Le président fait l’intérimaire

Journal des élections universitaires et débat sur la réforme nécessaire de la gouvernance instaurée par la LRU (suite). Le président, sous la loi LRU, est élu pour 4 ans ; le mandat est renouvelable une fois. La situation demeure floue pour les présidents élus avant la mise en oeuvre de la LRU et qui ont été « confirmés » dans leur mandat en cours en 2008. Peuvent-ils être candidats à un second mandat, sachant qu’en fin de celui-ci ils dépasseront d’une année ou plus la durée maximale de huit ans (5 ans + 4 ans) ?

Valérie Pécresse avait dit : « huit ans pas plus », mais n’a pas fait publier de circulaire sur le sujet. Laurent Wauquiez non plus ! Des présidents concernés posent donc la question au ministère. Réponses en attente. Louis Vogel pourra-t-il être candidat à sa succession ?

Ce problème de calendrier a fait apparaître une nouvelle figure de président, le président par intérim (Universités Pierre et Marie Curie, d’Evry, de Saint-Etienne). Premier cas, celui de Paris 6 Pierre et Marie Curie. Maurice Renard est un « vrai » intérimaire. Elu en juillet 2011 en remplacement de Jean-Charles Pomerol (atteint par la limite d’âge de 68 ans), il exercera son mandat jusqu’en mars 2012. Atteint lui-même par cette limite d’âge, il n’est pas candidat à sa succession.

Les élections aux conseils de l’université ont eu lieu le 19 janvier 2012. La liste REUNIS, conduite par Jean Chambaz, l’a largement emporté au Conseil d’administration dans les deux collèges enseignants (résultats du vote). Ce succès est conforté par la « prime » de sièges à la liste arrivée en tête : 12 sièges sur 14. Jean Chambaz (professeur de médecine) devrait être le prochain président de Paris 6. Photo de Jean Chambaz, Strasbourg, juillet 2010. Le programme de REUNIS.

Deuxième cas de Président qui a fait l’intérimaire : Richard Messina à l’université d’Evry Val d’Essonne. Sophie Blitman, EducPros, septembre 2011 : « confirmé en 2008 après une élection en 2006, Richard Messina, dont le mandat s’est achevé en juin 2011, a opté pour une autre solution, en accord avec le conseil d’administration : attendre l’élection des nouveaux conseils, les 19 et 20 octobre 2011, pour procéder à l’élection du président. Entre temps, le recteur a donc nommé un administrateur provisoire : Alain Zozime. Une stratégie qui fait dire à certains qu’Evry est aujourd’hui « une université sans président ». Richard Messina, lui, reste présent à la direction de l’université en tant que directeur de cabinet. Et, comme il le dit lui-même avec néanmoins prudence, il se garde la possibilité d’être élu pour un mandat plein s’il se représente, fin 2011″. Un mandat plein ?

Le fait d’avoir fait l’intérimaire n’a pas servi à Richard Messina (photo prise à Evry en janvier 2010). Candidat à sa succession, il a été battu le 13 décembre 2011 à l’élection présidentielle d’Evry par Philippe Houdy : 12 voix à 4, et 3 abstentions. Philippe Houdy, professeur, physicien, 57 ans. Que va devenir Richard Messina, que j’ai interviewé le 15 janvier 2010 ? 2012, c’est l’année de ses 65 ans. Partira-t-il en retraite ? Reprendra-t-il des activités politiques à gauche ?

Troisième cas de figure du Président qui fait l’intérimaire : Khaled Bouabdallah, président de l’université Jean Monnet (Saint-Etienne).Pendant son intérim, Richard Messina avait exercé la fonction de directeur de cabinet. Khaled Bouabdallah a, quant à lui, été nommé, le 1er janvier 2012, administrateur provisoire de son université par le recteur d’académie. Il le restera jusqu’à l’élection du nouveau président en mars 2012. Administrateur provisoire : « pour l’heure, il est de mon devoir de me concentrer sur des dossiers importants pour notre avenir, qui nécessitent un investissement total et sans réserves ».

Le président de Saint-Etienne (50 ans et professeur de sciences économiques) est candidat à sa propre succession. Faisons le décompte de la durée de ses mandats : 5 ans pour le 1er mandat (1er janvier 2007 – 31 décembre 2011), 3 mois d’administration provisoire (janvier – mars 2012), 4 ans pour le second mandat, s’il est élu. Total 9 ans et 3 mois. Pourquoi, vu la règle des 8 ans, peut-il se représenter ? Ou alors a-t-il l’intention de ne faire qu’un mandat de 3 ans, laissant à un successeur un mandat d’intérimaire pour une année ? Les 8 ans : flou et encore flou !

Khaled Bouabdallah soigne sa communication. Il a ouvert un blog en octobre 2011 : Contact direct. Echanges avec le président. Il y annonce sa candidature à un second mandat. « En tant que candidat, je m’appliquerai les règles de communication qui seront définies pour tous les candidats, dans un strict respect du principe d’égalité. C’est pourquoi cet espace d’échanges, qui est un outil de communication interne du Président de l’université, sera suspendu jusqu’à l’élection du prochain Président »… Il déclare par ailleurs qu’il est « favorable aux débats ouverts et pluralistes« . Dont acte !

Le président en exercice intervient fréquemment dans les médias (chronique : « Wauquiez : budget 2012 en baisse« ). Il est coutumier des contacts avec la presse. Lundi 16 janvier 2012, 8 heures 30, bureau du président : « il nous a semblé intéressant d’organiser à l’intention des représentants de la presse cette rencontre à l’occasion de laquelle Khaled Bouabdallah pourra vous présenter le bilan de ce mandat 2007-2011, et être disponible pour répondre à vos questions » (courriel de Jean-Luc Foury, directeur de la communication). Ce bilan ne figure pas sur le site de l’université. Pourquoi ? Mais fait l’objet d’un compte-rendu dans la presse : ici.

Les élections aux conseils centraux de Saint-Etienne auront lieu le mardi 7 février 2012, comme l’indique le site de l’université (date limite de dépôt des candidatures : mardi 24 janvier). En bas à droite de la page : sites Internet des listes (CA). Une seule page est en lien : « Université Jean Monnet : un avenir pour tous ». Le lien ne peut être ouvert : il faut un mot de passe pour y accéder. Transparence : « des débats ouvertes et pluralistes » ? L’InfoLettre n°5 du 15 janvier 2012 mentionne les élections mais ne fait que renvoyer au lien précédent.

Khaled Bouabdallah est candidat unique à sa succession. Ce n’est pas bon pour la démocratie ! Facile de se déclarer partisan de « débats ouverts et pluralistes » quand il n’y a pas d’opposants ! Débattre : la loi ne devrait-elle pas interdire la candidature unique aux élections présidentielles universitaires ?

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Article du on Mercredi, janvier 25th, 2012 at 15:56 dans la rubrique A. Débattre, C. Ile-de-France, C. Rhône-Alpes, Auvergne. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

Un commentaire “Le président fait l’intérimaire”

  1. Michel ABHERVE dit:

    Sur le devenir politique de Richard Messina, son retour est peu probable
    A l’échéance de ses mandats, Maire en 2008, Conseiller général en 2011, Richard ne s’est pas représenté ni à Boussy saint Antoine, ville dont il était Maire depuis 1983, ni dans le canton d’Epinay sous Sénart
    Un jeune, socialiste comme lui, Romain Colas a été élu Maire à 28 ans, Conseiller général à 31 ans, et on voit mal le sens du retour de Richard Messina

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