Le président et la profession de foi

Universités : chroniques sur les élections aux conseils et à la présidence. Christian (commentaire à la chronique « Prime à la liste gagnante« ) observe. « Dans mon université, Angers, les élections aux conseils auront lieu mardi 17 janvier 2012 (informations sur le site de l’université). Hier, il y avait un débat final entre les deux candidats à la présidence. Amphi noir de monde, au moins 250 auditeurs, très attentifs. De cela et de la campagne, très présidentialisée (blogs, réunions nombreuses dans les composantes, discussions entre collègues : observation empirique !), je tire quelques observations. 1. Ces élections sont en fait des “présidentielles”. Et les électeurs des trois collèges du CA se comportent comme si l’élection du président avait lieu “au suffrage universel”. Ce qui, pour l’instant, fait passer au second rang, les élections aux conseils ». Lire la suite…

L’observation de Christian incite au débat : puisqu’il s’agit d’une élection présidentielle, peut-on se satisfaire d’une élection indirecte par les seuls membres du CA, celui-ci ne représentant pas, à cause de la prime majoritaire, l’état des forces en présence ? Faut-il élire le président avant l’assemblée législative (le CA) et le faire élire par un corps électoral beaucoup plus large ? Ne serait-ce pas plus logique dans un régime de gouvernance présidentialisé ? En tous cas, bravo à l’université d’Angers pour la transparence de l’information : elle met en oeuvre une politique de communation destinée à toutes et à tous et pas seulement pour ses salariés et ses étudiants.

A Angers, le président sortant, Daniel Martina, ne peut pas se représenter à cause de la limite d’âge. Les deux candidats à la présidence, Eric Delabaere (sciences) et Jean-Paul Saint-André (médecine) ont créé un blog pour leur campagne engagée depuis plusieurs mois. Que disent-ils dans leur profession de foi, cet exercice obligé de tout candidat ? On peut même écouter les deux candidats. Ce ne sont pas des tribuns : pas d’envolée lyrique dans les présentations de 8 minutes 40; pas sûr qu’ils remportent le prix de l’éloquence s’il en existait un (« Président au 16ème siècle« ).

Points communs des deux projets : ils ne remettent pas en cause les responsabilités et compétences élargies de la LRU, malgré une situation financière difficile ; l’université d’Angers a un avenir si elle noue des partenariats renforcés avec les autres universités des Pays de Loire et de Bretagne, malgré l’échec de l’IDEX.

Présentation selon l’ordre alphabétique. Blog d’Eric Delabaere (CV). Ce professeur en mathématiques, 48 ans, chercheur à l’UMR Larema, vice-président sortant du CEVU, est le candidat à la présidence appuyé par les listes « Université d’Angers. Projet UA-Cap 2021« , dans les collèges enseignants A (celui des professeurs, 5 sièges à pourvoir) et B (6 sièges à pourvoir). Pas de liste CAP 2021 dans le collège BIATOSS (à la différence de l’autre candidature, lire infra).

Eric Delabaere (autre différence avec l’autre liste) n’est pas candidat au Conseil d’administration. Il explique pourquoi : « suivant le code de l’éducation, le nombre de membres du CA est augmenté d’une unité lorsque le Président est choisi hors du conseil. C’est la raison pour laquelle je n’ai pas souhaité être présent sur cette liste, étant favorable à une représentation maximale de l’Université dans les conseils ».

Profession de foi. « Pour une université publique d’ouverture et de progrès, tournée résolument vers l’avenir qui saura préserver ses fondements et ses valeurs ». Insistance sur le service public : la liste me semble se situer « à gauche » (« mener chacun des étudiants vers une citoyenneté démocratique éclairée »). Eric Delabaere n’est pas tendre avec les responsabilités et compétences élargies. « Sans rejeter l’idée pour l’université d’Angers d’une diversification de ses ressources, nous pensons que l’autonomie doit s’accompagner d’une réaffirmation auprès de nos financeurs de la nécessaire péréquation entre moyens humains et financiers d’une part, des objectifs fixés avec l’Etat et nos partenaires d’autre part, en matière de formation, d’insertion et de recherche au plan régional, national et international selon un fonctionnement en termes de Contrats d’objectifs et de moyens« .

Cependant, l’université d’Angers doit dépasser ses frontières actuelles. « Nous considérons que les enjeux majeurs dans les années qui viennent seront d’affirmer sa spécificité et sa lisibilité, en étant pleinement partie prenante dans l’émergence d’une université (con)fédérale régionale ou inter-régionale et de fédérations de recherche visant des tailles critiques, accompagnées par les EPST et les collectivités, et enfin dans l’établissement d’une carte des formations Grand-Ouest ».

Le modèle à venir est encore peu clair : l’université d’Angers et les universités des Pays de Loire ont pris, par rapport à ce qui est observé dans d’autres régions, un sérieux retard dans leur restructuration. Sur le blog d’Eric Delabaere, figurent des dossiers de projets thématiques : il est donc un peu surprenant qu’il n’y ait pas de dossier sur l’avenir d’Angers en terme de structuration – restructuration des universités des Pays de Loire, voire de Bretagne.

Blog de Jean-Paul Saint-André (62 ans). Ce professeur d’anatomopathologie, ancien doyen de la faculté de médecine et membre du CA sortant, conduit la liste « Université d’Angers 2020 » au CA dans le collège A. Situation spécifique par rapport à Eric Delabaere : des listes « Université d’Angers 2020″ sont également présentes dans le collège enseignant B (6 sièges) et dans le collège BIATOSS (3 sièges). La profession de foi est classique, en ce sens qu’elle donne les grandes orientations et insiste sur les valeurs. Profession de foi que je qualifierais de « centriste« . Originale, la mise en ligne de 13 fiches thématiques : elles permettent de découvrir des propositions concrètes.

Par exemple, la fiche « Gestion financière et pilotage » dénote une politique de type LRU : libertés et responsabilités des univesités. Contrat d’objectifs et de moyens… « L’objectif de cette structuration est de donner plus de marge de manœuvre aux acteurs (directeurs de composantes, de laboratoires…) mais aussi plus de responsabilisation. Cela passe par une délégation de prise de décision plus importante (ordonnateur secondaire) mais aussi par un contrôle a posteriori plus fin »…

« Les moyens financiers de l’Université et de ses composantes ne peuvent pas reposer exclusivement sur la DGF attribuée par le ministère. Le développement des ressources propres doit être encouragé par des dispositifs d’incitations tels que ceux qui existent aujourd’hui en matière de taxe d’apprentissage ou de crédits de recherche tout en veillant à ce que les mécanismes de mutualisation nécessaires ne pénalisent pas les initiatives »… « Les fonctions d’agent comptable et de directeur des services financiers doivent être clairement dissociées ».

Plus précises et concrètes encore les réponses apportées par Jean-Paul Saint-André aux questions du SNESUP-FSU.  1. Nous n’augmenterons pas les frais de scolarité. Le débat à ce sujet est clos et il n’a jamais été question de le rouvrir. 2. Nous n’avons formulé aucune proposition sur la modulation des services dans notre projet. 3.Nous n’avons pas écrit que nous allions recourir à l’emprunt mais que « le recours à l’emprunt pour le développement des infrastructures de l’université sera étudié ». 4. Nous n’avons pas écrit que nous demanderons la dévolution des bâtiments mais que « la perspective d’une dévolution (totale ou partielle) du patrimoine sera étudiée en partenariat avec les collectivités territoriales ».

Réponses également à l’UNSA. « Début 2011, l’UNSA a demandé au président de l’université l’ouverture de négociations sur deux sujets : les primes BIATOS et la situation des contractuels. Le président n’a pas donné suite. Seriez-vous d’accord pour ouvrir de telles négociations dans les semaines suivant votre élection ». Réponse : « nous préférons le terme de concertation à celui de négociation. Plutôt qu’une confrontation voire un affrontement de points de vue, notre conception du dialogue social repose avant tout sur l’idée d’une réflexion et d’un travail en commun où les informations et les contraintes sont bien connues de toutes les parties. Le dossier des primes et la question des contractuels sont deux priorités« .

Election du président de l’université d’Angers : mercredi 15 février 2012.

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Article du on Samedi, janvier 14th, 2012 at 15:27 dans la rubrique A. Débattre, C. Pays de Loire. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

4 commentaires “Le président et la profession de foi”

  1. mabherve dit:

    Connais tu Désiré Barodet ?

    C’est lui qui a mis en place le recueil des professions de foi des Députés, communément appelé « le Barodet » qui existe depusi 1881. On peut y trouver la profession de foi de Jaurès et beaucoup d’autres. Une mine pour l’historien, et un droit pour le citoyen !

    Avec la forme électronique, il devrait être plus facile de mettre en place un recueil des professions de foi des Présidents d’Université

    On pourrait l’appeler le Dubois

  2. christian pihet dit:

    Les résultats seront connus demain, mais déjà, la participation a été très élevée – pour les PR elle firte avec les 90 %, par exemple en Médecine, 82 PR et PU-PH sont allés voter sur 91 inscrits. La participation dans les collèges B et BIATOSS, tout en étant un peu plus faible se situe selon les composantes entre 70 et 80 %

  3. christian pihet dit:

    Comme la plupart l’anticipaient ou le craignaient, les élections pour le CA de l’université d’Angers se sont traduites par une égalité de sièges entre les deux listes: 7 pour Jean-Paul Saint André qui l’emporte dans le collège A et également 7 élus pour Eric Delabaere avec le collège B. Les 3 élus Biatoss (1 UNSA, 1 FO, 1 liste Saint-André) et les 5 élus étudiants sont en position d’arbitre dans ce conseil de 22 membres, qui devra élire le nouveau président le 15 février 2012.

  4. Irnerius dit:

    Recueil des professions de foi des présidents, et plus largement des candidats à la présidence des universités, oui et cent fois oui : « une mine pour les historiens et un droit pour le citoyen ». Tu as raison

    La base de données n’existe pas et il n’est pas simple de la constituer. Je m’y efforce et serait content que la postérité ait cette base, même si elle ne s’appelait pas le Dubois

    Difficultés. J’ai demandé à tous les services de communication des universités de m’indiquer le calendrier des élections des conseils universitaires et de la présidence, de m’envoyer les communiqués de presse. Une seule réponse. La communication des universités n’est pas transparente.

    On pourrait penser que la CPU ait eu idée de cette base de données. Non. Aucun article de fond de la CPU sur les élections universitaires en 2012. La communication de la CPU n’est pas transparente sur le sujet.

    Sur le site des universités, l’information sur les élections (quand elle existe) se résume aux textes juridiques et au calendrier.La communication des universités n’est pas transparente.

    Plus qu’il y a 4 ans, les candidats à la présidence communiquent par blog. Les professions de foi y figurent. Outil performant. Mais pas simple de repérer ces blogs car ils ne sont pas mentionnés sur le site officiel des universités. Le seul moyen d’avoir connaissance de ces blogs est d’avoir des « informateurs » (lecteurs du blog) dans les universités. Je m’emploie à développer le réseau ! Pas si simple que cela.

    Tout se passe donc comme si l’élection des présidents en 2012 n’était pas un évènement important pour tous les citoyens et que ça n’intéressait que les personnels et les étudiants. C’est pourtant l’évènement de 2012 qui fait le plus parler dans les chaumières universitaires. Mais secret ! Dans certaines universités, les informations ne figurent que sur Intranet avec mot de passe nécessaire. La communication politique n’est pas le point fort des universités.

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