître des requêtes au Conseil d’État, et placé dans la position de détachement, pour une durée de cinq ans à compter de la même date, afin d’exercer les fonctions de secrétaire d’État, porte-parole du Gouvernement.

    Source : http://www.legifrance.gouv.fr/initRechExpMesuresNominatives.do

  19. AS dit:

    Il est évidemment caricatural de n’interpréter ces diplômes qu’en termes de la valeur de signal qu’ils peuvent avoir, mais pour les besoins de l’argumentation, on peut à la rigueur l’admettre.

    Dans ce cas, le problème n’est pas celui de la sélection, finalement très transparente et méritocratique (contrairement à ce que prétend Bourdieu), effectuée aux concours d’entrée de ces études. Le problème est qu’il se trouve que sociologiquement ces concours sélectionnent des individus « héritiers » (ce qui est l’observation initiale de Bourdieu et qui a justifié ses élucubrations ultérieures).

    Mais aucune société, jamais, nulle part, n’a réussi à éviter ce problème après qu’un système politique eût dépassé une génération. A ma connaissance en tous cas. Et j’adorerais connaître un contre exemple…

  20. François dit:

     » Mais aucune société, jamais, nulle part, n’a réussi à éviter ce problème  »
    Certaines sociétés ont su régler le problème de façon radicale. J’en avais entendu parler par un camarade vietnamien pendant mes études. Il m’avait dit : « Mon ami N. n’a pas pu faire d’études, car il était fils de cadre ». Je ne l’avais qu’à moitié cru et mis son propos sur le compte d’un anticommunisme primaire.
    Mais je viens de lire un article sur l’écrivain Duong Thu Huong (Books de septembre).  » Ma grand-mère était propriétaire terrienne, mon père ingénieur et ma mère institutrice. J’étais donc la seule ignorante de la famille, du fait de l’époque et de mes origines – ni prolétariennes ni paysannes – qui me privaient d’accès à l’éducation.  »
    Voilà donc un système qui avait su régler ce problème … La question est de savoir si nous souhaitons l’imiter (une idée pour certains candidats à la prochaine présidentielle ?).
    Plus sérieusement, je pense qu’une bonne mesure de la démocratisation d’un système est de vérifier qu’il existe une possibilité de régression sociale pour les enfants de milieux favorisés peu doués, ou peu travailleurs (ou les deux).

  21. Sébastien dit:

    Je vais répondre à la question suivante :

    « @ Everd. L’obligation décennale. A vérifier : les années d’école sont-elles comptabilisées dans ces dix ans ? Un texte de référence ? »

    Etant normalienn je peux vous confirmer que les années d’école comptent bien dans l’engagement décennal.
    Me concernant, ces dix années ont été décomptées comme suit : licence, maîtrise, année de préparation à l’agrégation, DEA (4 ans en ENS), 3 ans de thèse (CIFRE dans une entreprise publique), 2 ans d’ATER, puis la première année de MCF.
    J’avais donc satisfait à cette obligation décennale dès ma titularisation comme MCF.

    Des textes ne doivent pas être très difficile à trouver…

  22. Michel ABHERVE dit:

    Merci à Sebastien de nous avoir montré combien cette « obligation » était théorique !

  23. Normalien dit:

    Intéressant. Juste un détail qui ne manque pas de piquant : les normaliens ne payent pas leur inscription à l’université car ils sont fonctionnaires stagiares. Vous pouvez donc retirer 750 euros de droits d’inscription à votre bilan :)

  24. Dubois dit:

    Merci à tous pour votre contribution au débat. Grâce à vos commentaires, j’ai pu publier une chronique dédiée à l’obligation décennale des Normaliens, Enarques et Polytechniciens.
    http://blog.educpros.fr/pierredubois/2011/10/10/obligation-decennale-du-normalien/

  25. itgugue dit:

    Pour les droits d’inscription, ça a souvent fluctué. De mon temps (la même période que Wauquiez…), certaines universités dispensaient des droits d’inscription, d’autres non. C’était même un petit jeu en sciences dures, où les magistères avaient plusieurs rattachements universitaires, de changer de lieu d’inscription pour choisir le plus favorable (les politiques changeaient d’une année sur l’autre pour des raisons inexpliquées…).

  26. Patasel dit:

    Bonjour. Merci pour cet articles et les commentaires, pour la plupart intéressants.
    Désolé si ma question est idiote mais je ne connais pas bien le système
    public. A quel titre aurait-il été rémunéré à partir de 19 ans ? Ou bien pendant Sciences-Po ? « Suffit-il » d’obtenir l’agrégation pour toucher une rémunération alors qu’on n’exerce pas ? Moi, j’ai commencé à être payé quand j’ai eu un job, pas quand j’ai eu mon diplôme Bac+5.

  27. François dit:

    Il a été payé à partir du moment où il est entré à l’ENS-Ulm (en échange d’un engagement décennal). Ce système permettait d’obtenir maîtrise + agrégation + DEA (donc aujourd’hui master) en étant rémunéré. Il a dû faire Sciences Po en même temps. Ensuite il a été reçu à l’ENA (même système que l’ENS, donc vraisemblablement 2ème engagement décennal).

  28. Maxsous dit:

    Cracher sur la réussite scolaire d’une personne c’est vraiment petit. Le simple fait de faire un calcul sur le « coût » des études de ce Monsieur Wauquiez ( que je n’apprécie pas plus qu’une autre politicien )montre à quel point on a en France un rapport pervers à l’argent. Le débat à ouvrir devrait plutôt se focaliser sur la nécessité d’en finir avec cette fabrication d’élites dirigeantes dans notre pays par les grandes écoles. Système qui n’existe nul par ailleurs dans le monde et auquel il faudrait mettre un terme.

  29. François dit:

     » nécessité d’en finir avec cette fabrication d’élites dirigeantes dans notre pays par les grandes écoles. Système qui n’existe nul par ailleurs dans le monde et auquel il faudrait mettre un terme. »
    Voulez-vous dire – solution radicale – qu’il ne faut aucune formation spécifique pour les futures élites dirigeantes ? (ce qui me semble-t-il est le cas de l’Allemagne).
    Ou simplement que les établissements de fabrication de futures élites dirigeantes – qu’ils s’appellent « elite universities » aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, au Japon, en Chine, …) ou grandes écoles en France – doivent recruter exclusivement sur dossiers (USA, UK) plutôt que par concours (tout de suite après le bac en Chine, plus tard en France)?
    Ce qui me paraît beaucoup plus spécifique à la France est le fait que le diplôme de fin d’études secondaires (quel qu’en soit le niveau) donne le droit d’entreprendre des études supérieures gratuites dans une discipline de son choix, même si celle-ci n’a aucun rapport avec les capacités prévisibles de l’ex-lycéen.

  30. everd dit:

    Je me permets de rebondir encore sur cette discussion pour signaler un passage intéressant déniché dans le Monde Diplomatique d’aout dernier
    Matthias Roux, Des serviteurs de l’Etat poussés vers le privé.
    L’Ecole normale supérieure tentée par la philosophie des affaires, Le monde diplimatique, aout 2011, pp.22-23 (et en ligne http://www.monde-diplomatique.fr/2011/08/ROUX/20859)

    « Parallèlement, l’ENS devient, à l’instar de Sciences Po, un marchepied officiel vers la haute fonction publique. Depuis 2005, en partenariat avec l’université Paris-I, elle offre à ses élèves une préparation au concours de l’ENA, dont l’attrait aux yeux des normaliens, s’il ne date pas d’hier, se fait de plus en plus fort. « La tendance serait même plutôt inflationniste », se félicite son responsable, M. Stéphane Israël, lui-même normalien-énarque : environ 20 % des littéraires tentent leur chance chaque année, dont un bon tiers avec succès (9). L’institutionnalisation de cette passerelle ne laisse pas de surprendre : une école publique qui rémunère ses élèves les prépare à une autre école publique où ils seront à nouveau rémunérés (10)… En même temps, les contreparties exigées s’amoindrissent. Les années de formation étant décomptées de la durée du service dû à l’Etat, leur prolongation peut valoir libération de l’engagement décennal pris à l’entrée de l’école. L’accélérateur de carrière vers le privé n’a que des avantages ! »

  31. F.ENS dit:

    L’ENS a dorénavant mis en place un système de suivi des élèves, afin de s’assurer que les élèves quittant le public pour le privé remboursent leurs dettes à l’état.
    Cela dit, bon nombre de normaliens se voient dans l’obligation de quitter le public au vu de la rareté des postes intéressants qui leurs sont actuellement proposés. Les postes en faculté et prépa se font de plus en plus rares, et ceux en recherche deviennent quasi inexistants. Sélectionner de la sorte des élèves, si c’est pour leur proposer des postes bien en dessous de leurs qualifications par la suite, ça ne rime à rien. Voilà pourquoi ils partent dans le privé.

  32. F.ENS dit:

    (le commentaire précédent était pour répondre au commentaire citant des Normaliens partant dans des banques). Concernant le sujet abordé par cet article, évidemment les normaliens coûtent cher, et plus spécifiquement lorsqu’ils se ré-orientent, mais ils permettent alors à la France de disposer de personnel extrêmement qualifié, possédant un bagage diversifié, qui peut être indispensable pour certaines fonctions, notamment des fonctions publiques. D’autre part, il serait complètement absurde d’empêcher un agrégé de continuer à étudier simplement parce-qu’il possède une formation lui permettant d’entrer directement sur le marché du travail. Plus aucun double cursus de serait alors accepté si l’on suit votre raisonnement… Cela est sans fondement! Aucun médecin ne deviendrait Professeur, car cela leur demande de passer une thèse scientifique en plus de leur thèse d’exercice médical. Les professeurs de médecine sont pourtant indispensables. Et plus aucun médecin ne ferait de recherche non plus, puisque cette profession nécessite également deux doctorats différents, payés tous deux aux frais de l’Etat. Les double cursus sont essentiels dans un nombre de disciplines incommensurable.
    Enfin, pour répondre à quelques commentaires, l’entrée à l’ENS n’est absolument pas réservée à la population aisée. Le concours est gratuit, la prépa pour y accéder également. N’importe quel fils d »ouvrier ou boursier peut y entrer,tant qu’il a le niveau scolaire requis.

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