Le ministère saborde la LRU !

En prolongement de la chronique de Camille Stromboni sur EducPros. Communiqué de crise du MESR en date du 17 novembre 2011. « 8 établissements sur 83 constatent deux déficits de fonctionnement consécutifs » : leur budget 2012 sera donc arrêté par le recteur d’académie. Quels établissements ? Actualisation 25 novembre 2011. Véronique Soulé, Libération, « Huit universités dans le rouge et c’est la pagaille ». Les universités qui vont passer aux responsabilités et compétences au 1er janvier 2012, universités les plus fragiles financièrement, peuvent se faire du souci ! Peut-être, serait-il sage pour leurs président(e)s de ne pas faire voter par leur CA un budget « insincère » et de se mettre tout de suite sous la tutelle de leur recteur d’académie ? La LRU est morte (chronique : « l’acte de décès de la LRU« ).

Comment échapper au pire, i.e. à la cessation de paiement de plusieurs universités au cours du dernier trimestre 2012 ? Le MESR, en accord avec la CPU, invente une solution qui serait risible si elle n’était un nouveau coup porté aux libertés et responsabilités des universités. En créant un « comité des pairs« , le MESR saborde lui-même la LRU. Pourquoi la CPU se commet-elle dans une telle farce ?

« Pour les universités qui le souhaitent, des réunions [financières et comptables] spécifiques seront organisées. Elles associeront l’université, le Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, le recteur concerné ainsi que deux anciens présidents d’université, reconnus pour leurs compétences en matière de gestion, Claude Jammeux [sic], et Bernard Dizambourg. La présence de ces « pairs » permettra de porter un regard approfondi et connaisseur sur ces situations et de contribuer à des pistes d’amélioration de leur situation« .

Ces deux anciens présidents sont-ils des experts de la gestion financière et comptable à la mode LRU ? Claude Jameux a terminé son mandat à la présidence de l’université de Savoie en 2008 et Bernard Dizambourg, à la présidence de Paris 12 Val-de-Marne, en… 1996. Depuis cette date, il est passé par un nombre certain de « chaises musicales » hors de son université de rattachement. Il a en particulier « réussi » une mission à la présidence de l’Etablissement public d’aménagement (EPA) de Jussieu, dès la création de celui-ci en 1997 et jusqu’en 2003. Bernard Dizambourg a, à ce point, « brillé » dans cette mission que le désamiantage de Jussieu n’est pas encore terminé et que la Cour des Comptes, ce 17 novembre 2011, commence à s’énerver sérieusement. Coût complet total de l’opération Jussieu ?

Le communiqué du MESR ajoute un cadeau pour des universités qui connaissent « une bonne situation financière » et qui ont un « glissement vieillesse technicité » (GVT) négatif : gel des crédits correspondants. Ces universités vont apprécier ! D’ailleurs, le budget 2012, voté par les universités avant la fin 2011, ne pourra être un budget « équilibré » et « sincère ». D’autres gels de crédits vont suivre en effet. Plans de rigueur obligent.

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Article du on Jeudi, novembre 17th, 2011 at 20:58 dans la rubrique G. Divers. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

6 commentaires “Le ministère saborde la LRU !”

  1. PR27 dit:

    Ainsi, une personne extérieure indiquera quelles sont les sources d’économie, quelles sont les formations à ferme, et l’équipe dirigeante pourrait dire « c’est eux c’est pas moi » ?

  2. Ludovic PAYARD dit:

    Je crois avoir compris pourquoi le ministère a choisi ces deux anciens présidents : en effet, ils sont l’un professeur et l’autre maître de conférences de sciences de gestion. Or, cela ne les prédispose pas forcément à gérer mieux que les présidents en fonction une masse salariale sans disposer de cadres spécialistes de ces questions extrêmement complexes, qui, à l’évidence,n’existent pas dans ces universités.
    Il semble bien que personne n’ ai aidé ces universités à préparer la négociation de cette masse salariale avec l’Etat et qu’elles aient accepté des compensations trop faibles.
    Cela n’a rien d’étonnant et les collectivités locales ont une longue pratique de ces transferts de compétences insuffisamment financés par l’Etat. Mais elle peuvent s’en sortir grâce à l’impôt ou à l’emprunt ce qui n’est pas le cas des universités.
    Quelque soit le partage des responsabilités entre les universités et l’administration centrale dans ce fiasco, il met gravement en péril les établissements concernés et montre les limites techniques d’une « décentralisation » hâtivement préparée, mal exécutée et largement ratée.

  3. Francois dit:

    Finalement, vos bonnes resolutions de reduire le nombre de papier auront tenu 6 jours :-).. Je m’en félicite

  4. francois dit:

    Plus sérieusement, la dette des étudiants américains attendrient 1000 milliards de dollars http://www.rue89.com/rue89-eco/2011/11/19/mille-milliards-de-dollars-la-dette-des-etudiants-americains-explose-226700

    Ce n’est pas encore le cas en france mais heureusement, grace à la LRU qui met les universités en deficit, on va bientot augmenter les frais inscription et forcer les étudiants à s’endetter….

    Au fait qui a dit : « un pays qui ne s’endette pas est un pays qui ne crois pas en l’avenir »

  5. bernard-desclaux dit:

    Mais qui est à l’origine de cette réforme ?

    Certains pourront se demander s’il s’agit d’un fiasco ou d’une opération parfaitement réussie. La casse du service public de l’enseignement supérieur va plus vite que celle de l’éducation nationale on dirait.

  6. Dubois dit:

    Merci à tous. D’accord avec vos observations. Un enseignant expert de la gestion n’est pas forcément prophète en son pays. L’endettement étudiant peut constituer une nouvelle bulle de crise. « Un pays qui ne s’endette pas… », ne serait-ce pas une déclaration de Nicolas Sarkozy ?

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