IDEX ou le n’importe nawak

« Je fais l’hypothèse que les IDEX vont accroître la pagaille institutionnelle dans l’enseignement supérieur et la recherche de France. Leur échec est annoncé et je ne comprends pas pourquoi on ne le claironne pas sur les toits ». J’ai écrit cette phrase dans ma chronique du 8 décembre 2010 : « Les IDEX, pire qu’une usine à gaz« .

6 février 2012. Les IDEX, c’est pire qu’une usine à gaz. N‘importe nawak. Le sublime du n’importe quoi ! Objectif initial des IDEX : « de 5 à 10 initiatives d’excellence capables de rivaliser avec les meilleures universités du monde”. Résultat final après les deux appels à projets : 8 IDEX. Trois au terme du 1er appel à projets : Bordeaux, Paris Sciences Lettres, Strasbourg. Cinq autres après le second appel à projets : Aix-Marseille, Saclay, Sorbonne Paris Cité, Sorbonne Universités, Toulouse.

N’importe nawak. Comment et pourquoi des gens intelligents et fort respectables, membres du Commissariat général à l’investissement (CGI) et du Jury international des IDEX, se sont-ils fourvoyés dans une opération politique lancée par le président de la République, Nicolas Sarkozy, et jamais discutée en débat public par les députés et les sénateurs ? Quelle est la base réglementaire des IDEX ? La loi Goulard de 2006 ? Pourquoi les juristes n’ont-ils pas déposé des Questions prioritaires de constitutionnalité (QPC) pour interroger la constitutionnalité des IDEX ? Les IDEX, n’est-ce pas l’inégalité de traitement entre les universités publiques, portée jusqu’au n’importe nawak ?

Arguments. L’Ile-de-France rafle 4 des 8 IDEX. Certes, en pays jacobin qui n’a jamais su mener une vraie décentralisation, l’Ile de France a toujours été et demeure la première région en potentiel de chercheurs et d’enseignants chercheurs. Mais elle ne représente pas 50% de la recherche d’excellence. Combien d’IDEX pour Rhône-Alpes, deuxième pôle français de recherche ? Zéro (« IDEX : les raisons d’un échec« ). N’importe nawak ! La France, risée du monde !

Combien d’universités franciliennes concernées par les 4 IDEX ? Dix sur dix-sept ! Paris 1 et le PRES HESAM : Out ! Universités de la première et de la seconde couronne (Paris 8, Paris 10, Paris 12, Evry Val d’Essonne, Paris-Est Marne-la-Vallée, Cergy Pontoise) : Out ! Une exception : Versailles Saint Quentin est membre de l’IDEX Saclay. Circulez, universités de seconde zone. Vous ne valez rien ! Faux ! Ne soyez pas fatalistes ! Battez-vous contre l’humiliation !

La gouvernance renforcée et efficace, comme critère d’élection des IDEX ? Un mensonge d’Etat ? Normal que Strasbourg et Aix-Marseille Université soient IDEX : elles ont fusionné, mais elles laissent sur le carreau les universités de Haute-Alsace, d’Avignon, de Toulon, de Nice Sophia-Antipolis. Bordeaux fusionnera mais en laissant dans les choux Bordeaux 3 et Pau Pays de l’Adour. Toulouse, la fusion est annoncée pour quand ?

En région parisienne, les Grandes écoles, membres des 4 IDEX, sont plus nombreuses que les 9 universités « élues ». Qui peut nous faire croire que ces Grandes écoles ne vont pas garder toutes les marges de manoeuvre qu’elles souhaitent ? Qui peut nous faire croire qu’elles vont se battre dans la compétition mondiale sous la « marque » Sorbonne, Saclay ou Paris Sciences Lettres ? N’importe nawak ! Le critère de la gouvernance efficace a procédé d’une manipulation honteuse : l’université pourtant unique de Lorraine a été jetée des IDEX comme une malpropre ! Insultant pour elle et pour les Lorrains !

N’importe nawak. La plupart des régions françaises se retrouvent au final sans IDEX (et souvent avec quasiment pas de LABEX, d’EQUIPEX et autres TrucEx). Humiliations pour les régions des Antilles, d’Auvergne, de Bourgogne, de Bretagne, du Centre, de Champagne-Ardenne, de Corse, de Franche-Comté, de Guyane, du Languedoc-Roussillon, du Limousin, du Nord-Pas de Calais, de Normandie, des Pays de Loire, de Picardie, de Polynésie, du Poitou Charentes, de la Réunion, de Rhône-Alpes. Inégalités de traitement anti-républicaines !

François Hollande, enlevez vite de votre engagement 39 la proposition 8 : « j’accélèrerai la mise en oeuvre des investissements d’avenir »… pour moins de 20% des universités de France. Une grave erreur politique. Une proposition mortifère parce que profondément marquée de libéralisme et de concurrence assassine. Observez ce qui se passe ! Les personnels des universités fières d’avoir obtenu une IDEX doutent : « Coûts de la politique d’excellence« . Des candidats à la présidence d’universités vainqueurs d’une IDEX critiquent le bien fondé des IDEX avec force, pour garder une marge de manoeuvre et une identité pour leurs personnels et leurs étudiants construite depuis 1968 (23 chroniques sur les élections universitaires de 2012).

François Hollande, ne défendez surtout pas le statu quo et osez la révolution de l’enseignement supérieur (« Hollande doit révolutionner le SUP« ). Menez une politique juste. Les universités gagnantes des IDEX ne doivent pas être pénalisées ; tous leurs personnels se sont mobilisés pour gagner ; reconnaissez le travail effectué et accordez à chacune d’entre elles, immédiatement et pour solde de tout compte, 100 millions d’euros prélevés sur l’emprunt (800 millions d’euros pour les 8 IDEX).

François Hollande, lancez, dès maintenant, un débat sur la fusion nécessaire des universités de France, des universités et des Grandes écoles qui voudront les rejoindre dans la fusion. Utilisez l’argent du grand emprunt pour impulser la création de 15 à 20 universités de recherche, universités multi-sites et interrégionales quand ce sera nécessaire, universités respectueuses de toutes les régions de France, respectueuses des personnels universitaires et des étudiants, et efficaces internationalement.

Mais il ne s’agit pas de créer des universités mastodontes : 15 à 20 universités de recherche, dédiées au 2ème et 3ème cycles, et 5 à 600 Instituts d’enseignement supérieur, dédiés au 1er cycle de licence, porteurs d’une plus grande ouverture de l’enseignement supérieur aux enfants des classes populaires et moyennnes (96 chroniques sur les IES et surtout « Universités et IES : 20 propositions« ). François Hollande, ne soyez pas le président du n’importe nawak !

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Article du on Mardi, février 7th, 2012 at 0:21 dans la rubrique A. Débattre, A. S'indigner. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

15 commentaires “IDEX ou le n’importe nawak”

  1. IDEX ou le n’importe nawak | Enseignement Supérieur et Recherche | Scoop.it dit:

    […] blog.educpros.fr – Today, 8:58 AM […]

  2. Renaud dit:

    Hollande est un énarque entouré d’énarques. Les énarques ne connaissent rien à l’Université qu’ils méprisent par ailleurs… Les énarques gouvernent le pays de puis plus de 30 ans… et l’ont mis dans un triste état… La fusion est une idée d’énarques : la France doit copier la Chine… encore une idée d’imbécile… La France (65 M) n’est pas la Chine (plus d’un milliard d’habitants)….
    François Hollande sera le président de la continuité technocratique, n’en doutez pas… rendez-vous dans un an… et en face ce n’est pas mieux… encore et toujours des énarques…

  3. PR27 dit:

    Renaud, la meilleure démonstration est que Hollande a choisit Peillon pour diriger ce sujet, lui qui a fait ses études a la fac et dont les deux filles dans le supérieur font leurs études à la fac. Le projet PS n’a pas promu ces fusions, mais des moyens d’assurer la coordination dans la conception globale de l’offre de formation (« globale »:par delà les types d’institutions GE/Univ/BTS etc…). Ensuite, le responsable du volet « recherche » pour FHollande est JY Le Déaut, petit gars normale de la campagne qui est arrivé étudiant en fac de Chimie il y a 30 ans et a fini doyen de la fac de chimie. Le 3eme larron de cette équipe est Alain Claeys, ancien maître de conf. à la fac de sciences eco de Poitiers. Les responsables ESR dans les équipes Aubry et Montebourg étaient également universitaires. Maintenant, vous pourrez objecter qu’on met tous ces gens là en avant et qu’au moment de choisir un ministre, on rangera les universitaires et on sortira une personne sérieuse fiable et prévisible (et économe ! ) : un énarque. Mais je ne vais pas faire les argumentaires pour vous….

  4. PR27 dit:

    J’ai tenté de poster un commentaire sur le commentaire de Renaud, mais en tant qu’informaticien j’ai dû appuyer sur le mauvais bouton, puisque je ne vois pas mon commentaire et que ça n’est pas le style de la maison de modérer a priori. Juste pour faire remarquer que Hollande est un énarque dont l’équipe « enseignement supérieur/recherche » est composée de :
    – Vincent Peillon, qui malgré son air de serpent roublard de la politique, a fait ses études a l’université, ses enfants font leurs études à l’université ;
    – JY Le Déaut, a fait ses études à l’université et est devenu doyen de la fac de chimie par tous les échelons classiques de l’université ;
    – Alain Claeys, député et maître de conf. à l’université de poitiers, en sciences eco

    Que Hollande soit le président de la continuité technocratique, c’est bien possible, et croyez bien que les militants socialistes tapent des pieds depuis des années avec les pouvoirs modestes qui sont les leurs. Il faudrait à mon goût (1) préciser ce qu’est la technocratie dans ce contexte, car je doute des considérations générales et ne vois d’autre démarche que de regarder point par point, exactement, ce qui va ou ne va pas (2) trouver un autre argument que les énarques.

  5. PR27 dit:

    Aucun de mes commentaires ne passe. Diable. Je retente et sinon, j’en déduirai que mon commentaire n’était pas intéresant.

    @Renaud : Peillon, Le Déaut, Claeys sont le « trio » enseignement supérieur recherche autour de Hollande. Je vous incite à vous renseigner sur leur formation et leur institution d’exercice. Vous verrez s’ils sont énarques ou plus proches de l’université.

  6. Luigi dit:

    Pour info, Versailles Saint-Quentin n’est pas « out » : elle fait partie de l’IDEX Paris-Saclay.

  7. PR27 dit:

    curieux de voir si mon 3eme poste passe, après deux échecs :

    @Renaud :
    l’équipe Hollande sur l’ESR est consituée de Peillon (études à l’université, passage au CNRS, enfants à l’université), Le Déaut (études à l’université, a gravi toute la carrière d’EC) et Claeys (maître de conf sciences eco univ poitiers). Alors je m’étonne des propos généraux sur les énarques méprisants, qui ne connaissent rien à l’université. Il y en a sûrement. La fusion est une idée d’énarques… mais quel rapport avec Hollande ? Attaquez autant que vous voulez, mais rassemblez des faits précis.

  8. François dit:

    @Renaud. Ce blog me paraît être un lieu d’échange d’idées argumentées par des faits.
    Alors que viennent faire des slogans tels que :
     » une idée d’énarques : la France doit copier la Chine… encore une idée d’imbécile…  » : aucun gouvernant français n’a jamais voulu copier la Chine; la tendance serait plutôt de s’inspirer des Etats-Unis ou de l’Allemagne.
     » Les énarques ne connaissent rien à l’Université qu’ils méprisent par ailleurs… » : Fabius ? Juppé ? Wauquiez ?
     » Les énarques gouvernent le pays de puis plus de 30 ans  » : depuis 30 ans nous avons eu 12 ans d’énarque président (Chirac) et pas 30.

  9. itgugue dit:

    @François : « Fabius ? Juppé ? Wauquiez ? » Tous les trois normaliens. Une certaine vision de l’Université, pas la plus commune…

  10. Damien dit:

    @itgugue
    “Fabius ? Juppé ? Wauquiez ?” Tous les trois normaliens. Une certaine vision de l’Université, pas la plus commune…

    Enfin, tous les trois sont d’abord énarques (ce passage marque beaucoup plus leur carrière professionnelle que leur passé de normalien).

    Mais j’aimerais bien savoir la vision de l’université que vous prêtez aux normaliens en général (dont une part non négligeable finit enseignant à l’université), et surtout en quoi elle se distingue de la « vision la plus commune » (des étudiants de l’université ? des enseignants ? voire même de l’ensemble de la population ?)

    S’il est vrai que les normaliens ont pratiquement tous fait une prépa (et peuvent hériter de la vision de l’université qui circule dans les prépas), la majorité ont aussi l’occasion de fréquenter les bancs de la fac lors de leur scolarité, et souvent d’y enseigner en tant que moniteur s’ils font une thèse. Ensuite…

  11. vincent92 dit:

    Quelqu’un pourrait-il éclairer ma lanterne sur un point : les IDEX viennent-ils remplacer, se superposer, ou bien compléter l’Opération Campus ??? Quid des Grands Campus que le gouvernement avait annoncés ?

  12. pdubois dit:

    @ Luigi. Vous avez raison : l’UVSQ fait partie de l’IDEX Saclay. Au temps pour moi. J’ai corrigé !

    @ Renaud, PR 27 et François : merci pour votre tonus ! Ne lâchez rien ! Les Normaliens et les Enarques existent : ce ne sont ni les meilleurs ni les pires en matière de réforme de l’enseignement supérieur. Sauf Laurent Wauquiez : + ENS + Sciences PO + EnA : trop, c’est trop. A propos et concrètement : les IDEX sont-ils l’avenir de la France ou un n’importe nawak ?

    @ Vincent 92. L’opération Campus et les investissements d’avenir sont deux opérations différentes, même s’ils partagent un point commun : celui de doter certaines universités d’un capital dont elles percevront les intérêts. Comme il ne s’agit essentiellement que d’intérêts, la somme utilisable chaque année par les universités donne une marge de manoeuvre mais pas une marge extraordinire.

    La différence : le Plan Campus ne finance que des opérations immobilières. Les investissements d’avenir ne peuvent financer de l’immobilier ; ils financent par contre des équipements + le budget de fonctionnemment des opérations de recherche retenues.

  13. Damien dit:

    @pdubois
    « Sauf Laurent Wauquiez : + ENS + Sciences PO + EnA : trop, c’est trop. »

    C’est aussi (si on excepte éventuellement le classement) le cursus d’Alain Juppé et de Laurent Fabius (enfin si j’en crois wikipedia). Je suis loin de m’y connaitre, mais il semble que suivre les cours de sciences po soit la norme pour les normaliens qui souhaitent entrer à l’ENA (l’ENS ne préparant pas au concours). Après, on peut effectivement s’interroger sur l’intérêt de faire ce genre de cursus à rallonge, en dehors de se rassurer sur sa capacité à passer n’importe quel examen/concours (et, bien sur, du salaire perçu par le normalien).

    Par exemple, ces trois hommes politiques ont passé une agrégation (du second degré). Parce qu’ils envisageaient sérieusement d’enseigner (en cas d’échec à l’ENA ?) ou juste « parce qu’il faut le faire quand on est à l’ENS » ?

    « les IDEX sont-ils l’avenir de la France ou un n’importe nawak ? »

    L’avenir de la France n’est-il pas un n’importe nawak ?

  14. François dit:

    @ Damien. A l’époque de Juppé et Fabius (ce n’est peut-être plus vrai à celle de Wauquiez) le processus est : je suis très bon, on me pousse à faire ce qu’il y a de plus difficile en France, je me retrouve à Ulm. Là je m’aperçois que mon destin est de passer l’agrégation et de devenir professeur du secondaire. Je m’aperçois à ce moment-là que des élèves beaucoup moins forts que moi ont fait l’ENA (qui était au moment de mon orientation post-bac relativement peu connue, mais qui montait alors en puissance) via une entrée directe à Sciences Po après le bac ou via le concours des fonctionnaires (Guigou, Roussely, etc.). Ils vont obtenir des positions que je trouve beaucoup plus valorisantes que celles de prof du secondaire. Comme j’ai été capable d’être reçu à Ulm, je suis très doué pour passer les concours. Je m’inscris donc à Sciences po pendant que je suis à Ulm -admission sur simple entretien sans aucun problème pour un normalien- , je passe le diplôme pendant mon séjour à Ulm (scolarité de 2 ans, travail supplémentaire minime à l’époque par rapport à une classe préparatoire ou à la préparation de l’agrégation). Une fois reçu, je m’inscris à la préparation à l’ENA de Sciences Po (1 an), je suis reçu à l’ENA, etc.

  15. PR27 dit:

    La lecture de l’idex2 de Toulouse me laisse penser que le point clé de la démarche consiste à définir des méthodes pour se reunir à 3 en douce pour virer ceux qu’on estime mauvais. Tout cela est enrobé dans un jargon qui donne du plaisir à ses rédacteurs.

    Dans tout cela, je vois beaucoup de malhonnêté, de duperie et d’arrogance. Soyez bien sûr que les idex n’auront que faire de la masse des étudiants, préoccupées qu’elles seront de choyer la crème de la crème du petit vivier à thésard.

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