Qui succèdera en avril 2012 à Jean-Pierre Gesson à la tête de l’université de Poitiers (site) ? Celui-ci ne peut être candidat à sa succession : il est trop âgé (65 ans en mai 2012) et il a été président durant 9 ans : ”pas plus de huit ans”, avait dit Valérie Pécresse. 23 chroniques sur les élections universitaires 2012.
La place de président étant libre, deux professeurs ont annoncé très tôt leur candidature. Yves Jean dès le 10 octobre 2011, Dominique Moncond’huy dès le 21 novembre. La précocité de déclaration de candidature n’est pas la seule singularité de l’élection de Poitiers, élection prévue au printemps 2012. L’est aussi la discipline d’appartenance : aucun des deux présidentiables n’est médecin, économiste, ou scientifique. Yves Jean, professeur de géographie, est doyen de la Faculté de Sciences Humaines et Arts ; Dominique Moncond’huy, professeur de littérature française, est doyen de la Faculté de Lettres et Langues. Pour qui vont voter les enseignants et chercheurs de sciences et de santé ?
Commentaire du 5 février de Jacques Yver dans la chronique “Présidents et Présidentiables“. “A Poitiers, Il y a pour l’heure deux candidats déclarés : Yves Jean, doyen de l’UFR SHS et président de la CDUL, et Dominique Moncond’huy, doyen de l’UFR Lettres et langues. Le premier candidat est sans doute le plus politique : membre du SNESUP et adjoint à la mairie de Poitiers (rappelons que le maire Alain Claeys est chargé de mission pour l’enseignement supérieur dans l’équipe de Hollande). Les candidats tiennent un discours similaire qui consiste à défendre une université marginalisée par les regroupements régionaux, défendant un service public de proximité dans une ville à l’importante population étudiante. Je n’ai pas le temps de vous trouver leurs professions de foi respective mais voici un article sur le sujet” (12 décembre 2011). Les professions de foi. Celle de Dominique Moncond’huy sur son blog de campagne : “un projet pour l’université de Poitiers : promouvoir ensemble l’excellence à taille humaine”. Dans l’attente de celle d’Yves Jean.
J’estime que Jacques Yver touche du doigt les difficultés qui attendent le prochain président de Poitiers. Le fait que l’université ait été créée en 1431 n’est en aucun cas un atout aujourd’hui. Que peut devenir dans les 10 ans une université de 24.000 étudiants, en prise aux difficultés financières, qui n’a guère eu de succès aux investissements d’avenir, qui est éclatée sur quatre sites (Poitiers, Niort, Angoulême, Châtellerault), et ce dans un contexte d’une autre université en région, La Rochelle (site) ?
Le rapport d’évaluation de l’AERES (octobre 2011) signale bien sûr des points forts de l’université de Poitiers, dont “la structuration d’un potentiel de recherche diversifié soutenu par la notoriété de certaines équipes de recherche de grande qualité“. Mais les 5 points faibles (page 29) sont inquiétants : “un fonctionnement empreint du poids des facultés et des pratiques antérieures”…, “des procédures insuffisamment explicitées”…, “des systèmes d’information défaillants ou insuffisamment exploités”…, “une réelle difficulté à maîtriser les dérives de la masse salariale“…, “une politique de site confuse avec des partenariats aux périmètres divergents”. Jean-Pierre Gesson, en fin de rapport AERES, répond longuement aux critiques des experts de l’AERES.
Les deux présidentiables ont lu le rapport d’évaluation de l’AERES. Ils devraient lire également le rapport du Conseil économique, social et environnemental de Poitou-Charentes (CESE, 30 janvier 2012, signalement par Michel Abhervé). “Pour une stratégie ambitieuse de développement de l’enseignement supérieur en Poitou-Charentes“.
Recommandation du CESE : “rapprochement avec le monde économique et social et les relations internationales : leviers stratégiques d’attractivité et de développement des universités”. Ce n’est pas sûr que ces leviers soient suffisants pour sauver l’université de Poitiers et de La Rochelle.
La vision stratégique que promeut ce blog. 15 à 20 universités de recherche, universités multi-sites, à l’horizon des 5 à 10 ans, dédiées aux formations de deuxième et de troisième cycles. 600 Instituts d’enseignement supérieur (IES), dédiés au cycle Licence, regroupant, dans des établissements nouveaux, autonomes, mais associés aux universités, les licences actuelles, les CPGE, les BTS et les DUT (97 chroniques sur les IES). Dans ce contexte, Poitiers et La Rochelle demeureraient sites universitaires pour leurs formations de master et de doctorat, leurs équipes de recherche labellisées, mais elles devraient s’intégrer dans une université au périmètre plus large. Vers une fusion des universités de recherche de Poitiers, de La Rochelle avec l’université de Limoges, ou avec celles de Tours et d’Orléans ? Débattre !





