Wauquiez. Budget 2012 en baisse

Laurent Wauquiez est très satisfait. Dans son communiqué du 16 janvier 2012, il écrit : « concernant les moyens de fonctionnement, les universités voient leurs moyens progresser de 1,2%, et les écoles d’ingénieurs de 0,9% en moyenne. Cette hausse s’ajoute à l’augmentation historique enregistrée sur la période 2007-2011. Au total, sur l’ensemble du quinquennat les moyens de fonctionnement auront progressé de 24,8% en moyenne, et de 15,5% pour les écoles d’ingénieurs, avec des hausses « spectaculaires » pour rattraper les établissements qui étaient historiquement pas assez dotées [sic], comme par exemple Angers (+59%) ou Lille 2 (+61%) ».

L’auto-satisfaction est coutumière de la part des ministres. Le problème est que cette augmentation historique est démentie par les faits. +1,2 % de la dotation de fonctionnement en 2012 signifie une diminution de la dotation en euros constants et sans doute une diminution en euros courants (une partie des crédits 2012 sont d’ores et déjà « gelés »).

Augmentation historique ? En 2009, selon l’évaluation provisoire du Compte de l’Education, la dépense par étudiant du supérieur a baissé. Elle a diminué non seulement pour les élèves des classes supérieures des lycées ; les STS et les CPGE sont en effet concernées par le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux. Elle a également diminué pour les étudiants de l’université. La diminution devrait se poursuivre de 2010 à 2012 pour une raison simple : les salaires des fonctionnaires sont bloqués et la masse salariale constitue le poste le plus coûteux de la dépense pour l’enseignement supérieur et la recherche. Laurent Wauquiez cherche à se donner le beau rôle en ne communiquant que sur la dotation générale de fonctionnemment (DGF) !

La communication de Laurent le 1er partout n’est plus crédible. Pour s’en convaincre : le communiqué intersyndical boycottant le CNESER du 16 janvier 2012, les déclarations au Monde de plusieurs présidents d’université, les commentaires de deux présidents (Bordeaux 3 et Nice) sur les budgets 2012 de leur université.

La plupart des syndicats n’ont pas assisté au CNESER du 16 janvier 2012, empêchant la tenue de la séance (quorum non atteint) ; le CNESER se réunira de nouveau le 23 janvier… sans que le quorum ne soit cette fois nécessaire. Votes au CNESER du 23 janvier (compte-rendu par le SGEN-CFDT) : répartition des moyens (29 contre, 12 pour, 6 abstentions, 2 NPPV), motion intersyndicale contre l’insuffisance et l’inégale répartition des moyens (32 pour). Dans leur communiqué du 16 janvier, les syndicats expliquent les raisons de leur absence. 1. Il est anormal que la répartition des dotations aux universités se fasse, pour la 3ème année consécutive, en janvier alors que les universités ont dû voter leur budget avant fin décembre 2011.

2. « L’envoi de documents – toujours aussi indigents et incomplets – dans la nuit de samedi à dimanche pour éviter d’assumer une remise « sur table » visiblement envisagée, est inédit. Il ne s’agit pas ici de négligence, mais d’une marque de profond mépris pour le CNESER, pour les élus des organisations représentatives mises dans l’incapacité de remplir leur mandat ».

Déclarations de présidents, pourtant partisans de l’autonomie des universités et des responsabilités et des compétences élargies (RCE). Interviews par des journalistes du Monde (article du 20 janvier : « Autonomie des universités : le piège du budget« ). Khaled Bouabdallah (Saint-Etienne) : « on est loin du compte ». Louis Vogel (Paris 2) : « nos universités sont sous-dotées par rapport à nos voisins aux économies comparables ». Axel Kahn (Paris 5) : « sans les moyens, l’autonomie est un piège ». Yves Lecointe (Nantes) : « malgré la mise en commun de moyens et la concertation entre universités voisines, les économies sont longues à produire leurs effets ». Yvon Berland (Aix-Marseille) : « les marges de progression sur l’organisation et la gestion sont devant nous ». Alain Beretz (Strasbourg) : « le passage à l’autonomie souligne de manière criante que les universités ne sont pas dotées des moyens suffisants pour remplir leurs missions »… « Autonomes sans moyens, elles ne peuvent qu’être déconsidérées, instrumentalisées et ramenées au niveau de simples usines à diplômes bâclés et stéréotypés« .

Pour voter un budget équilibré et sincère, des universités, qui ne sont pas en crise financière aiguë, ont rogné 1. les ressources, 2. les dépenses. Chroniques du blog « Des universités bien gérées« , « Les budgets 2012 seront-ils sincères » ? « Rogner, sabrer des dépenses« . 1. Les universités ont mobilisé et fait diminuer leur fonds de roulement pour pouvoir assurer les dépenses incompressibles. 2. Elles ont gelé des postes d’enseignants et de BIATOSS, ont reporté, quelquefois sine die, les plans de progression des primes. Elles ont commencé à s’attaquer au nombre des heures complémentaires ». Moins de ressources et moins de dépenses entraînent des budgets globalement en baisse. La dépense par étudiant mesurée par le Compte de l’éducation va donc baisser mécaniquement en 2011 et en 2012.

Deux exemples. Celui de Bordeaux 3 Michel de Montaigne d’abord. Patrice Brun, président de l’université, m’a envoyé le texte qu’il a lu lu devant son conseil d’administration du 16 décembre 2012 pour faire voter le budget en équilibre. Victoire à la Pyrrhus. « L’université ne parvient à boucler son budget 2012 qu’au prix de sacrifices considérables, qui touchent en priorité notre potentiel de formation et donc les étudiants »… « Aux universités de se débrouiller, aux présidents eux-mêmes d’assumer les coupes drastiques indispensables, au risque de mettre en péril les missions de service public qu’elles sont censées remplir. C’est bien là le cadet des soucis des « marchés » qui nous gouvernent« .

Celui de Nice Sophia Antipolis. Sur le blog de campagne pour les élections aux conseils et à la présidence de l’université, Albert Maruani, président depuis 2004 et non candidat à sa succession (8 ans de mandat et limite d’âge) expose le bilan financier de son université pour les années 2008-2012. Le président est fier : comptes financiers 2010 et 2011 positifs, effort considérable d’investissement, maintien du potentiel enseignant et BIATOSS, élargissement considérable des primes, budget de recherche en très forte augmentation, politique ambitieuse de documentation, augmentation des surfaces de 20.000 m²…

Les recettes d’un telle situation financière saine, dans un contexte où, dit le président, les ressources en provenance de l’Etat ont été stables en 2010 (passage aux RCE) et en 2011, diminuant même en 2012 ? Les recettes ? Mobilisation et diminution du fonds de roulement (l’IAGENR l’avait trouvé « pléthorique » lors de son audit en 2008), début de maîtrise des heures complémentaires et de la masse salariale sur ressources propres. Le problème est qu’on ne peut diminuer indéfiniment le fonds de roulement, sous peine de mettre l’université en cessation de paiement !

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Article du on Lundi, janvier 23rd, 2012 at 17:17 dans la rubrique A. S'indigner, C. Aquitaine. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

2 commentaires “Wauquiez. Budget 2012 en baisse”

  1. François dit:

    Le Monde de ce soir publie un dossier sur les masters.
    Comme certains chiffres n’étaient pas très clairs, je suis allé consulter le rapport annuel DEPP 2011.
    J’ai eu la surprise de découvrir qu’il avait en cycle master universitaire de 2 ans plus de 500 000 étudiants et que cet effectif ne permettait de diplômer que moins de 100 000 étudiants par an.
    Je pensais qu’une aussi triste performance était le privilège de la licence …
    Ai-je fait une erreur dans ce décompte ?

  2. Irnerius dit:

    @ François. Si vous n’existiez pas, il faudrait vous inventer ! Je n’ai en effet pas eu le même réflexe que vous à la lecture de l’éditorial du dossier du Monde : « un master, sinon rien ! » : aller vérifier les données.

    Je viens donc de faire la même vérification que vous dans Repères et Références Statistiques 2011 de la DEPP. Vous n’avez fait aucune erreur dans le décompte. 500.000 inscrits en cursus Master (cursus en 2 ans) et 100.000 diplômés seulement.

    Ce décalage important est évidemment le résultat de l’absurdité de la réforme LMD : pas de sélection à l’entrée de la 1ère année de master (M1) et sélection à l’entrée du M2. Ce choix du législateur en 2002 a été le fruit de la démagogie à l’égard de l’UNEF. Et nous en voyons maintenant les résultats. Le dossier du Monde que vous mentionnez montre l’absence de courage des partis poltiques quels qu’ils soient.

    Le master est un cycle d’études en 2 ans : la logique voudrait que la sélection se fasse à l’entrée du M1 et j’en suis effectivement partisan depuis l’origine.

    Il faut donc se demander ce que deviennent les étudiants qui entrent en M1 et qui n’accèdent pas en M2. L’arrêté de 2002 sur le LMD prévoyait que les étudiants qui avaient réussi le M1 et qui n’accédaient pas en M2 pouvaient demander qu’on leur délivre l’ancienne maîtrise (bac+4). Le problème est que les RERS 2011 ne donnent plus d’informations sur le nombre de maîtrises délivrées (on peut penser que ce nombre est peu élevé).

    Il nous faut donc rebondir sur la question : que deviennent les M1 qui ne sont pas pris en M2 ? Ils ont engagé une dépense publique importante… pour ne pas obtenir de diplôme. Le gaspillage d’argent public est évident.

    Que peuvent faire sur le marché du travail ces étudiants de M1 exclus du M2, sachant que le M1 n’est absolument pas qualifiant (pas de stage). Rien ! Ils ont fait une licence générale et un M1 non professionnel : le chômage les attend ; pourquoi les employeurs les recruteraient-ils ?

    Ces données me confortent dans le projet que je défends : celui de la création des Instituts d’enseignement supérieur (IES). Les IES, c’est 60% d’étudiants titulaires d’une licence professionnelle et 40% d’étudiants qui poursuivent en master ou en école. 60/40 : le marché du travail a besoin de davantage de professions intermédiaires que de cadres.

    Par votre réflexion, vous venez de me donner un nouvel argument de source d’économie permettant de faire face au coût de la création des IES (estimation : 3,5 milliards d’euros par an). Si 130.000 étudiants n’entrent pas en master en cas de sélection à l’entrée du M1, c’est une économie de dépense publique de 1,56 Milliard d’euros par an (150.000 x 12.000 euros par étudiant). Merci, François !

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