Le président n’est pas candidat

Chroniques sur les élections 2012 à la Présidence des universités. La loi LRU a modifié sur huit points leur gouvernance : cliquer ici. La chronique d’aujourd’hui traite du point 1.

Point 1. Le président d’université est élu pour 4 ans (au lieu de 5 sous le régime de la loi de 1984) et il est rééligible une fois. La limite d’âge pour être candidat est reportée à 64 ans (fin de mandat à 68 ans) au lieu de 60 (fin de mandat à 65 ans) ; la plupart des présidents nouvellement élus en 2008 pourront donc candidater à un second mandat. Par contre, ceux qui ont été confirmés en 2008, dans un mandat commencé avant la promulgation de la LRU, ne devraient pas pouvoir candidater. Valérie Pécresse avait précisé : “pas plus de 8 ans en tout”.

Réforme de la la gouvernance des universités. Débattre de la durée du mandat du président d’université (4 ans), de son renouvellement possible pour 4 ans, de l’élection des conseils avant l’élection du président, de l’égale durée du mandat pour les conseils et le président (4 ans). Les universités autonomes ne pourraient-elles fixer des règles en partie dérogatoires aux régles fixées nationalement ? Les commentaires ou les chroniques des lecteurs sont les bienvenues.

Quatre cas de figure pour les présidents en exercice : ils peuvent être candidats et sont ou seront candidats ; ils ne peuvent pas l’être pour deux raisons (limite d’âge, nouveau mandat entraînant une durée de mandats supérieure à 8 ans) ; ils peuvent être candidats mais ils ont décidé de ne pas l’être.

Premier cas de figure : le président en exercice peut être candidat et a décidé de ne pas l’être. C’est le cas de Patrice Brun, président de Bordeaux 3 Michel de Montaigne. Il en a averti tous les personnels de son université par un courrier du 4 novembre 2011. Pourquoi le président ne se représente-t-il pas ? Ce n’est pas par “lassitude de la fonction”, mais parce qu’il “s’était engagé, lors de la campagne électorale précédente, à ne pas demander l’itération du mandat”. Pour quelles raisons ? “La loi LRU possède en elle-même des risques de contamination de la démocratie universitaire en raison de pouvoirs trop étendus accordés au président de l’université, risques qui ne peuvent que s’aggraver dans l’exercice d’un second mandat”. La suite des propos est tout aussi courageuse : pas de langue de bois ! Un(e) autre président(e) dirigera Bordeaux 3 à compter du 1er avril 2012. Lire aussi l’entretien du blog en date du 2 novembre 2010. Les élections de mars 2012 sont annoncées en page d’accueil du site de l’université.

Deuxième cas de figure : le président sortant ne peut candidater car il est atteint par la “limite d’âge” (68 ans en fin de mandat). C’est le cas de deux grandes figures de l’enseignement supérieur : Axel Kahn et Jean-Pierre Finance. Ce dernier, né le 27 décembre 1947, ex-président de l’université Henri Poincaré de Nancy, ne sera pas candidat à la présidence de l’université de Lorraine unifiée (chronique : « en passant par la Lorraine« ). Et ce n’est pas pour une question d’âge. Sa « reconversion » vers d’autres horizons de l’enseignement supérieur est déjà assurée.

Axel Kahn (né le 5 septembre 1944) a présidé l’université Paris Descartes de décembre 2007 à décembre 2011 et a désormais un successeur, Frédéric Dardel (chronique à suivre). Il ne va pas s’arrêter de mener de front de nombreux projets (entretien du 11 mai 2011).

Troisième cas de figure : le président sortant ne peut candidater car il enfreindrait la règle des “huit ans maximum”. C’est le cas du président de la CPU  et de l’université de Paris 2 Panthéon-Assas : Louis Vogel. Elu président en 2006, il a été réélu en juillet 2011 pour un mandat d’un an. Quand je l’ai interviewé le 13 octobre 2011, il n’était pas particulièrement content de ne pouvoir se représenter : « Valérie Pécresse a oublié sa promesse et n’a pas fait la modification réglementaire nécessaire pour permettre effectivement ces huit ans. Bien d’autres présidents vont se retrouver dans la même situation que moi en 2012“.

Quatrième cas de figure : le président sortant peut candidater et est / ou sera candidat (chronique à suivre).

A ma connaissance, six autres présidents en exercice ne sont pas candidats à leur succession : cinq le pourraient car ils ont moins de 64 ans mais tous dépasseraient le cap des huit ans de mandat en fin d’exercice : Antoine Aiello (Corse), Simone Bonnafous (Paris-Est Créteil), Sylvie Faucheux (Versailles Saint-Quentin), Francis Godard (Paris-Est Marne-la-Vallée), Yves Lecointe (Nantes), Daniel Martina (Angers) ; ce dernier est par ailleurs atteint par la limite d’âge. D’autres présidents sont certainement concernés par la règle des huit ans : Help au lecteur ! Ces présidents avaient-ils conscience qu’ils ne pourraient se succéder à eux-mêmes quand ils ont demandé en 2008 à être « confirmés » par leur CA ?

Des présidents oseront-ils braver la règle et se présenter quand même ? Y aura-t-il des passe-droit ? des magouilles ou des astuces pour remettre d’une manière ou d’une autre les compteurs à zéro ? Un exemple récent existe : Yvon Berland, vice-président de la CPU, a été élu président de l’université d’Aix-Marseille unifiée en décembre 2011 alors qu’il était président de l’université de la Méditerranée depuis… 2004. Certes l’université unique est un nouvel établissement mais quand même ! Fin 2015, Yvon Berland aura cumulé près de 12 années de présidence. Louis Vogel, président de la CPU, n’aura pu être président que durant 5 années. Deux poids, deux mesures ! Rageant ! Du rififi à la CPU ?

Il aura donc fallu cinq ans pour que la LRU atteigne ses objectifs d’élections du CA puis du président, de simultanéité des mandats, de mandats de 4 ans pour le président, renouvelable une fois. On devrait donc avoir une Conférence des présidents d’université (CPU) divisée en deux : les présidents élus en 2008 et renouvelés en 2012, et les présidents nouvellement élus en 2012… A moins que la gouvernance de la LRU ne soit modifiée en 2012, après les élections nationales. Ce qui est hautement souhaitable !

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Article du on Lundi, janvier 9th, 2012 at 23:17 dans la rubrique A. Débattre, C. Aquitaine, C. Ile-de-France, C. Lorraine, C. PACA, Corse, C. Pays de Loire. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

Un commentaire “Le président n’est pas candidat”

  1. De corte dit:

    Pour le président de l’université de corse, il a tout essayé pour pouvoir faire un 3ième mandat (même après l’annonce de V.Pecresse au sénat)… Suite au couperet du ministère, pour « garder la main », il s’implique fortement dans la campagne pour imposer son successeur. cf http://www.corsematin.com/article/papier/le-projet-de-paul-marie-romani-dans-la-continuite-de-lere-aiello.554740.html

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