Les syndicats et le président

Elections aux conseils centraux des universités et élection du président par le Conseil d’administration : que font et que disent les syndicats de l’enseignement supérieur et de la recherche ? Aucun des principaux syndicats nationaux ne mentionne ces élections, ne donne de « mots d’ordre » à ses militants, à ses syndiqués ou sympathisants. Aucun communiqué de la FSU (SNESUP-FSU), de l’UNSA (Sup Recherche, SNPTES), du SGEN CFDT, de la CGT (FERC-SUP). Aucune organisation syndicale n’a appelé au boycott de ces élections. Quatre cas d’université illustrent cette chronique : cas de positionnements différents des syndicalistes vis-à-vis des élections aux conseils et à la présidence.

Premières explications de ce silence. Les syndicats nationaux « ont eu ou ont d’autres chats à fouetter » : assurer leur représentation dans les instances nationales (élections au CNESER, au Conseil national des universités) ; s’opposer à la politique gouvernementale sur de multiples fronts ; le SNESUP est particulièrement critique. Critiques de l’évaluation des enseignants-chercheurs par le CNU (communiqué SNESUP), du budget de l’enseignement supérieur pour 2012 (déclaration syndicale commune), de la nouvelle circulaire Guéant sur la limitation de l’accès à l’emploi des étudiants étrangers diplômés (communiqué SNESUP), de la participation aux groupes de travail pour l’élaboration des référentiels de la nouvelle licence (communiqué SNESUP).

Explication sans doute plus importante du silence des syndicats nationaux. Faire élire des militants dans les conseils d’université : oui ! Conquérir la présidence de certaines universités : oui ou non ? C’est aux militants locaux de décider : localement, ceux-ci ont eu ou ont des comportements fort divers. Il n’est pas impossible que des adhérents d’un même syndicat, « en leur âme et conscience » et « en toute liberté et responsabilité », se présentent sur des listes différentes.

Le problème est compliqué pour les syndicats. Les conseils et les présidents élus en 2012 ont un mandat de 4 ans. Faut-il encore jouer le jeu de la gouvernance LRU, critiquée dès le départ en 2007 (renforcement du pouvoir du président, fonctionnement peu démocratique des conseils, prime majoritaire inacceptable) ? Quels que soient les résultats des élections présidentielle et législatives nationales, la gouvernance de la LRU ne sera pas changée immédiatement (… si elle l’est un jour !). Mais, même si la gouvernance LRU est profondément modifiée, il est peu probable que le changement de réglementation mette fin au mandat des conseils et présidents élus en 2012. Participer ou ne pas participer ? Cogérer ou ne pas cogérer ? Dilemme syndical… historique.

Débattre des points 2, 3, 5 et 7 de la gouvernance des universités instaurée par la LRU. Faut-il élire le président de l’université avant d’élire les conseils centraux ? Le scrutin de liste à la proportionnelle avec prime de sièges à la liste arrivée en tête est-il le meilleur mode de scrutin ? Les listes constituées sur une base syndicale ou intersyndicale ont-elles leur raison d’être dans le contexte actuel ? Des syndicalistes doivent-ils candidater à la présidence de leur université ? Un seul candidat à la présidence d’une université, est-ce admissible ?

Dans le contexte du silence de leur syndicat national, les militants locaux ont donc dû ou devront se débrouiller. Premier cas de figure : celui de l’université unique Aix-Marseille. Dans cette université, la liste emmenée par Michel Provansal a cherché à conquérir la présidence (son programme). Cette liste a été battue et Yvon Berland a été élu président. Dans un communiqué, Michel Provansal critique les effets de la prime à la liste arrivée en tête. « Bien que nos listes aient obtenu le soutien de près de 27% des collèges A et de plus de 40% des collèges B au conseil d’administration, les effets pervers de la loi LRU ne leur permettent d’avoir que 2 élus au conseil d’administration. Elles ont donné une majorité de 12 élus sur 14 à la liste concurrente Sprint » |liste Berland]… « Nos listes sont majoritaires dans le secteur Lettres et sciences humaines, et dans le secteur Sciences et technologies ».

Deuxième cas de figure : celui de l’université de Paris-Est Marne-la-Vallée. Comme je l’avais annoncé dès le 19 décembre 2012, Gilles Roussel a été élu président de l’université, le 17 janvier, par le CA (10 voix pour, 7 votes blancs ou nuls). « Vice-président sortant, qui ne s’est pas présenté aux suffrages des électeurs enseignants (commentaire 7), il sera élu président de l’université le 17 janvier 2012. Les listes qui l’ont soutenu ont obtenu moins de suffrages dans les collèges enseignants et BIATOS que les listes de l’opposition (FSU SNESUP et CGT). Le communiqué de ces listes (commentaire 6) n’annonce pas de candidature à la présidence et semble se contenter d’une position future d’opposants”.
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Les listes intersyndicales SNESUP / CGT de Marne-la-Vallée n’ont joué que partiellement le jeu de l’élection LRU : candidature au CA mais absence de candidature à la présidence, alors qu’elles auraient pu l’emporter, sous condition d’avoir l’appui des voix 4 des élus étudiants (« Les étudiants font le président« ). Pourquoi ? Peur de gouverner dans un contexte national délétère ? Qualifions l’élection de Gilles Roussel : elle n’est pas glorieuse ! Une candidature unique à la présidence d’une université me choque profondément. Est-ce cela la démocratie ?
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Troisième cas de figure : celui de l’université « X ». Les adhérents du SNESUP ont été appelés par leur syndicat à se prononcer sur les candidatures à la présidence de l’université. L’enjeu de la consultation : « si 60% des consultés veulent l’élection d’untel, nous appellerons à voter pour sa liste ». Résultat : aucun des candidats à la présidence n’a recueilli ces 60%. Conséquence : pas de liste syndicale ou intersyndicale pour conquérir la majorité au conseil d’administration et emporter la présidence, pas de consigne de vote.
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Quatrième cas de figure : celui de l’université Pierre et Marie Curie (Paris 6). Les élections aux conseils centraux de l’université auront lieu le 19 janvier 2012. Trois listes en présence pour les élections au Conseil d’administration (3 listes : premier cas observé par ce blog pour les élections 2012). Maurice Renard, président « par intérim » élu en juillet 2011, n’est pas candidat. Les listes intersyndicales « Réinventer l’université » sont clairement anti-LRU et anti-IDEX (avec Paris 2 et Paris 4) : la profession de foi et surtout le programme pour 2012. Programme courageux et décoiffant.

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Article du on Mercredi, janvier 18th, 2012 at 22:22 dans la rubrique A. Débattre, C. Ile-de-France. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

Un commentaire “Les syndicats et le président”

  1. LRU-RCE | Pearltrees dit:

    […] Les listes intersyndicales SNESUP / CGT de Marne-la-Vallée n’ont joué que partiellement le jeu de l’élection LRU : candidature au CA mais absence de candidature à la présidence, alors qu’elles auraient pu l’emporter, sous condition d’avoir l’appui des voix 4 des élus étudiants (” Les étudiants font le président “). Pourquoi ? Peur de gouverner dans un contexte national délétère ? Qualifions l’élection de Gilles Roussel : elle n’est pas glorieuse ! Une candidature unique à la présidence d’une université me choque profondément . Est-ce cela la démocratie ? Les syndicats et le président | Histoires d’universités […]

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