“Le changement, c’est maintenant“. 60 engagements de François Hollande pour l’élection présidentielle du 22 avril 2012. Chapitre 3 : “Je veux redonner espoir aux jeunes générations“… “Je veux remettre l’éducation et la jeunesse au coeur de l’action publique”. L’engagement 39 porte sur l’enseignement supérieur et la recherche.
“Je réformerai les premiers cycles universitaires, en décloisonnant les filières à l’université afin d’éviter une spécialisation trop précoce des étudiants, en renforçant les passerelles entre toutes les formations du supérieur, notamment entre universités et grandes écoles. Je réformerai la loi LRU pour garantir une autonomie réelle des établissements et une gouvernance plus collégiale et démocratique. Je créerai une allocation d’études et de formation sous conditions de ressources dans le cadre d’un parcours d’autonomie. J’encadrerai les stages pour empêcher les abus. Je donnerai une impulsion aux échanges entre universités françaises et étrangères. J’abrogerai la circulaire sur les étudiants étrangers. Je simplifierai l’organisation du financement de la recherche, notamment pour que les chercheurs puissent se consacrer à leur véritable tâche. J’accélérerai la mise en oeuvre des Investissements d’avenir“.
Bien sûr, les engagements d’un candidat à la présidence de la République dessinent des grandes orientations et n’entrent pas dans les détails des réformes qui seront mises en oeuvre. Les 60 engagements de François Hollande ne sont ni un programme de gouvernement, ni a fortiori une liste de projets de loi détaillés.
N’empêche ! L’engagement 39 me laisse sur ma faim. C’est également le cas pour Jean-François Méla, ancien président de Paris 13 Villetaneuse, dans la chronique “Silence radio” de son blog. C’est la première fois qu’un candidat de gauche à la présidentielle ne parle pas de la nécessaire démocratisation de l’accès à l’enseignement supérieur ! L’objectif fixé par la loi sur l’Ecole (50% des diplômés du supérieur dans les jeunes générations) est-il abandonné ? Commentaires sur l’engagement 39.
“Je réformerai les premiers cycles universitaires, en décloisonnant les filières à l’université afin d’éviter une spécialisation trop précoce des étudiants, en renforçant les passerelles entre toutes les formations du supérieur, notamment entre universités et grandes écoles”. Il faut effectivement réformer en profondeur et en urgence le 1er cycle de l’enseignement supérieur (Licence, DUT, BTS, CPGE) et pas seulement le premier cycle universitaire. Les décloisonnements entre les formations et les passerelles sont déjà en oeuvre et ne concernent qu’un faible nombre d’étudiants. Passerelles entre universités et grandes écoles : revoilà le serpent de mer ! Certes, je n’attendais pas que François Hollande reprenne à son compte le projet de création des Instituts d’enseignement supérieur (94 chroniques sur les IES).
“Je réformerai la loi LRU pour garantir une autonomie réelle des établissements et une gouvernance plus collégiale et démocratique”. La loi LRU ne sera donc pas abrogée : ce choix politique est fort ! “Autonomie réelle des établissements”. Tous les présidents d’université crient sur les toits qu’une autonomie sans moyens n’est pas l’autonomie : François Hollande ne dit rien sur le budget de l’enseignement supérieur et de la recherche. ”Gouvernance plus collègiale et démocratique” : concrètement ? Sur ce blog, débat sur la gouvernance des universités.
“Je créerai une allocation d’études et de formation sous conditions de ressources dans le cadre d’un parcours d’autonomie”. Engagement fort important mais imprécis. C’est quoi un parcours d’autonomie ? Evidemment François Hollande tait ce qu’il faut taire : sélection à l’entrée de l’université et en particulier à l’entrée de la 1ère année de master ? Allocation d’études et de formation : quid des droits d’inscription ?
“J’encadrerai les stages pour empêcher les abus“. Evidemment d’accord. Mais le contournement de la réglementation est une pratique habituelle en France. Des universités laissent s’inscrire des étudiants diplômés (y compris à bac+5) dans des diplômes universitaires (DU) pour qu’ils puissent signer une convention de stage rémunéré. Lire le journal de Mathis : “l’aventure de l’insertion professionnelle”. Quid du développement de l’alternance et de la formation tout au long de la vie dans le supérieur ?
“Je donnerai une impulsion aux échanges entre universités françaises et étrangères“. Engagement qui ne mange pas de pain ! “J’abrogerai la circulaire sur les étudiants étrangers“. D’accord, mais cela ne suffit pas. Louis Vogel, président de la CPU, explique pourquoi dans son intervention récente au CNESER : il faut modifier la loi.
“Je simplifierai l’organisation du financement de la recherche, notamment pour que les chercheurs puissent se consacrer à leur véritable tâche. J’accélérerai la mise en oeuvre des Investissements d’avenir”. La formulation de cet engagement est fort choquante. “Simplifier” : et encore ? “Pour que les chercheurs…” : les enseignants-chercheurs ne seraient pas concernés ? “Leur véritable tâche” : tâche au singulier ! “J’accélérerai la mise en oeuvre des investissements d’avenir” : il s’agit là d’une véritable faute politique. François Hollande valide donc le choix de la dite “excellence”. Il faut “mettre à plat” ces investissements car ils massacrent l’unité du système d’enseignement supérieur en France. François Hollande aurait dû s’engager à faire progresser les crédits récurrents des centres de recherche labellisés ! Moins d’appels à projets !






Le seul point qui me paraît un engagement clair et sans échappatoire possible (“j’abrogerai”) est un tir sur ambulance (la circulaire sur les étudiants étrangers).
Beaucoup de “je”, ça fait président, mais aussi beaucoup de mots creux… la classe politique n’a toujours pas compris le malaise universitaire… leurs enfants, et ceux des élites, continueront d’aller dans les grandes écoles… et les institutions privées. J’imagine ce que pourra être la réforme des premiers cycles, avec encore plus de démagogie et de manipulation des coefficients, modules et autres pour transformer les 8/20 en 10/20… le malaise du premier cycle a son origine dans l’échec du bac a donner à chacun une culture générale indispensable à l’accès à l’université.
Bref, c’est encore du gloubi goulba technocratique, la gauche n’a toujours pas compris l’enjeu de l’Université… et elle nous refera de la massification au rabais (pour se gargariser ensuite de l’excellence des chiffres).
Rien à dire, rien à déclarer, circulez…
Je voterai pour le candidat qui dira : Je débureaucratiserai les universités (et le fonctionnement), je stimulerai et récompenserai les talents (étudiants et chercheurs), j’inciterai les entreprises à encore plus financer et former leurs cadres dans l’université, j’obligerai les administrations à recourir aux universités pour les études et rapports, pour la formation de leurs agents et de leurs cadres, j’encouragerai les fondations privées pour financer des bourses aux étudiants, je réintégrerai dans l’université des formations d’excellence que nous avons développé hors d’elle, je poserai les critères transparents de sélection pour ne pas voir se développer la sélection déguisée, je ferai la part des choses entre les différents secteurs de l’université, sciences dures et humaines, je n’imposerai plus des standards uniques (du genre thèse en trois ans oudes conditions d’âge), j’inciterai à une gestion libérale donc généreuse de l’intelligence et de la création, je financerai plus par l’argent public les domaines qui ne peuvent recevoir des crédits du secteur productif, je cesserai la constitution de monstres bureaucratiques par que j’ai compris que la France n’est pas la Chine, je remettrai le savoir (et ceux qui le créent, le diffusent) au coeur de l’université, je mettrai les moyens burreaucratiques au service du savoir et non l’inverse, etc…
J’ai bien peur de ne pas pouvoir voter….
Si son rêve se réalise, pas sûr que ce soit avec les voix des universitaires, en tout cas pas ceux qui ont battu le pavé en 2009…
“On ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment”. Il ne faut pas s’attendre à ce que Hollande prenne des engagements précis, qui permettront à la droite de canonner de façon plus ciblée. Rappelons quand même qu’en face, il n’y a rien : ni discours, ni engagements.
Vincent Peillon a fait quelques propositions plus précises aujourd’hui; et il n’y a pas que la proposition 39 qui concerne l’université, la proposition 36 concernera très directement les premiers cycles.
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